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Recherche > Corrèze (19) > Beaulieu-sur-Dordogne > Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 1)

Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 1)

Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964

Date : 30/01/2023

 

 

Chef-lieu de canton, arrondissement de Brive, ancien archiprêtré de Brivezac.

Superficie : 864 hectares ; population : 2 454 habitants ; distance du chef-lieu d’arrondissement : 42 kilomètres.

Dans le joli vallon qui s’ouvre, à une lieue du Quercy, entre le monticule d’Altillac et les coteaux portant à leur cime le clocher de Sioniac, on ne voyait, au milieu du IXe siècle, qu’un obscur village du nom de Vellin. Là se trouvaient en partie les biens sur lesquels reposait le titre clérical de saint Rodolphe de Turenne, archevêque de Bourges. Fleury, dans son Histoire ecclésiastique, remarque, à propos de ce titre clérical, qu’il est le premier connu des historiens. L’illustre et vertueux personnage en faveur duquel on l’avait constitué, voulut en faire bénéficier l’institut monastique. Il appela des moines de Solignac (dans le Haut-Limousin), changea le nom de son domaine en celui de Beaulieu, y fonda un monastère, implora à ce cloître de prier pour le roi, pour ses aïeux, pour l’Eglise universelle, lui recommanda les pèlerins et les pauvres, puis lui fit à toutes ces fins de nombreuses donations. L’église de Saint-Etienne d’Astaillac, celle de Saint-Geniez près Curemonte, celle d’Estivals, firent partie de ce premier don. Il y avait aussi celle de Saint-Martin de Nonars, mais l’Archevêque crut bon de l’échanger pour celle de Saint-Saturnin de Sioniac, avec l’évêque de Limoges Stodile. Il acheta de plus celle de Saint-Christophe de Cousage (Chasteaux) et la donna, comme celle de Sionac. En 841, on lui avait cédé, du moins pour partie, celle de Saint-Martin de Billac : il lui offrit pareillement. Ainsi fit, pour la part qui lui en revenait, Rotrude, sa belle-sœur, veuve alors consacrée à Dieu et qui fut inhumée dans l’abbaye.

Ce mouvement de générosité s étendant un peu partout, Archambaud de Lastours donna l’église de Favars ; Gérald, évêque de Cahors, livra celle de Beyssac, en son diocèse ; divers membres de la maison de Castelnau firent présents des églises de Bonneviolle et de Félines ; on dut à d’autres bienfaiteurs Condat, Strinquels, Saint-Michel de Loubéjou, Girac et Biars, toujours en Quercy. Saint-Privat, chez nous, fut donné par deux époux du nom de Hugues et de Gerberge ; deux autres cédèrent Saint-Martial de Corrèze, acquis depuis à Aureil ; Saint-Pierre de Lostanges fut offert par un prêtre ; enfin deux évêques de Limoges se dessaisirent plus tard de Liourdres et d’Altillac.

J’en passe. Disons cependant que l’un de ces évêques fit encore échange de l’église de Tudeils pour la terre du Saillant-Vieux, qui devait lui tenir au cœur, à cause de la seigneurie d’Allassac, dont nous avons vu que ce hameau faisait partie.

Il avait inauguré les dons des rois à cette même abbaye de Beaulieu. Charles le Chauve l’avait concédé, ainsi que Chameyrat, soit au monastère, soit à Frotaire, archevêque de Bourges, qui en avait transporté la cession au jeune cloître fondé par son prédécesseur. Beaulieu reçut également de Charles le Chauve un marché à Sionac, son centre paroissial. Eudes, à son tour, prit l’abbaye sous sa protection, comme Carloman l’avait déjà fait ; enfin les papes confirmèrent de leur autorité suprême toutes les munificences dues par les religieux à la royauté, aux grands seigneurs, aux prélats et au peuple. Quand arriva l’époque des Croisades, le cloître bénédictin de Saint-Pierre Beaulieu avait d’immenses domaines dans le Bas-Limousin et le nord du Quercy.

Tout naturellement une ville se forma autour de ses murailles. Les pèlerins venaient nombreux honorer les corps des saints Prime et Félicien, dont il était doté depuis le Xe siècle ; on y vénérait aussi les reliques de Sainte Félicité, portées de Rome par le fondateur même, et celles de Saint Emile (ou Emilion), qui avait sa chapelle dans l’église comme les deux frères martyrs. Un ancien prieur, Reinerius, recommandait sa tombe par des miracles et saint Rodophe lui-même recommandait son œuvre par le culte personnel dont il était devenu l’objet. D’ailleurs le site était charmant, puis l’endroit favorable à la pêche. On eut donc dès le XIIe siècle la cïta de Bello, avec une enceinte murale circulaire qui date de ce temps et des institutions municipales dont on ignore le berceau. Les consuls de la ville paraissaient aux cérémonies publiques avec des robes et des chaperons mi-partis noir et rouge, doublés d’étoffe blanche ; ils possédaient hôtel de ville et sceau. Chaque année, le lendemain de Noël, quarante prud’hommes désignés par la ville se présentaient dans le moustier ou église du monastère, à l’autel de Saint-Prime, avant la grand-messe ; et là, devant l’abbé, son vicaire, ou, à leur défaut, le prieur claustral, ils nommaient douze d’entre eux, parmi lesquels le chef de l’abbaye devait choisir et créer ces quatre consuls. C’était reconnaître la seigneurie de l’abbé sur l’endroit. Cette seigneurie était très réelle mais elle avait pourtant un suzerain, par disposition formelle de saint Rodolphe en faveur de ses successeurs sur le siège de Bourges : c’était le métropolitain de la province. Quand donc l’archevêque arrivait à Beaulieu, religieux et bourgeois sortaient à sa rencontre et le recevait fort solennellement : on lui offrait aux portes les clefs de la ville, puis au chapitre l’abbé lui faisait son hommage. [1]

Inutile de dire que les seigneurs des environs ne manquèrent pas de convoiter leur part dans ce riche gâteau. D’abord, au Xe siècle, lorsque la féodalité s’enfonça de toutes ses racines dans le sol, l’abbaye se vit contrainte, comme toutes ses sœurs, de se mettre sous la défense d’un abbé chevalier (abbas miles). Les barons de Castelnau, en Quercy mais sur notre frontière, reçurent ou prirent ce patronat laïc, qui entraînait, dans la ville, comme émoluments, certains droits et certains biens. L’un d’entre eux, abusant même de cette tutelle au commencement du XIe siècle, se substitua à l’abbé religieux et se mit dans le cas d’être dénoncé par les moines au concile de Limoges en 1031. Le concile, sans doute, fit cesser momentanément cette violence, mais elle recommença plus tard, jusqu’à ce qu’enfin le coupable ou l’un des coupables, menacé des foudres de Rome, remit en 1095 le monastère à la suprême direction de Cluny.

La direction de Cluny eût été fort précieuse si elle eût pu s’établir sérieusement et efficacement ; mais elle ne paraît pas avoir été de très longue durée ; ce qui a duré davantage, c’est la lutte des seigneurs contre l’abbaye. Un Castelnau, voulant rendre visite au Vicomte de Turenne le fief que lui valait son patronat, détint de force l’abbé de Beaulieu dans son château et l’obligea à signer sous les verrous son consentement à cette vente ; j’ai raconté (article Astaillac) comment non content de ce fait odieux, il enleva les biens du monastère et prit atrocement le château d’Astaillac où il fit brûler quatre-vingts personnes parmi lesquelles la sœur de l’abbé Bernard et plusieurs femmes enceintes.

Les vicomtes de Turenne ne répugnèrent pourtant pas à recevoir de Jean de Castelnau un fief entaché de telles horreurs. Ces vicomtes étaient cependant les Roger de Beaufort. Au lendemain, pour ainsi dire, de la mort du second de leurs papes, en 1379, l’abbaye, obligée d’en venir à une transaction, prit avec eux pour arbitres principaux les cardinaux Guillaume de Chanac et Hugues de Saint-Martial. Il fut convenu que si les vicomtes gardaient la justice de la petite ville comme l’avait eue et vendue les Castelnau, du moins devraient-ils, à chaque muance d’abbé ou de vicomte, d’en faire hommage à l’abbé comme seigneur du lieu. Ils paieraient en outre et chaque année cinquante livres raymondaises de rente, sans avoir aucune juridiction ni sur les personnes ni sur les serviteurs du monastère. Les limites de la justice furent à cette occasion déterminées, le droit de l’abbé dans la création des consuls consacré, le port de la Grave ou port inférieur que les vicomtes avaient accordé auxdits consuls, restitué, la licence qu’ils avaient prise d’octroyer des franchises, subordonnée. Ajoutons, pour compléter cette histoire des rapports de nos vicomtes avec l’abbaye, qu’ils en étaient de leur propre chef de très anciens vassaux. Ils lui rendaient hommage, de toute ancienneté, pour ce qu’ils tenaient d’elle entre la Dordogne et la Sourdoire, le château de Bétaille excepté. En 1190, à Figeac, Raymond II et son fils Boson avaient fait pareillement hommage pour ce qu’ils tenaient même dans la ville de Beaulieu et honneur d’abbaye, non moins que pour leurs châteaux de Bétu, d’Estival et de Cousage, et leurs possessions de Saint-Privat et de Favars.

