Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 20/09/2025
BEYSSAC
Canton de Lubersac, arrondissement de Brive, ancien archiprêté de Vigeois. Superficie : 2.132 hectares ; population : 1.090 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 10 kilomètres.
Ne serait-ce qu'au titre de ses origines, la jolie petite église de cette paroisse devrait compter parmi nos monuments historiques. Tout y est simple, autant que régulier ; mais à la voûte du sanctuaire brillent, sous la tiare et les clefs pontificales, les armes d'un pape né non loin du clocher, le pieux Innocent. C'est lui qui fut le fondateur, ou plutôt le reconstructeur de cette église, de 1352 à 1362, années extrêmes de son pontificat. Le style dit assez bien l'époque. Si les réseaux des fenêtres sont encore rayonnants, les contreforts à pignons affectent déjà les angles, et les nervures deviennent prismatiques. Des peintures d'appareil dans les voûtes sont d'ailleurs tout le luxe — et il n'est pas grand, bien que sa rareté le rende précieux — de cet édifice rustique, où s'accusent les goûts modestes du chef de l'Église auquel nous le devons.
Ce chef de l'Église dut naître vers la fin du XIIIe siècle, ou à Pompadour, ou au château des Monts, remplacé depuis 1849 par une succursale du haras de Pompadour. Sa famille frayait alors avec la noblesse et montait peu à peu dans ses rangs, mais sans les avoir atteints encore. Ce ne fut qu'en 1338 que Philippe de Valois donna des lettres à Gui, frère du futur pape. Celui-ci, du nom d'Etienne Aubert, avait débuté par l'enseignement du droit à Toulouse et se trouvait en 1335 juge mage de cette ville. Il fut élevé deux ans après au siège de Noyon et en 1340 au siège de Clermont. Clément VI, son compatriote, élu à la chaire suprême en 1342, le fit cardinal cette année même. On peut croire que ce ne fut point l'effet de la faveur, car l'austère Benoît XII avait songé avant Clément VI à cette promotion. Etienne Aubert, honoré du chapeau, fut employé dans diverses négociations, particulièrement en faveur de la France, pour la réconciliation d'Edouard III avec Philippe VI. Il était devenu cardinal-évêque d'Ostie et Vellétri, c'est-à-dire doyen du Sacré-Collège, lorsqu'il fut élu à l'unanimité par ses collègues pour le remplacement de Clément VI (18 décembre 1352). Son pontificat sut se distinguer, non par le brillant mais par l'utile : Innocent VI révoqua les commendes, suspendit dans les cathédrales les réserves que s'y faisaient les cardinaux, diminua les dépenses de la cour pontificale, mit de l'ordre dans l'administration, recouvra les biens perdus de l'Église romaine, institua la pieuse fête de la sainte Lance et des saints Clous, aima les pauvres, cultiva la justice, paya toujours d'exemple et fit enfin le bien dont il demandait chaque jour la grâce à Dieu par cette prière de nos saints livres : Fac mecum, Domine, signum in bonum. Il mourut, comme son prédécesseur, après dix ans de règne, le 12 septembre 1362, et fut enseveli dans la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, qu'il avait fondée. Il avait fondé aussi pour les écoliers limousins le collège de Saint-Martial, à Toulouse, dont Baluze devait être plus tard l'utile et célèbre boursier.
Deux de ses neveux ou petits-neveux furent par lui élevés à la pourpre : Audoin Aubert, que Clément VI avait fait en 1349 évêque de Paris, qui le fut ensuite d'Auxerre (1351), et qu'on appela dès 1353 le cardinal de Maguelonne (mort en 1363) ; et Etienne Aubert, d'abord protonotaire apostolique, puis évêque élu de Carcassonne en 1361 pour le titre, cardinal-diacre la même année et mort cardinal-prêtre à Viterbe en 1369. Un autre neveu, Arnaud Aubert, fut en premier lieu évêque d'Agde, d'où il passa à Carcassonne ; devenu archevêque d'Auch et camerlingue de l'Église romaine en 1366, il mourut en 1371. Hugues Aubert, petit-neveu, fut aussi évêque d'Albi.
Du reste, puisque le Nobiliaire de Nadaud, du moins dans sa première édition, n'a que très peu de chose sur la famille peu connue de ce pape, je crois bon d'emprunter ici à l'ouvrage rare et latin de Baluze, Vitae paparum Avenionensium, quelques données généalogiques dont ne pourra que bénéficier l'histoire de Beyssac[1].
Le père et le grand-père présumés d'Innocent VI, Aymar et Etienne Aubert, étaient de Pompadour. Ils avaient sépulture dans l'église l'Arnac. Le grand-père, clerc marié, avait, en 1266, acheté de Pierre de la Rivière, damoiseau de Pompadour, un mas de la paroisse de Beyssac, en même temps que l'étang et le moulin de la Rivière, dont le château va bientôt nous occuper. Est-ce lui ou son fils qui monta au château des Monts, alors occupé par une famille du nom alliée aux Lasteyrie et promptement perdue dans l'ombre comme ses homonymes de Châlucet ? On l'ignore[2]. On sait seulement que les gens de l'endroit appelaient les Monts, même au temps de Baluze, la maison du pape Innocent. Elle était en tout cas aux mains de Guy, son frère, qualifié déjà haut et puissant seigneur, dès 1349 : aussi trouva-t-on, juste cinq siècles après une monnaie du pape dans les ruines de la vieille construction, ruines achetées au XVIIe siècle par Jean de Pompadour. Pierre, troisième fils d'Aymar, fut abbé de Grandmont. La mère du cardinal de Monteruc, de Donzenac, seule fille connue dans cette génération, était la sœur des trois.
De son mariage avec Marguerite de Livron, Guy eut d'abord un fils de son nom, mort jeune après avoir épousé une Cothet de Ségur, puis 1° Gauthier, qui fut seigneur des Monts, de Beyssac et de Saint-Sernin-la-Volps ; 2° le cardinal Audoin ; 3° Arnaud, l'archevêque d'Auch ; 4° Etienne, abbé de Saint-Allyre de Clermont, puis de Saint-Victor de Marseille ; 5° Agnès, mariée à Aymar de la Rivière, seigneur de Saint-Bonnet-la-Rivière et camérier du pape, son oncle ; 6° Valérie, épouse de Bertrand de Roffignac, seigneur de ce lieu et des Vergnes, qui ont donné leur nom à l'un de nos trois Saint-Germain.
Gauthier, enseveli à Saint-Victor de Paris, eut six enfants, dont deux seulement laissèrent souche j'ai déjà nommé le cardinal Etienne et l'évêque d'Albi).
Guy, le plus jeune de ces mariés, se transporta au diocèse d'Avignon. Il y fut quelque temps le commensal de son grand-oncle, puis il épousa Enemonde de Boulbon, qui le fit seigneur de ce lieu et de Thoron. Mais de ses trois fils l'un mourut d'Église, les deux autres, bien alliés d'ailleurs, eurent le chagrin de s'éteindre sans postérité, et la branche avignonnaise des Aubert disparut vers 1402.
Guillaume, aîné de Guy, resta d'abord un seigneur limousin. Il acquit en 1353 la châtellenie de Bré, près Lubersac, comme en 1357 celle de la Roche-l'Abeille, un peu plus haut. Il se maria de même avec une Limousine, Isabelle de Rochechouart. Mais il devint aussi seigneur de Murat et de Monteil-Degelat, en Auvergne, ce qui transporta la famille au diocèse de Clermont. Implanté définitivement dans ce pays par son alliance avec Marie de Châlus d'Antraigues, celui de ses fils qui seul laissa descendance, Etienne, n'eut après lui que deux générations. Gilbert fut le chef de la première, avec sa femme Catherine de Chazeron ; Jean représenta la dernière, avec Antoinette de la Tour d'Oliergues qui se remaria, et le nom des Aubert disparut pour toujours de l'Auvergne, ainsi que du pays.
