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Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 1)

Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964

Date : 27/03/2023

 

Canton de Meymac, arrondissement d’Ussel, ancien archiprêtré de Gimel. – Superficie : 3013 hectares ; populations 1 080 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 10 kilomètres.

Cette paroisse, située en montagne et d’assez vaste étendue, a pour chef-lieu un agréable bourg de 250 âmes, marqué par un château. Le filet d’eau qui l’arrose devait autrefois baigner le pied de quelque mur, car au moyen-âge, l’endroit se qualifiait ville de Davignac. Il avait du reste une communauté de prêtres, datant au moins du XVe siècle, une forteresse où les Ventadour venaient en villégiature dès le siècle précédent, et dans son rayon paroissial d’autres demeures nobles, habites par d’illustres familles. Une rapide visite, de 1890, quelques notes prises dans les archives paroissiales., d’autres renseignements puisés en petit nombre à des sources publiques, vont nous permettre d’entrevoir tous ces faits.

L’église n’a rien d’ancien : large, courte, cintrée au plafond, sans doubleaux, sans pilastres, flanquée de deux petites chapelles en disproportion avec le vaisseau, elle n’accuse un temps quelque peu antérieur à celui de la nef que dans ces deux chapelles : l’une, au midi, voûtée en berceau ; l’autre, au nord, offrant des nervures prismatiques du XVe siècle, avec un écu vide. L‘intérêt se concentre au sanctuaire, dans un immense retable sur mur droit. Ce retable en bois est de la transition du XVIIe au XVIIIe siècle. Au centre, vaste tableau sur toile, à cadre sculpté, représentant Notre-Dame et saint Jean, de chaque côté d’un crucifix en saillie : le couronnement s’en est perdu en partie dans le plafond, fait après coup. A droite et à gauche, de chaque côté encore, couple de colonnes torses à feuillages rampants, corniches et frontons arqués, encadrant chacun une niche où Saint Saturnin au nord, saint Jean-Baptiste au sud ont leur statue. Le premier a la place d’honneur (celle de l’Evangile), comme patron de la paroisse (fontaine de son nom). Tout le bas de ce fond principal est tapissé de bas-reliefs ou garni de petites statues. Sous les deux niches, Incarnation et Nativité de N. S. Dans les socles, Agonie du Jardin des Olives, Trahison de Judas, Comparution devant les Juges, Flagellation en deux Tableaux, Couronnement d’épines, Dérision des soldats, Ecce homo, Chute sous la croix et Crucifiement de saint Pierre, celui de N. S. étant le sujet du centre du retable. Les statues sont celles des quatre évangélistes et des quatre grands docteurs de l’église latine ; saint Ambroise sans doute (un évêque docteur avec une croix), saint Jérôme, saint Augustin et saint Grégoire le Grand ; puis de saint Thomas, du prêtre-roi Melchisédech, des deux saints Jean, etc.  

Les archives départementales renferment une délibération des habitants de Davignac relativement aux réparations de leur église en 1787. C’est alors, comme on va le voir, qu’ils fondirent la grand’cloche. D’où nouvelle délibération des mêmes habitants, deux ans après, « pour demander à l’intendant du Limousin d’imposer sur la paroisse une somme de 308 livres, qu’Etienne Bazetou, syndic fabricien, avait payée au fondeur pour frais de refonte de cette cloche. » En voici l’inscription :

ANNO DOMINI 1787. – STI JOANNES BAPTISTA ET SATURNINE ORATE PRO NOBIS.

J’AY ÉTÉ BÉNIE PAR Me JOSEPH SERVIENTIS, ANCIEN CURÉ DE MEYMAC, EN PRÉSENCE DE Me FRANCOIS LAFARGUE, CVRÉ DE DAVIGNAC,  ET DE Me JEAN-BAPTISTE COVDERT, VICAIRE.

