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Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 1)

Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964

Date : 30/01/2023

 

Canton de Meymac, arrondissement d’Ussel, ancien archiprêtré de Saint-Exupéry. – Superficie : 2 956 hectares ; population : 1188 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 4 kilomètres.

En partie dans un vallon frais et vert, que domine le bourg ; en partie dans les âpres montagnes qui servent de contrefort au plateau de Millevaches, du côté du midi. La Croix de Lescot (971 m), sous laquelle naît la Luzège, marque le sommet de ces cimes, d’où l’Auvergnat du Cantal, qui les traversait autrefois pour se rendre à Limoges, à Paris, se retournait vers ses propres montagnes et leur adressait le dernier salut jusqu’à l’heure du retour. Ambrugeat était un lieu de passage du temps même des Romains : les débris de tuiles à rebords abondent autour du presbytère ; au Chambon, où l’on a trouvé de nombreuses urnes, se distingue très nettement une voie qui bifurquait, a-t-on dit, de Saint-Angel sur le Haut-Limousin, en laissant courir sur la Basse-Auvergne la grande voie de Bordeaux à Lyon. 

L’église est accusée à distance par un clocher-pignon triangulaire, à trois baies cintrées, du XVIe siècle. Dans le mur d’ouest, qu’il domine, portail orné de plusieurs archivoltes sur tores à pointe aiguë et bases épannelées ; C’est une pièce de rapport, le plus ancien comme le meilleur morceau de ce modeste édifice, qu’on a flanqué de deux chapelles et terminé à l’est par un mur droit. Saint Salvi, évêque d’Albi, est le patron ; saint Martin, qu’on y honore encore, était porté comme tel en 1554 . La cloche ancienne, dont j’ai relevé l’inscription (elle n’est que de 1784, mais c’est la seule antérieure à ce siècle), vient du clocher de Saint-Merd-les Oussines ; on y lit :

† RENÉ IRÉNÉE BROVSSE, CVRÉ DE ST-MERD, PRIEVR DE GRIVAVD

L’AN 1784.

J[A]CQUES MARTIN ET ALEXIS VOILLEMIN, FONDEVRS.

A côté d’une image de saint Blaise : STE BLASI, ORA PRO NOBIS.

 

Ambrugeat, ainsi que Barsanges, son annexe, qui est aujourd’hui de Pérols, était un prieuré-cure de la dépendance de Saint-Léonard, en Haut-Limousin, - du moins pour les trois quarts du bénéfice ; car, particularité fâcheuse ! l’évêque nommait pour l’autre quart. Comme deux prêtres ne pouvaient vivre à Ambrugeat, ce qui amenait de regrettables dissensions, l’évêque finit, en 1308 par faire don de son droit au prieur de Saint-Léonard, qui dès lors nomma seul. En 1436, Pierre de Coux était prieur d’Ambrugeat ; on trouve à sa suite, avec le titre simultané de prieurs et de curés : 1554, François Granier, alias de la Saigne, bachelier en décrets, qui fut prieur de l’Artige en 1551 et abbé de Souilhac en 1556 ; 1678, Jean du Boucheron, sur lequel il faudra revenir ; 1707, Issac Arliguie, dit en 1711 docteur de Sorbonne ; 1739, Joseph Servientis, dont le vicaire, M. Chabrerie, avait en 1741, pour honoraires 40 livres d’argent et deux messes par semaine ; 1772. N. D’Arche de Vaur ; 1773, Joseph Boulière, qui fut trouvé au poste par la Révolution.

 

« En l’an de grâce 1690, vingt-septième d’août, s’en alla à Dieu la belle âme de noble messire Jean Duboucheron d’Ambrugeac, prieur-curé d’Ambrugeac et de son annexe de Basanges, environ les six heures du soir, un dimanche, ayant communié dix ou douze fois en viatique et reçu l’extrême-onction même la pénultième fois, dans le dessein de gagner le jubilé universel de notre saint Père le pape Alexandre huitième ; fut enseveli le vingt-neuvième du dit mois et au dedans le cimetière du dit Ambrugeac, selon sa dernière volonté par testament ; le tout avec grande solennité selon son mérite, avec un grand concours de MM. les curés et prêtres du voisinage, de noblesse, de paroissiens et de pauvres ; âgé de soixante-dix-huit ans.