On a conservé plus longtemps les seigneurs de la Rivière. Comme nous l'avons vu, les gentilshommes de ce nom habitèrent aussi Pompadour et eurent encore Saint-Bonnet-la-Rivière (ou plutôt la-Forêt) qui leur dut peut-être le changement de son vocable. C'est Aymar, nommé plus haut, qui reçut vers 1359 cette terre de Charles de Blois, vicomte de Limoges, à qui il avait rendu quelques services. Les Livron, seigneurs à Lascaux, ne tardèrent pas à les remplacer dans la paroisse de Beyssac. Déjà ils y avaient pris des alliances. Jaubert, au commencement du XIVe siècle, avait épousé Almodie de Vassinhac, dont le château s'élevait au chef-lieu, et Bertrand de Vassinhac avait épousé Almodie de Livron. Du premier de ces mariages naquit Golfier de Livron, qui fut maître d'hôtel du pape Innocent VI et dont les armes, sans doute, se voient à la chapelle nord de l'église de Beyssac ; elles sont également dans la nef : d'argent à trois fasces de gueules, au franc quartier aussi d'argent, chargé d'un roc d'échiquier de gueules. Le château de la Rivière pourrait dater de ce personnage : il semble accuser la fin du XIVe siècle. D'un rectangle allongé, cantonné de tours rondes, il n'a gardé que deux de ces tours, revêtues de lierre et semblables de loin à des arbres touffus. Leur silhouette charmante se profile sur le vert des prairies ; on voit au bas des pentes qu'elles couronnent, la poule d'eau jouer parmi les nénuphars sur l'azur des étangs.
Tours et prairies devinrent, au dernier siècle, l'une des succursales du haras de Pompadour. Il faut plaindre de ce sort la jolie petite chapelle gothique, qui n'abrite maintenant sous ses nervures délicates que des juments ou des chevaux : elle possédait autrefois une vicairie, transportée, avons-nous dit, en 1673, à Saint-Blaise de Pompadour par un évêque de Limoges. La famille de Livron, en 1673, avait déjà quitté les lieux et transmis ses droits aux Pompadour. Établie à la Rivière, à Vars, à Objat, à Vignols même dans ses deux villages de la Vacherie et de la Sudrie, elle disparut peu à peu de toutes ses résidences ou domaines et ne garda plus de vie qu'en Champagne, dans son marquisat de Bourbonne-les-Bains.
C'est aussi en Champagne que survit encore la maison de Vassinhac, marquise d'Imécourt. Ancienne et principalement établie dans la vicomté de Turenne, où nous la retrouverons, elle avait un de ses rameaux à Beyssac dès le XIIIe siècle. Etienne de Vassinhac y fut pris vers 1364 pour le siège épiscopal de Vabres. Son château était au nord-ouest de l'église, tout près du presbytère : il n'en reste plus rien.
Curés de Beyssac : 1603, Louis Guyny ; 1618, Jean Guyny ; 1664, N. Donnet ; avant 1773, Pierre David ; 1788 : Jean-Baptiste Lamaud ; 1803, N. Houpin ; 1828, N. Labrousse ; 1835, Antoine Valette ; 1859, Louis Duroy ; 1869, Jean-Baptiste Bossoutrot ; 1877, Joseph Boutot ; 1881, Pierre Jaulhac ; 1884, Jean Alrivie.
L'église fut donnée à l'abbaye de Vigeois par Frotier de Terrasson.
La cure était sous le patronage de saint Eutrope dès le XVIe siècle, mais la paroisse honore principalement sainte Catherine. C'est par translation du culte populaire dont jouissait autrefois cette sainte dans la chapelle de la Rivière, érigée en vicairie par Innocent VI. Près du petit sanctuaire était une fontaine du nom de la sainte, aujourd'hui détruite, qui attirait beaucoup de pèlerins. Saint Amand de Rodez, dont le nom est encore porté par un bois au nord du bourg, était honoré, lui aussi, dans la paroisse et avait peut-être chapelle dans ce bois. De nos jours, MM. les curés s'efforcent de rendre à saint Eutrope la prépondérance qui lui est due.
Villages et hameaux de Beyssac : Bessailloux, la Bleynie, Le Bois-blancher, le Bois de Berry, le Bois de la Réserve, le Bosfroid, le Bosredon, le Caillou, les Champagnes, la Chapelle au Bos, Chenours, Combort, Chez-Coumeaux, Cupillac, Eyparsac, le Fau, Glandier, dont l'article suivra; la Grange Vieille, qui avait autrefois une chapelle dédiée à saint Roch ; Intetet, Las Gaulias, le Gimbrelet, La Noaille, Laubertie, Laumérisie, le Mas, la Mazelle, le Mazet, les Monts, le Moulin de la Rivière, aux Pelons, Porte-Lettres, Puyalou, la Rivière, les Rouverades, la Siauve, la Villatte, succursale de Pompadour.
Il faut joindre à ces villages : la Brunie, la Meynie, Meypiau, la Rebeyrie et le Bois de Pivan, qui sont de la commune de Troche, mais de la paroisse de Beyssac.
Chartreuse de Glandier. - Cette maison de pénitence et de prière occupe le fond d'un étroit ravin, sur les bords ombreux de la Petite Loyre. Marquée par un crime, il y a un demi-siècle, elle fut, au XIIIe siècle, l'expiation d'un autre crime. Vers 1210, des élections abbatiales s'étaient faites à Tulle et Bernard de Ventadour l'avait emporté sur son concurrent Galhard de Cardailhac. Mais Galhard se trouvait proche parent du vicomte de Comborn, qui, héritier lui-même des anciens abbés laïcs de Tulle, n'avait rien épargné pour le succès de son candidat. Les caresses toutefois ayant été aussi inutiles que les menaces, et le vicomte, alors, à travers des luttes de partis qui entraînèrent plus d'une destruction, s'étant abandonné à toute sa fureur, un moine, suivant les uns, sept, suivant les autres, étaient tombés sous ses coups. D'où la nécessité d'une réparation. Archambaud Vl, touché de repentir, se fit absoudre à Rome et, à son retour en Limousin, appela les Chartreux dans un de ses domaines que l'on nommait Glandier (lieu de glands, centre d'une chênaie). Il leur en donna les terres, les prairies, la forêt, tout le terrain nécessaire à la clôture suivant les usages de l'ordre, puis à ce premier dont il joignit celui du mas de Murat dans la paroisse de Voutezac, où devait être, pendant six siècles, le vignoble du couvent. Les Chartreux s'établirent officiellement le 10 novembre 1219, veille de saint Martin.
Aussitôt tout le pays de concourir à cette fondation. Durand d'Orlhac, évêque de Limoges, donna six mille sous pour construire l'église ; maître Aymeric fit bâtir le quartier de l'hôtellerie ; le comte de Clermont, l'archiprêtre de Vigeois, Gérald de Malemort, Assaillit de Ségur, Delphine de Lastours, Gaubert Flamenc, Jean Botis et Pierre de Courson fondèrent chacun une cellule; l'abbé victorieux de Tulle, Bernard de Ventadour lui-même, en fonda deux ; le chef de sa noble famille donna pour l'entretien d'un religieux, le comte de la Marche fournit pour l'entretien d'un autre ; Marguerite de Turenne s'occupa du luminaire, une dame de Loches pourvut aux besoins de la sacristie : bref, en quelques années, la Chartreuse de Glandier, avec ses douze cellules, put vivre tranquillement de sa vie de solitude, de contemplation, de silence, sous les regards des hommes et la faveur de Dieu.