S’ils devaient battre monnaie, ils s’engageaient à ne le faire que dans la ville et à payer à l’abbé le dixième des monnaies battues. Ils s’engageaient semblablement à n’imposer ni subside ni taille sur les habitants de Beaulieu.

Malgré le service ainsi rendu à la ville par son monastère, on croira sans peine qu’elle aussi monta peu à peu en marchant sur les droits de ses bénédictins. Avec elle encore il fallut plus d’une fois disputer, transiger, et les transactions, faites la veille, étaient violées le lendemain. C’est ainsi, par exemple, que les consuls, choisis dans le principe par l’abbé, furent, à partir du XIVe siècle, nommés par les consuls sortant de charge, en attendant qu’ils fussent au XVIIe siècle, renouvelés chaque année deux par deux comme les jurats de Bordeaux. Fidèles au principe que de deux maîtres il faut toujours choisir le plus éloigné, les citadins de Beaulieu s’appuyaient volontiers sur Turenne pour regimber le plus possible contre le joug de l’abbaye.

Au milieu de ces luttes intestines survinrent les grandes guerres du XIVe siècle. Beaulieu, qui dans le siècle précédent, n’avait fait alliance soit avec les villes soit avec les seigneurs de la région que pour se protéger contre des brigands ou des pillards, eut alors à se défendre contre les forces régulières d’un peuple acharné à sa proie, le peuple anglais, devenu notre maître. Il lui résista après Crécy, en février 1356 [2] et eut le bénéfice d’une délivrance qu’il attribua à ses saints protecteurs : mais après Poitiers il dut subir le joug ; Les ennemis lui dérobèrent, pour le punir, un baillage d’une douzaine de clochers qui lui fût bientôt, du reste, rendu par Charles V. Ses murailles, livrées tantôt aux Français, tantôt aux Anglais, durent être réparées plusieurs fois.

Par suite des maux inséparables pour les populations d’une guerre aussi longue, aussi dévastatrice que le fut celle de Cent ans, le monastère vit usurper de plus en plus ses domaines aussi bien que ses droits. Il lui fallut recourir à la papauté. Déjà, par une bulle de 1379, Clément VII avait député les abbés de Saint-Martin et de Saint-Augustin de Limoges, ceux de Figeac, d’Aurillac et de Saint-André de Clermont, les officiaux de Saint-Flour, de Cahors, de Sarlat, de Périgueux, d’Angoulême et Poitiers, pour procéder contre les usurpateurs par les censures ecclésiastiques ; après lui, Martin V dut encore, vers 1423, adresser au chantre de la cathédrale de Limoges un bref lui enjoignant le monitoire e contre ceux qui avaient pillé les biens et contre ceux qui avaient dérobé et retenu les titres.

Néanmoins ce qu’on souffrit alors n’égala pas les horreurs des guerres religieuses au siècle de Luther.

Sur la fin d’octobre 1569, les gens du camp des princes et de l’amiral Coligny, vaincus à Moncontour, se jetèrent sur Beaulieu où ils séjournèrent l’espace de huit jours, tuèrent le pitancier du monastère et trois autres prêtres, saccagèrent l’abbaye de fond en comble, brulèrent toutes les boiseries de l’église, dont le chœur était dit des plus beaux, emportèrent entre autres reliquaires la châsse inestimable de saint Prime et saint Félicien, brisèrent les vitres, se firent une proie du fer, des plombs, d’une partie des cloches, enlevèrent les ornements, détruisirent les livres, les archives, les images saintes, tout ce qu’ils purent atteindre de reliques, et ne laissèrent que les murailles nues.

En 1574, les huguenots revinrent à la charge ; « Ils pillèrent derechef l’église et les habitations des religieux et de l’abbé, brûlèrent les chartes, et nommément les titres et trésors de la cellérerie, firent prisonnier le sieur de Bras, cellérier et le rançonnèrent ». Ce cellérier étant mort sept ans après en 1581, « plusieurs et diverses personnes pillèrent derechef la cellérerie et n’y laissèrent que le corps mort dudit Michel de Bras, étendu sur la paille ; ils s’emparèrent même de la maison. »

Dans l’intervalle de ces deux dates, en 1575, les religionnaires avaient assiégé l’abbé Jean II de Cèpes dans le château d’Astaillac, d’où il n’osait sortir : ne pouvant l’y prendre sans doute, ils avaient du moins enlevé tout ce qu’ils avaient pu et tué un pauvre paysan. L’abbé, en mars de l’année suivante, dut enjoindre à ses religieux de se retirer dans ce château pour y faire l’office divin, ce qu’ils firent en effet le 20 avril ; dès lors, sinon même plus tôt, le moustier de Beaulieu servit au prêche du nouveau culte, qui dura douze ans. Armand Valet raconte qu’il avait été question de le détruire en 1569 : un protestant ou même, dit-on, la femme d’un ministre, avait réussi à le sauver. En 1575, on en masqua le beau portail par une halle et l’on ferma d’un mur la grande entrée d’ouest, encombrée d’ailleurs de constructions parasites.

Le duc du Maine et le gouverneur du Limousin, d’Hautefort, reprirent la ville sur les protestants en 1586 ; mais ils n’étouffèrent pas l’hérésie qui, grâce à l’action du vicomte réformé de Turenne, Henri de la Tour d’Auvergne, s’implanta dans Beaulieu comme dans pas une peut-être des villes de la vicomté. Les habitants restèrent en grande partie calvinistes, et sous le règne même de Louis XIII, à distance raisonnables des convulsions du XVI e siècle. En 1622, on surprit encore un projet d’extinction des catholiques qui, après les mesures prises, demeura sans effet. Un cimetière fut donné deux ans après aux protestants sur le champ de Bourrier, alors en dehors de la ville, et le temple de Tartarel, dans un pli des coteaux, abrita probablement les réunions de leur culte jusqu’à son extinction.

Ce fut une terrible passe pour Beaulieu que ce premier demi-siècle de discordes religieuses. Les bénédictins, privés de leur abbaye, s’habituèrent à vivre dans leur appartement de ville, sans l’appui de leur règle et, bientôt, hélas ! sans l’esprit de leur état. On les appelait des messieurs. Vainement les parlements s’unirent aux supérieurs pour amener une réforme : ils ne purent y réussir. L’évêque de Limoges, François de Lafayette, s’y dépensa de même et n’eut aucun succès. On essaya des Exempts de Bordeaux et les Exempts de Bordeaux échouèrent. Il fallut aller, pour voir finir les scandales jusqu’à l’abbatiat du jeune Emmanuel- Théodose de la Tour d’Auvergne, destiné à devenir bientôt le cardinal de Bouillon, où, comme l’appelèrent les contemporains, l’Enfant rouge. Celui-ci, dont le nom faisait poids, livra fermement l’abbaye aux Bénédictins de Saint-Maur, qui installés, le 11 mars 1663 – cent ans moins six après les premiers ravages de la Réforme ! – travaillèrent, tout le demi-siècle qui suivit à relever, les ruines des âmes et des lieux.

Biens avant leurs précieuses restaurations, d’autres ouvriers avaient fait dans la ville un bien incommensurable. Des jésuites y étaient venus vers 1622 ; un prêtre natif de l’endroit, le pieux Claude Faber, curé de Billac, leur avait donné une maison, près de l’hospice, devenu l’école des Frères. Ils se mirent à battre en brèche l’hérésie ; les prédications reprirent, les processions reparurent, les croix et les images saintes se rétablirent, les Pénitents furent institués. En 1633, la Mère Micolon ou Colombe du Saint-Esprit, qui venait de fonder les Ursulines de Tulle, descendit à Beaulieu pour une nouvelle fondation. Autorisée par l’évêque de Limoges (lettre du 15 août, fête de l’Assomption) elle resta six mois et assit à peu près son couvent. Dès lors l’hérésie perdit pied à Beaulieu : ce fut lentement sans doute, mais au bout d’un siècle, on ne comptait plus de huguenots et la population devint une des plus ferventes de tout le Limousin.

Elle avait à son service religieux deux paroisses, pour ainsi dire : l’une bien reconnue, l’autre assez discutée sur la fin.

La première était en dehors de la ville murée, au faubourg Majeur ou de la Chapelle, qui en avait pris le nom, avec un cimetière au sud, remplacé de nos jours par la place dite du Monturuc. L’église existe encore, posée sur le roc, au bord de la Dordogne qui a rongé le jardin de sa cure et près d’un pont ruiné du moyen-âge dont les piles sont visibles à eaux basses. Trois absides romanes, revêtues de lierre, sont sa partie la plus soignée ; après un transept que recouvre un plafond, une nef simplement lambrissée étale entre quatre chapelles gothiques son affreuse tribune, construite dans ce siècle pour les Pénitents bleus, qui ne sont plus qu’à l’état de souvenir. Le clocher, dressé sur le mur d’ouest, consiste en un pignon aigu, percé de cinq baies cintrées ou pend une cloche unique. M. Decoste, prêtre mort cette année, a fait récemment refondre cette petite cloche, où on lisait auparavant le nom d’Henri de Longueval, abbé de Saint-Amand de Coli, en Périgord (XVIIIe siècle).

