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Recherche > Corrèze (19) > Bonnefond > Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 1)

Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 1)

Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964

Date : 27/03/2023

 

           Canton de Bugeat, arrondissement d'Ussel, ancien archiprêtré de la Porcherie (Haute-Vienne). — Superficie : 4.541 hectares ; population : 863 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 11 kilomètres.

            Bonnefont, mal écrit Bonnefond, vient visiblement de Bonne Fontaine. Il y a en effet au-dessus du bourg une fontaine du nom de Saint-Médard, que l'on entoure fort le jour de la fête du saint, patron de la paroisse. Cette paroisse, d'une altitude moyenne de huit à neuf cents mètres et d'une étendue relativement très supérieure à sa population, ne présente guère au nord que d'immenses landes, se reliant à celles du sud-est de Pérols. Au midi, où passe la Corrèze naissante, le terrain est plus fertile, voire même par endroits souriant.

            Quatre sanctuaires, accompagnés de leurs cimetières, jalonnaient autrefois ce plateau : à Florentin, à la Chattemitie, à l'Arfeuille, à Bonnefont. Il ne reste plus que le clocher paroissial de ce dernier endroit.

            La courte ligne que lui consacre Nadaud indique sa dépendance de la célèbre abbaye de la Chaise-Dieu, en Auvergne. L'abbé de la Chaise-Dieu y aurait nommé une fois (en 1575) et le prieur de Vedrennes (Egletons), dont le bénéfice relevait aussi de cette abbaye, y aurait nommé cinq fois.

            Les curés — pour les indiquer tout de suite — furent : en 1619, Etienne Chadabec ; 1631, Jean Chadabec, qui, en 1621, n'était que prêtre de la paroisse ; 1640, Etienne Chadabec, deuxième du nom ; 1680, Etienne Saulière ; 1714, Antoine Gorsse [1], qui eut à transiger avec un compétiteur, Roch Dupuy ; 1745, Boy de la Borderie, de juillet à novem­bre ; 1745, décembre, François Charbonnier, mort le 15 mai 1753 et inhumé le lendemain sous le pavé de l'église, « dans un tombeau destiné et fait, dit-on, exprès pour inhumer le corps de messieurs les curés de Bonnefont » ; 1753, Antoine Sabeau, précédemment curé de Vedrennes, ce qu'il peut être utile de faire remarquer : il était, vers 1764, vicaire de la vicairie de Sainte-Croix de Pralioux, située ailleurs qu'à Bonnefont, mais n'astreignant pas à résidence : on l'ensevelit « dans le tombeau de la paroisse » le 4 mars 1782 ; 1782, Joseph Périer ; 1803, Jean Lionel ; 1838, B.-Gabriel Brandely ; 1839, Henri Teilhac ; 1848, Sylvain Gibiat ; 1877, Adolphe Chabasse ; 1878, Jacques Lonjanie ; 1888, Michel Gouyon, qui a bien voulu me communiquer le résultat des recherches auxquelles il s'est livré, en vue du Livre de paroisse, dans les registres paroissiaux.

            Il y a là, de M. Sabeau, prêtre de bon exemple, d'intéressantes notes, qui nous permettent d'entrevoir la situation faite parfois dans le passé à d'excellents curés de nos campagnes. En entrant dans son béné­fice, dit-il, trouva la maison presbytérale dans la dernière ruine : elle n'avait pas de couverture, elle manquait de plancher pour partie, les poutres en étaient « descellées ». Pas de crépissage aux murs, ni au dedans ni au dehors ; les deux principaux, celui de façade et l'opposé, étaient complètement à refaire. La maison n'avait qu'une cuisine et une chambre : chacune de ces pièces n'était éclairée que d'une fenêtre sur le devant, sans « paravent » ni vitres. L'intérieur était absolument nu, « sans aucune boisure ni ornements ». Le tambour de la cave bâillait sous les pieds du curé.

            Le digne prêtre se mit à l'oeuvre et dès 1753, réduit à ses seules res­sources, car les héritiers de son prédécesseur ne voulurent rien lui donner, il fit reprendre presque à pied ce presbytère misérable, lui donna une basse-cour, lui créa des dépendances, agrandit le jardin, des trois quarts, planta la haie, éleva les murs, posa le balustre, améliora le pré (ce n'est pas celui d'aujourd'hui), écarta les eaux, « et autres plusieurs réparations. « écrit-il, que j'ay toutes faites à mes dépens et sans le secours de personne, de façon qu'il m'en coûta de mes deniers particuliers, pour toutes ces réparations, environ douze cent soixante-dix livres. Je conclus et je prie et je supplie très instamment mes successeurs curés de prier Dieu pour moi, puisque j'ay travaillé réellement pour eux. »

            Le pauvre homme croyait bien sans doute avoir fini sa tâche : il lui fallut recommencer. « La présente année 1757, trouve-t-on un peu plus loin, tout le sanctuaire de l'église du présent bourg s'est écroulé, de façon que j'ai été obligé de le faire rétablir à neuf, en prenant les murailles dans le fondement. Le pan du côté de la sacristie (alors au nord) étant seul resté, la voûte est menacée jusqu'aux chapelles. [J'ai eu sur les bras] le pavé du sanctuaire, les vitres et scellés de la sacristie, où il n'en était point, les crédences, les balustres ; [j'ai dû] changer la chaire de place, faire deux aubes neuves, un bonnet carré, [acheter] tous les livres nécessaires, linges, nappes de communion. Les maçons, les menuisiers et autres ouvriers qui ont travaillé au rétablissement du sanctuaire, de journées, ont eu de moy, pour mon particulier, quatre cent douze livres dix sols, sans compter leur nourriture, avec sept louis qui ont été donnés pour la réparation par les moines de Saint-Angel et 48 livres par ceux d'Obazine.

