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Recherche > Corrèze (19) > Le Lonzac > Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 2

Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 2

Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964

Date : 08/09/2025

 

LE LONZAC (ET MADRANGES)

 

Canton de Treignac, arrondissement de Tulle, ancien archiprêtré de Vigeois. - Superficie : 4.882 hectares ; population : 2.769 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 12 kilomètres.

Cette vaste et populeuse paroisse, située sur la route de Tulle à Treignac, entre ce doyenné et Chamboulive qu'elle dépasse en étendue, compte au bourg bien près de 700 âmes. D'aspect avenant, découvert et doté de foires commerçantes, ce bourg fut autrefois le chef-lieu effectif de l'archiprêtré de Vigeois. Le titre s'en trouvait uni à sa cure dès 1248, mais en 1318 il lui était définitivement annexé. On appelait alors l'endroit Olonzac, nom qu'il a porté longtemps sous cette forme. Son église était dédiée à saint Martin. Elle fut vendue à l'abbé de Tulle Adace, dans le premier tiers du Xe siècle, par un noble personnage, du nom d'Odolric, uni pour cette vente a sa femme Alais. Peu de temps après, l'abbé de Tulle sollicita de Géraud, abbé de Solignac, la concession d'une terre qu'un nommé Crépin avait donnée dans l'endroit à ce monastère du haut pays : il l'obtint, moyennant un cens annuel de 4 deniers, payables à Solignac le jour de sa fête patronale, la Saint-Pierre. D'autres dons furent faits en ce temps et dans d'autres, qui, sans beaucoup tarder, augmentèrent passablement au Lonzac les possessions de l'abbaye de Tulle.

Nous aurons à nous occuper bientôt de son importante prévôté de la Valette : restons momentanément au chef-lieu et disons que les deux bulles de Pascal Il en date de 1105 et de 1115, celle aussi d'Adrien IV en 1154, citaient parmi les propriétés de Tulle l'église du Lonzac, ecclesiam de Olonziaco. Nous devrions en conclure que le monastère en nommait les pasteurs. Il n'en fut rien, du moins à partir du XVe siècle, grâce à des pertes que le temps put entraîner, ou surtout à l'annexion de l'archiprêtré de Vigeois dans le XIIIe siècle. C'était donc l'évêque de Limoges qui faisait les nominations et l'on en connaissait huit au moins dont il était l'auteur.

Etienne Romanet fut titulaire en un temps que je ne puis présentement déterminer. Autres curés et archiprêtres : en 1354, Jean de Babolet qui était prévôt de Saint-Junien en 1363 et mourut en 1371 ; 1441, Jean de Gimel, qui eut aussi l'archiprêtré du lieu de son nom ; 1505, François de Combarel ; 1628, Pierre Ceyrat ; 1644, Jean Féral ; 1644, N. Lavaysse ; 1654, Jean Ceyrac, fondateur de la dernière église des Jésuites de Tulle, et l'un des importants bienfaiteurs de la Chartreuse de Glandier, où on l'enterra le 9 décembre 1679 ; 1680, Jean-Martial Lespinasse, résignant alors cure et archiprêtré en faveur de Gabriel Meynara qui, la même année, résigna aussi le tout en faveur de François Brossard ; mais avant celui-ci, passé seulement en 1605, il faut placer pour les cinq ans qui précèdent N. Lebreuil de Pommiers ; 1710, François-Joseph Dumyrarat ; 1723, N. Lascaux ;                    1748, Jean Dumyrat ; 1783, Antoine Forest de Faye[1], dernier archiprêtre et premier succursaliste en 1803 : 1822, N. Dessus : 1831, Jean-Baptiste Clédat-Masdupuy ; 1838, N. Cheylard ; 1839, Louis Beyne ; 1865, Jean-Baptiste Bézanger ; 1871, François Surdol ; 1877, Nicolas Lespinasse ; 1887, Léonard-Joseph Rivière.