L’église, où comme on l’appela d’abord, la chapelle de Notre-Dame-de-Beaulieu (Assomption) dut être bâtie et constituée en paroisse vers la fin du XIIe siècle, lorsque Beaulieu, prenant l’importance d’une ville, compta, outre son enceinte fortifiée, trois faubourgs plus populeux encore que l’enceinte. La cure, probablement détachée de celle de Sionac, fut, bien entendu, à la nomination de l’abbaye : le pouillé de Nadaud ; œuvre des derniers temps, l’appelle en ville murée : quelques chapellenies y furent annexées à partir du XVe siècle, époque où l’évêque de Limoges ordonna dans l’église d’importantes restaurations. Elle était ruinée, paraît-il, en 1433, par suite sans doute des malheurs de la guerre ; mais précisément à raison des dangers qu’on redoutait encore, l’évêque de Limoges refusa de consentir à son relèvement ; ce ne fut qu’en 1474 qu’il ordonna de rebâtir ce qui était à terre.

Après le Concordat, la paroisse fut portée dans l’abbatiale bénédictine. Alors M. Cances, curé de Billac et enfant de Beaulieu, qui avait acheté la vieille élise aux révolutionnaires, y fit installer les pénitents, privés de leur chapelle aux mauvais jours. Malheureusement, les Pénitents s’étant laissé mourir de leur belle mort, il a fallu naguère une sainte ursuline tirée du cloître par la maladie, mère Sainte-Ursule ou Antoinette Farges, pour parer à la ruine et remplacer la menace par une très appréciable propreté. Que fera maintenant l’avenir ? C’est le secret de Dieu.

La seconde paroisse, contestée par l’abbaye et supprimée longtemps de fait par le protestantisme, avait son siège dans le croisillon sud de l’église des moines, devant l’autel des saints Prime et Félicien, patrons vénérés de l’endroit. Elle s’appuyait, illégitimement, disaient les moines, sur une très ancienne chapellenie, fondée par eux dès le XIe siècle pour recueillir les offrandes des fidèles et répondre à leur piété à l’égard des saints martyrs. Un cimetière, dit de saint Prime, s’étant adossé à la chapelle, des cloches peut-être ayant été admises en un beffroi quelconque, les chapelains et leurs fidèles s’étaient habitués peu à peu à se considérer comme un groupe paroissial, qui dut, par le fait, surtout en temps de guerre, obtenir certains privilèges dont plus tard il se prévalut. Reconnaissons cependant qu’une chapellenie perpétuelle avec prêtres serviteurs ou vicaires, cimetière, grand’messe, prône, insertion dans les pouillés, communications épiscopales comme aux cures en titre, avait, pour la partie close de ville, tous les caractères apparents d’un vrai service paroissial. Nous serions plus sévères pour le point-annexe qui suit.

A la fin du dernier siècle (1782) la ville alla jusqu’à disputer aux religieux le grand clocher d’ouest et, par sentence du 27 août 1784, elle obtint, pour la copropriété de la tour et des cloches, gain de cause au sénéchal de Tulle. Cependant, deux siècles auparavant (13 septembre 1556) elle avait expressément déclaré ne rien prétendre à cet égard ; en 1724, les deux maîtresses cloches avaient été fondues et l’historien du monastère, qui fit lui-même opérer cette fonte, atteste dans son travail de 1727 qu’il la fit faire « aux dépens de la communauté ». Encore aujourd’hui, quand on considère la plus grande de ces deux cloches, seule restée, on y relève d’abord les armes d’un seul monastère : [D’azur] à deux clefs en sautoir tenues par un dextrochère, puis on y lit l’inscription suivante, qui semblait dès 1724 vouloir parer le coup :

 

PER SIGNVM CRVCIS ET PER INTERCESSIONEM SS. BENEDICTI ET MAVRI,

SPIRITVALES NEQVITAS REPELLE, DOMINE. – ANNO 1724.

EX SYMPTIBVS MONACHORVM HVIVS MONASTERI (sic) BELLILOCI –

FAICT PAR NICOLAS SIMMONOT.

 

 

Est-ce assez concluant ? [3]

Mais sans nous appesantir sur ces querelles du passé, bien tranchées aujourd’hui, parlons de la seule église paroissiale du moment, le Moustier d’autrefois, délaissé à la ville par des bénédictins à jamais disparus. C’est bien, dans son état relatif de conservation, le plus complet, le plus grand et le plus beau de nos monuments historiques diocésains. Je lui avais con sacré en 1869 une notice qui a pu – du moins je le désire – contribuer pour quelque chose à sa célébrité comme aussi à sa restauration ; voici, de ces pages, le résumé rapide, complété cependant par quelques aperçus.

L’église de Saint-Pierre de Beaulieu est un édifice roman de deux cents pieds de long, parfaitement proportionné. Elévation, largeur et développement s’y combinent dans cette mesure heureuse qui fait que l’œil, frappé de l’ampleur, tendrait même à se l’exagérer. Le plan est celui de la croix, avec triple nef et déambulatoire. Douze piliers, cantonnés de demi-colonnes sur pilastres, et quatre colonnes pleines sous la conque absidiale, élèvent la masse des voûtes à cinquante et quelques pieds au-dessus du pavé. En berceau pour l’ordinaire, avec des doubleaux tantôt surbaissés, tantôt aigus, en arête seulement dans les collatéraux, ces voûtes se dérobent au système roman que dans le croisillon du nord et une travée du bas-côté septentrional. Là un réseau compliqué de nervures accuse une restauration du XVe ou XVIe siècle.

Au centre de la croix, dominé par une coupole à pans inégaux s’élève une tour octogonale de médiocre élévation. Deux tourelles avec lanternons, dans les angles d’intersection de l’abside et du transept, servent de cage aux escaliers qui y conduisent. Au côté droit de la façade d’ouest se dresse une autre tour carrée, qui n’est ni de même époque ni de même facture.

Les collatéraux, soit dans la nef, soit dans le rond-point, sont surmontés de galeries obscures, dont la voûte en quart de cercle fait arc-boutant à la nef centrale et au grand hémicycle absidal : détail pris à l’Auvergne, dans une église où brillent par ailleurs la sévérité des formes et la grandeur des lignes, caractéristiques du style limousin. Ces mêmes collatéraux, en tournant autour du sanctuaire, ouvrent sur trois chapelles semi-circulaires ; deux autres chapelles, percées dans le mur oriental de la croisée, complètent, si j’ose ainsi parler, la couronne absidale, dont elles sont de fait extérieurement très rapprochées. C’est dans deux de ces cinq chapelles que l’on voit des retables en bois du XVIIe siècle, assez dignes de remarque. L’un fut commandé sous le prieur dom Claude Bénaud en 1676 (celui de saint Prime) et l’autre par le prieur dom Charles Poirier en 1678 (celui de Notre –Dame). Le cancel, également en bois sculpté qui ferme le sanctuaire, est dû à dom Clapasson, prieur en 1691.

Pour qui observe d’un œil exercé l’église de Beaulieu, ce bel ouvrage roman, malgré son harmonie d’ensemble, s’est fait en deux campagnes. La première, qui comprend abside, transept et haute travée de la nef, doit dater d’environ 1100 : c’est la meilleure. La seconde, d’un demi-siècle à peu près postérieure et d’un travail moins soigné, embrasse, avec la lanterne où dôme octogonal qui surmonte l’intertransept, les trois travées inférieures de la nef, plus les deux grands portails. La façade d’ouest, dans son premier triplet, appartient déjà à une époque qui n’est plus le roman : c’est du XIIIe siècle. Ainsi en est-il du grand clocher qui s’y détache en saillie et qui devait faire office de donjon autant que de tour à cloches : c’est presque du XIVe siècle. Je ne parle pas du triplet supérieur de la façade ; celui-ci appartient à cette restauration des derniers temps (1717-1724) qui dégagea l’entrée de l’église d’un pâté de construction parasites, encore indiquées sur les murs. On a mis sur ces murs la couronne d’épines des Bénédictins de Saint-Maur : elle équivaut à une date, à une signature.

Le portail sculpté n’est pas là : il est au midi, sur la place du marché de la ville, dans la deuxième travée de la nef. C’est le chef-d’œuvre de l’école de sculpture romano-limousine et le prototype du célèbre portail de Moissac qui lui, est de plusieurs années postérieur.

Pour en bien saisir le caractère moral et l’unité, il faut en l’étudiant commencer par les deux pages inférieures du porche : pages latérales qui, tapissant intérieurement les deux supports de la voûte, se regardent entre elles et s’encadrent chacune d’une double arcature cintrée.

Au nord et dans les deux compartiments réunis, l’imagier a sculpté d’abord l’épreuve du juste où Daniel dans la fosse aux lions. Un ange retient la fureur de ces monstres, sur l’un desquels le prophète est tranquillement assis. On lit son nom à côté de sa tête :

 

DAN

IEL

 

Le petit corps humain, symbole de l’âme, qui, au-dessus de la fosse, à droite, marche sur un reptile, exprime le triomphe final et répond à cette première moitié d’un verset de l’Ecriture : Super aspidem et basiliscum ambulabis.

