Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 30/03/2023
Canton de Bugeat, arrondissement d'Ussel, ancien archiprêtré de la Porcherie (Haute-Vienne). — Superficie : 1.696 hectares ; population : 396 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 14 kilomètres.
Voilà un nom singulièrement altéré. Qui pourrait croire que Lestars signifie les Taureaux ou même les Deux Taureaux ? Il est vrai qu'on écrivait jadis Lestaurs, ce qui rapprochait bien davantage de l'interprétation. Doustaurs eût tout rendu.
Un des textes les plus précieux publiés par M. Champeval dans son édition du Cartulaire d'Uzerche, est celui qui, d'après une source unique, nous donne le renseignement suivant :
Eustorge, évêque de Limoges de 1106 à 1137, fut appelé, on ne sait à quelle date, à bénir le cimetière de la chapelle de la Bessière (de Beceira), paroisse de Lestars. En le faisant, il donna à l'autel de ladite chapelle, à dame Etiennette qui l'avait peut-être bâtie et aux moines d'Uzerche qui l'avaient sûrement reçue, la dîme du cimetière et tous les droits sur les personnes qui, par les habitations de ce cimetière, revenaient à la même chapelle, afin, est-il dit, de fournir là l'huile et le chrême nécessaires aux baptêmes. Il y mettait pour condition qu'on rendrait au prêtre curé des Deux Taureaux (de Duos Tauros) deux deniers de synode et que le chapelain de la Bessière n'aurait pleinement pour lui, sur les défunts, que les messes de septaine et de trentaine, avec un gage de sept sols, plus une menue fraction. Quant au service des obsèques, la moitié appartiendrait au curé, qui ne pourrait cependant l'exiger que de ses paroissiens et non des étrangers.
Voilà le troisième des actes qui nous révèlent Lestars, deux autres numéros du Cartulaire nous en ayant déjà parlé pour le siècle précédent — toujours sous le nom de Duos Tauros -- par rapport aux villages de la Besse et de Pourcharesse, dont le dernier n'est plus qu'un tènement.
Avec le temps Lestars devint, sous le patronage de saint Antoine, une commanderie de Saint-Antoine de Viennois[1]. Il l'était non seulement en 1372, comme le porte Nadaud, mais dès au moins le commencement de ce siècle, car il avait alors pour commandeur un Treignacois, bienfaiteur de Glandier : frère PIERRE DE BEAUMONT, religieux dudit ordre. Le commandeur de Boutières, diocèse de Saintes, y nomma en 1619. J'emprunte la plupart des noms de commandeurs qui suivent aux notes prises par M. Champeval dans les archives du château de Beyssac, paroisse de Saint-Augustin : 1569, frère GEORGES DE NESPOUX, probablement titulaire, qui vend à réméré diverses rentes, fondalités, lods et ventes ; 1587, FRANÇOIS LESCHAMEL ; 1597, CHARLES BERNARD, religieux (provision) ; 1601, JEAN LANTOURNE, prêtre (item) ; 1606, MICHEL DUPORT (item) ; 1615, vénérable frère JEAN DECOUX, religieux de l'ordre, qui, de l'avis du Révérendissime père en Dieu Antoine Toulousain, abbé général dudit ordre, convient avec Léonard Phaliparie, prêtre séculier de Lestars, un moment nommé à la commanderie (1598), qu'il y sera vicaire et qu'il y aura dîmes, cens et rentes, plus les offrandes accoutumées en l'église de Chaumeil ; 1649, frère SIMON BONNEFOY, religieux profès de Saint-Antoine de Vienne, en procès avec Pierre de Monceaux, sieur de Beyssac ; enfin 1675, LÉONARD PHALIPARIE, d'un hameau ainsi nommé de la paroisse, qui se confond à peu près avec le bourg.
La cure, sous le patronage de saint Martial, dont on célèbre toujours la fête au 30 juin, n'était devenue qu'une vicairie, tantôt perpétuelle, tantôt temporaire, de la commanderie. Le commandeur local y nomma deux fois ; celui de Saint-Antoine-lez-Aubeterre, une fois ; et le procureur de l'ordre même, une autre fois. Succession de ces pasteurs et de ceux de nos temps : 1610, Léonard Monteil, dit curé ; 1615, Léonard Phaliparie, vicaire au second sens ci-dessus, c'est-à-dire curé amovible ; 1628, Martin Fougiéras, nommé de la même façon ; 1684, Bernard Pradines, curé ; même année, un autre Léonard Phaliparie, vicaire, nommé aussi en 1672 et auquel probablement Bernard Pradines succédait ; 1701, N. Soulier, curé ; 1740, Jean Degains, dit parfois vicaire perpétuel, plus souvent curé ; vers 1766, il plaidait, en ne se titrant que vicaire perpétuel, contre messire François Lefranc, chanoine régulier de l'ordre de Saint-Augustin, commandeur-prieur de Saint-Antoine-lez-Aubeterre, et Antoine-Denis-Xavier de Cham-pagnol, chanoine de la même commanderie, qui représentaient évidemment la commanderie de Lestars[2] ; 1778, Jean-Martin Besse ; 1782, Georges Bourdicaud de Peyrat, sur provisions de Rome et par résignation de Pierre Robertye ; 1784, Léonard Mourie, qui alla jusqu'à la Révolution. Après cette date, la cure n'ayant pas toujours eu de desservants, on ne note que MM. : 1849, Gabriel Magnaval ; 1853, Jean-Mie Amadieu ; 1855, Cyrille Lachassagne ; 1865, Pierre Chantalat ; 1870, Gabriel Cousteix ; 1880, Jean Chabrerie ; 1883, André Merpillac ; 1889, Léonce Demathieu ; 1893, Jean-Baptiste Senut.