Le Lonzac est signalé çà et là pour l'inclinaison de son clocher et rapproché par conséquent de certaines villes, à tours penchées, comme on sait, très curieuses ; mais c'est lui faite trop d'honneur. La tour, ici, n'est qu'en charpente et la déviation dont elle souffre s'impose à la réparation beaucoup plus qu'à l'admiration. On essaiera d'y pourvoir quand on pourra. Ce sera sans doute quand on reprendra les travaux qui, en 1877, causèrent malheureusement la mort d'un excellent curé, M. Surdol, Pour la date, il y a lieu de croire que le clocher du Lonzac n'est que de 1650 ou environ.

Ce qu'il y a de plus ancien dans l'église (mur méridional du sanctuaire) ne remonte pas au-delà du XIIIe siècle. La chapelle de la Sainte Vierge paraît n'appartenir qu'au XVIe. À l'intérieur de cette chapelle, la clef de voûte porte un écu à trois poissons contrepassants, que nous verrons à la Valette et qui se rattache à un prévôt de ce lieu, du nom de Malengue de Lespinasse. À l'extérieur, au-dessus de la fenêtre, on voit encore une litre funèbre, badigeonnée en bleu, qui indiqua jadis la propriété et le tombeau d'une famille. Cette famille devait être celle des Ventéjoux.

Le 4 février 1644, concession fut faite par l'archiprêtre, les prêtres et les syndics du Lonzac au sieur Jacques Ventéjoux, juge de la Valette, du droit de sépulture et de banc dans la chapelle de Notre-Dame, pour lui et pour les siens à perpétuité, en considération d'un don de cent livres que faisait ledit sieur, pour la fabrique d'un clocher à construire.

Actes relatifs à une autre chapelle ;

Le 11 janvier 1663, noble Charles de Nauche, écuyer, sieur du noble repaire de Pommier, dans la paroisse, ayant devant l'autel de saint Eutrope, en l'église du Lonzac, le banc et les sépultures de ses auteurs, pria Pierre de Pompadour, abbé de Vigeois et prévôt de la Valette ainsi que d'Arnac, de lui laisser construire dans ladite église une chapelle en l'honneur de saint Joseph : chapelle où il transporterait lesdits banc et tombeau. Le prévôt de la Valette permit. François de la Fayette, évêque de Limoges, sous le bon plaisir duquel était faite la demande, accéda de son côté à la requête spéciale qui lui fut adressée pour le même objet, et le 6 janvier 1665. Jean Ceyrat, archiprêtre-curé, bénit cette chapelle, qui est encore sous le même vocable, du côté de l'évangile, en face de celle de la très sainte Vierge. En 1751, le sieur de la Serre, devenu seigneur de Pommier, s'en disait propriétaire. Bien qu'accolée à d'autres, elle faisait alors dans l'église comme un « corps particulier » ; aujourd'hui elle se fond dans l'ensemble.

Le Lonzac possède une annexe, mais une annexe qui a peine à justifier son titre, c'est la chapelle de Notre-Dame du Châtenet, distante du bourg d'environ 2 kilomètres. Ermengarde de Courson, vicomtesse de Comborn, 1re femme de Bernard I, vicomte, la bâtit dans le premier tiers du XIIe siècle. Ancienne dépendance d'Uzerche, à qui les mas en furent alors donnés par Archambaud IV, fils de la vicomtesse, ou antérieurement, vers 930, par un nommé Hugues et par sa femme Ranguis, elle porte le vocable de sainte Marie-Madeleine aux deux privilèges donnés à cette abbaye, soit par le pape Eugène III en 1145, soit par l'évêque Sébrand Chabot en 1185 ; mais sainte Madeleine, avec le temps, n'a plus été que la patronne de la vicairie existant autrefois dans cette chapelle et la sainte de l'autel latéral dont on y voit encore l'emplacement. On constate que cette vicairie portait le titre de cure en 1537 et de chapellenie-succursale en 1676. Quant à la chapelle elle-même, elle avait titre de prévôté d'Uzerche en 1318, de prieuré plus tard. L'infirmerie du monastère se l'annexa en 1556, avec nomination du vicaire de Sainte-Madeleine. Ce n'est plus de nos jours qu'une bien pauvre construction, débris de plusieurs âges, soustraite à la propriété de la paroisse et s'affaissant peu à peu. On s'y rend seulement le 16 août, pour y honorer sur son autel de pierre, nu tout le reste de l'année, une Vierge en bois peint du commencement du XIIIe siècle, qui réclamerait hautement sa conservation. Dans l'année et particulièrement au 8 septembre, cette Vierge reçoit aussi les visites de quelques pèlerins.

