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Recherche > Corrèze (19) > Condat-sur-Ganaveix > Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 1)

Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 1)

Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964

Date : 27/03/2023

 

           Canton d’Uzerche, arrondissement de Tulle, ancien archiprêtré de Vigeois. – Superficie : 3751 hectares ; population : 1688 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 7 kilomètres. Condat signifie confluent : condatum, jonction de deux cours d’eau. Le chef-lieu de la paroisse n’est pas loin en effet du confluent du Gavaneix avec le Bradascou.

          Entre 1073 et 1086, une noble dame Aimeline, sœur d’Aymar II, vicomte de Limoges, et femme de très noble homme Pierre de Beaufort ou de Malemort, donna à l’abbaye d’Uzerche la moitié de l’église du lieu. Elle le fit en un acte singulier, moitié prose, moitié rythme et rime, dont il faut donner quelque idée au lecteur :

            Le terme suprême approche, écrit au début la donatrice ; les morts augmentent, la ruine et l’oubli du passé nous viennent de partout, ce qui éclaire les esprits et tourne les pensées du côté de l’Eglise.

 

Ego Ego Aimilina                                                        Ex meo vere patrimonio

Vitare nitens prava                                                       Sancto Petro ista dono

Que sunt pravis eventura                                             Et Usercensi monasterio

Acherontis pavens stagna                                            Sub abatte piissimo

Quo desevit mors eterna                                              Onomate qui Geraldo

In spernentes Christi jussa.                                          Denotatur in hoc cosmo[1]

 

            Suit le don, qui est, avec la moitié de l’église, la moitié aussi de ses appartenances : fief presbytéral, dîmes et revenus. Que si quelqu’un, ajoute Aimeline, vient s’aviser d’attenter à ce don,

 

Imbre sodomistico                                                       Penas luat in inferno

Consparsus ac Datanico.                                              Toto visu obcecato[2]

 

            Guy de Malemort, sur le point de mourir, confirma le don de sa mère, et y joignit un don personnel ; Gaubert de Malemort, son frère, fit la même confirmation et plus tard abandonna lui-même, pour l’âme de ses parents, tout ce qu’il pouvait prétendre sur l’église. Enfin, l’an 1118, un Aymar Bardos céda tout le fief qu’il avait sur l’autre moitié de la dîme ecclésiastique de Condat, et plusieurs autres biens, soit de la paroisse, soit du voisinage.

            A la suite de ces dons, Condat fut érigé en un prieuré distinct de la cure, sous le patronage de Saint-Julien de Brioude, comme la paroisse, et à la nomination de l’abbé d’Uzerche. Ce bénéfice, réduit sans doute, n’était dit valoir en 1761 que 400 livres, sur lesquelles le bénéficier devait acquitter deux charges de vin à l’abbé d’Uzerche (valeur 20 livres), une rétribution par hebdomale au chapitre de cette ville et deux setiers de froment au curé de l’endroit : un décret du 27 novembre l’unit à Uzerche. Il venait d’avoir pour titulaire un Perroudie, qu’avait précédé en 1705 Martial Jarrige, résignataire lui-même, cette année, de dom Pierre Gaye. Le prieur de 1580 eut nom frère Léonard Boyer ; celui de 1665, frère Pierre Glouton.

            C’était tantôt ce prieur de Condat, longtemps moine résidant de l’abbaye d’Uzerche, tantôt et plus souvent le chef lui-même de cette abbaye qui nommait à la cure : après l’union de 1761, ce fut l’évêque de Limoges.

            « Le 7e jour de juillet 1643, j’ai permuté la cure de Lageyrac « Haute-Vienne) et Chaslus, son annexe, avec le bénéfice de Condat près Uzerche. Dieu me face la grâce de l’y servir fidèlement ! Amen. »

            Ainsi parle dans son livre de raison publié récemment au Bulletin de Brive (IX, 68) Pierre Vacherie, de Sainte-Férréole, premier curé de Condat à moi connu. Il nous apprend que, six mois environ avant son arrivée, cette « églize estant aussy bien despavée que descouverte », il a fait d’abord contrat avec des paveurs de la paroisse, soit pour l’ouvrage lui-même, soit pour le port des matériaux ; « et ce, moienant 7 l. et un sestier segle ». « J’ai baillé le segle, ajoute-t-il, et payé le tout. » En 1647, après un pèlerinage à Roc-Amadour, pour y « rendre ses vœux à la très sainte Vierge », et un voyage à Cahors pour y prendre ses grades en théologie, il « fait plancher et blanchir l’église à ses despens, ce qui revient à plus de 15 l. » Puis il résume ainsi le service rendu :

              « Calcullé ce que je puis avoir fourny pour les réparations de l’église de Condat, soit à couvrir le cœur, paver toute la nef, plancher le tout, blanchir tout ce qui s’y voit, monte quarante-cinq livres, sans y comprendre le tabernacle, les deux tableaux du grand autel, ny l’autel de Nostre-Dame avec son tableau et ballustre, qui monte encore tout cella plus de cent livres. »

              Vacherie, que de tels détails nous révèlent bon prêtre, passe naturellement comme tous les bons prêtres par la tribulation. Son cahier, tel que nous l’avons, se finit de la sorte : « 1652. – Le bon Dieu m’a faict commencer ceste année par les croix et persécutions, dont j’adore sa sainte providence qui me conduict par le chemin royal et frayé par luy-mesme.