Le jour de son enterrement se trouva être le jour de la Décollation de saint Jean-Baptiste, son patron, auquel il était fort dévot.

Il était né, au rapport de ses parents et contemporains, l’an 1612, le vingt-cinquième d’octobre, de noble Jean Duboucheron d’Ambrugeac et de demoiselle Catherine de Soudeilles, qui le destinèrent d’abord à Dieu pour servir son Eglise… Ils avaient eu soin de le faire élever par de bons précepteurs et dans de bons collèges. Sortant de chez M. Dumon, de Meymac, qui était le prêtre de ce pays le plus capable et le plus vertueux, il s’en fut au collège de Mauriat (Mauriac), qu’il trouvait fort à son goût, n’y voyant aucune débauche, et dont la peste le chassa ; de là à Tulle, dont la peste le fit encore retirer, pour aller à Bourges, où il acheva son cours de philosophie vers l’âge de seize ans et il étudia quatre ans en théologie, d’où il s’en alla à Paris pour y étudier en Sorbonne près de cinq ans.

Il était d’un naturel vif et bouillant, d’une complexion sanguine et bilieuse, d’une riche taille, les cheveux noirs et bouclés, le visage rond, une grosse tête, fort prudent, fort sage, sobre au dernier point, ne faisant qu’un repas depuis plus de vingt-cinq ans, si chaste qu’il évitait la compagnie de ses plus proches parentes, ne voulant jamais parler aux personnes du sexe qu’en compagnie de quelques autres personne, fort charitable, en un mot un grand homme de bien, car il fut fait prêtre et curé en un temps où le clergé était encore dans le désordre et le peuple dans l’ignorance. Il trouva ses paroissiens et ses deux églises dans une négligence de Dieu tout à fait déplorable ; mais il a si bien ordonné toute chose durant sa vie, que nonobstant des maladies continuelles, devant la mort, il fit faire son tombeau, où il se faisait porter pour penser à sa dernière fin durant sa grande maladie qui a duré vingt-et-un mois.

Il a souffert avec une patience digne de Job et de Tobie ; il parlait aux autres dans leurs misères et dans leurs douleurs, et dès qu’il avait un peu de relâche, il se faisait porter à l’église pour y entendre la sainte messe, le lendemain de certains jours où on l’avait cru agonisant.

Après avoir beaucoup travaillé aux réparations des deux églises, qu’il trouva sans aucun vase d’argent, il a donné à celle d’Ambrugeac une belle custode, un porte-Dieu fort joli, un beau calice et une croix d’argent ; et à celle de Barsagnes un calice, une custode et un porte-Dieu, de son propre argent » [1].

Le petit calice qu’on a lieu de croire laissé par M.du Boucheron nous fut montré en 1874 ; il y avait aussi dans le mur méridional de la nef, sous la date de 1690 (usée et semblable à celle de l’ an 1000), l’inscription suivante, qui témoignait encore d’une des bonnes œuvres du saint prêtre : [I. DU BOUCHERON, PRIOR ET PAROCHUS,] LAMPADEM CORAM SS. SACRAMENTO, OLEO FOVENDAM IN PERPETUUM, HEREDIBUS TESTAMENTO MANDAVIT, CAVEANT NE UNQUAM EXTINGUATUR. OBIIT AN. 1690, AMBRUGEACI. ANIMA EJUS ET SUORUM CORAM DEO SIT IN AETERNUM.  AMEN [2]. Enfin, dans le cimetière – autrefois plein de grands sarcophages de pierre, dont un se voit encore dans l’église – on remarque la large dalle de pierre, avec anneau scellé, sous laquelle il dort dans un caveau funèbre. En haine des privilèges, assure-t-on, un paysan de l’endroit voulut se faire enterrer dans cette sépulture ; puisse-t-il y trouver un repos que la plupart des fidèles ne lui envieront pas !