J'ai donné ailleurs la preuve touchante de l'estime qu'elle inspirait au Ciel et à la terre (Hist. du Dioc., pp. 127-128) ; j'ai parlé longuement aussi du plus saint peut-être de ses prieurs, de ce Jean Birelle, qui devint général de l'ordre et faillit être élu après Clément VI pour occuper la chaire pontificale, en place d'Etienne Aubert (ibid., pp. 170 et suiv.). Je me bornerai donc, dans le résumé de ce Dictionnaire, à signaler les faits généraux de l'histoire de notre Chartreuse, quitte à renvoyer pour le détail soit à la brochure de M. Brunet, publiée en 1860 et rééditée en 1879, soit à la belle monographie de dom Cyprien Boutrais (1886).
Vers 1408, au plus fort pour nous des malheurs engendrés par la guerre de Cent ans, Glandier jusqu'alors respecté, honoré, fut pillé, saccagé, mis à l'état de ruine. Par qui et comment, on n'en sait rien ; mais les maux de la guerre suffisent bien à nous expliquer tout. Il se releva comme il put et continua sa vie de bienfaisance jusqu'aux temps de la Réforme. Ce fut peut-être même l'époque de ses plus austères et plus saints religieux. Outre deux prieurs qui furent nommés l'un co-visiteur, l'autre visiteur de l'ordre, outre deux autres prieurs, Pierre de Sarde, qui fut élu général et ne vécut, disait un de ses successeurs, « que pour le Christ et la Vierge sa mère », puis Jean de Libra qui devint, par une exception unique dans l'ordre, l'un des prédicateurs émérites du XVIe siècle, on signale là d'admirables religieux vieillis sous la coule monastique dans la pratique des vertus les plus fortes : Antoine de Bussières, Jean Geneste, Jean de Cruzeilles, Bernard de Lescure, etc. Jamais Glandier n'a, comme on l'a dit, « oublié ses pratiques austères » ; jamais il ne s'est livré à ce relâchement dont l'accuse Marvaud, en oubliant lui-même les preuves de son accusation (Hist. du Bas-Lim., lI, 289). Le fait, trop réel dans d'autres cloîtres, est controuvé ici. Je ne sais, d'ailleurs, si l'on pourrait citer un seul exemple de Chartreuse relâchée. Nos lecteurs n'ignorent pas que l'ordre cartusien n'éprouva jamais le besoin de réforme générale et que, selon le dicton accrédité dans l'Église et dans l'ordre,
Per sil. sol. cap. vis.
Cartusia permanet in vig.
« Quatre choses conservent aux Chartreux la vigueur de leur règle : le silence, la solitude, le chapitre général annuel et la visite des supérieurs »
Mais si nos bons moines restaient fidèles à leur vie de mérites, le monde se modifiait tristement autour d'eux. Ecoutons leur Calendarium :
« Le onze février 1547, — ce que nous racontons, dit ce manuscrit, avec une profonde douleur, non certes à cause des pertes, bien que très considérables, faites par notre chartreuse, mais à cause des outrages que reçut la divine Majesté, — des hommes, des chevaliers, des nobles, oui, mais qui se comportaient comme des scélérats et des voleurs de grand chemin, couvrant de boue leur blason par de honteux excès et vouant au mépris le nom de leurs respectables familles, vinrent saccager notre monastère. Leur ignoble entreprise avait été préméditée de longue main : ils se présentent à l'improviste, enfoncent les portes, envahissent la maison, menacent et effraient les religieux qui prennent peur en les voyant l'épée à la main, insultent et rouent de coups les domestiques, puis, n'étant plus arrêtés par personne, fouillent le monastère de la cave au grenier ; tout ce qu'ils voient de précieux dans la cellule de Dom Prieur, à l'église ou ailleurs, devient leur proie. Ces misérables, ne reculant pas même devant des vols sacrilèges, s'emparèrent des calices, des vases sacrés, des encensoirs, des croix, et les brisèrent en morceaux pour les emporter avec plus de facilité. Pendant plusieurs jours ils firent bombance à Glandier, gaspillant les provisions, qu'ils nommaient en ricanant les dons du Seigneur, et se retirèrent enfin mais chargés de butin. Lorsque plusieurs nobles gentilshommes de nos voisins apprirent ces excès monstrueux, ils en eurent horreur, se mirent à la poursuite de ces misérables sacrilèges, le suivirent fort loin et, étant parvenus à en saisir quelques-uns, les livrèrent à la justice du Roi, sans se préoccuper des liens de parenté qui les unissaient à eux.
Ce pillage attrista beaucoup nos Pères qui, par suite de cette invasion, vécurent de longues années dans la plus grande pauvreté, presque dans la misère. Un novice natif de Limoges, Dom Jean Benoît, touché de compassion, voulut remédier au moins au plus pressant, et donna, avant de prononcer ses vœux, cent quarante livres pour acheter trois calices. »
De tels préambules aux guerres religieuses ne présageaient rien de bon pour l'époque de leurs fureurs. Lorsqu'elles furent sur le point de commencer dans la province, les Chartreux, sans défense dans leur cloître, allèrent se réfugier derrière les murailles du château de Pompadour (2 février 1569). Après la victoire de Jarnac (13 février), ils rentrèrent chez eux. C'était un peu trop tôt. Les protestants s'étant rapprochés malgré leur défaite, il fallut encore regagner Pompadour (6 juin). Quelques jours après, Saint-Yrieix était pris, Lubersac emporté, Pompadour assiégé. Heureusement, la place, toute petite qu'elle était, tint bon la durée suffisante et les religieux n'eurent pas plus de mal que leur Chartreuse ; mais pour celle-ci, la partie n'était que différée. Le duc d'Anjou, en effet, dont les approches l'avaient sauvegardée en même temps que Pompadour, fut obligé d'y descendre en se rendant à Allassac, après le combat de la Roche-l'Abeille. Ce n'était pas un ennemi que ce chef, puisque c'était le chef de l'armée catholique royale ; mais son armée, disent les mémoires du temps, « estoit fort harassée et la plus grande part des soldats y mouroit de faim ». On entrevoit la suite : Glandier et ses biens durent servir au ravitaillement.
« Le 29 juin, raconte encore le Calendarium, l'armée du roi, commandée par le duc d'Anjou, frère puîné de notre sire Charles IX, arriva devant notre Chartreuse et lui fit subir des pertes énormes : les foins et les blés qui étaient encore sur pied dans la campagne, furent dévorés par les chevaux ou foulés par l'infanterie ; quant au bétail et aux chevaux qui tombèrent entre les mains du soldat, tout fut emmené ou égorgé et mangé. De Glandier, l'armée, prenant la direction d'Orgnac, passa à Ceyrac, pilla notre grange de fond en comble et dévasta nos vignobles. Presque en même temps l'illustrissime duc d'Aumale, qui suivit à peu près le même itinéraire, détacha quelques troupes qui vinrent encore fourrager sur nos domaines. »
Les Chartreux, par une sage précaution, étaient tout ce temps-là restés à Pompadour : quand ils rentrèrent à Glandier, les troupes parties, ils ne trouvèrent que la désolation ; mais ils bénirent Dieu, car plus heureux que beaucoup de leurs frères, ils avaient conservé du moins leur enceinte et leur vie.
Une maison déclarée par les Visiteurs dans un état de délabrement lamentables dès 1571, devait être abandonnée ou rétablie quand vinrent à luire des jours de paix. On la refit en grande partie sur de nouveaux plans, après 1630. Jean Jaubert de Barrau, archevêque d'Arles ; Dieudonné Mellin, évêque d'un siège inconnu ; Jean de Pompadour et Marie Le Rochechouart, sa femme ; Etienne de Fabri-Portanier, leur oncle ; Jean Ceyrac, archiprêtre de Vigeois et curé du Lonzac ; contribuèrent à cette reconstruction, qui se poursuivit à travers le XVIIe siècle et dura jusqu'à la Révolution[3].
