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Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 1)

Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964

Date : 27/03/2023

 

     Chef-lieu de canton, arrondissement d'Ussel, ancien archiprêtré de Saint-Exupéry. — Superficie : 3.064 hectares ; population : 1.153 habi­tants : distance du chef-lieu d'arrondissement : 44 kilomètres.

      Ce chef-lieu a beaucoup gagné depuis quelques années : les édifices publics s'y sont construits ou embellis, les maisons refaites, les voies percées ; il possède une station sur le chemin de fer de Meymac à Limoges (1884). D'autre part, le site en est trouvé sur place moins austère qu'on ne l'avait imaginé de loin, avec l'altitude générale et la physiono­mie sévère du canton : Bugeat jouit d'un soleil assez doux, sur le versant méridional où s'est posé son nid. A ses pieds coule la Vézère, aussi renommée pour la saveur de ses truites que le sont les bruyères du plateau pour le parfum et l'éclat de leur miel. Il en régalait Turgot quand cet illustre intendant traçait sur son territoire (1761) la grand route de Limoges à Clermont. Félicitons Bugeat de ces avantages, mais ne lui demandons pas beaucoup d'histoire : il n'a rien ou presque rien à raconter.

      Si saint Blaise en est le titulaire, comme on me le dit (?), saint Pardoux en est le patron sûrement. A cinq cents mètres environ de l'église et près du moulin dit de Bugeat, dans un site pittoresque, se trouve la fontaine de ce saint, où l'on vient prier, de l'endroit et des alentours, pour la guérison des maux d'yeux (j'ai rappelé ailleurs que saint Pardoux était aveugle). Le nom du bienheureux ermite de Guéret se trouve aussi sur l'ancienne cloche de l'église, datée de 1755 (l'autre est de 1802) :

 

PARRAIN, ANTOINE CHAUMEIL.
MARRAINE, MARIE BROUSSELOUX.
ETIENNE REGAUDYE, SYNDIC.
GRANDCHAMP, CURÉ

 

            L'église, généreusement restaurée, élargie et ornée par le doyen actuel, Léon Taguet, peut présenter sur son portail, refait au dernier siècle, la date de 1768 : elle n'en remonte pas moins jusqu'à la transition du XIVe au XVe siècle. On lui trouve sans peine des rapports de ressemblance avec celle de Pérols, sa voisine ; mais le travail en est à la fois plus solide et plus fin. Sur la façade, clocher pignon à faîte aigu et double baie. A l'intérieur, triple travée avec chapelles en croix. La troisième travée est constituée par le choeur, uni au sanctuaire, qui est pentagonal et sillonné de nervures à liernes ; la clef de voûte y dessine une couronne. D'autres clefs offrent la forme d'une rose, ou, mieux encore, d'un losange, formé par l'adossement gracieux de quatre arcatures bilobées. Je remar­que dans la chapelle du nord les quatre animaux évangéliques soutenant la retombée des nervures. Ailleurs ces nervures, encore toriques mais avec arête prononcée, reposent sur des colonnettes de support tendant au prismatique. La travée d'entrée a seule perdu sa voûte, dont la clef creusée en bénitier se voit encore à gauche de la porte. Nombreuses statues de saints dans cette église, en particulier de saint Léonard, reconnaissable à ses entraves et très honoré dans le pays (on sait que de Saint-Léonard relevaient jadis Ambrugeat et Barsanges). Nombreux vitraux aussi, donnés par le curé et signés de Dagran, à Bordeaux, 1887. Il en est un d'ancien et de tout petit qu'on doit signaler dans la fenêtre flamboyante enfermée aujourd'hui dans la sacristie : il répond pour l'intérêt à la cuve baptis­male romane, décorée d'arcatures ,cintrées que surmontent de petits oculi comme à certaines crêtes des châsses limousines du XIIIe siècle.

     Nadaud nous dit que l'évêque de Limoges nomma presque toujours à la cure de Bugeat : on pourrait croire en conséquence que c'était une cure primitive, bien qu'un de ses titulaires ait prononcé une fois le nom de vicairie perpétuelle ; mais l'analyse d'un bail des dîmes de la paroisse de Bugeat passé par Jean Dugendre, chanoine de Limoges, en 1472, et signalé par le Sommaire des Archives de la Corrèze (E, Supplém. 366), donne probablement raison à ce curé. Quoi qu'il en soit, voici la liste des possesseurs : 1531, Léonard Leynia, de Beaumont, mort en 1569, déjà remplacé ; 1568, Pierre Leynia, oncle du suivant ; 1570, Léonard II Leynia ; 1587, Jean Coignoux ; 1599, François Bezaulx ; 1620, Etienne de Gain, qui résigna en faveur du suivant ; 1628, François Comte, prieur commendataire du prieuré de Sainte-Marie de la Bessière, ordre de Saint-Benoît (Lestars), et vicaire de la chapelle ou vicairie de Pourcharesses (item), « laquelle n'avait pas charge d'âmes et n'obligeait pas à résidence » : on trouve même nom et mêmes titres jusqu'en 1688 ; 1698, Pierre Durantie ; 1715, Pierre de Gain ; 1746, Barthélemy Grandchamp ; 1772, Algay de Villeneuve ; 1773, N. Voisin ; 1787, François Grandchamp des Raux ; 1791, N. Chamboux ; 1803, Martial-Léonard Tabaraud, frère probable du célèbre janséniste ; 1805, N. Dandaleix-Devaux ; 1810, Pierre Terracol ; 1839, François Taguet, qui, l'année suivante, fit construire le presbytère, sur les plans de M. de Jouvenel (père de l'ancien député de ce nom), lequel avait présidé à l'agrandissement du petit-séminaire de Servières pendant l'économat qu'y avait fait M. Taguet ; 1879, Léon Taguet, neveu du précédent et de trois autres prêtres, frères, parmi lesquels M. Henri Taguet, ancien supérieur du petit-séminaire de Brive.