Au midi, se voit la Tentation de Notre-Seigneur, chef et modèle de justes éprouvés en ce monde. Satan, qui n’agit plus ici par ses suppôts, vient lui-même au désert tenter le divin Maitre : « Vous avez faim : eh bien, si vous êtes le Fils de Dieu, dites à ces pierres de devenir des pains » :

 

SI FILIVS DEI ES

DIC VT LAPI

DES ISTI PA

NES FIANT

 

Notre-Seigneur ne lui répond que par un mouvement énergique de répulsion. Satan le porte alors sur le pinacle du Temple : « Si vous êtes le Fils de Dieu, jetez-vous en bas » :

 

SI FILIVS DEI ES

MITE TE

DEORVSM

 

Jésus, montrant le Ciel, indique qu’il ne faut pas tenter Dieu, et le voilà vainqueur. Désormais, il est maître de l’enfer. Dans le compartiment voisin de celui de la Tentation, nous est présentée la Mise en fuite des Démons ; puis, tout à côté, sur l’angle du mur, le Triomphateur des mauvais anges, encensé, entouré et servi par les bons, nous regarde et nous bénit en foulant de ses deux pieds le lion et le dragon. C’est la deuxième moitié du texte : Conculcabis leonem et draconem.

Si du Christ on veut passer à son Eglise, on verra la même victoire reproduite par l’imagier prédicateur. De chaque côté de la porte se dressent saint Pierre et saint Paul, ces deux soutiens de la Maison de Dieu ; il est difficile de dire ce que saint Paul a sous les pieds, mais saint Pierre marche sur les eaux, souvenir à la fois de confiance et de triomphe. Dans le trumeau qui sépare les deux baies, des personnages, tantôt seuls, tantôt étagés par deux soutiennent le poids du tympan, c’est-à-dire, comme on va le voir, le triomphe définitif du Christ : ils foulent aux pieds, eux aussi, des lions tandis que des lionceaux mordent au-dessous d’eux des colonnes symboliques qui les écrasent. N’est-ce pas la suite de la même idée ?

Par contre, en dehors de l’enceinte (foris canes), les malheureuses victimes du démon ou les faiblesses coupables sont vues, même ici-bas, livrées à la torture et à l’ignominie. C’est l’Impureté, sous la forme d’une femme abandonnée à la morsure de deux serpents et d’un crapaud ; c’est l’Avarice, serrant sa bourse et portant affourché sur son dos le démon qui la tyrannise ; c’est peut-être encore la Gourmandise, montrant sn assiette vide, après s’être gorgée. – Plus haut, dans le linteau du portail, mais sous l’enfer (moins odieux que le péché, puisqu’il n’en est que le châtiment), des formes animales humilient encore le vice, particulièrement la Haine et la Colère, sous l’emblème d’un dragon à tête humaine très raide, des flancs duquel s’échappent des singes, qui se tirent la langue et se battent avec des serpents. Odium suscitat rixas.

Montons plus haut encore : ce que le sculpteur a représenté au point où commencent à s’arrondir les arcs du portail, c’est-à-dire au-dessus du rez-de-chaussée ou zone de ce monde, ce sont le triomphe éternel du Bien et l’éternelle punition du Mal, qui relèvent, par le fait, d’un monde supérieur.

Le premier s’affirme dans la grande page du tympan ou Jugement dernier. Là le Christ glorifié, assis sur son trône et adossé à sa croix que lui portent des anges, ainsi que les clous de sa passion d’une part et la couronne de sa royauté de l’autre, ouvre ses bras à l’univers dont l’épreuve terrestre est maintenant finie. Il s’agit de juger, puis de diviser. Au signal de la trompette qui les éveille, les morts sortent du tombeau, et se préparent avec effroi à l’audition de leur sentence. Moins complète qu’ailleurs, la leçon murale, ici, ne présente, il est vrai, que la Gloire des justes que dans les douze apôtres assis triomphants à côté du grand Juge ; mais des morts ressuscités, les uns la font ressortir par leurs gestes, d’autres la disent assez par leurs regards émus. Au-dessous de cette scène imposante, se déroule l’Enfer, qui vient achever tout cet enseignement si riche et si moral. Il est rendu par une mer de feu sur laquelle courent en sens opposé des animaux hybrides qui saisissent, torturent et broient les malheureux réprouvés. Ils sortent à gauche d’une de ces têtes monstrueuses par lesquelles le moyen-âge a fréquemment figuré l’enfer.

Avec ce dénouement le mystère est fini ; car c’est un drame autant qu’un catéchisme, résumant la vie de l’homme, marquant aussi sa destinée. Rarement conception plus heureuse et unité plus grande dans les œuvres sculptées de l’époque romane. Quant à la sculpture elle-même, c‘est d’abord l’œuvre du XIIe siècle, à savoir des imperfections mêlées à des qualités sérieuses, avec un progrès marqué sur les temps antérieurs (tenir compte du grain de la pierre, qui, n’ayant pas la finesse du calcaire, servait mal le ciseau de l’artiste). Puis c’est le faire limousin, et franchement ce faire n’a pas beaucoup à envier aux autres provinces, tant on le voit recommandable par la vigueur, la noblesse, l’expression naissante, l’originalité (étudier en particulier les monstres du portail, les personnages du trumeau).

Ce porche remarquable manquait de sa voûte : le gouvernement vient de l’y remettre ; on l’a dégagé, à l’est, de deux boutiques, et à l’ouest, d’une maison qui s’adossait encore fâcheusement au flanc sud d l’église. Cette église elle-même a vu refaire sa charpente de nef, trois travées de ses voûtes et le parement inférieur de son abside, désormais délivrée du terrain rongeur de son ancien cimetière. Les réparations, conduites par M. Bonnay, étaient sous la haute direction de M. de Baudot. A quand maintenant, la fin d’un grattage qui rend si intéressante la première travée ?

On ne quitte pas l’église de Beaulieu sans en voir le trésor : tout réduit qu’il est, il présente encore des pièces dignes de remarque, dont deux surtout ont frappé l’attention à l’exposition universelle de 1889.

 

 

Ce sont :

  1. un reliquaire en argent, plus ou moins en forme de tour et de travail byzantin (suivant d’autres mérovingien), auquel s’attache une anse munie à son point culminant d’un chaton avec lettres tournantes ; °
  2.  une Vierge du XIIe siècle, en lames d’argent sur âme de bois, rehaussée de filigranes, d’intailles et d’un camée de l’époque impériale (statue de haute valeur) ;
  3.  une châsse en cuivre champlevé et émaillé du XIIIe siècle représentant sur sa face intérieure d’abord le Voyage des Mages, puis leur Adoration de l’Enfant-Dieu sur les genoux de sa mère ;
  4.  deux bras en lames d’argent relevées de filigranes et de cabochons, contenant des reliques de saints divers et de sainte Félicité, XIIIe siècle ;
  5.  si l’on veut, une ancienne crosse eucharistique en bois doré, datant de 1717 à 1720.

 

La « croix d’argent, longue d’environ d’un pied » qui contenait encore au dernier siècle une particule de la vraie croix, a disparu, comme le peigne liturgique de saint Rodolphe, en nous laissant seulement sur un morceau de parchemin l’inscription suivante, du XIIIe siècle, qui devait s’y rattacher, on en supprime les abréviations) :

Hic sunt reliquie, videlicet : de cruce Domini nostri Jhesu Christi ; item de cruce beati Petri apostoli – et he sunt fixe in presenti cruce - ; item de beato Paulo apostolo ; item de sancto Hilario, istius loci patrono [4], et alie quamplures.

Quant à la grande châsse, jadis en vermeil, des reliques de saint Prime et de Saint Félicien, elle n’est plus qu’en bois doré depuis les ravages du XVIe siècle. Encore doit-on savoir gré à la Providence d’avoir sauvé les précieux restes. Ils furent conservés par un calviniste, comme le fut également la statue de Notre-Dame ; et si nous avons encore ces deux trésors, c’est au dévouement courageux de deux nobles ursulines – Melles Albert – que nous en sommes redevables. Prisonnières de la Révolution ces deux femmes de cœur gagnèrent une nuit leur geôlier et mirent, en lieu sûr, au péril de leur vie des objets dont on avait projeté la destruction pour le lendemain même.

On lit dans l’Histoire parénétique des trois saints d’Auvergne, par le P. Branche ou Dominique de Jésus, p. 431 :

« Un jour, comme l’on transportait par dévotion la châsse de saint Marius en un monastère nommait Beaulieu et qu’avec basteaux on traversait le rivière de la Dordogne, un aveugle venant au rencontre fust illuminé. Ce ne fust pas tout : la châsse arrivée du monastère, un estropiat, y arrivant aussi, fust remis en l’entier usage de ses membres, comme si jamais il n’en eust été incommodé ».

Que ni la tradition ni les écrits ne nous aient conservé le souvenir de ces deux faits, ce n’est pas là matière à une vive surprise ; mais ce qui plus fort, c’est que Beaulieu ait eu le chef même de saint Mary sans qu’aucun document local ait pris souci de nous l’apprendre. Or, le Dictionnaire historique et statistique du Cantal le dit expressément, à propos de Saint-Mary-le-Clos (canton de Massiac) : « Le corps fut reçu à Mauriac (XIe siècle) ... le chef du saint fut donné à l’abbaye de Beaulieu. » (IV, 182-183). Il n’est que le clocher de Bassignac-le-Bas, à vrai dire peu distant de la Dordogne et de Beaulieu, pour donner dans sa sonnerie un souvenir à ce saint apôtre, ainsi qu’à saint Quinide, l’un des patrons de Mauriac ; mais un fait pareil est-il de conséquence ?