            Il a fallu quantité de bois pour les cintres : j'en ai acheté et l'on m'en a donné... Il y est entré environ 50 charretées de bois ou de planches. Je déclare que le travail a duré plus de 14 mois entiers (le chiffre est douteux). J'ai nourri tous ceux qui ont été employés. La voûte du sanctuaire et le pignon et le côté de la croisée de devant étaient fendus depuis plus de cent ans. Je n'eus pas le sol des héritiers de mon prédécesseur, de sorte qu'ayant travaillé réellement et pour longtemps pour les curés de Bonnefont qui me succèderont, je les supplie très instamment, au moins autant que subsisteront mes réparations à l'église ou à la maison, de prier Dieu pour moy et de se souvenir de ma pauvre âme dans chaque Memento des messes qu'il célèbreront sous la voûte que j'ai fait bâtir. Je ne manquerais pas de rendre ce devoir de reconnaissance à mes prédécesseurs si j'avais trouvé ce que je mets.

 

« AMICI, ORATE PRO ME. »

 

            Sans être curé de Bonnefont, tout prêtre qui lira ces lignes donnera de bon coeur une prière à ce noble défunt. Un des mérites à remarquer dans la restauration (date de la voûte : 1759), c'est qu'elle s'est attachée à reproduire le passé, à ne pas briser les données du style général de l'église. Or ces données, à Bonnefont, sont assez bien celles de l'architecture reli­gieuse dans le XVe siècle : pilastres prismatiques, nervures toriques à listel rampant, trèfle amaigri dans une des fenêtres, IHS[ous] à lettres entrelacées, dans des écussons de clefs de voûte qui ont abandonné la forme triangulaire, etc. Cette église est vraiment intéressante par sa régularité et même actuellement par sa beauté d'appareil ; mais la façade, qui en supporte le clocher, subit au portail des modifications en 1778 et le clocher lui-même s'est vu partiellement refaire en 1885, avec la toiture, la sacristie et la partie supérieure des murs.

            Je signale une N.-D. de Pitié, du XVe siècle, ainsi qu'un bénitier flamand, avec inscription tournante, en cuivre rouge, fraîchement étamé. On signalerait volontiers encore la custode laissée avec nom et date par le généreux M. Sabeau, mais elle n'existe plus. Les cloches avaient été refondues sous son prédécesseur, en 1749 : il a fallu les refondre derechef, l'une en 1785, l'autre en 1826. Voici l'inscription de la première :

 

J.-B. MARTIN, FONDEUR.
PARRAIN. Mie ADÉLAIDE-MARIE-STANISLAS, MARQUIS DE BOISSE.
MARRAINE, DAME MARIE DE TARNAC.
JOSEPH PÉRIER, CURÉ. — 1785.

 

            Sur la place, belle croix du XIVe siècle, dans sa partie supérieure, et magnifique Sully.

            On vient de voir le don des moines de Saint-Angel pour la réfection du sanctuaire : il tient à ce que les moines de Saint-Angel possédaient à Bonnefont, avec divers droits, la chapelle ou église de Notre-Dame de Florentin. Elle n'a laissé que quelques pans de murs. Un auteur limousin l'a dite cure, mais ce doit être par erreur, car on n'en trouve pas de curés et la tradition des lieux n'en fait pas un centre paroissial. Florentin est même expressément porté dans les vieux actes comme village de la paroisse de Bonnefont. Le 2 décembre 1279, il fut convenu entre le chevalier Hugues de Mirabel, d'une part, et l'abbé de Charroux avec le prieur de Saint-Angel, Albon de la Châtre, d'autre part, que le premier de ces trois personnages, feudataire du prieuré, aurait dans l'église de Florentin, comme dans celles de Lignareix, d'Endevaysse (Saint-Germain­la-Volps), d'Alleyrat et de Chaveroche, droit de franca precatio.

            L'une des deux chapelles, à vocables inconnus, de la Chattemitie et de l'Arfeuille a été probablement le siège du prieuré de Saint-Léger de Chastagnole, relevant de Meymac. On ignore l'origine de ce bénéfice, et les auteurs même de notices sur Meymac n'en disent pas le mot. Mais les archives de la Corrèze fournissent quelques renseignements qui en certifient l'existence, en indiquent à peu près le lieu et en font connaître quelques prieurs. Ils indiquent aussi que le prieuré était d'abord uni, c'est-à-dire inhabité par son titulaire, lequel demeura longtemps un des religieux de l'abbaye de Meymac.