Les exploits de la période révolutionnaire commencèrent par le pillage : il eut lieu de par le peuple fin janvier 1790 ; il se continua de par la nation sur la fin de mai. À partir de janvier 1791, date du deuxième inventaire légal, les biens immeubles de la Chartreuse furent vendus un à un : en juillet de la même année, on vendit le meilleur des biens meubles. Ce qui restait, sous la garde d'un seul religieux, les autres étant partis, fut volé rapidement, de nuit ou de jour, par les mains crochues de la populace ; puis la ruine des bâtiments commença. Elle se fit lentement et persévéra pendant quarante années, jusqu'en 1834 où l'église tomba sous les coups, ne laissant de son enceinte que son mur du nord, qui permettait d'en assigner l'époque (la primitive, XIIIe siècle). On conserva l'hôtellerie qui devint maison bourgeoise, et pour utiliser le terrain de même que les ruines, on bâtit une forge, qui ne rapporta rien mais qui causa malheur. En 1840, le 14 janvier, Charles-Joseph Pouch-Lafarge, propriétaire de cette forge, mourait à Glandier, empoisonné par sa femme, cette trop fameuse Marie Capelle dont toute la génération qui s'écoule a suivi le procès, parcouru les Mémoires et lu les Heures de prison. Une lugubre solitude s'établit dès lors à Glandier et y dura vingt ans ; puis, en 1860, un bruit réjouissant se répandit dans le pays : « Les Chartreux ont racheté Glandier. » C'était vrai : des circonstances de peu, par conséquent providentielles, avaient amené tout à coup ce rachat, auquel nul ne songeait, et le vieux cloître allait sortir des ruines. Le 14 mai 1869, trois Pères, parmi lesquels un recteur, et quatre frères, vinrent s'établir sur les lieux : les travaux de reconstruction commencèrent sur-le-champ. On en chargea d'abord un frère, dont la direction fut remplacée plus tard par celle d'architectes en titre : le dernier de ceux-ci fut M. Douillard, architecte des édifices diocésains d'Orléans et de Tulle, qui s'était signalé en 1874 au concours de Montmartre. Cet homme recommandable, mort depuis, acheva les travaux en 1878 et Mgr Denéchau put en faire la consécration le 5 août 1879, au milieu d'un peuple innombrable, accouru pour cette fête de tous les points du Limousin.
Trois recteurs - on nomme ainsi les supérieurs d'une maison qui n'a pas encore sa constitution normale - trois recteurs s'étaient, en dix années, dépensés à cette œuvre : dom Timothée Arnould, qui l'entreprit et fut remplacé en septembre 1874 ; dom Stanislas Séguret, qui ne fit guère que passer (reparti en avril 1875), et dom Adelphe Châtelain, qui la poussa avec une activité remarquable et fut nommé prieur le 15 mai 1879. Après les travaux de cet aimable religieux et les embellissements, assainissements, améliorations de toute sorte, de son si digne successeur, le Vénérable Père Jean Chrysostôme Duby (1885). Glandier, on peut le dire sans chauvinisme, est une des plus belles chartreuses de la France et de l'ordre.
Pour ceux qui ne la connaissent pas, pour les femmes qui ne peuvent y pénétrer, quelques mots de description, suivis d'un rapide aperçu sur la vie de chartreuse. Après quoi, je donnerai la liste des prieurs de la maison.
Au bout d'une allée de jeunes arbres verts, s'élève comme un grand portail ouvert à tout venant : c'est la première entrée, dominée par une statue de saint Bruno, reproduction du chef-d'œuvre de Houdon. Elle introduit dans un couloir presque frôlé par la rivière et formé d'un côté par un haut mur qui dérobe à l'œil la vacherie, la laiterie, le hangar, de l'autre par des bâtiments divers, au nombre desquels sont la chapelle et le parloir extérieurs. Bien que sujet à critique sous d'autres points de vue, ce couloir austère a du moins pour avantage, dans son austérité, de préparer le visiteur à l'entrée d'une chartreuse.
Rien de ce qui le constitue ou le suit immédiatement de nos jours n'était représenté dans les débuts du cloître primitif. La Maison-Basse, comme on disait alors, c'est-à-dire le lieu de réception des hôtes, se trouvait à la Grange Vieille, sur le chemin principal d'arrivée, à demi-heure au nord. Là existait aussi la demeure des convers, appelée Grange des Frères. « Peu à peu, dit dom Boutrais, pour des motifs autorisés par l'expérience, les Maisons-Basses se groupèrent autour du cloître : » la Grange-Vieille ne garda de ses bâtiments que la chapelle, démolie même par ordre épiscopal vers 1744.
Au-dessus de la seconde entrée ou porte proprement dite, sous une statue qui la domine encore et qui est celle de la Sainte Vierge, patronne de Glandier, on voit les armes des premiers fondateurs[4], avec le millésime 1219-1878 : comme leurs pères du XIIIe siècle, les Chartreux du XIXe tiennent à se montrer reconnaissants. Vous trouvez, le seuil franchi, un préau d'aspect avenant qu'entoure un cloître et qui vous ouvre le quartier de la Chartreuse dit des Etrangers. Ce quartier présente au midi toute une série de chambres, occupées dans la belle saison par de nombreux retraitants. Là, fatiguée des tumultes du monde, une âme chrétienne peut venir aspirer à l'aise les parfums et les souffles du Ciel. Humble lit, blanc prie-Dieu, table de sapin, murailles proprettes, et sous la fenêtre ouverte aux chants d'oiseaux, le tranquille jardin que cultive en silence un bon Frère. À l'extrémité du corridor est le logement du P. coadjuteur, confesseur des étrangers, directeur des retraites ; un peu plus loin, à gauche, celui du P. procureur ; puis au nord, dans le retour des bâtiments, la chapelle de Famille, à l'usage des Frères. On a réuni la plupart des cellules de ces convers au-dessus des appartements destinés à l'évêque, lesquels à leur tour surmontent le réfectoire des hôtes. Conservée, comme nous l'avons vu, dans la ruine, cette partie de la Chartreuse n'a été que remaniée dans la reconstruction.
Pour se rendre à la cellule de « dom Prieur », il faut gagner plus avant dans la région de l'est, du côté du grand cloître. Elle est cachée par un massif de pièces communes : réfectoire des Pères, réfectoire des Frères, cuisine, dépense, rasure, parmi lesquelles circule le cloître de Famille. C'est dans la partie ouest de ce deuxième quartier que se trouve l'église, avec son cortège d'oratoires, ainsi que le double chapitre des Frères et des Pères, celui-ci surmonté de la bibliothèque du couvent, déjà richement pourvue.
On me fera grâce des deux chapitres, mais le réfectoire les Pères, j'imagine, tentera la curiosité de plus d'un lecteur. Ouvrons donc cette salle sérieuse, aux jours adoucis, dont la première des lois est qu'on n'y parle jamais. Le service en est austère et l'étranger ne se voit presque jamais invité là. Encore ce repas en commun, tout sévère qu'il est, ne revient-il guère qu'une fois la semaine, le saint jour du dimanche, plus certaines fêtes. On y fait tout le temps une lecture en latin, chantée à la façon des leçons de Matines. Un grand christ au fond de la pièce, de graves portraits de généraux de l'ordre, appendus à côté, concourent à l'effet solennel de ce récitatif. Les religieux ont pris place le long des deux parois, chacun selon son rang d'ancienneté : seul, le prieur préside a l'un des bouts, assis à une table qui peut offrir deux places. Cuillers, fourchettes, coquetiers sont en bois ; on a deux pots de grès pour le vin et pour l'eau ; une tasse à deux anses sert de verre. C'est la règle que chacun prenne cette tasse à deux mains. Pourquoi ? Parce qu'ainsi le faisaient nos aïeux et que les Chartreux veulent rester fidèles aux vieilles traditions : Moriamur in simplicitate nostrâ. Lorsque, par exemple, le soir du dimanche venu, les bons moines, après leur souper, se représenteront devant ce réfectoire « comme des mendiants du Christ », pour leurs besoins de la semaine, le lecteur leur donnera sur la porte une ration de pain, en disant à l'adresse des bienfaiteurs qui donnèrent ce pain : Requiescant in pace ! Qu'ils reposent en paix ! Et le religieux, prenant son pain, répondra avec reconnaissance : Amen ! Qu'il en soit ainsi ! puis il regagnera silencieux et content sa cellule, en louant et priant Dieu.