J’AY POVR PARAIN HAVT ET PVISSANT SEIGNEVR Me JEAN-FRANCOIS DARCHE,  CHEVALIER, SEIGNEVR D’AMBRVGEAT, BARON DE PVYDEVAL, ET POVR MARAINE HAVTE ET PVISSANTE DAME ANNE-ARMANDE DE LENTILHAC ;  CONTESSE DE VALON, ÉPOUSE DE HAVT ET PVISSANT SEIGNEVR CONTE DE VALON, LIEVTENANT DES MARECHAVX DE FRANCE, CHEVALIER DE SAINT LOVIS. – A. BARBETTE, FONDEVR.

Au-dessous, sous un crucifix :

O CRVX AVE SPES VNICA. – Sr MARC-ANTOINE AVDIN BOVRGOIS [1]

Et sous une Assomption :

ASSVMPTA EST MARIA IN COELVM. – ETIENNE BASTOV SINDIC.

La sacristie offre à voir un reliquaire-monstrance en forme de maison, à double verre et en cuivre jadis doré. Le pied est en octogonal et à pans inégaux, avec un nœud rond au milieu de la tige. Crucifix au sommet, sur fronton infléchi à jour ; pignons gravés de deux IHS en minuscules gothiques du XVe siècle.

Au dedans reliques de sainte Paule, martyre, avec un authentique aux armes et à la devise de Mgr du Bourg ; d’argent à 3 tiges d’épines, 2 et 1 : LILIUM INTER SPINAS. L’ossement est assez grand ; mais à côté s’en trouve un autre plus petit, sans sceau, auquel est collée une bande de papier imprimée portant : SAINT LAURENT, MARTYR.

Davignac était à la seule nomination de l’évêque de Limoges. Il a eu pour titulaires : en 1639 et 1694, Jean Carmy, qu’il faut peut-être dédoubler ; 1717, Marc-Antoine Borie ; 1724, Jean-Jacques-Antoine Meschin, qui en 1730 fit échange avec le suivant pour le prieuré-cure de Sérilhac ; 1730, Jean-Baptiste Sudour ; 1764, Joseph Servientis ; avant 1778 Jean Lacoulerie, mort cette année-là ; 1784, Philippe Boulière ; 1786, François Dupuy de Lafarge, qui n’était plus en 1789 ; 1789, François-Amable Goumot, qui se cacha pendant les mauvais jours, fut ensuite curé de Jarnages (Creuse), doyen d’Uzerche, où il fonda un collège, et curé de Saint-Junien (Haute-Vienne) en même temps que vicaire-général honoraire de Limoges ; 1822, Jean-Baptiste Bouharde, mort retiré et chanoine honoraire en 1848, à 86 ans ; 1843, Antoine Montcourrier ; 1844, Jean-Paul Graffeuil ; 1845, Gabriel Magnaval, mort retiré en 1868 ; 1865, Jean-Baptiste Bordas ; 1889, Etienne Arfouilloux.

En 1639, la confrérie du saint Rosaire se trouvait installée dans un ancienne chapelle gothique qui se voit encore au midi du bourg, légèrement en contre-bas : elle est dédiée à la sainte vierge et on l’appelle, aujourd’hui comme alors, la chapelle de Notre-Dame. Or, dit un acte du temps, « à cause d’icelle confrérie, par l’intercession particulière de la très sainte Vierge, on recevait journellement des faveurs de la divine bonté : occasion de quoy Mrs Guilhaulme et Jean Servientis, confrères de ladite frérie, désirant la perpétuer et que la dévotion dudit saint Rosaire fût continuée à jamais en ladite chapelle, firent entendre aux Srs curé et prebtres de l’esglize parrochelle leur volonté et dévotion suivante ».

