réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 10/01/2023
Canton de Treignac, arrondissement de Tulle, ancien archiprêtré de Vigeois. — Superficie : 3014 hectares ; population : 1057 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 4 kilomètres.
Affieux, bâti dans les prairies, jouit de belles perspectives sur l’ouest et le sud. Son église doit avoir pour titulaire saint Pardoux. On voit non loin d'elle une croix où l'on se rend en procession le jour de la fête de ce Saint, dont elle porte le nom, et au-dessous de laquelle est une fontaine dont on recueille l'eau pour le mal d'yeux (saint Pardoux, on le sait, était aveugle). La fête patronale a lieu cependant le jour de l'Assomption. Par suite de quel fait ? on l'ignore. Je signale seulement, comme preuve de la piété de la paroisse à l'égard de la Sainte Vierge,
Le pèlerinage qu'elle fait chaque année le ler mai, à la chapelle de Notre-Dame de la Bessière, paroisse de Lestars, en compagnie des pèlerins de Treignac.
Bâtie en croix, avec un clocher-tour du milieu de ce siècle sur le chœur, l'église date du xiie par son sanctuaire, la travée qui précède et l'ancien clocher-pignon autrefois dressé entre les deux, sur lequel on a greffé le clocher actuel. Elle est du xive par son portail à plusieurs rangs de voussures, de la fin de l'ogive par sa chapelle du nord (travail grossier), et de 1772 par sa chapelle du midi. On lit aux vieux registres de la paroisse, sous la date du 26 décembre de cette année 1772 :
« Je soussigné, prêtre, curé de la paroisse d'Affieux, authorisé par Mgr l’Evêque de Limoges, ai fait la bénédiction de la chapelle tout récemment bâtie et dédiée à l'honneur de la Sainte Vierge et de Saint Jacques, et fondée par Messire Jacques Savodin, mon anté-prédécesseur ; en présence de M. Martin Besse, prêtre et vicaire de ladite paroisse, et de M. de Lastours, écuyer, du lieu de Balesmes. — MICHEL. Curé ».
Jacques Savodin avait fait faire aussi le rétable en 1768, et la sacristie, qui était une ancienne chapelle du nord, séparée par un mur de l’église. A l'autel de sainte Catherine se trouvait autrefois une vicairie fondée par l’un des nombreux Archambaud de Comborn. La famille de ce vicomte s'y était réservé le droit de présentation, qui, après elle, passa aux Pompadour, ses héritiers, et fut exercé en 1728 par un d'Aubeterre, les Pompadour s'étant éteints.
Il y avait dans la paroisse un prieuré de Saint-Georges de Vergonzanes, bénéfice simple de l'Ordre des Chanoines réguliers de Saint-Augustin et de la dépendance du Châlard, dans le Haut-Limousin. JOSEPH DE MASSIOT le possédait vers 1596 ; FRANÇOIS TERRADE, en 1600 ; ANTOINE ROLY ou ROELY, en 1631 ; FRANÇOIS DE FARGES, en 1650 ; Un certain GERALD, en 1783. Le bâtiment de la chapelle subsiste encore, mais livré à des usages profanes ; deux fois on a tenté de le transformer en étable à bœufs, deux fois il a pris feu ; on renonce au dessein.
Au village d’Espinet, près du Peuch, restes encore d'une chapelle vicariale dédiée à sainte Madeleine. Le Peuch, qui possédait un petit château, avait aussi lui-même une chapelle domestique, où, par permission épiscopale, fut mariée, le 22 novembre 1731, Dlle Marie Materre, fille du châtelain du lieu, avec Gabriel Lavaud, avocat de Tulle.
La cure d’Affieux fut toujours à la nomination de l’évêque de Limoges. Son titulaire, à la fin du xvie siècle, Jean Bourboulou, protonotaire apostolique, reçut de Henri IV, vers 1592, l’abbaye d’Uzerche, dont il prit possession l’année suivante, mais il ne put conserver cet important bénéfice, qui, déjà disputé à cette époque, avait en 1594 un autre titulaire. François de Farges était curé en 1661, 28 août, jour où, par délégation de l'évêque de Limoges, il bénit solennellement l'église des Pénitents blancs de Treignac, sa patrie ; un Lacombe l'était en 1721, un Bunissès en 1736. Jacques Savodin, que nous venons de voir, occupait le poste dès 1756. D'une bonne famille de Treignac, cet excellent prêtre avait titre de bachelier en théologie et de sacriste du Mas d'Agenais, au diocèse d'Agen. Son frère aîné, François Savodin, prieur de Saint-Victour en 1764, lui servait modestement de vicaire. Les deux frères laissèrent dans le pays un souvenir qui, après 120 ans, n’est pas encore effacé. Le premier mourut à 46 ans, le 9 mai 1772, et le second, qui prit sa cure et ne lui survécut que cinq mois, mourut à 49 ans le 1er octobre de la même année. On vit aux obsèques de l'un ou de l’autre, généralement des deux : Joseph Dumeyrat, archiprêtre de Vigeois et curé du Lonzac ; Gabriel d'Espayruc de la Chatonnie, curé de Treignac ; Lafarge, prieur de Manzannes ; Sébastien Duhamel, curé de Beaumont ; David, doctrinaire, recteur du collège de Treignac ; Lavoux, curé de Meyrignac-l'Eglise ; François Coudert, curé de Veix ; Dalby, curé de Saint-Augustin ; Bondet de Laborie, curé de Peyrissac ; Binet, curé de Seilhac ; Alegry, vicaire du Lonzac ; Laroque, vicaire de Treignac, et Besse, vicaire d'Affieux. — Pierre Michel succéda aux deux frères et eut pour successeur lui-même en 1791 un Ninaud, que remplaçait en 1793 un Viauzelange.