L'église, surmontée en façade d'un pinacle aigu à deux baies, se distingue à l'extérieur, sous les combles, par une ligne serrée de petits trous, et à l'intérieur, dans la nef, par des enfoncements peu profonds, semblables à de larges enfeus, qu'éclairent de très petites fenêtres lancéolées. Avec ses supports romans, que l'on croirait refaits, la voûte en berceau de cette nef accuse, par son acuité, la transition du XIIe siècle au XIIIe. Le sanctuaire est à mur droit ; dans la travée qui le précède, comme dans les deux chapelles qui flanquent cette travée, règne l'ogive du XVe ou du XVIe siècle. Statue de N.-D. de Pitié, du même temps.
La chapelle de sainte Catherine avait autrefois une vicairie, dite de Pourcharesse : non d'un mas disparu qu'englobe aujourd'hui le village du Peyx. Les gens de ce village firent en 1502 une reconnaissance au vicaire, dont le nom même était celui d'un autre village encore de la paroisse : Vieilteilh. La nomination à ce bénéfice appartenait aux seigneurs de Treignac, qui la transmirent aux Pompadour, leurs héritiers. Grâce aux archives de Beyssac, on n'a pas mal de titulaires.
Mais ce qui l'emporte sur la vicairie de Pourcharesse, c'est le prieuré de Notre-Dame de la Bessière, dont un moment elle devint l'annexe. JEAN-BAPTISTE DU MYRAT, au XVIIe siècle, possédait les deux. GUILLAUME GIRARD, prêtre et chanoine d'Herment (Puy-de-Dôme), avait le prieuré en 1587 et le résigna en faveur de Me JEAN COMTE, fils du seigneur de Monceaux (Viam), alors écolier à Bordeaux. FRANÇOIS COMTE, de la même famille, l'eut plus tard (1646) et l'unit à la cure de Bugeat. Dans l'intervalle (vers 1603), il avait été aux mains d'un PIERRE TRASLAIGUE. L'évêque y nommait.
On est dans l'usage de dire la messe tous les dimanches sous le toit de chaume de la Bessière pendant le mois de septembre, à cause de la Nativité de la Sainte Vierge qui en est titulaire, et aussi à cause de la fête de N.-D. des Sept-Douleurs, que représente la statue. Le 3e dimanche de septembre est aussi la fête votive du village et de plusieurs endroits voisins. Mais le grand concours des foules a lieu présentement dans un autre mois. Je dis le concours, parce que si le prieuré a disparu, il y a un pèlerinage qui persiste et qui est ancien, et qui est cher à la contrée. On accourt donc, le 1er mai, de tous les lieux environnants, particulièrement du canton de Treignac.
« Le rêve de chaque enfant de cette ville, nous dit M. Edouard Decoux-Lagoutte[3], est d'être trouvé assez grand et assez sage par ses parents pour être autorisé à faire cette longue et fatigante excursion.
« Tous les ans, le 1er mai, les pénitents de Treignac en grand nombre, costumés, c'est-à-dire revêtus de la robe et de la cagoule blanches et nu-pieds, réunis à ceux d'Affieux et de Soudaine-Lavinadière, partent de l'église des Pénitents en chantant des cantiques et se dirigent vers la Bussière par la route d'Egletons[4]. Ils sont précédés et suivis d'une foule nombreuse et gaie, à l'aspect le plus pittoresque. La plupart des pèlerins s'en vont à pied, portant des paniers remplis de provisions, d'autres sont juchés sur des ânes, avec un enfant en croupe ; des boutiquiers accompagnent, avec leurs marchandises, qu'ils vont étaler tout à l'heure sur l'herbe autour de la chapelle. Ceux que leurs affaires, leur indifférence ou leurs infirmités retiennent à Treignac ne résistent pas au plaisir d'aller se placer sur la route d'Eymoutiers, et regardent se dérouler, dans le sentier qui côtoie la montagne dénudée, la longue file des pèlerins. Le soir, on se rend au devant de la procession, qui fait son entrée dans la ville, escortée par tous les habitants. »
Au cours de sa Triple Couronne de la Mère de Dieu (1666, chapitre IX du premier traité), le P. Poiré raconte un fait de son temps qui dut puissamment frapper l'attention du pays et entretenir sa dévotion à Notre-Dame de la Bessière.