On connaît plusieurs vicaires de Sainte-Madeleine du Châtenet : Martial Boyer en 1553, Pierre Leynia en 1577, Antoine Bézangier en 1610, Michel Leynia, curé de Saint-Augustin, en 1614 (il affermait les revenus 60 livres); François Plasse, item, en 1652 ; Jean Materre, curé de Peyrissac, en 1676. Celui-ci s'arrogeait, paraît-il, le droit curial dans la chapelle, au préjudice des prêtres du Lonzac, qui se dirent alors autorisés par ordonnances épiscopales de 1649, 1655 et 1665, à desservir la chapelle, ce qu'ils faisaient du reste en ce temps-là, « toutes les solennités de la très sainte Vierge et autres jours et festes que bon leur semblait. »

Quant au prieuré, qui avait sa toute petite juridiction civile, on sait qu'il fut en 1653 le sujet d'une transaction entre deux religieux d'Uzerche, Léonard Chapuset et Léonard de Guilhon ; qu'il eut plus tard pour titulaire PIERRE REYROLES, infirmier (1676), et antérieurement ETIENNE GRENAILLE, infirmier de même, dont le nom se trouve sur la petite cloche du Lonzac, venue du Châtenet. On lit à cette cloche :

 

SANCTA MARIA, ORA PRO NOBIS.

L'AN 1635, FRÈRE ETIENNE GRENAILLE, INFIRMIER ET PRIEVR CLAVSTRAL DE L'ABBAYE DE S[AINT] PERRE D'UZERCHE, ET SIEVR PRIEVR DU CHATENET, A FAIT FAIRE LA PRÉSENTE CLOCHE ; QUI EN A ÉTÉ PARRAIN ; ET MARINE, MAGDELAINE VERDÈME.

 

C'est le cas de donner conjointement l'inscription de la grand’cloche. Elle porte seulement :

 

S[ANCITA MARIA, ORA PRO NOBIS.

L'AN MIL CCCCC LVIII (1558).

 

Même patronne, comme on voit, mais pour des causes différentes, je m'en expliquerai plus loin. — Nadaud attribue au Lonzac une maladrerie, de fondation royale : on n'en garde aucun souvenir. II parle aussi d'un ermitage de la Vierge et de saint Jacques le Majeur, que la tradition locale se rappelle un peu mieux et qui était voisin de la forêt de Treignac. Il l'appelle Saussane ou Sanissaut, vocables inconnus que l'on trouve, aux archives de la Corrèze, remplacés par un autre : « Collation, y dit le sommaire, par François de Saint-Martial de Conros, en qualité de prévôt de la Valette, en faveur de François Laviale, curé de Clergoux, de la chapelle, vicairie ou prioré de Saint-Jacques et Saint-Philipe de Censat, paroisse d'Aulonzat », 1703, C'est en Sansac qu'il faut lire : Capellam de Sanciaco porte la bulle de 1154 à l'abbaye de Tulle, propriétaire du petit oratoire. Cette chapelle, que l'on croit, ne se trouvait pas loin du moulin de Rome, en face du village de même nom, forêt de M. de la Guéronnière.

La Valette, qui y nommait, avait une autre importance.

