Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 17/09/2025
ALBIGNAC
Canton de Beynat, arrondissement de Brive, ancien archiprêtré du même. — Superficie : 974 hectares ; population : 547 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 8 kilomètres.
Le modeste chef-lieu de cette paroisse avait une des belles églises romanes de la province : construite avec d'excellents matériaux, flanquée de croisillons, décorée d'absidioles, elle unissait l'ampleur à l'élévation sur un pied peu commun. Malheureusement, il n'en reste plus qu'un informe tronçon, uni à quelques ruines, dont les détails — un en particulier, un chapiteau — se recommandent à l'archéologue autant qu'au photographe ou au dessinateur.
Albignac était un prieuré d'hommes, de la dépendance de Cluse en Piémont. BERNARD, qui en était prieur en 1096, l'année précisément du passage en Limousin du pape Urbain II, se trouvait en contestation avec l'abbaye de Tulle relativement à l'église bâtie par celle-ci, sous le vocable de saint Nicolas, au mont d'Auriol, paroisse de Lanteuil. Lanteuil était une paroisse du domaine de l'abbaye de Cluse : par conséquent, disait ce monastère, la nouvelle construction relevait de son droit. Par ordre du Pape, l'archidiacre de Limoges Gauzbert et l'archiprêtre Rigaud vinrent régler l'affaire. Ils décidèrent que le moine de Tulle destiné à la résidence d'Auriol paierait chaque année au prieur d'Albignac un demi-muid de blé ; puis, comme l'église de celui-ci souffrait d'une pénurie de livres - on sait ce qu'étaient les livres à cette époque — ils approuvèrent fort que l'abbé de Tulle fit don d'un livre d'offices à cette église, dite alors de Notre-Dame ou de Sainte-Marie. Bernard devait, quand il s'y rendrait, faire ratifier l'accord par l'abbaye de Cluse et recevoir de l'abbé de Tulle une once d'or pour la dite abbaye, quand il en rapporterait la ratification. Cette convention, faite au chapitre de Tulle, fut présentée dans Limoges au pape Urbain II, qui, en présence de l'archevêque de Pise et d'un autre prélat, confirma le tout de son autorité apostolique. Mais l'abbé de Cluse n'y mit pas le même empressement. Ce ne fut qu'en 1117, sous la pression de Pascal II, qu'il consentit à prendre, avec l'abbé de Tulle, le chemin d'Angoulême. Là siégeait un légat fameux, Gérald, évêque de cette ville. Les débats eurent peur témoins Hildebert, évêque du Mans, Reynaud, évêque d'Angers, et quatre abbés de la région : ceux de Saint-Cybard, de Maillezais, de Talmond et de Noaillé. Finalement l'abbé de Cluse céda son droit paroissial à l'abbaye de Tulle : il y mit pour condition le paiement annuel aux églises d'Albignac et de Lanteuil d'un muid de blé, que le moine attaché à ces deux églises devait emporter dans sa maison d'Albignac. Et ce fut enfin la conclusion d'un différend qui avait trop duré pour sa mince importance.
On constate que, au point de vue féodal, Albignac relevait alors de Gimel ; car, en 1164, lorsque Raynaud, vicomte dans ce lieu, fit hommage à Raymond de Turenne de son château comme de tous ses biens, il donna d'abord tout ce qu'il avait au village d'Albignac et dans ses dépendances ; puis prenant par la main ELIE, prieur du lieu, il le livra au vicomte de Turenne en lui signifiant de payer désormais à celui-ci ce qu'il acquittait auparavant à lui, Raynaud de Gimel. (Voir ces diverses pièces curieuses dans Baluze, Hist. Tut. 439-442, et dans Justel, Preuves de la maison de Turenne, p. 34.)