Des anciens bâtiments de l’abbaye de Beaulieu, au nord de l’église, il n’est guère resté que la salle capitulaire, contemporaine de l’église elle-même. Si elle n’était devenue la cave d’un propriétaire de l’endroit (qui, du reste, se prête complaisamment à sa visite), elle serait, avec quelques réparations, la digne émule de celle d’Obazine. Comme à Obazine, on descendait autrefois des appartements qui la surmontent dans l’église, au moyen d’un degré de pierre à trois rames, fait en 1691.  Ce fut l’année où l’on fit également la sacristie. Celle-ci demeure, l’escalier n’existe plus.

Une tour carrée assez basse, mais datant au moins des premières années du XIIIe siècle, s’élève à proximité du rond-point de l’église, sur la rue de Saine-Catherine. Cette tour de défense, propriété de l’abbaye, enfermait anciennement une chapelle de la sainte martyre : d’où son nom et celui de la rue. On n’accédait à cette chapelle que de l’intérieur du monastère, par une porte suspendue au-dessus du sol ; car le petit sanctuaire dominait le rez-de-chaussée. Un acte fut fait en1439 devant l’escalier, aujourd’hui disparu, qui conduisait à cette porte par une galerie : davant l’escalier dels gra (des degrés, gradus ?) ho (ou) coredor de la capela de Santa Catarina, en lo sementeri de Belloc davas Sant Prim (au-dessous de saint Prime). L’autel avait vicairie.

 

L’abbaye possédait deux chapelles en dehors de la ville : celle du Port-Bas et celle qui avoisinait son moulin, Moulin Abadiol.

La première, chère à la piété de Beaulieu et dans un site ravissant, au bord de la Dordogne, tire son nom de l’un des deux ports qui succédèrent aux deux ponts du XIIIe siècle, le pont bas et le pont haut. Un ruisseau avec un petit pont, dit du Tournel, en est si rapproché qu’on identifierait volontiers cet oratoire avec la chapelle appelée aussi du Tournel et signalée dès 1298. On s’y sent d’autant plus porté que l’on voit, le 12 janvier 1511 (vieux style), un bourgeois de Beaulieu, Jacques de Cèpes, laisser par testament « cinq sols pour les pauvres lépreux du Tournel. » Or, comme tous les vieillards le savent, le cimetière de ces lépreux était à côté de la chapelle du Port-Bas, dans un pré où l’on voyait encore sous la Restauration une grande pierre appelée Lo toumbo deous ladrés. Néanmoins j’hésite, devant certains autres indices et surtout devant une tradition qui porterait l’oratoire du Tournel non loin de là, à Tartarel où fut, dit-on, plus tard le temple protestant.[5]

Quoi qu’il en soit, la chapelle du Port-Bas est dédiée à la Sainte-Vierge. Nadaud, muet sur l’autre, accole au nom de cette chapelle la date de 1511, comme celle sans doute de la plus ancienne mention à lui connue. Elle est à deux étages. Comme une route, substituée à l’ancien chemin, au lieu de passer devant elle, s’était ouverte sur son dos et la mettait en contre-bas, on l’a surmontée d’une seconde chapelle, qui s’ouvre sur cette route et que bénit Mgr Berteaud en 1858. L’ancienne ou la basse accuse par ses formes le gothique du  XVe au XVIe Siècle ; mais autel et statue n’y datent que de la restauration faite, avec bénédiction nouvelle, par dom Charles Poitiers en 1679. Les Pères - pour parler le langage du temps -  avaient tous leurs vignes dans le coteau qui domine la chapelle. Or, m’a raconté une centenaire morte dans l’hospice de Beaulieu il y a quelques années, quand arrivaient les jours de la semaine sainte, les métayers et vignerons du monastère venaient dans le petit oratoire porter aux religieux les rameaux de Pâques Fleuries : ce qui leur valait, au dimanche même de Pâques, un  dîner dans l’abbaye. Les rameaux reçus, les bénédictions se rendaient à la tombe des lépreux et y faisaient des prières : leur sacristain, ajoutait la bonne vieille, avait eu soin de les précéder et de rafraîchir l’épitaphe, envahie par la mousse. Toute la Dordogne, pendant ce temps, était couverte de bateaux.

La chapelle du Moulin Abadiol était en l’honneur de saint Michel. Restaurée en 1679 par un autre prieur, elle n’est plus qu’une masure, laissée, elle-aussi, en contre-bas par la route de Tulle. Il s’y faisait autrefois une procession annuelle de printemps, où il était d’usage de porter des branchages dépouillés de leurs feuilles ; on l’appelait par la suite lo pourcissiou dé loï latos. Peu avant la Révolution qui, en lui laissant encore son bénitier de pierre, a dépouillé cette chapelle de tout caractère religieux, les cérémonies, m’a dit la centenaire, ne s’y faisaient plus ; mais les saintes images étaient demeurées – on en énumère quelques-unes – et la destination demeurait avec elle.

Non loin de l’’habitation dont cet oratoire est devenu une dépendance s’élève sur un mamelon le village du Batut (belle perspective sur la vallée). Il a, lui aussi, sa chapelle et de très vieille date. En 1190, Raymond II de Turenne et Boson, son fils, firent à l’abbé de Beaulieu une importante reconnaissance sur la place de ce village et devant la porte de cette église. Près de sept siècles après, en 1884, Mgr Denéchau a béni au même endroit une petite cloche de 1848, refondue avec augmentation par la famille de Costa. Le tableau du maître-autel représente le baptême de Clovis et saint Rémi paraît être le patron : il y a peut-être une vicairie de son vocable ; mais il y en avait certainement une du vocable de saint Gilles, et de celle-ci l’on connaît nombre de titulaires : elle datait au moins de 1252.

 

En ville, les Jésuites s’étaient bâti une chapelle aux XVIIe et XVIII siècles. Dans le jardin de leur maison, presque totalement occupée de nos jours par les sœurs garde-malades de la

Miséricorde ou de la Paix de Jésus [6], on voit les fondements de son chevet polygonal.

Elle était d’assez belle grandeur. Le donateur de la maison, Claude Faber, prieur des Pénitents à l’époque de son don (1629), en exigeait la construction en y marquant une place pour sa confrérie, sans troubler, disait-il, les exercices des Pères. Mais les Pénitents, au commencement du siècle suivant, vers 1712, firent construire sur le champ de Bourrier une chapelle à eux propre, remplacée aujourd’hui par la maison Mastral-Laval.

La Terreur, qui l’abattit, tout aussi bien que celle des Jésuites, abattit de même l’ancienne chapelle des Ursulines, probablement dédiée à saint Roch, comme la précédente l’était à saint Jérôme et celle des Jésuites à Sainte Anne. Elle respecta toutefois leur couvent, dont une moitié servit plus tard pour le transfert de l’hospice. Cet hospice, tenu de 1751 à 1789 par les Hospitalières de Saint-Alexis de Limoges, mais à partir de 1828 par les dignes sœurs de la Charité et Instruction chrétienne de Nevers, a eu la joie de relever le sanctuaire abattu, peu après le milieu de ce siècle : on y vénère qu’aujourd’hui le Sacré-Coeur. Quant aux Ursulines, relevées en 1827 dans un nouvel enclos par les deux viriles religieuses que j’ai déjà nommées (Mlles Albert, ou Mères Sainte-Claire et Saint-Michel ; voir plus de détails dans l’Hist. du Diocèse, p. 356), elles ont, elles aussi, édifié en 1851 une nouvelle chapelle dédiée à l’Immaculée Conception.

Chacune de ces maisons tient pensionnat. Il existe encore un pensionnat chez les Frères de Saint-Viateur, pour les jeunes garçons. Leur école libre fut fondée en janvier 1865 par M. Verniolles, alors curé de Beaulieu, où il a écrit son Manuel de l’éducation chrétienne et sa Conjuration anti-chétienne contre l’âme des enfants. Elle est installée où fut jadis l’hospice et où se trouvait, plus près de nos souvenirs, le dernier collège qu’ait possédé Beaulieu. Essayé plusieurs fois, toujours avorté, ce collège succédait depuis 89 à une ancienne institution fondée par les bénédictins, et qui montre encore près du Champ de Bourrier son petit clocheton avec l’inscription mutilée de sa façade. On lit en un distique grec au-dessus de la porte : « Tu cherches le miel des muses ? arrête-toi ici et bois ; « je te donnerai en abondance un nectar plus doux que tous les miels ». Venait à la suite de ce distique un autre distique latin, trop maltraité pour être intelligible :

 

TAVRINO NOBIS VIRTVS TITANE REVIVENS

.       .          .         .      .       .        INAQVE VENIT

 

Le collège était tenu tantôt par un, tantôt par deux régents et l’on y faisait les humanités ; il comptait une trentaine de latinistes peu après 1762 ; pas de pensionnat. Le prieur Vaslet rapporte d’un abbé du XVIe siècle, Gilbert de Saint-Hippolyte, qu’il institua un maître d’école pour cinq ans, à charge d’un quartier de mouton par an ; dedit jacultetem legendi (même sens que docendi) in grammatica, in artibus et etiam syllabicantibus.