C'était, dans la seconde moitié du XIe siècle, une propriété de Guillaume de Tournemire, gentilhomme voisin. Du consentement de ses fils Géraud et Rigaud, de son frère Pierre et de Pierre, son neveu, il la céda à Saint-Martin de Tulle pour la construction d'une église. Sa maison avait là cinq mas et une borderie, plus la dime et le proférent. Guillaume de Tournemire joignit à ce don l'entière libération de ses vassaux, pour leur permettre de donner, eux aussi, ou de vendre. C’est ce que fit le premier d'entre eux, Pierre de Brassac. Il fut suivi dans son offrande par Marbode de Brassac, Archambaud de Bouchiac et son neveu, Guy Travers et son fils, Rigaud du Layris et sa maison, Guillaume du Layris et sa famille, Pierre de Freysselines et ses frères, Géraud d'Olonzac, juge, Geraud Torrens enfin et son frère André, qui tous abandonnèrent à Tulle ce qu'ils possédaient à la Valette. Les neveux d’Archambaud de Bouchiac, il est vrai, reprirent plus tard de vie ce que leur oncle avait donné, mais l'abbaye leur mit dans la main quinze sols et ils s'acquittèrent à son égard, en livrant même des cautions.

 Devenue obédience de Saint-Martin de Tulle, la Valette reçu aussitôt pour la gouverner, un moine qui eut le titre de prévôt. Elle constitua depuis ce que l’on appelait un bénéfice claustral, à la nomination de l’abbé, puis de l'évêque ; les religieux qui en étaient pourvus résidaient régulièrement dans l'abbaye-mère ; mais quand la commende vint, au XVe siècle, la séculariser, on lui donna des titulaires nommés d'un peu partout. GAUBERT DE PLAS fut le premier connu de la liste totale, en 1116. Il eut pour successeurs, à longs intervalles : GUY DE CHARRIERAS en 1231 ; AYMAR N. en 1320 ; HÉLIE N. en 1326 ; BERNARD DE CUREMONTE en 1368 : JEAN ARNAUD, des seigneurs de Pebeyre, en 1416 ; DURAND FEYDEL, en 1451 ; JEAN DE LESPINASSE en 1522 ; un BERNARD, tuteur d'Antoine de Soudelles en 1558 ; JACQUES DE MEILLLARS, trouvé en 1568 simultanément ou à d'autres dates curé de Meillars et de Soudaine, chanoine de Saint-Germain-les-Belles et conseiller au grand conseil (il était docteur en droit) ; PIERRE DE POMPADOUR en 1672 (il était en même temps prévôt d'Arnac et abbé de Vigeois) ; FRANÇOIS DE SAINT-MARTIAL de Conros, qui fut aussi prieur de Vedrenne, en 1703 ; enfin, CHARLES-HENRI DE SAINT-MARTIAL de Conros, dernier titulaire, en 1743.

Le savant et pieux évêque de Tulle, de 1731, Mgr Duplessis d'Ar-gentré, sentant le besoin d'augmenter les revenus de son chapitre pour faire face aux frais du culte et à l'entretien de ses chanoines, entreprit à cette époque d'unir audit chapitre les prévôtés de Clergoux et de la Valette ; d'autant, était-il dit, que les titulaires de ces deux bénéfices n'avaient rien à y faire, n'étant ni soumis au service, ni astreints à la résidence. L'union fut donc prononcée le 26 mai, avec l'assentiment naturel des chanoines, mais sans l'acquiescement des bénéficiers, qui ne manquèrent pas de faire opposition. Celui de la Valette, François de Saint-Martial, obligea l'évêque et le chapitre à se pourvoir au grand conseil. Le grand conseil, 28 juillet 1732, ordonna une enquête, enquête favorable, du reste, qu'a publiée M. Marche au Bulletin de Tulle (VI, 540). Quel en fut le résultat ? Je l'ignore, mais l'enquête, comme l'acte d'union, n'eut sans doute qu'un effet incomplet, puisque nous trouvons encore un titulaire du bénéfice postérieur à sa date.