HUGUES, prieur d'Albignac, fit en 1211 une composition avec Guy, abbé d'Obazine. En 1306, vénérable homme BERTRAND DE LA BRANDE, des seigneurs de Lostanges, possédait le prieuré. Enfin vint au milieu du XIVe siècle un dernier titulaire bien digne de fermer la série : GUILLAUME DE LORME, « homme de saintes mœurs, dit le Gallia Christiana, et aussi remarquable par sa piété que par sa riche culture dans les lettres sacrées et les lettres humaines ». Licencié en décrets, vicaire général de notre compatriote Pierre d'Aigrefeuille, évêque de Clermont et son ancien élève, il administrait en 1349 le beau diocèse que ce prélat lui délaissait pour vaquer aux affaires de la cour pontificale. Plus tard, il fut lui-même promu au siège abbatial de la Chaise-Dieu, l'un des plus importants de l'ordre monastique.
On était alors au temps des grandes guerres anglo-françaises. L'abbaye d'Obazine, le prieuré de Coyroux en avaient beaucoup souffert. Les religieuses de ce dernier monastère exposèrent au pape Clément VI que l'abbé d'Obazine leur fournissait la nourriture, mais que la ruine, par les guerres, des deux communautés mettait cet abbé dans l'impuissance de continuer de les nourrir. Elles n'avaient ainsi d'autres ressources que le revenu d'un modique bénéfice également ruiné par les guerres. Le Souverain-Pontife, d'autant plus touché de leur sort qu'il se trouvait leur compatriote, leur unit sans délai le prieuré d'Albignac, qu'on trouve en effet prieuré de filles en 1499. Le curé, ou vicaire perpétuel, de la paroisse fut dès lors à la nomination de la prieure de Coyroux. - On voit au maître-autel un grand tableau de 1604 représentant l'Adoration des bergers : il présente dans un angle l'écu des Badefol et l'inscription suivante :
J[EANNE] DE BADEFOL
PRIEVSE DE
COYROUZE
1604
A DONNÉ CE TABLEAV.
On lit aussi sur la plus petite des deux cloches :
IHS.-MA.—S. LVPE, ORA PRO NOBIS.
DAME JANE, P[RIEURE] DE COYROUS, M[ARRAINE] :
M. M° FRANSOYS GEOFFRE, IVGE, P[ARRAIN] :
M° P. FOYRNET, COVRE] D'ALBINHAC.
Autres curés de la paroisse (qui devait ainsi avoir saint Loup pour patron)[1] (1) : en 1623, Gaspard Ausoleil ; vers 1681, Jean Voisin ; en 1725, Antoine Tronche ; vers 1773, un Duchamp.
On attribue au Limousin un Déodat ou Dieudonné d’Albignac, qui fit partie de la première croisade de saint Louis : c’est à tort probablement. Ce croisé, comme l’évêque d’Angoulême, François d’Albignac, devait être de la maison d’Albignac en Rouergue.
A notre Albignac appartenaient les villages d’Auzelou, le Bayle, Beausoleil, le Bois-Grand, la Borie, laBorie-Blanche, Bournazel, le Breuil, Chantegril, l’Evescat, Flogeat, Miallet, le Moulin du Prieur, Naves, Ombinat, Pierrefitte, Plainefage, le Puy-du-Bayle, le Puy-de-Crotte, Quicolagne, la Rivière, Sand bas, la Tronche, Versailles, le Vialard, la Vote.
ADDITIONS ET CORRECTIONS
Autres curés : vers 1600, Pierre Fournet ; 1822, Léon Mas ; 1837, Pierre Juyé de la Besse ; 1858, Jean Faucher ; 1863, Pierre-Camille Champeil ; 1867, Joseph Ulmet ; 1882, Antoine Baubiat — Les Quinhard, famille bourgeoise et consulaire de Brive, connue depuis au moins 1315 et trouvée noble dans le siècle suivant, eurent au XVIe siècle la seigneurie d’Albignac, dont ils firent hommage au vicomte de Turenne en 1530. Plusieurs d’entre eux jouirent à la cour de charges honorables. Ils devinrent en 1630 seigneurs par alliance de plusieurs terres en Haute-Auvergne, où ils passèrent, et s’éteignirent, ce semble, en la personne de Jean dont la succession fut dévolue aux Chapel de la Salle, seigneurs de Pachevie, en la paroisse de Rouffiac (Cantal). Avant eux, un noble Marot d’Albignac avait, au XVe siècle, la garde des biens de la Saulière (Ussac).
[1] L'endroit, a de fait, une foire unique le 22 mai, jour de la fête de cet évêque de Limoges.