Ce qui me rappelle que, dans ce même siècle, le premier des cardinaux d’Aigrefeuille, Guillaume l’Ancien, avait été élevé dans l’abbaye de Beaulieu. Ce qui me rappelle encore qu’Adhémard de Chabannes, en 1029, avait adressé sa lettre sur l’apostolat de saint Martial, entre autres personnages, au grammairien Wernon, de la même abbaye, membre du concile de Limoges en 1028. On pourrait ajouter qu’un Gérald de Beaulieu, mort à Limoges en 1289 et dont la cathédrale de cette ville conserve l’épitaphe, s’y était fait appeler l’Organiste, tout court, par suite de sa supériorité à y toucher les orgues : Organista vocatus, qui a fuit proecellens in cantu organorum : mais ce serait peut-être plus la même matière : passons à d’autres faits.

 

Il est dit qu’en 1292 le roi Philippe le Bel permit à la commune de Beaulieu de lever deux ans les droits de péage, pour rebâtir, près de la ville, un pont sur la Dordogne. Ce pont était vraisemblablement le pont supérieur, signalé déjà d’un mot. En face d’Altillac était le pont-bas, dont les restes, plus couverts par l’eau, s’aperçoivent cependant en temps de sécheresse : l’abbé avait autorisé la construction de celui-ci en 1268. C’est à quelques mètres au-dessus de ses piles que se trouve l’unique pont actuel, pont suspendu, de 1841, remarquable par sa belle longueur de près de 200 mètres.

Il passe sur une île, où ont eu lieu, paraît-il, en 1180 un combat singulier demeuré mémorable. Aymeric, coseigneur de Saint-Céré, en Quercy avait été accusé à la cour de Raymond II, vicomte de Turenne, par Hugues et Rigal de Saint-Céré, d’avoir tué par trahison Astorg de Saint-Céré, frère de l’un, cousin de l’autre et coseigneur comme Aymeric ; d’avoir tué encore Bertrand de Saint-Céré, d’avoir fait prisonnier Aymeric son père, avec d’autres seigneurs, enfin de leur avoir enlevé à tous le château de l’endroit. L’accusé s’étant défendu de toute trahison et n’ayant, disait-il, que répondu à des provocations, la cour jugea qu’il y avait lieu pour lui de purger son accusation par les armes. Il devait combattre en champ clos avec un chevalier égal à lui en fortune et en noblesse. La bataille fut assignée à Beaulieu pour le premier mardi qui allait suivre l’octave de Saint-Hilaire (dernier tiers de janvier).

Au jour marqué descendirent dans la ville de vicomte de Turenne, Gérald son frère, le vicomte de Limoges, celui de Comborn, Elie son fils, un autre Elie qualifié lo vescoms de Gimel, le seigneur de Taleyrand, celui de Lastours, celui de Chabanais, celui de Gourdon et nombre d’autres encore. Les accusateurs d’Aymeric présentèrent la masse des chevaliers aux juges du camp ; mais le vicomte n’en trouva qu’un pour cette lutte, Gérald de Velzic, des seigneurs de Fontanges, en Haute-Auvergne. Le combat fut fixé au jeudi. Le jeudi venu, Aymeric de Saint-Céré s’y présenta et eut le malheur de trouver, devant cette nombreuse assistance, la défaite et la mort. On l’estima jugé. Ses biens, confisqués par la cour suzeraine, passèrent au vicomte. Signalons sur la place de la Bridolle la maison Duchamp de la Geneste, pour sa façade décorée de statues qui lui sont antérieures et pour sa belle cheminée du premier tiers du XVIe siècle, due aux deux époux Pierre de Cèpes et Jeanne de Cornil ; puis donnons quelques mots à la biographie.

            L’église paroissiale d’Aynac, en Quercy, fut consacrée vers 1200 sous le nom d’un saint Genest qui aurait été moine de Beaulieu. Il fut tué, paraît-il, à date inconnue, par ses neveux, fils d’Aygane, sa sœur. C’est tout ce qu’on sait de lui. – Eustorg de Beaulieu, qui appartenait à une ancienne famille bourgeoise ayant pris le nom de la ville, fut un poète de la Renaissance. Comme son homonyme du XIII siècle, il était prêtre et organiste, mais à Lectoure où un évêque limousin l’avait appelé, Jeans de Barton. Il quitta cette ville pour une autre qui le tentait bien davantage, Lyon. C’est là qu’il écrivit des Divers rapports, où certaines compositions lubriques le signalèrent d’un coup parmi les poètes libertins et un peu plus tard excitèrent ses regrets. Il n’en continua pas moins de rimer chansons ou rondeaux libres, ce qui le mena tout droit dans l’hérésie. Le cœur, a-t-on dit, fait mal à la tête, et lui-même le proclame en un quatrain :

 

L’homme paillard, par paillardise

Offense Dieu premièrement,

Puis est subject totallement

Au dyable et n’est plus en franchise.

 

L’ancien clerc de la bazoche, entré dans l’Eglise, sans vocation, les uns disent par dépit, les autres par convoitise, car il avait eu, enfant, des malheurs de famille, - fut donc obligé de s’enfuir à Genève. Devenu pasteur protestant, il prit de la tenue et composa des poésies religieuses, accompagnées de leur musique. Le journal d’un ministre de Bâle nous apprend qu’il mourut dans cette ville le 8 janvier 1552.

Au procès de Louis XVI, en 1793, le 16 janvier, un député suppléant de la Corrèze, qui voulait s’épargner la tâche de sang, fit entendre ces paroles : « Citoyens, je ne suis parmi vous comme suppléant que depuis le 9 de ce mois. A cette époque, l’instruction et la discussion sur le procès de Louis Capet étaient terminées. Je n’ai eu connaissance des faits et des crimes dont il est prévenu que par les feuilles et les journaux : cette connaissance est très incertaine. Celle que j’ai des preuves de conviction l’est encore plus. Je ne puis émettre mon opinion dans les questions que présente cette affaire, et je déclare m’abstenir d’en connaître ». Sur ces mots d’un honnête homme, la Montagne gronda, Legendre leva le bâton, mais la Convention laissa passer. C’était l’avocat Louis Lafond, de Beaulieu, qui parlait de la sorte.

Sa petite ville donne présentement aux armées le général de division Joseph Dufaure du Bessol. Parti tout jeune pour l’armée, cet officier supérieur s’y distingua par sa bravoure, surtout en Afrique, vers 1857, à la bataille d’Ichériden, où un Kabyle disait de lui après l’assaut des hauteurs : « Je voudrais bien savoir quel était ce diable enchanté qui marchait à cheval à la tête des grandes capotes. Je lui ai tiré deux coups de fusil ; tous nous le visions ; nous étions plus de mille, tirant sur lui ; nous voyions nos balles soulever la terre autour de son cheval ; il avançait toujours. Qu’on me donne son nom pour que je le garde. » M. du Bessol fit presque toutes les campagnes de l’Empire : Crimée, Italie, Mexique et se trouva colonel devant l’armée d’invasion, dans le Nord, en 1870. Il s’y comporta avec honneur, commanda brillamment à Villers-Bretonneux, à Pont-Noyelles, à Bapaume, à Saint-Quentin ; fut promu général en 1871, fit respecter plus tard son nom, ses convictions, ses croyances, arriva lentement aux étoiles divisionnaires, mais enfin arriva. Il est actuellement à la tête du 13e corps d’armée (Clermont-Ferrand).

Je finis par mes listes habituelles.

 

1° Abbés de Beaulieu [7]:

 

859, GAIRULFE, moine de Solignac, préposé par son abbé au nouveau monastère que fondait saint Rodolphe.

889, même nom avec RAINULFE, jusqu’au 4 novembre 897, où l’on fit consacrer par l’évêque de Limoges, l’église de Favars.

Fin 897, RAINULFE seul.

899, RODULFE I, à qui fut donné la moitié de l’église de Saint-Pardoux de Monmont. Il reçut aussi en 925 celle de Vernarsal.

927, JEAN I qui reçut divers dons du fameux Adhémar des Echelles, en particulier l’église de Tauriac (Lot).

936, RODULFE II ( ?) à qui fut aussi donné celle de Saint-Bonnet de Cahus (Lot également).

937, BOSON, élevé sur le siège épiscopal de Cahors. En 940, on lui donna l’église de Camps.

943, BERNARD I.

954, GUERNON. Sous l’abbatiat de celui-ci, eut lieu, devant le comte de Cahors de Rodez, un combat singulier relatif à l’église de Saint-Médard de Presque, en Quercy, propriété du monastère.

968, GÉRAUD I avec le précédent. – Quelques-uns le croient abbé laïc et suppose avec lui un abbé régulier.

970, le même GÉRAUD avec ADALGIS ou ADALGAIRE.

975, le même avec KALSTON.

984, le même avec BERNARD II, qui fut aussi évêque de Cahors.

1028, BERNARD III qui fut encore évêque de Cahors et que troubla dans la possession de son abbaye l’abbé laïc Hugues de Castelnau.

1056, FRODIN, abbé régulier, mais dépossédé par ce même laïc. Il devint abbé de Tulle.

1076. un Cluniste inconnu.

 

1097, GÉRAUD II, sous qui dut se faire la plus belle partie de l’église.

Vers 1145, GALTIER ?