      Sous M. Dandaleix-Devaux, le premier doyen de quelque durée qu'ait eu le poste après le Concordat, fut porté par les syndics fabriciens de l'église un règlement dont il est intéressant de recueillir l'article 9 :

            « MM. les syndics nommeront deux préfets de Modestie qui auront un cierge, au fond de l'église, pour surveiller ceux qui pourraient commettre des irrévérences dans le lieu saint, ou ceux qui sortent pendant les instructions, ou qui restent sur la place, et enfin les aubergistes et ceux qui boivent pendant les offices, pour être dénoncés à M. le Maire, qui sera prié de les condamner à une amende convenable, conformément aux règlements de police ; et le dit M. le Maire sera invité de faire donner à la fabrique le montant des amendes qui auront été imposées pour les contraventions au présent article. »

      Voilà qui est bien loin des mœurs actuelles ; mais avant de sourire, peut-être sera-t-il bon de voir le fruit que peuvent produire dans une paroisse de semblables dispositions. Il y a deux ans seulement, le 3 mai 1889, est mort à Bugeat un sacristain duquel le curé écrivait à la Semaine religieuse : « Je n'ai jamais vu un homme d'une piété aussi grande. Ses ancêtres, depuis plusieurs siècles étaient attachés au service de l'église et la paroisse n'a jamais connu, si je puis ainsi dire, d'autre tribu de Lévi consacrée au culte que celle du pieux sacristain. Cet homme répandait autour de lui la bonne odeur de Jésus-Christ : il m'est impossible de raconter combien était grande sa foi, profond son respect pour les choses saintes, ardent son amour pour Dieu. Il était admirable au pied des autels lorsqu'il servait la sainte messe. Son exactitude était de tous les instants. Ce bon serviteur ne connaissait que son église, sa maison, pauvre cabane, ancienne comme ses ancêtres, et le presbytère, où il prenait, chaque matin, un petit déjeuner, seul festin de chacun de ses jours. Il jeûnait comme un anachorète ; chaque jour le voyait réciter les psaumes de la pénitence, une foule d'hymnes, de prières et d'oraisons, et lorsqu'il se trouvait seul dans l'église, où il passait de longues heures, ses colloques à haute voix avec Notre-Seigneur étaient vraiment divins. — J'ai donné toute la solennité possible aux funérailles de cet homme de Dieu. Tous les prêtres du canton les ont honorées de leurs prières et l'on n'a jamais vu plus grande affluence de fidèles aux obsèques d'un chré­tien... »

      Avec des hommes tels qu'était celui-là, « plein de charité, à physio­nomie de saint, doux et humble, et d'une douceur qui le rendait des plus aimables », notre société serait-elle moins solide ou moins belle ? Je me permets d'imaginer que non.

      La commanderie de Bellechassagne possédait à Bugeat, comme à Saint-Merd-les-Oussines, dans le canton, un membre qui, pendant les troubles du XVIe siècle, fut si mal administré que les visiteurs de l'Ordre maltais, en 1616, crurent bon de l'unir à son voisin : il portait principalement sur deux villages. L'Inventaire de Pompadour nous apprend d'un autre côté qu'Amanion de Comborn-Treignac vendit à Jean de Sainte-Aulaire, seigneur de Tarnac, vers le commencement du XVIe siècle, une rente hypothéquée sur deux villages de Bugeat, Mouriéras et Branes : rente que racheta en 1516 Antoine de Pompadour, héritier d'Amanion. Ceci nous fait comprendre les droits que possédèrent dès lors à Bugeat les Pompadour, et plus tard les de Boisse. On lit de même dans l'Inventaire le signalement d'un accord survenu, à date reculée mais non dite, entre le seigneur de Treignac et le commandeur de Bellechassagne relativement à la justice de Bugeat, qu'ils se partagèrent par moitié.

     D'après Nadaud, les Jacques de la Chassaigne avaient aussi dans la paroisse le fief de ce nom. C'est possible, mais diverses sources ne me livrent que les villages suivants : Ambiaux, Arvis, Brousseloux, Chaleix, où l'on montrait naguère un souterrain aboutissant, disait-on, à la rivière et donnant lieu à mille contes, Petit Chaleix, Champseix, Coulournat, l'Echameil, Gioux (vieux château avec parc), le Luc, le Massoutre, où l'on voit un champ immense appelé Champ du Palais, et couvert de ruines que l'on croit très anciennes ; Monteil, Mouriéras, Orlianee, Terracol, le Moulin de Bartoux, le Moulin de Bugeat, le Pont de Bugeat, Prade­longue et Vézou.

     Au dire de M. Champeval, qui m'a fourni les plus anciens curés de la paroisse, tous ceux de ces villages qui dépassaient au nord Bugeat, appartenaient à la Marche. Cette province venait prendre chez nous, avant 1789, une bande de terrain partant du bourg de Bugeat, qu'elle excluait, et allant jusqu'à Eygurande, qu'elle enfermait en partie.

 

 

ADDITIONS ET CORRECTIONS

 

Gilles Broussouloux, retiré dans l'endroit en 1809, en est dit démission­naire. Effacez le mot probable pour M. Tabaraud.