Douze messes par an se disaient habituellement dans la confrérie, les premiers dimanches de chaque mois ; on en ajoutait quatre aux quatre fêtes de la sainte Vierge jugées par elle les principales, savoir la Purification, l’Annonciation, l’Assomption et la Nativité ; enfin on en disait quatre autres pour les morts le lendemain même de ces fêtes, ce qui faisait en tout le nombre vingt. Les deux Servientis, qui étaient l’un avocat en parlement et juge ordinaire du lieu, l’autre notaire royal et greffier du Boucheron comme de Florentin, voulurent fonder ces messes à perpétuité. Ils firent venir les prêtres devant notaire et constituèrent à la confrérie un capital de cent livres, suffisant à l’époque. Aux messes des premiers dimanches du mois, ils firent ajouter l’antienne du temps à la sainte-Vierge ; après celle des morts, ils enjoignirent un Libera me ; enfin la messe du premier dimanche d’octobre. « comme étant la principalle feste du très saint Rosaire, devoit estre dicte en hault avec diacer et soubz-diacre. » Ce qu’acceptèrent avec le curé Mes Jean Bordes, Pierre Charlanie, Jean Massoubre, Jean Bordas, Jean Neiges et Martial Mazaux, tous prêtres filleuls de la localité.  

Le château de Davignac avait juridiction, comme on vient de le voir, et constituait un chef-lieu de châtellenie. Il était dès 1303 aux mains des Ventadour : Ebles VII, dit aussi Hélie, y datait un acte important et relatif à Ussel le samedi d’après la Nativité de Notre-Dame, où en septembre ; Ebles VIII, son fils y datait un autre acte l’an 1325, le mercredi d’avant la fête de saint Laurent, ou en août ; et Bernard, son petit-fils, en datait un troisième de ce château en 1334 le jour de la Saint-Mathieu, ou 21 septembre ; ce qui marque toujours l’époque des saisons à la campagne. Il est donc probable que les vicomtes y passaient, sous la brise des monts, le temps le plus chaud de l’année. Mais ils durent aliéner, car en 1388 Davignac avait pour seigneur Raoul de Lestrange, frère aîné de Guillaume, évêque de Carpentras, puis archevêque de Rouen, et d’Elie de Lestrange, évêque de Saintes et ensuite du Puy. Ce Raoul, parent du pape Grégoire XI, était lui-même un personnage de son temps, employé en diverses négociations soit par le pape, soit par Raymond de Beaufort, vicomte de Turenne, Guillaume de Lestrange, son fils, transmit la seigneurie de Davignac à l’un de ses enfants cadets Mondon ou Raymond, chef de la branche de Durat, en Auvergne. Celui-ci la donna derechef à son second fils, Roux, seigneur de Davignac et de Mareughol en 1499 ; mais la mort sans postérité de ce seigneur fit revenir la terre aux mains de son aîné Jean de Lestrange-Durat, à partir duquel il n’en est plus question dans la généalogie de la famille.

Par une autre maison, elle rentra aux Ventadour. On lit au Sommaire des Archives de la Corrèze : « Louis de PierreBuffière, seigneur de Beaumont et de Chamberet et gouverneur de la ville de Figeac, ayant appris qu’Anne de Lévis, duc de Ventadour, avait acquis de François de Bourzolles la terre et seigneurie de Davignac, fait notifier audit duc son intention de retenir ladite terre en vertu du droit de retrait lignager (1606-1618). » Et ailleurs : « Le prince de Soubise (duc de Ventadour) signifie à divers habitants de Davignac l’obligation de faire moudre au moulin dudit lieu » . (Vers 1779). – En 1787, le château de Davignac appartenait à M. d’Arche d’Ambrugeat, dont nous avons vu le nom sur la cloche. Il est présentement la propriété de M. Bordas.

Au Pézarès, dans la paroisse, était une branche des Juge ou la Jugie, dont la lignée se rattachait peut-être à un Etienne Juge (Judicis), consul d’Ussel en 1285. L’article EYREN nous donnera les hommes illustres de cette maison au XIVe siècle : ici nos renseignements, pour être plus sûrs, ne la prennent qu’au XVe.

Noble Jean de la Jugie, seigneur dudit lieu (Eyren) et del Pézarès, paroisse de Davignac, épousa Marie Vincenda (des Vincenza de Peyrelevade), qui en était veuve en 1449 ; dont 1° Jean, qui continua la famille, et 2° Galienne, mariée, par contrat du 10 juin 1449 (signé Alpays, de Meymac) à noble Guy de la Roche, seigneur dudit lieu, paroisse de Loupiac, en Auvergne.