« … Un père et deux filz, tous trois ingratz, perfides, vindicatifs, calomniateurs, ont abboyé en chiens ou urlé en loup garroux contre mon innocence. Je ne venais que de les servir : le père, en lui prestant de mon bien, le cadet, insolent et sans Dieu, en lui baillant lettres pour son mariage, et lui espargnant les estrivières que M. Delage luy alloit faire bailler ; et ce beau premier jour, l’un me paya d’un rien et l’autre de calomnies. Dieu les convertisse ! …

« L’autre perséqution est de la Tour, filz de M. de Peyssieras, une âme perdue qui vit dans le libertinage », et parce que le curé refuse à la confession les malheureuses victimes ou complices de ses désordres, menasse de le poignarder et tuer, où il le rencontrera ».

              Vacherie eu pour successeurs, à longs intervalles, un Michel en 1686, un Cabanis en 1719, un Lachèze en 1745, un Durant vers 1773, et un Lalande en 1783 à la Révolution. Sont venus depuis : 1822, Jean Denis Bossoutrot ; 1847, Louis-Martin Pascal ; 1855, Gabriel Bonneau ; 1863 , Germain Delcaire ; 1881, Emile Gargnes.

              L’église de Condat est un quadrilatère allongé, flanqué en croix de deux chapelles. Point de voûte dans la nef : le sanctuaire seul et les chapelles ont des voûtes en berceau aigu. Ces deux parties, bien caractérisées, appartiennent à la limite du roman et de l’ogive : fin du XIIe siècle. Décoré d’archivoltes à colonnettes et de lobes en feston comme à la cathédrale de Tulle, par exemple, le portail date du premier temps, qui est aussi celui des modillons extérieurs du sanctuaire. Dans la chapelle de la Vierge, on note sur un écu un chevron accompagné de trois étoiles.

              C’est à Condat que fut commencée, le 3 mai 1558, une information qui occupa beaucoup les esprits dans ce temps : l’information relative à l’étendue des ressorts respectifs des sièges royaux de Brive et d’Uzerche.

              Les Lubersac ont eu, de date très ancienne, des biens à Condat ; car, en 1211, Geoffroy de Lubersac, revenant de la croisade, donna quittance à Renaud, vicomte d’Aubusson, de la somme de 1 042 libres tournois, provenant des revenus, pendant son absence, des terres de Lubersac, Saint-Pardoux, Condat et leurs dépendances. Il se qualifiait aussi seigneur de Condat. Ce devait être par succession des Gérald, seigneurs primitifs de la paroisse et bienfaiteurs de l’abbaye d’Uzerche, qu’on voit figurer soit au Cartulaire de cette abbaye[3], soit à la Généalogie des Lubersac[4], en ajoutant à leur nom patronymique, ici le nom de Lubersac, là le nom de Condat.

              La famille du Léris, qui était seigneuresse de Peyramont et du Châtenet, en haut Limousin, demeurait au XVIIe siècle, du moins par une branche, dans le bourg de Condat. C’est là qu’elle est dite avoir fait ses preuves de noblesse en 1666. François du Léris du Châtenet, frère de Léonard du Léris, chevalier de Peyramont, voulant aller au service du roi, fit son testament, signé Beneyton, le 30 mars 1703. Il habitait positivement au bourg.

              On a vu un Latour à Peyssiéras : la porte d’une maison de ce village présente un écu où l’on distingue une tour crénelée. Cette maison devait être une demeure de cadet.

              Vernéjoux (haut), en 1571 château et repaire noble, avait pour vrai seigneur foncier et direct noble Pierre de Latour, écuyer. Il dut passer aux Saint-Marsaud par le mariage (5 mai 1658) d’Henri Green de Saint-Marsaud avec Antoinette de Latour. La famille s’en qualifiait ainsi que de Condat, du Verdier, etc. un demi-siècle après et peut-être plus tôt. Elle était de même seigneuresse de Chaleix, dans la paroisse, en 1629, et de Cluzac dès 1571. Au dernier siècle, elle acquit Faugeras des Chavaille, dont l’un est si connu par les coups de bâton qu’il reçut de Bonneval, dit la Grand’Barbe, aux Etats Généraux de 1614.