L'église date du 15 août 1874, jour de la pose de sa première pierre.
Un grand et bel escalier y conduit, du préau qu'on a vu à l'entrée. Bâtie à peu près sur les fondations de l'ancienne et dans le style roman de la fin du XIIe siècle, elle se constitue d'une nef unique très sobrement ornée mais avec beaucoup de goût. Une sorte de jubé la divise en deux parts : le sanctuaire, avec le chœur des Pères décoré de nobles stalles à haut dossier, et la partie destinée aux Frères, avec deux petits autels qui s'adossent à la division. Une tribune, au bas de cette dernière, donne place aux étrangers.
« On voit, dit dom Cyprien, au fond du sanctuaire, un grand tableau d'Antoine Sublet : la Très-Sainte Vierge, debout, entourée d'anges, tient dans ses bras l'Enfant Jésus qui s'incline vers quatre personnages : saint Bruno, notre fondateur ; saint Jean-Baptiste, notre patron principal ; saint Joseph, patron particulier des novices, et saint Martin, soutenant l'écusson de la Chartreuse : au bas du tableau, le monastère. Saint Bruno supplie, à genoux, Notre-Seigneur de bénir cette maison : les saints qui l'entourent joignent leurs prières aux siennes; la Très-Sainte Vierge, calme et douce, approuve par son sourire la requête présentée à son Fils, et l'Enfant Jésus, accueillant la demande qui lui est faite, élève la main pour bénir. Cette composition, éminemment religieuse, est remarquable. Au-dessus de la boiserie du sanctuaire, on a peint à fresque : au milieu de l'abside, les armes de l'ordre des Chartreux ; à gauche, celles de notre voisin et bienfaiteur Innocent VI et de Mgr Berteaud, évêque de Tulle au temps où Glandier sortit de ses ruines ; à droite, les armes du pontife régnant, Léon XIII, avec celles du prélat qui consacra la nouvelle église, Mgr Denéchau[5]. Le maître-autel, de marbre ordinaire, est décoré avec intelligence par des plaques de porcelaine enchâssées dans le rétable, représentant les douze Apôtres, d'après Owerbeck. À droite de l'autel, il y a le siège du célébrant où le prêtre vient s'asseoir pendant l'Épitre ; à gauche, le lectoire où le diacre chante l'Évangile. Sur les degrés du sanctuaire, sont placés quatre grands chandeliers que l'on allume à certaines fêtes plus solennelles. La primitive Église n'admettait point de lumières sur l'autel même, elle les plaçait à côté ou par devant : de là, l'usage des chandeliers sur les marches du sanctuaire, usage que l'on trouve encore au Moyen-âge et que nous avons conservé en partie. »
Après l'église, où d'ordinaire le Chartreux se rend trois fois par jour : à l'office de nuit, à la messe conventuelle, à vêpres, la partie sainte du monastère est le grand cloître. Cette immense et quadruple galerie, de 88 mètres sur 78, dont la profondeur offre un aspect si beau, se recommande au respect de tous par l'éternel silence qu'on a soin d'y garder. D'un côté les arcades cintrées, fermées de doux vitraux et laissant en été le regard se glisser, çà et là, sur un vaste et verdoyant préau ; de l'autre, les murs austères derrière lesquels se dérobe la cellule de chaque religieux. Agitez la sonnette d'une des portes et pénétrez, si l'on vous le permet, dans une de ces cellules, la première habitée, par exemple, celle du P. vicaire (le P. vicaire est l'assistant du prieur pour le cloître, comme le procureur est son assistant pour le dehors ; on peut actuellement considérer le coadjuteur comme son troisième assistant, pour le service spirituel des étrangers).
Voici le promenoir en petit cloître qui sert au Chartreux dans le temps de la pluie. Il vous conduit à son habitation, laquelle n'est rien moins qu'une vraie maisonnette. Dessous, grenier et double appartement.
L'antichambre d'abord, ou chambre primitive, dans laquelle se trouve encore la cheminée, avec un autel à la T.-S. Vierge ; ensuite la cellule proprement dite, ou chambre actuelle du Père. Il y dort dans une alcôve en bois blanc, sur une couche modeste qui ne le retient que de sept à onze heures du soir et de deux à cinq du matin. L'oratoire est auprès du lit, dominé par un petit guichet où l'excitateur vient allumer chaque nuit la lampe nécessaire pour la prière à la Vierge. Dans l'embrasure de la fenêtre, sous l'accoudoir, deux placards ont été ménagés, au-dessus desquels une sage industrie a disposé aussi la table : c'est là que mange le Chartreux : il étudie un peu plus loin. Quant au travail de main, recommandé à tous, il le fait d'ordinaire ou dans le laboratoire ou au petit jardin, c'est-à-dire à son rez-de-chaussée.