Le 8 septembre 1604 ou 1605, un aubergiste de Treignac, sellier de profession, était allé vendre du vin et d'autres provisions de bouche sur la sainte montagne. A cette époque déjà, qui était pourtant celle du protestantisme à Treignac et ailleurs, il y avait là, sur la croupe, « plus de deux mille personnes assemblées pour la dévotion du lieu et du jour. Cet homme, huguenot de religion, s'apercevant qu'un bon paysan faisait sa prière devant deux images qui sont à la chapelle, dont l'une est ancienne et l'autre y a été mise depuis quelque temps seulement[5], lui demanda en raillant laquelle des deux il estimait lui devoir être plus favorable, la vieille ou la jeune ? Le paysan lui répondit qu'il ferait bien mieux d'adorer lui-même Notre-Dame que ces images représentaient, que de s'en moquer de la sorte. — Que je l'adore ! dit le huguenot, j'aimerais mieux que Dieu ou le diable eussent mis le feu aux quatre coins de ma maison. A peine avait-il lâché la parole, qu'en un temps fort clair et serein, soudain s'éleva un grand tourbillon avec quantité d'éclairs et de tonnerre, si effroyable que tout le monde commença de s'enfuir. Au même instant, ainsi qu'il fut après remarqué, on voit passer par le milieu de la ville de Treignac un brandon de feu, lequel entrant par la porte de la maison du blasphémateur, la brûla entièrement avec tout ce qui était dedans, et en la présence de plus de cinq cents personnes. Ce misérable mourut peu après, comme désespéré à cause de l'extrême pauvreté et misère à laquelle il se voyait réduit. Cette punition servit à la conversion d'un bon nombre de personnes de la religion prétendue, ainsi que le savent tous ceux du pays »
Sont villages ou hameaux de Lestars : la Besse, connue dès le XIe siècle comme Pourcharesse, qui fut un don à Uzerche des Saint-Exupéry, dont il était l'alleu ; la Bessière, la Clossagne, Coissac, où les champs présentent beaucoup de briques romaines, parmi lesquelles on a trouvé une jolie petite lampe, en terre rouge lustrée, signalée et figurée au Bulletin de Brive (IV, 357-8) ; on y a découvert aussi des urnes cinéraires, avec divers objets de sépulture ; la Commanderie, très près du bourg ; la Côte, la Lande, Masdegal, Nespoux, la Phaliparie et le Peyx, jadis Peyr.
Malecourte, ancien château des Comte de Monceaux, n'offre plus qu'un tas de pierres, et le Vielteilh, où le chapitre de Tulle touchait dîmes et rentes, a passé à Pradines. La chapelle en est mentionnée dans la bulle d'Adrien IV au monastère de Tulle en 1154.
Autres commandeurs empruntés à M. Champeval : 1391, DANALON RIGAUD, qui avait aussi Saint-Antoine des Plantades (Ussac) ; 1436, GUILLAUME MAISONNEUVE ; 1470, DURAND DE VERNET ; 1509, PIERRE DE FAUCON ; 1650, ANTOINE CAMUS. Lire, 1649 : SIMON DE BONEFON. — Nouveau curé : 1898, Jean Laroze. — Autre prieur de la Bessière, 1520, PIERRE RABY, en lutte avec Jean de.Pourières. La chapelle aurait été rebâtie en 1432 (Champeval).
[1] Ordre hospitalier dont le chef-lieu se trouvait dans l’ancien diocèse de Vienne (Isère), d’où son nom.
[2] Etait-ce par suite d’une annexion à Aubeterre, comme la chose avait eu lieu en 1663 pour Saint-Antoine-les- Plantades, paroisse d’Ussac ?
[3] Un coin du Limousin en 1888.
[4] La Bussière, variante du nom moins autorisée par les textes, signifierait montagne couverte de buis ; la Bessière signifie peut-être pacage planté d'arbres. D'après la tradition, la première Vierge aurait été trouvée dans un pacage distant de quelques mètres de la chapelle et où se trouve aujourd'hui la fontaine vénérée. Le tout n'est pas à moins de 700 mètres d'altitude.
[5] Notre-Dame de Pitié devait ainsi avoir, là comme à Belpeuch, remplacé une Vierge-Mère : c'était conforme à la dévotion du temps. Et c'est pourquoi la fête des Douleurs a supplanté depuis, à la Bessière, celle de la Nativité.