Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 27/03/2023
Canton d'Uzerche, arrondissement de Tulle, ancien archiprêtré de la Porcherie (Haute-Vienne). - Superficie : 1213 hectares ; population 337 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 18 kilomètres.
Dans une petite dépression de plateau, baignée d'un ruisselet, tapissée de prairies, deux maisons, un presbytère, une petite église : voilà tout Lamongerie.
Ce lieu fut anciennement ce qu'en marque le nom : un prieuré de filles, sous le patronage de saint Antoine, avec une cure de congruiste, sous celui de saint Martial : l'abbesse de la Règle (Limoges) nommait aux deux.
On en connaît quelques prieures : dans la deuxième moitié du XVe siècle, ISABELLE DE MALENGUE DE LESPINASSE, du château de Lespinasse, paroisse de la Tourette ; en 1507, 4 mai, par bulle de Jules II, ANTOINETTE DE SARTIGES DE LAVANDÈS, du château de ce nom, près Champagnac (Cantal) religieuse de la Règle et âgée de 21 ans ; en 1538. ANTOINETTE II DE SARTIGES DE LAVANDËS, qui fit profession religieuse dans l'église de Lamongerie le 29 avril, entre les mains d'Anne du Breuil (de la Porcherie ou de Salon), abbesse du Bugue, en Périgord, et succéda probablement à sa tante dans ce prieuré limousin comme elle le fit en 1542 dans celui de Champagnac d'Auvergne, dépendance de Bonnesaigne ; avant 1567, MARGUERITTE BARTON ou de Lage, morte cette année-là.
On connaît plus encore de curés. Il faut remarquer que, dans les derniers temps tout au moins, ces titulaires se qualifiaient prieurs. Etait-ce en souvenir de l'ancien prieuré, que l'abbaye de la Règle s'était peut-être uni après les guerres religieuses ? ou de par ce qu'indique la ligne suivante, prise au Pouillé de Nadaud : « Lamongerie, prieuré d'hommes ; le prieur de l'Artige y nommait. » Difficile de répondre en ce moment. Sous la date de 1460 Etienne Progoul est dit simplement curé. Sont venus ensuite : 1640, Briaussolle ; 1662, Patua ; 1685, Briaussolle, qui eut procès en 1726 avec l'abbesse de la Règle pour la possession d'un étang ; 1706, la Ribière ; 1738, Etienne Banel, mort le 11 janvier 1754 et enseveli dans le sanctuaire du côté de l'évangile ; 1754, Laroque, qui vers 1761 fit fondre la petite cloche et fut nommé, dit-on, chanoine de Brive vers 1779 ; 1780, Pierre Chiniac, dernier pasteur légitime de la paroisse avant les mauvais jours, remplacé par un vicaire de Saint-Michel de Limoges qu'on élut curé le 10 juin 1792, et qui reçut son institution canonique le 17, de Jean-Joseph Brival, évêque de la Corrèze; il jura, puis célébra le saint sacrifice. Lamongerie, resté sans curé après la Révolution, n'a eu depuis que MM. Firmin Ferréol, 1875 ; Etienne Laygue, 1881, mort retiré en 1893, et Jean-Baptiste Célérier, 1890.
Un extrait des archives de la mairie que me transmet obligeamment ce dernier, donne sur M. Chiniac des détails intéressants : je les résume.
Ce respectable ecclésiastique, trompé en 1791 par les déclarations de l'Assemblée nationale, notamment celle-ci « qu'elle reconnaissait une autorité spirituelle et que son intention ne serait jamais d'y porter aucune atteinte », avait cru pouvoir, le 26 janvier, s'engager à prêter le serment prescrit à la Constitution civile du Clergé. 1l estimait en cela, disait-il, donner simplement l'exemple qu'il devait de la soumission « aux lois émanant légitimement de l'autorité souveraine de la Nation ». Le 30, qui était un dimanche, devant la municipalité et la paroisse réunie, il monta dans sa chaire et déclara « qu'après avoir pris tous les éclaircissements convenables et consulté des personnes instruites et désintéressées, il avait été détrompé de l'illusion où se trouvaient tant d'autres ecclésiastiques qui, comme lui, avaient d'abord cru que la religion était offensée dans la constitution civile du Clergé » ; que les dernières dépêches mêmes, arrivées la veille à Masseré, « en attribuant à l'Eglise les droits de l'institution canonique, éclaircissaient et levaient tous les doutes » ; qu'il prêterait ainsi le serment demandé, parce qu'il n'y voyait rien de contraire à la religion : « religion, ajoutait-il, à laquelle nous devons être tellement attachés que si l'Assemblée l'eût réellement attaquée, nous préférerions être réduit à la mendicité et être même coupé à morceaux, que souscrire à la prestation du serment ».