              Montégoux est un ancien fief qu’occupait au XVIe siècle la maison de Lesboulières, partie de Masseré. Guy de Lesboulières, chevalier, était en 1509 seigneur à la fois de la Grénerie, paroisse de Salon, et de Montégout, paroisse de Condat. Par alliance ou autrement, ce dernier fief reçut au XVIIe siècle Antoine de Bort, fils puiné de Jean de Bort, seigneur de Pierrefitte (Sarroux). Louis Guyon Dolois, sieur de la Nauche et médecin d’Uzerche, connu par son Miroir de beauté et santé corporelle, dit en son livre 1er avoir traité « un illustre gentilhomme, sieur de Montegoux, âgé d’environ 24 ans, le chasteau duquel n’est qu’à une lieue d’Uzerche » : c’est d’un de Bort qu’il parle probablement. La dernière enfant de la branche, Marie-Françoise de Bort, dame de Montégoux, épousa, le 29 avril 1723, Jean de Maussabré, chevalier, seigneur du Buisson, commandant des milices du Berry. Plus tard, le châtelain de Montégoux se trouve avoir pour nom vulgaire « M. de la Junie » : était-ce un Maussabré, je l’ignore. C’est aujourd’hui, quoi qu’il en soit, un M. Prévot, fabricant à Limoges, qui possède la propriété.

              Villages de Condat : les Baraques ou la Foret (ancien petit château) ; Barbazanville ou le Puy-Chatras ou la Forge, manufature de papier de paille, remplaçant une ancienne forge de 1840 environ, appelée Peyramaure-Barbazanville ; les Bardis, « ancien domaine des bardes gaulois », écrit naïvement le bon M . Combet ; Beauchenet, la Bessade, Chaleix, la Chassagne, mentionnée dès 987 au privilège d’Hildegaire, évêque de Limoges, en faveur de l’abbaye d’Uzerche, avec Vernéjoux et Faugeras, qui viendront plus loin ; le Chassaing, Chatain, le Chedal, Cluzac, Desmas, Faugeras, peu distant du Puy de Vert, au sommet duquel l’Etat-major fit construire en 1840 une tourelle en bois pour ses observations géographiques ; le Feydel, la Geneste, basse et haute ; la Gorse, l’Hort, dont se qualifiait seigneur en 1657 François de Bonneval ; l’Hort-du-Nat, avec un moulin sur le Bradascou ; la Jonchère, Laborde, Langle, Luc, dont noble Armand de Guilhier avait la seigneurie en 1541 ; Maisonneuve, Miels, qui fut donné à l’abbaye d’Uzerche en 1001 par Militende de Ségur, et où Guy I, vicomte de Limoges, son gendre, donna aussi trois mas ; le Mons, les Moulins du Chassaing, de Condat, de Cluzac, de la Geneste, du Merle, de Pras, de Vernéjoux ; le Nat, le Pelataud, Peyssiéras, Peytourie, Pommier, le Pouget, où l’aumônier d’Uzerche disait en 1437 être en possession d’une rente annuelle de deux setiers de froment et deux setiers de seigle ; sur contestation et après mônier se contenta pour la suite de deux setiers de froment, mais à la condition qu’ils fussent de la bonne mesure uzerchoise ; tout prêt de ce village était une fontaine de saint-Pré, en vénération, et un autre village disparu du nom de Spinassole ; un champ appelé du Cerisier rond est marqué de vastes excavations souterraines ; les Pouyaux, Pras, mentionné en 1030 ; le Puy-l’Alouette, le Puy-Roger, la Valade, Vernéjoux bas et haut, Vialle.

              Au XVe siècle, plusieurs de ces villages appartenaient au chapitre de Saint-Germain-les-Belles (Haute-Vienne). D’autres, comme Langle, l’Hort, Chatain, avaient un droit d’usage sur la forêt dite de la Chevaucherie, où était, paraît-il, une chapelle.

 

 

ADDITIONS ET CORRECTIONS

 

Autre prieur : 1594, Jean Boyer. – P. 335, l. 5, supprimer la phrase : Plus tard … et p. 335, le détail relatif à Luc.

 

[1] C’est pourquoi, moi Aimeline, voulant éviter les maux qui arriveront aux méchants, et redoutant ces étangs de l’Achéron où sévit une mort éternelle contre ceux qui méprisent les préceptes du Christ. – J’ai, de mon vrai patrimoine, fait les dons suivants à Saint-Pierre et au monastère d’Uzerche, sous le très pieux abbé connu en ce monde par le nom de Gérald.

 

[2] Que la pluie de Sodome et de Datan fondent sur lui et qu’il tombe aux peines de l’enfer, totalement privé de la lumière (c’était la formule ordinaire de ces temps pour la protection des actes pies).

 

[3] Champeval, Bull. de Tulle, XII,528 – Cf. 114 et v. 222, note, fin.

[4] Reproduction du Nobil. de Nad., III, 609 – Cf. 612