Affieux eut au moyen-âge des seigneurs de son nom, éteints de bonne heure sans doute, car ils sont peu connus. Ebles d'Affieux (Asfio) fut témoin, vers 1146, de la donation faite à Uzerche de l'église de Saint-Hilaire de Salon par Aymar IV, vicomte de Limoges, et son frère Guy IV, qui allait partir pour la Croisade. Guy d'Affieux fut arbitre en 1254 entre Bernard II de Comborn et Archambaud VII, son fils ; Gauthier d'Affieux, damoiseau, avait pour femme en 1284 Alaïde de Roffignac, d'une famille dont on connaît l'illustration ; Guy de Fio assista en 1314 au mariage de Mathe de Comborn-Treignac, fille de Guischard II, avec Ebles de Ventadour, fils d’Ebles VIII et seigneur d'Ussel. Tout cela nous est l'indication d’une bonne noblesse. I1 y a, près d'une croix de la petite place, une ancienne pierre tombale, portée là de l’église et représentant en relief plat et fruste un personnage revêtu d'une robe : homme ou femme, je ne sais. Ce défunt est, comme dans tous les vieux tombeaux, couché sur sa dalle funèbre, les mains jointes pour la prière et la tête sur un carreau. D'après la tradition, ce serait un templier. Il n'est pas impossible, en effet, que la famille ait eu des chevaliers du Temple.
Dans sa forme actuelle, le château d'Affieux, bâti, dit-on, par un curé, n'est que de 1636. C'est un beau parallélogramme, flanqué de deux tours rondes à ses angles d'ouest et d'une tour carrée servant d'escalier sur sa façade d'est. Il appartenait aux Rondet, famille de Treignac, qui a donné un curé à cette ville et qui ne portait plus en finale que le nom d'Affieux ; il est aujourd'hui la propriété de M. Tauty.
Le château ruiné de Balesmes, dans la paroisse, presque aux portes de Treignac, eut d’abord pour seigneurs les Chauveau, de la maison qui occupait Rochefort, près Sornac. Dame Marie Chauveau de Balesmes épousa, peu après le milieu du dernier siècle, Charles David de Lastours, du Haut-Limousin qui en eut postérité. Le mariage d'une de leurs filles, Anne, avec un gentilhomme du Périgord, le 3 novembre 1784, fut bénit dans l’église d’Affieux par Mgr Joseph Green de Saint-Marsaud, évêque in partibus de Pergame, aumônier de Madame Adélaïde de France, tante de Louis XVI. Le frère de cette demoiselle, Jean-Baptiste David de Lastours, colonel de cavalerie, eut son propre contrat de mariage signé en 1819 par Louis XVIII, Charles X, le duc et la duchesse d'Angoulême, le duc et la duchesse de Berry ; mais son unique enfant mâle, Louis-Charles, mourut en 1846 sans laisser de postérité.
A quelques pas du bourg, vers le sud-est, M. Bardon, curé actuel d’Affieux, m’a fait voir, en plein chemin et à fleur du sol, du minerai de fer dont j'ai pris quelques fragments.
Les villages et hameaux qui dépendent de sa paroisse sont : Balesmes, la Borie, les Cabanes, Chemin, seigneurie des Rondet qui a dû donner son nom à la famille de Jean de Chemin ou du Chemin évêque de Condom de 1581 à 1616 ; la Croizille, Cueille, dont les Grandchamp portent le nom ; Espinet, Eyburdellerie, Eydis, Fargeaud, la Font, Jaud, près duquel se trouve, sur un contrefort des Monédières, une pierre dite druidique qu’on appelle plutôt la pierre de Veix, à causé de sa proximité de ce lieu ; le Leyris, la Louche, la Maison de Jean de Laygue, Marcilloux, Merciel, le Monteil. Montvialard, le Moulin du Peuch, Moury, le Peuch, la Prade, Rivière, le Rocher des Folles, sur la Vézère, avec des escarpements curieux et de vieilles légendes ; Romanet et Vergonzanes.
Près des Cabanes, village de trois maisons dont le nom, ici comme ailleurs, rappelle les masures élevées à la hâte en temps d'épidémie pour abriter les pestiférés, passe, au sud, un ruisseau séparatif des deux paroisses d’Affieux et du Lonzac. La tradition rapporte que, du temps de la peste de 1631, le curé du Lonzac se serait seul présenté pour bénir les cadavres des riverains de droite qui appartenaient à Affieux ; sur quoi ces riverains, du moins un certain nombre, passèrent le ruisseau et de ce jour portèrent leurs morts au cimetière du Lonzac, où ils ensevelissent encore, après deux siècles et demi.
ADDITIONS ET CORRECTIONS
Autres curés : 1550, Jacques de Jouviond de Leychoisier, qui était en même temps curé de Saint-Pierre de Limoges, chanoine de la cathédrale de cette ville, abbé de son abbaye de Saint Martin, chantre de son chapitre de Saint-Martial et prévôt de Saint-Vaulry ; 1601, Jean Pagnon, nommé le 6 juillet ; 1803, N. Valette ; 1825, Jean-Jacques Dunaigre ; 1874, Jean Bardon. Ce dernier, prêtre vénérable et pieux, travaille depuis trois ans à la construction sur le puy d’Eydie, centre de la paroisse et presque centre du canton de Treignac, d’une chapelle à Notre-Dame de Lourdes, fruit de son zèle et de son dévouement. Balesmes, avant les Chauveau, eut des Lafont, des Dutheil, etc.