1164, PIERRE de SAINT-CÉRÉ, dont l’administration fut peut-être un peu faible, en tout cas fort tourmentée.

1190, HUMBERT I.

1204, PIERRE de SAINT-CÉRÉ pour la deuxième fois.

1205. GAUZBERT. 

1223, HUGUES II.

1233, HUMBERT II.

1239, RAINAUD DE LA VALETTE, l’un des premiers auteurs des saints livres des Décrétales. Il assista au concile de Lyon, d’où le pape Innocent IV, qui l’apprécia, le mena en Italie. Il y mourut de 4 des ides de mars (10 du mois) 1260, cardinal et abbé de Silva-Negra en Sicile.

1251, BERNARD IV, qui reçut les actes d’hommage de Bernard de Comminges, devenu vicomte de Turenne.

1256, Jean II.

1259, BÉGON DE SCORAILLES, dit en 1261 Berengarius, en 1269 Bernard. Il donna d’excellents statuts au monastère.

1290, GUILLAUME I.

1293, BERNARD V.

1307, RAYMOND I.

1316, HÉLIE DE MALFAYDE, qui, accusé de simonie, se défendit auprès de Jean XXII et fut transféré vers 1320 à l’abbaye d’Ebreuil, en Auvergne.

1318, GIUILLAUME II, de la maison de Castelnau.

1320, HUGUES DE MALFAYDE.

1325, RODULFE II, sous qui fut fondée par frère Gérard Dolhac, la chapellenie ou vicairie de Saint-Marc. J’omets les autres.

1327, RAYMOND DE VALLON ? (de Vallo), appelé de la Bourgogne pour l’édification des religieux.

1333, GUILLAUME III.

1342, RODULFE IV.

1342, BERTRAND I.

1348, Un HÉLIE, mort vers la Pentecôte et que ne mentionne aucune liste antérieure à la publication de Vaslet.

1349, GILBERT DE SAINT-HIPPOLYTE.

1360 ou 1361, ANTOINE I ?

1362, GUY.

1374, GUILLAUME IV ?

1376, BERNARD DE BEAULIEU, de la famille d’Eustorg.

1399, GÉRALD BARDON (Melon de Pradou, Monographe de Favars).

1402, NICOLAS.

1416, BERNARD VII.

1425, DURAND, official de Montauban.

1433, ETIENNE D’AYMAR DE CURMONTE, excellent abbé.

14.., DOMINIQUE DU PONT.

1443 RODULFE V.

1444 BÉRALD DE MONCEAUX DE MARCILLAC, qui en 1445 fut dépossédé par le premier des commendataires, c’est-à-dire le suivant.

1445 PIERRE DE COMBORN, nommé l’année précédente, lequel fut aussi abbé ou tout au moins administrateur d’Obazine et évêque d’Evreux. En 1448, Bertrand de Plas de Curemonte paraît lui avoir été inutilement opposé par l’évêque de Limoges. Un Hugues de Fume, nommé aussi après Pierre de Comborn, ne prit pas possession et fut abbé de Bourg Dieu en une autre province.

14.. ANTOINE GUILLON.

1466, GUYOT D’ADÉMAR DE GRIGNAN, de l’illustre famille dans laquelle entra plus tard la fille de Madame de Sévigné. Il devint évêque d’Orange. L’élection des moines lui avait vainement opposé Louis de Comborn,  « homme d’une rare vertu ».

1492, GUILLAUME D’ADÉMAR DE GRIGNAN, qui fut évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux. Les moines lui avaient encore opposé encore un des leurs, Pierre de Curemonte.

1517. FRANCOIS DE CARBONNIERES.

1531, JEAN DE CUREMONTE.

1532, BERTRAND DE FAGES.

1560, JEAN DE CEPES, premier du nom, qui tomba dans l’hérésie.

1560, JEAN DE CEPES, deuxième, qui lutta au contraire contre le protestantisme.

1578, PIERRE GRANAYRIE, nommé par le vicomte de Turenne et contre lequel échoua Cothage de Martel, nommé sans doute par le roi.

1591, JEAN DE COUSAGES, conseiller et aumônier du roi.

1595, PANTALÉON DE LA COSTE.

1608, GÉRAUD DE CUSTOJOUL, premier du nom.

1624, JEAN GRAMOND.

1627, GÉRAUD DE CUSTOJOUL, deuxième, conseiller du roi et un des aumôniers de la reine-mère.

1658, EMMANUEL-THÉDOSE DE LA TOUR-D’AUVERGNE, depuis cardinal de Bouillon, démissionnaire en faveur du suivant, son précepteur, aussitôt que fut introduite, du moins en principe, la réforme de Saint-Maur.

1663, RENÉ-FRANCOIS LE SAUVAGE, pieux ecclésiastique qui fut appelé à l’évêché de Lavaur en 1673, légua aux pauvres de Beaulieu et des environs tout ce qui lui était dû de par son bénéfice, ne laissa rien à sa famille et voulu être enseveli sans pompe dans sa cathédrale (mai 1677).

1681, PASCAL DE RAVILLON.

1688, JEAN PHILIP DE SAINT-VIANCE, prévôt de ce lieu.

1707, N. DE TILLY DE BOSFRANC.

1710, ARNOUX LE BOUCHER D’ORSAY ?

1713, MARTIAL DE BROSSARD, doyen de la cathédrale de Tulle et vicaire général, soit de Tulle, soit de Limoges.

1734, JEAN-BAPTISTE-JOSEPH-DE VAYRE DE MONTAL, vicaire général de la Rochelle et d’Aix.

1756, LOUIS-MARIE DE FRISCHMAN DE ROSEMBERG, chanoine de Saint-Louis du Louvre et chargé d’affaires du roi à la cour de Madrid.

1759, JEAN-JOSEPH-JOACHIM DE GABRIAC, grand-vicaire de Sens.

1768, CAMILLE-LOUIS-APPOLINAIRE DE POLIGNAC, chanoine d’Auxerre, depuis évêque de Meaux.

1779, FRANCOIS-BENOIT DE GONDOUIN, vicaire général d’Orléans, mort en 1786.

1787, JEAN-BAPTISTE DE BOUILLÉ, grand-vicaire de Saint-Flour, chanoine–comte de Vienne, aumônier de Marie-Antoinette et après la Révolution de Mme la duchesse d’Angoulême ; nommé en 1819 par l’évêché de Poitiers et mort le 15 janvier 1842. – En 1790, le roi lui imposa sur son bénéfice une pension en faveur d’un « sieur Lamourette » qui ne peut être que l’évêque constitutionnel de Lyon, d’un peu plus tard, mort sur l’échafaud le 10 janvier 1794.

 

2 ° Plusieurs claustraux mauristes :

 

Lorsque fut installée, en 1663, la réforme de Saint-Maur, les prieurs claustraux ou supérieurs sur place de la congrégation furent : 1663, dom Claude Lieutaud ; 1672, Sixte Mounier ; 1675, Claude de Benaud ; 1678, Charles Poirier ; 1680, Maur Dupont ; 1689, Antoine Clapasson ; 1693, Barthélémy Gérentes ; 1694, Marcellin Pinel ; 1699, Hugues Bergonhon ; 1705, Benoît d’Aurelle ; 1706, Louis Landrieu ; 1708, Jean-Baptiste Maloët ; 1710, Philippe Raffier ; 1711, Louis Guilhomin, qui, cette année et l’année suivante, reçut deux fois dom Boyer avec « toute sorte d’honnêtetés » ; (dom Boyer, l’un des érudits de la congrégation  préparateurs par leurs voyages de la refonte du Gallia christiana, fut à deux reprises bénédictin de Beaulieu) ; 1717, Hugues Bergonhon, nommé pour la seconde fois mais mort à Souilhac presque aussitôt après sa nomination (23 mai) ; 1717 (22 juin) Joseph Malevergne ; 1720, François Michelet ; 1723, Armand Vaslet, auteur d’un Abrégé de l’Histoire de l’abbaye de Sain-Pierre-de-Beaulieu, que j’ai publié en 1884 au Bulletin de Brive ; 1728, Jean Lamy ; 1735, Jean Marchadier ; 1739, Martial du Laurent ; 1742, Jean-Baptiste Palerne ; 1748, Bruno Leyssène ; 1751, Léger Lefaivre ; 1754, Etienne Perot ; 1757, Léonard Deschamps ; 1763, Charles Lancelot ; 1766, Charles-Auguste Isnard ; 1769, Jacques Chardès ; 1772, Pierre Ardant ; 1775, Léonard Deschamps ; 1778, Alexis Durand ; 1780, Jean-Baptiste Labiche ; 1781, Jacques Chardès ; 1782, Jean-Baptiste Periot ; 1783, François de Mathieu, qui se démit ; 1784, Jacques Pissis ; 1785, Joseph Segon ; 1787, François de Mathieu ; 1789, Jacques Chapuis (1).