Du moins a-t-elle pour avantage de nous faire un peu connaître l'état de la prévôté il y a 160 ans. Le prévôt était seigneur et sa demeure à la Valette était en conséquence dénommée château. Il avait juridiction sur le bourg du Lonzac et sur plusieurs villages[2]. Au XIe siècle, Archambaud de Comborn et son père Bernard avaient disputé ce droit au monastère de Tulle, en se souillant, de leur propre aveu, de toute sorte de violences. Mais Archambaud fit amende honorable à l'abbé Pierre de Vars, le 7 juillet 1267, et lui abandonna tout ce qu'il pouvait avoir de droit, d'action ou de possession sur le territoire de la prévôté, comme sur les lieux d'Olonzac et de Madranges. Cet abandon fut confirmé seize ans après, par le vicomte, au point de vue de la juri-diction, pour toutes les prévôtés, prieurés et administrations de l'abbaye de Tulle au vicomté de Comborn.

Un document anglais du commencement du XIVe siècle (Bull. de Brive, XI, 235) prétend que l'abbé d'Obazine avait juridiction sur le Lonzac et sur la Valette. Sur le Lonzac, oui, pour partie, de par son domaine de la Grange de Serre, paroisse de Chamboulive, mais sur la Valette, non, car la Valette ne fut jamais d'Obazine et avait au contraire sur le Lonzac l'autre partie de la juridiction.

 Les revenus : dîmes, cens, rentes et rapport de quelques préclôture de deux étangs, d'un moulin, pouvaient aller jusqu'à 1700 livres ; mais il fallait déduire de la somme les décimes, les gages des officiers de la juridiction, l'entretien des bâtiments et des étangs, ce qui la réduisait à une moyenne flottante de 1100 livres environ. Le prévôt nommait à deux ou trois chapellenies d'un très modique revenu (12 à 15 livres), parmi lesquelles nous avons vu l'ermitage de Saint-Jacques.

Il y a eu jusqu'à nos jours à la Valette une chapelle, qui peut-être datait des origines et qu'on vient, depuis 1888, d'effacer complètement du sol: nous n'en gardons que des chapiteaux romans, indicateurs du style. C'était, dit un rapport, « une construction massive en pierres de taille, avec fenêtres à ogives ? » Les trois bulles de Pascal III et d'Adrien IV (1105, 1115 et 1154) la citent de concert dans les mêmes termes : Capellam de la Valetta. Quant au château il subsiste encore, plus ou moins dégradé. « Flanqué d'une tour carrée, il domine le plateau du Vigeot », porteur d'un travail de plusieurs siècles, parmi lesquels le XVIe ; des réparations s'y trouvaient aussi projetées en 1692. « L'antique salle où se rendait la justice est remarquable par ses croisées grillées et de belles poutrelles sculptées. » Ce qui m'y a frappé le plus, c'est la grande cheminée, avec son écu aux trois poissons contrepassants que j’ai déjà signalé au Lonzac dans une chapelle, à Darnets aux voûtes de l'église, à Latourette sur deux points du château de Lespinasse, et qui paraît appartenir à la famille de Malengue. Il accuse ici par conséquent le travail probable de Jean de Lespinasse et celui d’une date ou moins rapprochée de 1522.

Dans une des chambres d'en haut, transformées en décharges, se voit encore parmi les sacs de blé l’image de la patronne du lieu, Notre-Dame de la Valette. C’est une assez grande et fort belle statue en pierre calcaire, du XIVe siècle, ce me semble. La pose en est un peu tourmentée mais la tête s'épanouit, souriante et gracieuse, sous une couronne dont il ne reste plus que le diadème. Debout sur un lion accroupi, les pieds chaussés, les cheveux en longues tresses blondes, d'une frisure très fouillée, la Vierge a sa robe rouge collante au buste, échancrée angulairement au col et en partie couverte d'un manteau bleu, à doublure d'hermine, frangé d'or. Sa main droite tient une corbeille d'où émergent quatre colombes, tandis que sa main gauche présente une poire au doux Enfant, cheveux bouclés, que supporte son bras. Au bas de la robe apparait un chapelet terminé par un simple nœud, qui sort du manteau et s'enroule au buste de la Vierge. Le tout est relevé, comme on vient de le voir, par une peinture polychrome qui, en s'unissant aux mérites de facture et d'iconographie, fait assurément de la statue de la Valette une œuvre d'art fort souhaitable pour l'église.