            1406. |— Arrentement par frère GÉRAUD MORANT, religieux de l'abbaye de Meymac et prieur de Chastagnole, membre dépendant de la dite abbaye, et tènements de la Malatie et de Malaniou, situés dans la paroisse de Bonnefont et contigus aux villages de la Chatemissie et de Larfeuille [2].

            1421, 30 mars. — Acensement par le même du mas et du lieu appelé le Mont-Gaytabie (tout auprès).

            1421, 6 avril. —         « Arrentement de la Chaste-messie. »

            1433. — Reconnaissance des tenanciers de Malaniou, d'Haute-fage, etc. envers frère JEAN LASCHIÉSAS, prieur de Chastagnole.

            1516. — Reconnaissance des tenanciers du Mont-Gaitavie envers GUYOT DE MARI, prieur.

            1561. — Reconnaissance des habitants du village « de la Chata­missie » envers BARTHOLOMÉ JUGE, prieur

            1644. — Transaction entre noble LÉONARD DE BOYSSE, prieur de Saint-Priech-les-Vergnes (Haute-Vienne) et de Chastagnole, et les tenan­ciers de la Chatemichy et de Larfeuille.

            1659. — JEAN-CHARLES DE BOISSE, prieur de Saint-Priest-les-Vergnes et de Chastagnole (Nadaud).

            1766. — Procuration d'ETIENNE-DENIS DUMAS, prieur de Saint-Léger de Chastagnole, paroisse de Bonnefont, pour percevoir les revenus du dit prieuré.

          1790. — Reconnaissance par plusieurs habitants du bourg de Murat envers le prieur de Chastagnol pour le tènement de la Noaillette, situe dans la paroisse de Bonnefont.

            Chadabec avait, lui aussi, sinon un prieuré, du moins une grange de l'abbaye d'Obazine ; et de là le don de 48 livres que nous avons vu faire par cette abbaye vers 1758. Ce membre, dit aussi de Beynares, dîmait également sur le village de Fontfrède. Il était un don du vicomté Archambaud V de Comborn (1159), à un abbé cistercien, qui ne trouvant pas dans le canton où il avait établi son abbaye, près Chamboulive, les ressources suffisantes pour la maintenir abandonna aux religieux d'Oba­zine ce qu'il tenait de la piété du vicomte. C'étaient la grange de Serre, paroisse de Chamboulive, des vignes à Allassac et la grange de Chadabec (et grangiam de Chadabec). Ce village a la bonne fortune d'appartenir aujourd'hui, pour partie considérable de ses possessions, à de riches pro­priétaires qui ont semé quantité d'arbres verts et fait dans de vastes bruyères des champs et des prairies très appréciables.

            Voici la liste d'ensemble des villages de la paroisse : Anglard, l'Arfeuille, l'Aubarie, les Bordes, le Bournel, Chadebec, la Chattemitie, les Combes, Combeserre, Florentin, Fontfrède, le Masrouby, le Mons, la Naucodie, la Noaille, les Oiseloux, les Plas, Pont d'Orluc, la Pradotte.

            Sur une montagne en face du presbytère est une pierre en forme de croix, de 1,75 m de hauteur environ : on l'appelle le Pilar et l'on y porte des processions pour demander le beau temps. Le nom semblerait indiquer une pierre-limite, mais la place se prête mal à la supposition, sauf le cas d'une limite de justice ou de fief.

            Plusieurs familles : des Bonnefont d'abord, croyons-nous, bien qu'ils habitassent plutôt du côté de Sornac ; puis les Ussel, leurs héritiers par alliance ; puis les Dupuy de Mirambel, les Lignareix, les Mary, se sont qualifiées seigneuresses de Bonnefont ; mais comme il est plusieurs loca­lités de ce nom dans la Montagne, je me borne pour les derniers temps à l'indication des Lignareix : Jean-Etienne Lignareix de Bonnefont, écuyer, secrétaire du roi, vers 1764, semble avoir commencé la noblesse de sa famille.

 

ADDITIONS ET CORRECTIONS

 

            Autres curés : 1518, Léonard Romanet, chanoine d'Eymoutiers et prieur de Nedde, puis de Ruffec, qui afferma à François Lombard, de Bonnefont, sa cure de ce lieu avec tous ses fruits, y compris les annexes de Florentin et de Chastagnol, 96 livres par an ; sous obligation pour le fermier de faire servir la paroisse, où l'on voit par là que ne résidait pas le titulaire ; 1592, Etienne Daubes (provisions) ; 1604, Pierre Boysse (it.). Autres prieurs de Chastagnol : 1581, EYMERIC ALLOUCHE ; vers 1746, MARC-ANTOINE DE PEYRE ; avant 1773, NICOLAS LHERMINIER, doyen de l'église royale et collégiale de Saint-Cloud, dit alors ancien prieur et ayant pour successeur l'abbé GOULET.

 

[1] Il signait Degorsse, mais on sait que pour les prêtres, les notaires, les femmes, etc., la particule, jointe ou non, n’était d’aucune conséquence

[2] Malaniou est de Murat, du moins aujourd’hui