Le Nobiliaire de Nadaud ne pousse pas plus loin ; mais les archives de l’église de Davignac viennent heureusement fournir quelques détails de plus. Or, comme il s’agit ici d’une famille de cardinaux, restée partiellement dans l’ombre, je n’hésite pas à livrer, si petit soit-il, le résultat de mon dépouillement.

Le 17 janvier 1497, fondation ou reconnaissance de 50 sols de rente pour messes aux prêtres de la communauté de Davignac par noble Galienne de la Jugie, damoiselle, rélicte (veuve) de noble homme Guy de la Roche, damoiseau, habitante de la ville de Davinhac, diocèse de Limoges, pour elle et pour noble damoiselle Marguerite de la Jugie, sa sœur.

20 janvier 1497, noble et honnête femme Jeanne de la Jugie, damoiselle, femme de noble Graulet Tibaut, seigneur de la Vergne, habitante de la ville et paroisse de Davinhac, fait une autre fondation de messes à la communauté des prêtres de Davinhac.

19 septembre 1500. Accord portant reconnaissance de six livres de rente aux prêtres de la même communauté par noble Jean de la Jugie, damoiseau, seigneur de la Jugie et du Pézarès, diocèse de Limoges, et de Murat-Larabe, diocèse de Clermont, paroisse de Vinhonet (Cantal).

Ce Jean de la Jugie, qu’on nous dit avoir pour tante Galienne, citée plus haut, et qui par conséquent n’était que le fils du Jean donné par le Nobiliaire et présent à la montre d’Eymoutiers en 1470, avait, par alliance sans doute, passé dans la province d’Auvergne. Sa branche s’y perdit. Ce qui le prouve, c’est qu’un membre de l’ancienne famille des seigneurs de Murat-Larabe, Amblard de Claviers, dit sieur du Pézarès, nomma en 1573 à une vicairie de Davignac fondée un siècle auparavant par Jean Raynal, chanoine de Tours. D’autre part, voici ma dernière note dans l’endroit, note que je livre sans pouvoir l’éclairer :

12 avril 1641, reconnaissance de rente aux prêtres de la paroisse par Jean de Valans et la dame de Combarel de la Jugie, son épouse. 

Elle tendrait à établir que les Combarel succédèrent dans Pézarès aux la Jugie émigrés, et que les Valans relevèrent les Combarel au XVIIe siècle. C’est un double point que l’avenir éclaircira.

En attendant, disons que Jean Melon, avocat de Tulle, était seigneur du Pézarès dès 1680. Sa postérité le garda.

Davignac a pour villages ou hameaux : l’Angle, l’Arbre-Fourré, petit fief ; Arpaliange, la Bachellerie, Beyne, les Bordes, le Boucheron, le Bourel, la Chancialle, Charvetourte, Cisterne, Curade, le Coustau, la Font de Milord, la Goutelle, Jacquet, Laval, Lestat, la Marsagne, le Massoubre, la Mongie, le Mons, le Moulin du Gourgeat, Passemar, Pecresse, le Pezareix, le Pradeillou, le Pré-Brillaud, Rouffiat, qui était en 1652, une sieurie de Michel Chassaing de Bonnefond et avait en 1777 un bois d’Annet de Ségonzac ; les Soulenas, le Tournos, la Vedrenette et la Veyssière.

 

 

ADDITIONS ET CORRECTIONS

 

Il y a eu pour curés deux Jean Carmy, car en 1655, à la disparition sans doute du premier, François Bonnet, curé de Laval et d’une autre paroisse, prétendait droit sur la cure de Saint-Saturnin de Davignac. – Je trouve en 1756 Jean-Martin Darche, père du seigneur d’Ambrugeat, dit lui-même seigneur du Pézaret.

 

[1]  L’une des victimes d’un drame sanglant qui eut lieu à Meymac en 1793 (V. à cette ville).