Plusieurs familles importantes ont habité le terrain du Lonzac.

Celle du nom lui-même, éteinte de bonne heure, n'a laissé de traces que dans les cartulaires : elle était d'ailleurs vassale du Leyris (Chamberet) et n'exerçait en 1116 que la judicature.

Il y avait au village de Ceyrat des Montnogier, connus de très longue date : Renaud, l’un d’eux, était en 1059 témoin d’un acte des Comborn. En 1068, Eble assistait au don de l’église de Salon aux moines d’Uzerche, par Adémar, vicomte de Limoges. Ces mêmes moines, au siècle suivant, avaient pour prieur Ramnulfe de Monnoger, « homme religieux et fort instruit dans les choses de l'ordre monastique ». Pierre de Monnoger figurait encore comme leur témoin dans une convention de 1168 relative à la chapelle de Sal, près de Treignac. Au cartulaire de Glandier se trouve, pour le XIIIe siècle, le don d'une noble dame. Alays de Monnogier. Enfin en 1298, apparaît Gauthier de Montnoyer, chevalier du Temple, avec un autre Pierre de Montnoyer, damoiseau ; mais il y a tout lieu de croire que ces deux gentilshommes sont à peu près les derniers de leur race. A la date en effet de 1380, Aymar Robert de Saint-Jal, archevêque de Sens, fait échange avec Pierre Robert, doyen de Saint-Germain-l’Auxerrois de Paris, de l'Hôtel de Sens dans cette capitale, pour « un hostel ou manoir appelé Seyrat, qui jadis fut de messire Pierre de Montnogier, chevalier, avec toutes les terres, cens, rentes, prez, bois, estans, seignourie et autres possessions, drois et revenus a quelconques appartenant au dit hostel ou manoir, assiz en la paroisse a de Oulonzac et de Périssac au diocèse de Limoges : tout mouvant en fyé de noble homme monseigneur Guichard de Comborn, chevalier, sire de Treignac. »

Au château de Pommier, qui relevait de la juridiction de Beaumont et qui avait chapelle domestique dédiée à sainte Madeleine, habitait au XVIe siècle une famille de la Roche. Jean de Nauche, dans le contrat de mariage de Jean de la Roche avec Marie de Donnereux (1586), fit don de ses biens au futur époux s'il consentait à prendre son nom. C'est ce qui substitua au nom de la Roche celui de Nauche, plus connu. Pommier a passé depuis aux Bondet et aux Teyssier.

Conjat appartint aux du Prat (famille Hugon) ; il était hier encore la propriété de Mme la générale veuve de Bruchard. Mais cette dame qui habitait d’ailleurs le beau château du Bordas, où sa fille unique a épousé, en juin 1887, M. le vicomte de la Guéronnière, vient de s'éteindre, pleine de mérites, de bonnes œuvres et de jours, à l'heure précisément où s'écrivaient ces lignes. Comme j'ai parlé du général, son mari, à l'article ALLASSAC, je n'y insiste pas ici. Né dans cette ville en janvier 1811, Jean-Louis de Bruchard est mort à Limoges en 1875.

Pour Boissy, je signalerai Léon-Léonard Bondet Laborie, président de chambre à la Cour de cassation, né au Lonzac le 26 messidor an IX (15 juillet 1801) et mort à Paris, grand-officier de la Légion d'honneur, le 30 novembre 1874. Ce magistrat, écrivait alors le Français, « avait toutes les vertus antiques des Lamoignon avec les qualités nouvelles qu'exige la pratique de nos institutions judiciaires : c'était un homme accompli, dont la mémoire, toujours vénérée, restera comme l'expression la plus pure de la conscience et de l'honneur. » Il avait été substitut à Tulle en 1830. - Boissy fut aux Baluze sur la fin du XVIIe siècle ; à la fin du siècle suivant, on y voit pour propriétaire un Martial-Amable Gelay, qui s'en dit le seigneur, et à l'heure présente, c'est la résidence de M. Lachaze de Saint-Germain, ancien juge de paix de Treignac.