Ambrugeat avait en 1502 une communauté de prêtres qui comptait alors treize membres ; il avait aussi depuis le siècle précédent une vicairie fondée par Hugues de Beynette, seigneur d’Ambrugeat, augmentée par sa femme Marguerite de Sainte-Hippolyte, et dotée par sa fille Huguette, ainsi que par l’époux de celle-ci, Jacques de Champiers (3 avril 1453), à l’autel de la Sainte Vierge). La nomination en était à leurs successeurs et le fait est qu’on ne le voit faite jusqu’en 1769 que par les seigneurs du château de l’endroit.

Ce château bâti sur un rocher à deux pas de l’église, fut fortifié en 1448 par Charles VII, qui y mit des hommes d’armes. On vient de voir qu’il appartenait alors aux Beynette et d’entrevoir qu’il passa par quenouille aux Champiers, seigneurs du Boucheron ou Boucheyron, paroisse de Palisse ; au moment de cette transition, un d’Ambrugeat, seigneur de la Viallatte, paroisse de Saint-Victour, mariait aussi sa fille à un Bompar, d’Auvergne (1444). La famille du Boucheron, de laquelle était sorti le vénérable prieur dont on vient de parler et qui portait d’or à trois lions de gueules, finit par se perdre dans la maison de Valon du Quercy. Un beau mot d’Henri IV lui avait ouvert la postérité : D’Ambrugeac m’est venu joindre avecques tous les seins, chasteaux en croupe, s’il eust pu » ; le lieutenant-général Louis et le maréchal-de-camp Alexandre de Valon d’Ambrugeac (deux frères dont l’un député de la Corrèze, pair de France et orateur réputé) ont consacré définitivement son nom dans les annales militaires. On voudrait qu’il n’eût pas été consacré de même par les funèbres annales de la Révolution ; mais M. d’Arche, le vertueux M. d’Arche, ce « type du gentilhomme accompli », à la famille duquel le château était passé dans le cours du dernier siècle, fut exécuté à Tulle en 1794, à l’âge de 74 ans : il fut dans notre pays l’une des quatre dernières victimes de la hache révolutionnaire.

Villages et hameaux d’Ambrugeat : Aligier, Besse, Beynat, le plus populeux du canton de Meymac (monument mégalithique) station sur la voie ferrée de Meymac à Saint-Sulpice-Laurière ; Beynette, avec la trace presque informe de l’ancien château de Hugues et le seul souvenir d’une ancienne chapelle ; la Chabanne, le Chambon, Chauzeras, la Font, la Gauterie, le Goumoueix, la Goutelle, Las, près de la Croix de Lescot ; Laubar, Martrillac (monument mégalithique) ; le Montbazet, la Mouline, avec deux moulins sur la Luzège ; les Nèves, la Prade de Las, la Reine, les Rieux, Rioubessé, la Sagne, dit le jardin d’Ambrugeat, près de la belle forêt de la Cubesse ; chapelle détruite.

 

ADDITIONS ET CORRECTIONS

Autres prieurs : vers 1599, Antoine Murat ; 1769, Jean-François Grandchamp des Raux, curés depuis la Révolution : 1822, N. Dinematin ; 1831, N. Bournet ; 1832, Léonard Taguet ; 1875, Léon Taguet ; 1879, François Vialaneix ; 1881, Jean-Baptiste Bournel

 

[1] Cité par M. Treich-Laplène, Hist. De Meymac. Registres paroissiaux.

[2] « [Jean du Boucheron, prieur-curé] a, par testament, chargé ses héritiers de l’entretien perpétuel d’une lampe devant le T. S. Sacrement. Qu’ils se gardent bien de la laisser éteindre ! Il est mort en 1690, à Ambrugeat. Puissent son âme et celle de ses proches jour éternellement de la face de Dieu ! Ainsi soit-il. »