 

3 ° Curés de Notre-Dame puis doyens de Saint-Pierre :

 

1361, 22 janvier, Jean de Salvatge, dit chapelain de l’église de la Chapelle Sainte-Marie de Beaulieu ; 1382, Géraud de Molières ; 1421, Jean Chambon, qui testa le 5 janvier ; 1441, Jean de Moustoulac ; 1475, Pierre de Cèpes, d’une famille qu’on a vu donner des chefs à l’abbaye ; 1479, Pierre Rebeyrotte ; même nom en 1532 ; 1618, Etienne Moulhar ; 1642, Etienne Vigier ; 1687, Claude Vigier ; 1695, Guillaume Vigier Delpeuch ; 1710, autre Guillaume Vigier, mort en 1764, après 54 ans d’un ministère curial « des plus zélés » ; 1765, Pierre Massoulie ; 1789 Pierre de Braconat ( ?) – 1803, Jean-Baptiste-Joseph Chaveribière ; 1806, Joseph Laplace ; 1823, Jean-Joseph Brel ; 1824, Joseph Barrière ; 1830, Jean-Henri Vieillefond ; 1862, Justin Verniolles, précédemment supérieur du petit séminaire de Servières ; 1872, Eugène-François Pallier, item ; 1890, Cyprien Valeille.

 

4° Chapelains à titre perpétuel de Saint-Prime (assistés de prêtres serviteurs, parfois au nombre de huit) : Entre 1060 et 1108, Bernard Olivier ; 1287, Gérald ; 1371, Jean Lapoche ; 1382, Guillaume Dufaure ; 1402, Guillaume Chabrol, qui prit possession le 26 août ; 1445, Jean de Lavinhac ; date indéterminée mais antérieure à la suivante, Etienne Lafaye ; 1451, Jean Bonnet ; 1456, Etienne Lavadour ; 1483, Pierre de Carbonnières ; 1513, Jean Floret ; 1557, Raymond Vaysse, mort cette année-là ; après lui, Martial Benoît, chanoine et official de Limoges, vicaire général de Bertrand de Fages, abbé de Beaulieu ; 1633, Pierre Laurie, 1641, Pierre Dancie ; 16.., N. Peyrat : 1756, Gabriel Sclafer du Mazel ; 1787, Pierre de Braconat.

 

5° Supérieurs des Jésuites ou de la « Mission » :

 

1626 François Alange ; vers 1666, Pierre Desroches ; 1680, Pierre Huguet ; 1693, François Gachet ; 1729, Jean Levet ; 1731, Guillaume d’Arfeuille ; 173., N. Lavalade ; 1734, Joseph Gintrac ; 1746, Jean-Louis Myrat ; vers 1755, Raymond Périgord ; 176., N. Massias.

 

6° Supérieures des Ursulines :

 

1632, Colombe du Saint-Esprit, Antoinette Micolon ; 1637, Marie de Jésus Tourillon ? ; 1650 Gabrielle de l’Incarnation de Cayron; 1660, Françoise de la Croix Dareilh ; 1671, Euphrasie de Sainte-Agnès Fraigne ; 1674, Jeanne du Saint-Esprit du Verthamon ; 1681, Aimée de Jésus Michelon ; 1687, Marie de la Purification Bariassont ; 1695, Marie-Anne de Rocquart ; 1700,

 

(1) Je dois plusieurs de ces noms à la complaisance prévenante d’un érudit chrétien de Brioude, M. Vernière, avocat, que je me fais un devoir de remercier.

de Saint-Jean, Ysabeau de Gain de Montaignac ; 1709, de Jésus, Françoise de la Johanie ;

1726, de la Nativité de Veilhers ; 1733, de Jésus de la Johanie ; 1738, de la Vierge, Cécile Dufaure du Bessol ; 1744, de Jésus la Johanie ; 1745, du Saint-Sacrement, Philippe de Métivier du Doux ; 1757, Suzanne Guittard ; 1761, de Sainte-Claire, Guillaumette Certain ; 1770, de Saint-Michel Gary ; 1778, de Saint-Denis, Marie-Françoise de Métivier de Vals ; 1791, de Saint-Jérôme, Marie de Métivier de la Besse ; 1827, de Saint-Dominique, Anne Dalboy ; 1828, de Sainte-Hélène, Catherine Frugère ; 1829, Marie-Angélique, Anne

Chardon ; 1830, de Sainte-Angèle, Gabrielle Thuzet ; 1836, de Sainte-Madeleine, Madeleine Carriat ; 1837, de Saint-Vincent, Marie Brochet ; 1838, de Sainte-Félicité, Marguerite Chadaizon ; 184. de Sainte-Victoire, Marie Nury ; 1847, de Saint-Stanilas, Gilberte Mercier ; 1850, de Saint-Régis, Marie Rebourg ; 1868, de Sainte-Marie, Marie Gasquet.

 

7° Supérieures de l’hospice (Sœurs de Nevers) :

 

1828, Alexandrine de Pardailhan ; 18.., Mélanie Conche ; 1833, Honorine Chabadec, 1836, Antoinette Dordet ; 1841, Jospéhine Fouilloux ; 1855, Ambroise Carré ; 1881, Marthe Descazaud ; 1886, Arsène Davet.

 

8° Villages et hameaux :

 

Le Batut, La Borie du Gua, la Cabane, les Cavaleries, la Combe, la Comtesse, Cormac, Corsac, Fleyx, Ganissal, les Gardelles, Goutte-Nègre, Mage, la Millague, Le Moulin  Badiol (pour abbadiol, abbatial), la Négrote, Nogeant, la Palotte, Peyrégeal, Plancas bas, Plancas haut, Puy-Cervier, dont les Lasserre avaient la seigneurie ; Rondinier, mentionné dès le milieu du Xe siècle, Roquecave, le Tilliol.

Beaulieu est réputé pour ses vins, « les meilleurs de Limousin » dit Saint-Amable ; celui de Ganissal est peut-être le plus délicat.

 

9° Sceaux :

Le sceau du monastère était aux armes déjà dites : deux clefs en sautoir ; lesquelles n’ont présenté toujours ni le dextrochère qui les tient parfois, ni les fleurs de lys qui les ont cantonnées en dernier lieu.

Le sceau de la ville également à ses armes, n’offrit d’abord qu’un château à trois tours. Plus tard on mit ce château par dessus les clefs du monastère et l’on eut à lire ainsi les armes et le sceau : de gueules à un château d’argent à trois tours, coupé d’azur à un dextrochère d’argent tenant deux clefs de même en pal. – Légende d’un sceau rond au XIVe siècle : S[IGILLVM] CONSVLVM ET COMMVNITATIS DE BELLOLOCO. – Publiés.

 

ADDITIONS ET CORRECTIONS

 

P. 106, 1. 41, lire 1632, et 116, 1. 28, lire 1178. P. 120, supprimer l’abbé de 1710. P. 122, ajouter aux supérieurs des Jésuites : 170, Mombec, et 1755, Civadier. P. 122, substituer à Sainte-Victoire, Marie Nury, portée pour 184., Sainte-Thérèse, Jeanne Godelle. Ajouter à ces supérieures : 1893, Saint-Stanislas, Adrienne Reyt ; puis aux hameaux, p. 123 les Moulins d’Estresse et de Latreille, dont le premier remonte au XIVe siècle : enfin aux supérieures des Sœurs qarde-malades mère Saint-Louis Longaygue, 1892, qui en 1893, a fait bénir une nouvelle chapelle, ouverte au public et dédiée au Sacré-Cœur.

 

[1] Voir dans l’Histoire du Diocèse p. 389 et suiv., l’itinéraire d’un de ces prélats, Simon de Beaulieu, en 1285. Ses Actes de visite peuvent compléter agréablement les données du Dictionnaire sur Albignac, Argentat, Arnac et autres lieux, pour lesquels on n’a pas cru nécessaire de les reproduire.

[2] Le Chanoine Poulbrière a certainement voulu dire « en août 1346 ». (Note du correcteur)

[3] Pour compléter en passant la matière des inscriptions de cloches, je signale :

1° Celle d’un fragment recueilli dans le cimetière actuel, au voisinage de l’ancienne église paroissiale, et appartenant à M. de Veyrières :

L’AN MIAL CCCCC VII (en gothique)

2° Celle d’une ancienne cloche de la même église, plus tard transportée dans l’autre :

     1HS.            Gloria in excelsis Deo.           S[ancta] M[aria], ora pro Nobis

M. ANTOYNE MEYNARD, PR[emier] CONSVL, PAR[rain].

MARIE DE ROQVE-MAVREL, DAME DE LASSERE M[arraine].

M VIGIER, CVRÉ, 1715.

3° Celle de la petite cloche du Rosaire, venant, dit-on d’Estresses :

A FULGVRE ET TEMPESTATE DEFENDE NOS, DOMINE (gothique du XVIe siècle)

 

[4] Il était des patrons secondaires.

 

[5]  Le 22 décembre 1475, Antoine Vilaton, chirurgien de la ville, léguait 12 deniers pour la réparation de la chapelle du Tournel, comme il laissait 15 sols pour celle de l’église Notre-Dame, objet, nous l’avons vu, d’une réfection partielle dès l’année précédente. L’oratoire existait encore en 1507.

 

[6]  Petit institut local, qui possède trois maisons au diocèse de Cahors ; il ne compte encore que deux supérieures : Marie GUITARD et Marie-Thérèse ALAYRANGUE.

- Oratoire intérieur à N.-D. de Pitié, avec réserve eucharistique.

 

[7] (1) En général d’après la précieuse édition du Cartulaire de l’abbaye de Beaulieu par notre compatriote M. Maximin Deloche (1859, in-4°), fin de l’Introduction.