Il y avait des Bernardie, à Counil, en 1588. Martin Bernardie, frappé de la peste, fit son testament dans un pré du village le 7 janvier. Par une alliance qu'ils eurent avec les Bondet de la Bernardie, le château dut passer aux Souries des Planches, qui le possédaient avec un domaine à Madranges dès les dernières années du XVIe siècle. La famille précédente ne s'en continue pas moins. François-Firmin Bondet de la Bernardie, dit aussi de Pommier, et connu sous le nom de la Jugie, s'est fait une réputation dans notre siècle par des productions poétiques et religieuses, dont la traduction des Psaumes en vers français fut la plus importante. M. de la Jugie était né à Tulle (?) en 1815 ; mais sa parenté existe encore au Lonzac, en la personne du jeune Maxence de la Bernardie-Lavergne et de sa sœur Germaine. Leur pieuse tante Alix, bienfaitrice de l'endroit est allée recevoir au ciel la récompense de ses vertus en décembre 1893.

C'est à cette femme dévouée que la paroisse devra principalement sa belle école libre des Sœurs de la Providence. Quand, malgré un vote contraire du Conseil municipal, on eut prononcé en septembre 1888 le décret de laïcisation, elle donna sur-le-champ le terrain de ses propriétés destiné à la nouvelle bâtisse et les milliers de francs nécessaires à la faire surgir. C'est ce que constate un procès-verbal du 23 octobre, scellé dans une des pierres de la porte mais publié dans nos journaux du temps.

 

MADRANGES. - Ce village, assis sur la première route de Tulle à Treignac, avait dès le XIIe siècle une église mentionnée en 1105 par le pape Pascal II et qui est dédiée à Saint Barthélemy. Elle existe encore, avec un sanctuaire bas, profond et voûté en berceau, qui remonte jusqu'à l'époque romane ; plus une chapelle sur le flanc sud, faisant face, pour le plan cruciforme, avec une sacristie. L'Ordo diocésain la traite comme une ancienne église curiale, unie aujourd'hui au Lonzac ; le clergé en fait aussi le binage et l'on trouve au Sommaire des archives de la Corrèze (y a-t-il erreur ou exagération ?) des provisions de 1581 pour la cure de Madranges en faveur d'un Barthélemy de même nom. Toutefois l'Indicateur de Legros ne mentionne qu'une chapelle, (terme des bulles de 1115 et 1154) et le desservant de cette chapelle en 1652-53, Jacques Bondet, n'est dit que vicaire de Madranges. Le Département officiel des impositions au diocèse de Limoges pour 1777 ne porte ce lieu sous aucun titre ; Nadaud n'en parle pas non plus. — Il était seigneurie de Guichard de Comborn-Puymaud au commencement du XVe siècle. Cimetière.

 