Quelque pénible que soit la vie en Chartreuse, de par le maigre perpétuel, les jeûnes, la solitude, l'obligation de se lever trois ou quatre heures chaque nuit, elle est en somme une des plus longues qu'ait constatée la statistique : il est vrai que l'uniformité de l'existence, la sobriété du régime, le repos de la conscience, la gaieté de l'humeur y servent à merveille les intérêts du corps. Mais enfin la mort a ses droits, et quand son heure sonne à la grande horloge qui domine précisément près du cloître la chapelle des Morts, le Chartreux doit passer de sa cellule, en traversant l'église, jusqu'à ce cimetière que des croix de bois nous signalent là-bas au milieu du préau. Sa marche jusque-là est une marche triomphale ; car, aux yeux de ses frères, « ce mort, vaincu par la mort, triomphe de la mort, puisqu'il commence à vivre de la véritable vie. » On y chante en conséquence le psaume de la libération : In exitu Israel de Egypto, puis les cantiques de louange : Laudate Doninum de cœlis, Benedictus, Magnificat, entre lesquels l'humilité, la confiance et le désir du ciel, placent le Miserere, le Confitemini Domino, le Quemadmodum desiderat cervus, etc. On arrive au cimetière : « le défunt est étendu près de la fosse, non point caché dans un cercueil, mais, comme le soldat mort sur le champ de bataille, étendu sur une planche, vêtu de ses habits monastiques, le visage couvert du capuchon, les mains jointes, un chapelet entre les doigts. On enlève le drap mortuaire, ou le cilice de crin qui le couvre, et le mort apparaît une dernière fois au milieu de ses frères ; puis il descend lentement dans la fosse : on le couche au fond de cette autre cellule creusée dans les entrailles de la terre et où ce solitaire attendra, dans le silence et l'espérance, la résurrection bienheureuse. Les moines s'éloignent : après avoir entendu au Chapitre l'éloge funèbre de leur défunt, ils rentrent en cellule, où ils comprennent mieux cette sentence de saint Bernard :
« De la cellule au ciel, le passage est facile[6]. »
J'ai annoncé quelques lignes spéciales sur l'âme même de la Maison ou son genre de vie. Voici, tant bien que mal, le résultat de ma promesse :
La vie de la chartreuse est une vie contemplative, mais qui n'exige pas, qu'on le comprenne bien, l'état contemplatif proprement dit : elle dispose seulement à cet état sublime, qui doit faire dans le ciel notre délice comme il fit sur la terre les doux moments de Madeleine aux pieds de son Jésus. C'est la meilleure part, le Maître nous l'a dit. De cette part, Bruno fit choix, en la léguant à ses disciples et en laissant à d'autres l'action, c'est-à-dire les ministères extérieurs. Le chartreux en effet ne prêche pas, n'enseigne pas, ne cultive pas : il prie, il médite, il célèbre, il étudie, il chante les louanges de Dieu, et s'il travaille des mains, ce n'est point pour un lucre, soit personnel, soit de communauté, c'est uniquement pour la détente nécessaire à l'esprit. Ermite et cénobite tout à la fois, car sa vie se mélange des deux genres de vie, il passe en solitude la partie la plus considérable de ses jours ; mais si cette solitude, « la patrie des forts », comme l'a dit quelqu'un, lui est après les premiers mois une épreuve assez lourde, elle devient ensuite, cette impression transitoire passée, la chère compagne de son esprit et de son cœur. « Que j'étais heureux, me disait un jour le P. Adelphe (homme des meilleurs et des plus distingués), que j’étais heureux lorsque, la poche vide de tout argent, et la tête libre de tout souci de dignités, je ne connaissais que la paix de ma cellule, le soin de ma pauvre âme et la culture de mon petit jardin ! » O beata solitudo, s'écriait de même saint Bernard, o sola beatitudo ! « O bienheureuse solitude, qui est au fond toute béatitude !... »
Cependant, comme l'existence exclusivement érémitique pouvait rebuter le grand nombre et même à la longue engendrer l'ennui, la règle cartusienne, dès les premiers jours, en a prévenu les périls en y mêlant les avantages de la vie en commun. Le chartreux voit ses frères chaque nuit, à l'office solennel de Matines ; il les voit chaque jour, à la messe et aux vêpres chantées ; il les voit chaque semaine, au réfectoire, au chapitre, à la récréation (colloque), où l'on peut se parler, et à la promenade (spaciement), où j'ai été plusieurs fois le témoin de leur aimable humeur. La récréation dure environ deux heures, la promenade quatre ; chaque année en amène une grande, qui dure un jour entier. Il faut ajouter que la variété des exercices et l'heureuse distribution du temps contribuent pour une part notable à la dissipation de la monotonie. L'auteur du Directoire des Novices, l'intelligent et pieux Innocent Le Masson, général de l'ordre au XVIIe siècle, avait une devise qui disait beaucoup dans sa courte simplicité : Ne quid nimis : « pas d'excès ici ! " en quoi que ce soit.
Mais il y a les jeûnes ? C'est vrai : ils sont longs et austères ; du 14 septembre jusqu'à Pâques, avec un seul repas, plus le soir, pour qui le désire, un peu de vin uni à quelques onces de pain. Il y a aussi le maigre perpétuel, même en cas de maladie, qui est une des plus strictes et des plus chères observances de l'ordre. « Dans l'ancienne loi, écrit dom Le Masson, les Nazaréens et les Réchabites (qui étaient tout particulièrement consacrés au Seigneur) avaient pour signe extérieur distinctif de ne jamais boire de vin ; de même, dans la nouvelle loi, un ordre a voulu aussi s'imposer une privation qui le caractérise et le distingue de tous les autres : c'est l'ordre des chartreux, qui a renoncé solennellement à la viande. Les Nazaréens savaient que Dieu attachait des grâces spéciales à leur résolution de ne jamais boire de vin ; de même nous croyons que Dieu bénit d'une manière spéciale cette mortification que nous lui offrons : seuls entre tous les autres moines, nous pratiquons ce genre de pénitence et nous n'avons point d'imitateurs dans l'Église. »
Une preuve toutefois que ni l'abstinence, ni le jeûne, tout en mortifiant la chair, ne sont meurtriers à la santé, c'est qu'on voit beaucoup de vieillards dans l'ordre de Chartreuse. Le P. Tracy, l'un de ses historiens, cite entre autres un religieux qui mourut à 106 ans et qui, entré au noviciat à 16 ans, comptait ainsi quatre-vingt-dix années d'observance monacale. On rapporte qu'un pape d'Avignon - c'était Jean XXII, de Cahors - avait eu, un moment, l'intention de mitiger la règle en permettant le gras dans le cas de maladie. Les chartreux apprirent la nouvelle, et alarmés aussitôt dans une de leurs plus vives affections, ils députèrent à ce pape vingt-sept d'entre eux dont le plus jeune avait 88 ans, le plus âgé 95. Le pape, homme d'esprit, comprit tout de suite ce genre d'éloquence et revint sur son premier propos.
Il y a enfin la brusque interruption du sommeil à onze heures du soir pour l'office de nuit, alors que, selon le mot du poète antique,
Prima quies mortalibus agris
Incipit et dono Divúm gratissama serpit ?
Sans doute, et l'on n'entend pas ici faire d'une chartreuse un pur Eden ou un Eldorado : c'est, avons-nous dit dès la première ligne, une « maison de pénitence et de prière » ; mais ce qu'il faut savoir, ce qu'il faut bien se dire, sous peine de se faire une idée fausse d'un ordre cher au Ciel et précieux à l'Eglise, c'est qu'en ce point comme en d'autres la peine a des mitigations, et qu'ici précisément la « pénitence » a pour correctif « la prière ». Ecoutons dom Cyprien :
« Au second coup de Matines, les religieux se rendent à l'office ; il dure longtemps, deux heures au moins, et souvent plus, mais tous les chartreux sont unanimes à le dire bien haut, c'est leur meilleur moment : chanter les louanges de Dieu au pied de l'autel, devant Notre-Seigneur, dans le silence et les ombres de la nuit, alors que le monde oublie Dieu et que beaucoup l'offensent, procure à l'âme une joie intime, une douce consolation qu'on ne saurait acheter trop cher, et les heures s'écoulent rapidement. L'étranger, du haut de la tribune, ne peut se faire une idée exacte de l’office ; n'ayant point de livre à la main, le sens des paroles lui échappe et le temps doit lui sembler long ; il n'en est pas de même du chartreux dans sa stalle; il chante et comprend la signification mystérieuse des psaumes, cette histoire prophétique de l'humanité chrétienne, ces hymnes divines que depuis plusieurs milliers d'années la synagogue et l'Église catholique après elle, récitent chaque jour. Il suit les très nombreuses cérémonies qu'il faut faire presque à chaque instant : il cherche, trouve et s'applique les divins enseignements qui naissent du texte sacré, enfin et surtout, il dirige vers Dieu ses hommages, ses louanges et ses chants. L'office de nuit ne paraît jamais long au religieux fervent : c'est un axiome incontestable pour qui en fait l'heureuse expérience. »
Peut-être donc ne reste-t-il maintenant qu'un point à éclairer : Quelle est l'utilité sociale d'hommes vivant ainsi ? Dom Guéranger répondrait à merveille, mais pour certains sans doute l'autorité serait suspecte : choisissons mieux, prenons Victor Hugo. « Ils prient, écrivait un jour ce malheureux poète, après avoir quitté les moines de la Grande-Chartreuse. Ils prient. Qui ? Dieu. Les esprits irréfléchis, rapides, disent : À quoi bon ces figures immobiles du côté du mystère ? A quoi servent-elles ? Qu'est-ce qu'elles font ? — Il n'y a pas d'œuvre plus sublime peut-être que celle que font ces âmes. Il n'y a peut-être pas de travail plus utile. ILS FONT BIEN, CEUX QUI PRIENT AINSI TOUJOURS POUR CEUX QUI NE PRIENT JAMAIS. »
Mais c'est peut-être assez parler des Pères, quoique ce soit fort peu : des bons Frères n'aurons-nous rien à dire ?