Une année se passa et la lumière se fit pour ce bon prêtre. La rumeur se répandait alors dans la paroisse que le curé se rétractait, qu'il ne reconnaissait pas l'évêque de la Corrèze, qu'il n'avait pas publié son mandement, etc., on manda M. Chiniac au district et on le somma de se justifier, sous peine de suppression de traitement. Voici, textuellement mais abréviativement, le rapport qu'il fit à ses paroissiens en rentrant d'Uzerche
« J'ai répondu que s'il fallait une explication de ma part, elle serait bientôt faite... Tout ce qu'on m'imputait était véritable. Je n'étais point fait pour trahir la vérité. Quoique j'eusse prêté le serment exigé par l'Assemblée, j'en avais prêté un autre vingt ans auparavant auquel le dernier ne pouvait déroger sans me rendre parjure : en recevant la prêtrise de Mgr d'Argentré, évêque de Limoges, je lui avais voué l'obéissance et promis de ne reconnaître d'autre évêque que lui. Nommé curé à Sainte-Féréole au mois d'octobre, dans le sein de ma famille et dans une cure qui vaut le double de la mienne, je n'avais pas voulu déplacer un honnête homme, un pasteur légitime... Quand ç'aurait été un évêché, je n'aurais pas accepté. Si je me suis rétracté au mois de décembre dernier, conjointement avec feu M. le curé de Meilhards, comme je me rétracte purement et simplement [à l'heure actuelle], ce n'est que sur ce qui regarde la religion catholique. J'ai promis en bon patriote d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi ; j'y serai toujours fidèle ; mais quand j'ai promis de maintenir la Constitution civile du Clergé, j'ai entendu ne maintenir que ce qui dépend uniquement de la puissance civile ; aussi ai-je dit en propres termes que s'il y avait dans la constitution quelque chose contre la religion, je préférerais de mendier mon pain et d'être même haché à morceaux que d'y souscrire. »
Et le digne confesseur d'ajouter à ces nobles paroles qu'il a proposé en conséquence au district une formule restrictive, reconnaissant d'une part qu'il y a dans la constitution « bien des choses qui attaquent la religion jusque dans ses fondements, (C'est Jésus-Christ lui-même, dit-il qui a établi la religion catholique et qui en a donné le gouvernement à son Eglise et non à la puissance civile : posuit episcopos regere Ecclesicun Dei) » et de l'autre voulant respecter pour le reste cette constitution comme loi de l’Etat. Sur quoi le district lui a offert de le laisser dans sa cure, à la condition d'en faire le service gratuitement. « C'est tout ce que je demande, s'écrie-t-il en finissant, par l'attachement que j'ai et que je dois avoir pour mon troupeau. Je ne mourrai pas de faim pour cela. Il est vrai que je n'ai point de fortune, attendu que j'ai presque tout consommé en employant trois mille livres en réparations et améliorations du presbytère et de l'église, sans y avoir fait contribuer ma paroisse ; je ne rougirai pas non plus de le dire : j'ai à nourrir un père qui a 73 ans... Mais la providence de Dieu est grande : c'est sur elle que je mets mon espérance, elle ne m'abandonnera pas. Et je soutiendrai ma religion au péril de ma vie. C'est mon état, c'est mon devoir. Qu'on fasse de mon corps ce qu'on voudra, mais on ne dominera jamais mon âme et ma conscience [1]».
Sublime langage qu'entendirent si fréquemment nos plus humbles villages dans ce temps malheureux ! Le prêtre qui le tenait ne fut pas admis au bénéfice de sa franchise : il lui fallut se retirer à Sainte-Féréole. Quand vinrent à luire d'autres jours (1803), on lui offrit la cure de SaintSolve, mais il la refusa pour rester vicaire à Brive, où il rendit son âme à Dieu.
La sacristie de Lamongerie possède, avec un certain nombre de vieux ornements, convoitise des brocanteurs, un petit porte-Dieu d'argent fait à peu près comme une montre plate, à double boîtier, qu'on aurait vidée de son intérieur : cet objet rare mérite signalement. Il y a sur l'unique autel de l'église une très belle statue en pierre de la sainte Vierge, due à l'époque gothique et provenant sans doute de Lafaye ; elle est accompagnée tout au moins d'un saint Antoine de même matière et de même époque, qui, lui, fut toujours de Lamongerie.
Dans le tourillon-clocher qui domine la porte se trouve aussi une cloche gothique, ayant pour inscription U IHS[ovs], M[ARIA]. — S. ANTFIONIUS, S. GREGORIUS MAGNUS U
La petite cloche, du dernier siècle, porte :
JACQUES DUMAS, PARRAIN.
MARIA BORDELLO, COMTESSE DE PRATS, MARRAINE.
MATHURIN LAROQUE, CHANOINE DE BRIVES.
Un Léonard Dumas se qualifiait en 1701 sieur de Lamongerie. On trouve aussi en 1603 demeurant au village de Laporte, Marye de Laporte, héritière d'Annet, seigneur du lieu, écuyer, et femme de François Lafaye, également écuyer, seigneur par cette alliance dudit village qu'il habite.
