Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 27/03/2023
Canton de Sornac, arrondissement d’Ussel, ancien archiprêtré de Chirouze (Creuse). – Superficie : 784 hectares ; population : 252 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 15 kilomètres.
Cette petite paroisse, desservie depuis la Révolution par les curés de Millevaches, appartenait auparavant à l’Ordre de Malte. C’était un membre de la commanderie de Bellechassagne qui, en s’unissant à Saint-Merd et à Bugeat, donnait 1 200 livres de revenu. Il consistait, d’après les visiteurs de 1617, « en une église paroissiale dont le commandeur de Bellechassagne était seigneur spirituel et temporel, général dixmier, curé et prieur primitif et vrai collateur. »
Cette église, ajoute M. Vayssière, avait trois cannes de large sur six de long ; elle était complètement voûtée, mais d’ailleurs en assez mauvais état. Le clocher était tombé et les cloches s’étaient brisées. On y voyait un reliquaire de cuivre émaillé qui renfermait, d’après les paroissiens, des reliques de saint Laurent.
Elle était desservie en 1617 par Gilbert Chaveroche, religieux d’obédience, qui s’enfuit « soudain qu’il vit arriver les visiteurs. Et après la visite, tous les paroissiens assemblés demandèrent justice et vengeance de mille exceds commis par ledict curé à l’encontre d’eux … et mille misère desquelles avoient esté faicts trois ou quatre paires d’informations par les officiers de la commanderie, envoyés avec ledict curé au chapitre provincial de l’an 1610. » Le sieur Chaveroche avait nié et s’était tiré d’affaire. Les visiteurs de 1617 parurent disposés à le traiter selon ses mérites et déclarèrent qu’il était entaché de « vices cappitaulx qui méritoient la mort ». Ils firent sur place une nouvelle enquête dont le résultat ne nous est pas connu (Bull. de Tulle, VI, 74-75).
Ce misérable, qui n’avaient d’ecclésiastique que les ordres reçus, mais sous la responsabilité des dignitaires de Malte, n’est pas le seul curé ou vicaire perpétuel que nous ayons à signaler pour la paroisse : on ne peut toutefois nommer de ces titulaires qu’avec précaution, à cause de l’homonymie, dans le passé, de notre Chavanac et du Chavanat de la Creuse. Je cite avec assurance, de 1762 à 1771, Me Etienne Bouhaud, (appelé une fois Bouharde), parce qu’il est dit curé de Saint-Jean de Chavanac et que saint Jean était le patron de notre paroisse, comme en général des églises maltaises. Ce curé doit avoir pour prédécesseur vers 1760 Gabriel Mempontel et pour successeur vers 1780 N. Déguillaume ; mais je ne sais si nous pouvons nous faire honneur d’un Charles Bosche, confesseur de la foi, détenu pendant les mauvais jours au grand séminaire de Bordeaux, transformé en prison. Les titulaires, depuis le Concordat, n’ont été que nominaux.
D’après les renseignements recueillis par M. Vayssière, le membre maltais de Chavagnac avait été, au XVIe siècle, aussi mal administré que ceux de Saint-Merd et de Bugeat (voir à l’article de ce dernier lieu). « Le fermier, dit-il, prétendit (1617) que l’Ordre ne possédait dans la paroisse qu’un moulin banal, donné à titre d’emphytéose sous la rente annuelle de trois setiers de blé. En consultant les terriers, on découvrit que des rentes en argent et en nature étaient dues sur le bourg de Chavanac et sur les lieux de la Regaudie (Saint-Sulpice-les-Bois) et de Brethenoux. Les habitants réclamèrent l’autorisation d’employer, suivant l’usage, la paille provenant des dîmes à l’entretien de la toiture de l’église. »
Chavanac a sa population presque toute agglomérée. La Brugère et les Granges, ses deux seuls villages qui comptent, touchent à peu près le bourg ; les Bois et Broussat n’ont qu’une maison ; les trois Moulins du Chanvre, du Prérabois et du Roc de Cayre sont abandonnés.
Bien que faisant partie du plateau de Millevaches, le plus haut de la Corrèze, et perché à la hauteur déjà bien suffisante de 900 mètres environ, Chavanac se trouve cependant abrité relativement à son voisin. Il est au flanc d’une colline, sur le ruisseau de Longeyroux que bordent des prairies. Mgr Berteaud, le visitant un jour, disait : « Si mon évêché était à construire, c’est à Chavanac que j’en voudrais l’emplacement. » Parole de poète, sans doute, qu’il faut interpréter d’après les circonstances et par comparaison, mais qui révèle dans l’endroit un certain agrément.