Les Convers sont religieux dans toute l'acception du terme, car ils prononcent des vœux, même solennels : toutefois après une longue épreuve de onze années pour le moins. Ils s'occupent soit aux travaux de la campagne, soit à l'intérieur de la maison, dans les obédiences ou ateliers. On les emploie à la couture, à la boulangerie, à la cuisine, à la buanderie, à la menuiserie, à la forge. Ils se lèvent la nuit comme les Pères, seulement leur veille est moins prolongée : les dimanches et à quelques autres fêtes, ils assistent à tous les offices du chœur, mais sans chanter.
Il y a à côté d'eux les Frères qu'on appelle Donnés, qui ont les mêmes occupations que les convers, mais qui ne font pas encore de vœux. Avant d'être admis à la Donation, sorte de contrat qui les attache au monastère, ils font un an de postulat, un an de noviciat ; puis, le jour venu, quand ils ont fait leur promesse, le Supérieur dit à chacun : « Mon cher Frère, j'accepte votre donation, au nom de l'ordre, et m'engage, pour moi et mes successeurs, à pourvoir suffisamment à tous vos besoins jusqu'à la fin de votre vie, pourvu que vous demeuriez fidèle aux engagements que vous venez de prendre. Et que la bénédiction du Père, du Fils et du Saint-Esprit descende sur vous et y demeure à jamais. » Ils restent au moins cinq ans dans l'état de Donné, mais ils peuvent, s'ils le désirent, y rester toute leur vie. Les cinq ans révolus, s'ils veulent avancer et que rien ne s'y oppose, ils sont admis au noviciat des Frères convers, qui dure aussi un an, puis ils font les vœux simples ; trois ans après, on les admet à la profession solennelle qui les fixe irrévocablement dans l'Ordre. Dès lors, à l'habit brun qu'ils portaient jusque-là le plus souvent, succède l'habit blanc régulier, qui est celui de la Chartreuse.
Moins dure et moins solitaire que celle des religieux du cloître, la règle des Frères, soit convers soit donnés, n'en est pas moins basée sur la pénitence et la séparation du monde qui, avec l'esprit de prière, constituent la vie des fils de saint Bruno. Aussi le visiteur de Glandier ou de toute chartreuse porte-t-il volontiers son regard sur ces physionomies simples et douces, expressions d'âmes où habitent l'humilité, la charité, la piété et la tranquillité. Quels modèles, se dit-on, pour la domesticité de nos familles ! et qu'il est dommage que, faute de connaitre une chartreuse, tant de bons jeunes gens de nos campagnes n'aillent pas chercher là leur sanctification ! Avec le bonheur de l'éternité, ils y trouveraient la vraie joie de cette vie présente.
La joie, note dominante en effet de ces maisons de Dieu !
Thomas écrivait à son ami Ducis partant, sur ses conseils, pour la Grande-Chartreuse :
« Vous serez tenté d'y rester. Vous n'en partirez du moins qu'avec les regrets les plus touchants. Ces pieux solitaires ont abrégé et simplifié le drame de la vie ; ils ne s’occupent que du dénoûment, et s’y précipitent sans cesse. C’est bien là que la vie n’est que l’apprentissage de la mort ; mais la mort y touche aux cieux, c'est une porte qui s'ouvre sur l'éternité... »
Et Ducis, après le voyage, écrivait, lui aussi, à son ami Deleyre :
« J'ai vu le désert de saint Bruno... j'ai visité toute la maison... tout m'y a fait un plaisir profond et calme. Les agitations humaines ne montent point là. Ce que je n'oublierai jamais, c'est le contentement céleste qui est visiblement peint sur le visage de ces religieux.
« Le monde n'a pas d'idée de cette paix ; c'est une autre terre, une autre nature. On la sent, on ne la définit pas... J'ai vu le rire et l'ingénuité de l'enfance sur les lèvres du vieillard, la gravité et le recueillement de l'âme dans les traits de la jeunesse. J'ai eu ma cellule où j'ai couché deux nuits ; et c'est avec regret que je me suis éloigné de cette maison de paix... »
De semblables lignes, sous de telles plumes, en disent long et peuvent dispenser de beaucoup d'aperçus. Facilement on en citerait d'autres ; tenons-nous à celles-là.
Prieurs de Glandier :
1219, GEOFFROY. — 1222, GUILLAUME DE SAYSHAC, « digne, selon un vieil obituaire, de vivre toujours dans la mémoire des moines de Glandier ». - 1230, GUILLAUME DE L'ISLE, ancien abbé bénédictin qui n'aspirait qu'à l'oubli et qui obtint promptement sa décharge. — 1239, PIERRE D'ALLEMAND, commissaire apostolique au Chapitre général des Grandmontains cette année-là.
12.., GUILLAUME PARACH. - GARNIER. — JEAN NICOLAS. — PIERRE DE
MONTIGNAC, qui devint général de l'ordre. — RENAUD.
1255, PIERRE DE CHATEAUNEUF, nommé aussi Pierre de Rosiers, perce qu'il y fut curé avant d'être Chartreux. - GUILLAUME DES PORTES ou DE PORTES, mort en grande réputation de sainteté. - GUILLAUME
HUPANIA.
1276, MATHIEU DE CRABANAC. - 1277, JEAN DE NOBLAC. - - 1306, GÉRAUD QUINTIN[7]. - Avant 1318, JEAN DU PONT OU DE MONTMARTRE, fondateur, cette année-là, de la chartreuse de la Louvetière, diocèse de Carcassonne, où il mourut en 1324.
1318, PIERRE MOLIAIN. - 1331, PIERRE LAPORTE. - GUIGUES. - JEAN DE MAYRONE. - 1339, PIERRE. — 1344, JEAN BIRELLE, gloire déjà mentionnée de l'ordre cartusien, qui, devenu général, écarta de sa tête, par sa prière, l'élection dont il était menacé pour le souverain pontificat. Ce Limousin, éminent par son savoir et surtout par sa vertu, dirigea le dernier dauphin de Viennois dans la profession religieuse qui nous a valu la province du Dauphiné : il était du reste le conseil autant que le modèle de son siècle, et « les miracles opérés après sa mort prouvèrent le crédit dont il jouissait auprès de Dieu. » Quelques ouvrages lui donnent les épithètes de beatus et de sanctus, qui n'ont, bien entendu, rien de consacré jusqu'à ce jour.
1357, EYMERIC. - 1365, PIERRE. JOHANNIS. - PIERRE FRADIN. - ETIENNE. — Avant 1383, MICHEL YZORÉ. - 1383, ELIE VILDEMEUSE. - Avant 1393, BERNARD. — 1393, PIERRE AYRAUD. - 1396, JACQUES DE SILIS. - 1400, JEAN DE MONTALNEUF, sous qui la Sainte Vierge apparut à un novice qui voulait rentrer dans le monde. — MICHEL DURANTHON. — PIERRE FERRÉOL.
1407 ? ANTOINE DE LA SOUCHIÈRE. - 1413, ETIENNE. - 1414. JEAN ALICIE. - 1414, JEAN D'AUBERIVE. - 1416, JEAN ALVITRE. - 1418, autre JEAN DE MONTALNEUF. - 1425, MARTIAL PASSAGE. - 1427, ANTOINE DE LA SOUTIÈRE. — 1429, GUILLAUME LÉOBONET. — 1430, PIERRE FERRÉOL.