Sont villages du Lonzac : l’Aygue-panade, la Balaudie, la Bernardie, Bois gaillards, d'Ory et des Pierre, Boissinet, Boissy, Bomby, le Bordas, Bouloux, Broussas, les Cabanes, Ceyrat, Chabrillange, le Chassang, Chatenet, Combecontent, Comberceliane, Conjat, où deux vicomtes de Comborn firent vers 1126 le don d'un demi-mas à l'abbaye d'Uzerche ; Cormieu, les Cosses, Counil, Dursas, dont l'alleu fut cédé à l'abbaye de 
Tulle par un comtor de Rilhac-Treignac, Odon ; Ensergueyx, l'Etang de Didier, Fargeas, qui, village et moulin, dépendait de la Valette, ainsi que Labro; la Faurie-Bacou, la Faurie-Bessade, le Faux, Filleul, Feugeas, où l'abbaye de la Règle (Limoges) vendit à celle de Tulle en 950 un mas accensé en 955 par celle-ci ; la Garenne-Materre, Goulmy, le Gourjat, les Gouttes, Graville, la Jugie, domaine dont le poète Firmin de la Bernardie avait reçu le nom; Madranges, Majoutret, Malevialle, les Martins, les Moulins de Boissy, de Gane forte, de Ginoux, de Labro, de Pommier, de la Praderie, dont les Souries des Planches portaient aussi le nom, de Rome, du Suc, des Vergnes, de Vignanes, les Mouneaux, le Peuch, le Plantadis, où le chapitre de Saint-Germain-les-Belles (Haute-Vienne) levait des rentes censives, les Plas, Pommier, le Pont de l'eau, Puygrand, Puylong, Rochefort, Romanet, Rome, Saint-Jean, le Suc, la Tour, la Tronche, où se trouvaient des tumuli qu'on a récemment nivelés : la Valette, le Vigeot, Vignanes, donné à l'abbaye de Tulle par Bernard de Chaumeil et sa femme du temps du roi Robert, lorsqu'ils firent moine leur fils Pierre, plus tard baronnie des Hugon du Prat; enfin Violéger, sur la route d'Uzerche, à deux pas du bourg.

 

ADDITIONS ET CORRECTIONS

 

Nouveau curé, 1899, Delphin Magnaval. L'archiprêtre nommé Eble à la fin d'une note, p. 108, s'appelait Eble de Ceyrac, du nom d'un village de la paroisse. Dans cette note, lire 1107 au lieu de 1507, faute d'impression. Autre archiprêtre, 1576, Pierre de la Tour. — Aymar, prévôt de la Valette en 1320 s'appelait AYMAR DE MAISSE. Autres prévôts : 1500, GERAUD MALENGUE, autrement de Lespinasse, qu'on met aussi, le 13 décembre, en possession de la cure de Saint-Merd-de-Lapleau, à laquelle le nomme l'évêque de Limoges ; 1607, GERMAIN CHIÈZE ; 1624, N. DE LA FARGE. - MADRANGES, déclarée non cure en 1749 », d'après Nadaud, et de fait simple village avec chapelle en 1615, bien qu'annexe en 1574, n'en était pas moins vers 1096 un cher-lieu de paroisse, Ermingarde, vicomtesse de Comborn, fit alors à l'abbaye d'Uzerche le don d'un mas in parechia de Mandrangias. Mgr Denéchau vient de rétablir en fait cette paroisse en 1898 et d'y nommer pour premier curé M. Célestin Peyroux. Un pasteur protestant, M. Fallourd, s'y était déjà porté et en voulait l'église mixte : il a été débouté de cette pré-lention, par sentences successives du juge de paix de Treignac et de la Cour d'appel de Limoges.

 

 

[1] Pour rendre plus complète la liste des archiprêtres, j'y ajoute en note les quelques noms antérieurs à l'annexion de l'archiprêtré au Lonzac : entre 1076 et 1086, un Etienne, dit archiprêtre de Perpezac ; peut-être, au premier tiers du siècle suivant, un Geoffroy ; en tout cas, Pierre de Seilhac, dit également archiprêtre de Seilhac en 1507 et suivi plus tard de Pierre de Ségur, qui semble avoir résidé à Ségur, dont il était chapelain et dont on le titre aussi archiprêtre ; mais il figure très fréquemment au cartulaire de Vigeois et une note marginale, unie à d'autres documents, rattache là son titre ; Gérald de Ségur, son frère, qui peut lui avoir succédé en 1164 ; en 1193, un certain Guillaume ; en 1256, Eble, qui figure au cartulaire de Glandier, et en 1260, Guillaume d'Ornhac.

 

[2] D'où probablement et comme par droits ou bienfaits de seigneurie, les permissions d'église qu'on a lues, les armes de chapelle qu'on a vues, et l'application à la grande cloche du nom de la patronne de la prévôté, sainte Marie, au lieu du nom du patron de la paroisse, saint Martin.