Pourrières, autre village situé sur un léger renflement de terrain que ceignent des prairies, fut autrefois une celle de l'ordre limousin de Grandmont. Cette celle ou petit couvent avait pour patrons la sainte Vierge et saint Loup de Limoges ; elle comptait trois religieux en 1295. Une bulle du pape Jean XXII, en date de 1317, l'unit au prieuré du Châtenet, paroisse de Feytiat, en Haut-Limousin. Mais cette communauté d'hommes, qui comptait alors 18 moines, fut en 1576 transformée en communauté de femmes par notre compatriote François II de Neuville, abbé général de Grandmont, sous la direction d'une de ses parentes, Anne de Neuville. Il résulta de cette transformation que Pourrières se rendit quelque temps indépendant du Châtenet, et eut ses propres prieurs, nommés par l'abbé de Grandmont. On en connaît dès 1582, six ans après l'acte de l'abbé ; il y en avait encore un autre en 1659. Mais deux ans plus tard les choses changèrent et les religieuses du Châtenet prirent possession de leur ancienne dépendance ; elles l'affermaient 160 livres vers le milieu du dernier siècle.
A la fin du XVe il y avait à Pourrières un prieur, moine ou non du Châtenet, qui faisait construire une verrerie dans un bois voisin de la forêt de Montars, mouvance du vicomte de Limoges. Celui-ci s'y opposa, « prétendant que cette verrerie causerait la ruine de la forêt et que nul ne pouvait bâtir forge ou verrerie sans licence du seigneur ». L'entreprise échoua probablement.
Je dois à la parfaite complaisance de M. l'abbé Lecler, ex-doyen de Compreignac, en Haute-Vienne, les deux seuls noms d'administrateur ou de prieur qu'on ait pu recueillir pour moi aux archives de Limoges : 1521, JEAN ALAMARGO, prêtre de l'ordre de Grandmont et administrateur de Pourriéras ; puis 1651, PIERRE CARVEIX, à la provision duquel comme prieur Mgr de la Fayette donne son visa le 5 février.
LAFAYE. — Une ancienne église de la forêt de Salon, qui, avec toutes ses dîmes et toutes ses appartenances, prés, bois, terres cultivées ou incultes, fut donnée en 1036 à l'abbaye d'Uzerche par les vicomtes de Limoges Guy et Geoffroy, unis à leurs deux autres frères Aymar et Bertrand ! Les privilèges du pape Eugène III en 1145 et de Sébrand Chabot, évêque de Limoges, en 1185, en parlent également comme d'une des possessions de l'abbaye, en la nommant, l'une église, l'autre chapelle de Sainte-Marie de Lafaye. Elle honorait la Nativité de la sainte Vierge. L'abbé et le chambrier d'Uzerche y nommèrent ensemble pendant un temps, puis le chambrier seul fit les nominations. Mais le bénéfice finit par se perdre dans celui de Lamongerie. Comme les deux n'avaient que fort peu de paroissiens et des revenus extrêmement modiques, leur union, déjà effectuée depuis un temps de par les circonstances, fut décrétée pour toujours le 7 juillet 1760. Le Saint-Sacrement ne devait se conserver dès lors qu'à Lamongerie, dont le curé, tout en portant le titre des deux églises, restait toujours à la nomination exclusive de l'abbesse de la Règle ; mais on devait aller dire ou faire dire la messe à Lafaye le premier et le troisième dimanche de chaque mois, puis ensevelir les paroissiens dans le cimetière de leur ancienne paroisse respective.
Villages des deux sections réunies : les Barraques, la Faurie, la Faye, la Fosse, le Goutailloux,. le Gouyoux, Lassadis, le Mas, la Masurie, le Moulin du Conseiller, le Moulin de Lacham, Montars, Piquette, la Porte, d'où pouvait tirer son nom, ainsi que de Lafaye, la famille de Laporte de Lafaye répandue autrefois du côté de Treignac ; le Puy-la-Faye, Pourrières et Roumaillac.
ADDITIONS ET CORRECTIONS
Autres curés : en 1652, Raymond Bondet, dit alors curé de la Faye, et en 1655 et 58, curé de la Mongerie (il l'était des deux probablement) ; 1895, Louis Soulié, P. 45, lig. 15, 16, 17, substituer comme plus sûr, à Patua, Laynia, qu'on trouve curé de Lafaye en 1651 ; puis à 1726, 1708, et à 1706, 1726. - P. 47, supprimer les lignes 26-28, qui se réfèrent aux Laporte, de Treignac. - P. 45, autre prieure, 1773, N. LAMY
[1] « La présente déclaration a été faite et publiée en langue vulgaire à la messe paroissiale de La Mongerie, par le curé soussigné, dans la chaire de vérité, immédiatement avant un discours qu'il a prononcé sur le mystère du jour, le 27 mai 1792, jour de la Pentecôte. — Pour en donner copie à la Municipalité et au District.
Signé : CHINIAC, curé de la Mongerie ».