1433, GUILLAUME LEOBONET. — 1435, MICHEL DURANTHON, prieur émérite, qui passa 60 années dans l'ordre et fut presque toujours en dignités.
1436, GUILLAUME LÉOBONET, qui fit beaucoup pour réparer les ruines de 1408. — 1455, PIERRE DE LA CROIX. — 1461, PIERRE MALON. - 1467, JEAN YVERNARD Ou YSNARD. — 1472, MATHIEU BLANCHARD. - 1473, JEAN MOULIN OU DUMOULIN. — 1478, MATHIEU BLANCHARD, prieur d'une éminente sagesse et d'une tendre charité. - 1498, GUILLAUME BOATHIER.-1500, DOMINIQUE DE LA FOREST. - 1528, JEAN CHABASSIER, de Treignac. - 1529, JEAN CHAUDON. — 1530, PIERRE SARDE, plus tard général, en 1554. — GUILLAUME GENÈVRE.
1535, JEAN ROLIN de la Valenie. — 1542, JEAN DE LIBRA, le prédicateur dont on a fait plus haut l'éloge et au sujet duquel j'ajoute à la biographie de dom Boutrais qu'il paraît avoir été prieur de Villefranche en 1554 et qu'il prêcha dans cette ville l'Avent de 1571 et le Carême de 1572, avant d'aller prêcher à Cahors. (Cabrol, Annales de Villefranche, II,
1545, PIERRE DE COALHAC. — 1547, JEAN SARDE, frère du général. - 1548, RAYMOND RUDELLE. - 1554, BERNARD GAYRARD. — 1555, PIERRE DE LESTANG. — 1557, JEAN DE LIBRA. - 1563, JEAN ARCYMOL. - 1566, BERTRAND DE BEAURIE. — 1578, JEAN MORGUE. - 1580, JEAN SOUDEYC, sympathique figure, homme aimable et vertueux s'il en fut. — 1585, CRÉPIN NOLIN. - 1588, CHRISTOPHE DE CHAVE, qui eut trois fois la charge et rendit de grands services.
1595, FRANÇOIS JANNEAU. - 1596, CHRISTOPHE DE CHAVE. - 1610, JEAN BALMANE. - 1612, CLÉMENT MATHEVON. - 1613, CHRISTOPHE DE CHAVE. — 1614, FRANÇOIS JANNEAU, principal créateur de l'ancienne bibliothèque du couvent. — 1628, FRANÇOIS DE LINGENDES. - 1630, JACQUES REYNAUD DE VAYRES. - 1648, JEAN JOYET, qui devait appartenir à notre famille de ce nom et qui fut l'auteur des beaux plans de la chartreuse reconstruite. - 1649, JACQUES REYNAUD de Vayres. - 1661, LOUIS LE MAZUYER. — 1677, NICOLAS DU BOYS. - 1679, JEAN-CLAUDE DE LA ROCHE
1686, JEAN PETIOT. - 1691, BERNARD FARGEIX. - ? HILARION RAYMOND. — 1715, HUGUES GROSJEAN. — ? PIERRE ORLEMANS. — 1718, JEAN-ETIENNE VILLIERS. — 1721, JEAN-AUGUSTIN DUSSOL. - 1724, ETIENNE JACQUINET. — 1725, CHARLES DESMOLEZ. - 1728, DENIS GODARD, qui vécut louablement dans l'ordre 69 ans.
1730, JOACHIM DE LA CHASSERIE. - 1733. INNOCENT DESMOULINS. - 1737, JEAN-BAPTISTE FEYTAUT. - 1752, VICTOR ICARD. - 1759, JOACHIM VERNEUIL. - 1760, JEAN AZAM. - 1768, MICHEL BORDENEUVE. - 1770, FRANÇOIS-XAVIER DERRUA. — 1777, GABRIEL MOREL.
Depuis la restauration : 1869, TIMOTHÉE ARNOULD. - 1874, STANISLAS SÉGURET. - 1875, ADELPHE CHATELAIN. — 1885, JEAN-CHRYSOSTOME DUBY.
Le P. Châtelain continue d'être prieur, à Sélignac ; les PP. Boutrais, ancien procureur, auteur de l'histoire de la Chartreuse, et Grandclément, ancien coadjuteur, sont actuellement prieurs, l'un de la Valsainte (Suisse), l'autre de Portes (Ain). Ajoutons que le P. Gorse, notre compatriote de Tulle, est prieur de Montreuil.
Il existe deux sceaux de Glandier : l'un du XVe siècle, en empreinte seulement et en partie fruste ; l'autre du XVIIe, revenu en matrice au monastère. Tous deux portent l'effigie debout de la T.S. Vierge. Dans le second la Mère de Dieu est soutenue par l'écu des Comborn, entre quatorze glands, qui font à chacun de ses côtés double losange. On lit au pourtour du sceau : SIGILLVM MAGNVM CARTVSIA GLANDERII. - Publiés.
ADDITIONS ET CORRECTIONS
L'église de cette paroisse fut primitivement donnée, vers 572, à l'abbaye de Vigeois par saint Yrieix. Elle passa, ce semble, aux Terrasson par inféodation et l'un d'eux, Frotier, pour son âme et celle de son père, la rendit à l'abbaye, une fois sa mort intervenue, vers le XIe siècle. Autres curés : 2° moitié du XVe siècle, un Géraud de Guitard, chanoine de Saint-Yrieix ; vers 1649, Jean Dubois ; 1685, N. Léonet, et 1892, Joseph Faucon.
Le village de la Noaille fut au commencement du XVe siècle une seigneurie des Combarel, du Gibanel, paroisse de Saint-Martial-Entraygues. Le père même de l'évêque du nom se qualifiait avant tout seigneur de ce village. Jean de Brachet, qui avait épousé Léone de Combarel, acheta de son beau-père cette seigneurie en 1469 et y installa sa famille, qui avait en même temps la terre de la Jalésie, paroisse de Saint-Bonnet-la-Rivière, et divers autres fiefs. - Prieur actuel de Glandier : 1893, dom CYPRIEN BOUTRAIS, auteur de l'histoire de la chartreuse
[1] T. I, col. 918
[2] V. quelques membres de cette maison dans La Chartreuse de Glandier, de dom Boutrais, p. 105.
[3] On lit à la page de BEYSSAC, sous la plume de Mgr d'Argentré, évêque de Limoges, Visite des archiprêtrés de la Meyze et de Lubersac en 1763 :
« La chartreuse de Glandier est située dans cette paroisse : elle est composée de 12 pères et de six frères profès. Cette maison est extrêmement régulière et respectée et aimée de tout le canton. La situation est bien sauvage (on était sévère pour les sites aux deux derniers siècles). Cette maison sera belle quand les bâtiments commencés seront finis. »
[4] D'or à deux lions passants de gueules, l'un sur l'autre (Comborn).
[5] Description seulement des armes d'Innocent VI, déjà trouvées dans l'église de Beyssac : de gueules au lion d'or rampant, à une cotice d'azur brochant sur le tout ; au chef cousu de gueules, chargé de trois coquilles d'or posées en fasce. Ainsi portaient les bâtiments de la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, que ce pape avait fait bâtir et que l'on a suivie ; mais l'église de Beyssac et le sceau d'un Aubert semblent ajouter pour le chef, comme divers auteurs : soutenu d'azur.
[6] Dom Cyprien Boutrais.
[7] En 1306, le dimanche qui suivit l'arrivée en Limousin du pape Clément V et fut marqué par sa visite à Solignac (Haute-Vienne), le prieur de Glandier, avec d'autres chefs de nos monastères, pourvut en vivres aux besoins du pontife et de sa suite (MALEU, Chronique, p. 110). Ce fait peut concerner Jean de Noblac, qui ne mourut qu'en 1306, après un long et bienfaisant priorat