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Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 2)

Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964

Date : 30/03/2023

 

            Canton d’Uzerche, arrondissement de Tulle, ancien archiprêtré de Vigeois. – Superficie : 1 297 hectares ; population : 1 240 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 15 kilomètres.

            Masseré doit sans doute le nom qu’on lui connaît depuis 500 et qu’on a le tort de déformer aujourd’hui par un t (Mansus serenus, mas serein) à l’élévation de son site, qui lui vaut un air très pur, sans compter de vastes horizons. Il est assis sur l’ancienne route de Paris à Toulouse, tracée par Turgot. Une station sur la voie ferrée, de même ligne, depuis 1893, des foires nombreuses et fréquentées, un bureau de poste, une caserne de gendarmerie, lui donnent, grâce à la distance du chef-lieu, une importance véritable. C’est un endroit du reste bien bâti. Présentement limitrophe de la Haute-Vienne, on le comprenait autrefois dans le Haute-Limousin, sénéchaussée de Limoges.

            Il est assez curieux qu’après avoir été paroisse, du XIIIe siècle au plus tard (1226) au commencement du XVe (1406), Masseré ne soit trouvé, de 1440 à 1790, qu’une annexe de Salon. Sa population sans doute n’était guère, il y a cent ans, que la moitié de ce qu’elle est aujourd’hui, mais 650 âmes pouvaient continuer de suffire pour un titre comme pour un service paroissial. Le fait de cette diminution n’est pas moins indubitable : Masseré ne figure pas comme paroisse au Département de 1777 et n’a sa place qu’aux lieux secondaires de l’Indicateur de Limoges (1788), comme simple « annexe de Salon ». On le voit, à propos d’une sépulture, dite de cette paroisse en 1727. J’ai même cité, page 284 de mon premier tome, Jacques de Monceaux ou de Palenc faisant en 1516 permutation de sa cure de Chanteix avec Pierre la Fageardie pour la cure de Salon ayant Masseré pour annexe. Vers 1769 Jean-Claude-Martin Meynard de Chabannes est dit curé de Salon en même temps que de Masseré et l’on trouve en 1771 un « Breuil, curé d’Aubesaigne (Haute-Vienne, la Porcherie, desservant Masseret ».

            C’est assez faire entendre qu’il ne faut demander à la liste des curés que des noms de ce siècle. Les voici : 1822, N. Pic ; 1823, Jean Marque ; 1832, François Bourdet ; 1850, Jean Dubois ; 1860, Jules-Casimir de Cassius ; 1883, Pierre Grèze, mort retiré le 2 février 1893 ; 1889, Léon Arnaud.

            La patronne de l’église est sainte Catherine, avec saint Jean-Baptiste pour patron secondaire. Comme, suivant la tradition, du lait aurait coulé du cou de la sainte martyre après sa décollation, les femmes nourrices de Masseré et des alentours font dire des messes à l’autel de cette église quand elles n’ont pas de lait ; quelques-unes même, m’a-t-on dit, déposent en offrande un lait caillé frais, dont le sacristain fait son casuel.

            L’édifice est roman dans son gros œuvre. Son portail, à profonde voussure ornée de tores et de colonnettes, présente deux lignes de chapiteaux qu’on n’a sculptés que d’un côté, celui du nord. Il est dominé par un clocher-tour en bois, remplaçant une autre tour, autrefois située sur le chœur.

            Le chevet, carré, fut refait au XVIe siècle. Quatre faisceaux de grêles colonnettes y supportent une voûte à liernes et tiercerons, distinguée par cinq clefs. Au centre se voit un Père éternel bénissant, en bois, qui, transporté d’une chapelle il y a quelques années, recouvre là sans doute un écusson précieux à l’histoire ; à l’est, sur écu un chevron accompagné de trois oiseaux, deux en chef affrontés, grimpant sur le chevron, et le troisième en pointe ; au nord, un autre chevron accompagné de trois étoiles de six rais, celle de pointe surmontant un croissant ; à l’ouest, un croissant accompagné de six étoiles de six rais, en orle ; au midi un arbre sortant d’un croissant, qui se reproduit dans la chapelle du même côté avec deux étoiles ? en chef.

            Ces dernières armes et par conséquent la chapelle elle-même furent de la maison de Montgibaud qui, selon le Nobiliaire limousin, portait d’argent à un laurier de sinople, sortant d’un croissant de sable : ex-bourgeoise de Masseré, elle possédait dans la paroisse depuis au moins le XVIe siècle la seigneurie du Vieux-Châtenet et plusieurs de ses membres sont enterrés dans l’église. Un officier du nom, mort à Saint-Germain-en-Laye, le 29 janvier 1763, avait été lieutenant-général des armées du roi : c’est-à-dire dans la langue d’aujourd’hui, général de division. Le Vieux-Châtenet qui, dans les XIe et XIIe siècles, avait appartenu à une famille du nom, bienfaitrice d’Uzerche, passa dans les derniers temps à la famille de Saint-Marsaud. Celui qui l’a possédé, me dit-on, plus près de nous, M. Durand de Laborda, commandant des galères du roi à Cagliari, aurait fait bâtir la chapelle du nord dans l’église. 

            Je soupçonnerais l’écu indiqué de ce côté d’appartenir à la maison Joyet, sortie au XVIe siècle du Vieux-Châtenet, où elle avait notariat : elle porte de sinople au chevron d’or, accompagné de deux étoiles d’argent en chef et d’un croissant d’argent en pointe. La famille Plaisant de Bouchiac, résident à Salon, avait sûrement un membre à Masseré au XIVe siècle. Il y avait aussi, sans parler des Jounhac que nous verrons plus loin, des Lesboulières qu’on y signale dès le XVe siècle. Mais quelles armes portaient ces derniers ? Peut-être celles d’ouest, le croissant accompagné.

            La fenêtre de l’est, dans cette église, est presque à moitié cachée derrière un tableau peint par Hippolyte Ruaud (peintre local, élève de Paul Delaroche) en 1850. Celui qu’on voit, bien dégradé, dans la chapelle du nord (sainte Catherine) était autrefois apprécié des amateurs.

Les amateurs demandent à voir aujourd’hui la petite châsse du XIIIe siècle, malheureusement incomplète d’une de ses plaques, que l’on conserve dans la sacristie. Elle est de cuivre champlevé, émaillé, et dans la forme ordinaire d’une maison portée sur quatre pieds. Le toit de la face antérieure représente la décapitation de sainte Valérie, notre martyre limousine, et le panneau inférieur la présentation de sa tête à notre apôtre saint Martial. Deux autres apôtres, un vieillard, un imberbe, décorent les pignons, et la face postérieure est ornée de rosaces : 14, 12, et 6 centimètres font les trois dimensions.

            A quelques mètres du bourg, côté de l’est, et au sommet de la colline qui le porte, s’élevait autrefois le vieux château de Masseré. L’emplacement sert aujourd’hui de champ de foire. Un hêtre, qui daterait de 1792 et que les orages ont souvent mutilé, en occupe le point culminant. De là, selon M. Marvaud, « on peut voir à l’horizon les vieilles tours de Chalusset, les flèches des clochers de Limoges, les cimes des montagnes d’Auvergne et l’ondulation des collines d’Uzerche ». Un amas de pierres représente les constructions disparues, une dépression du sol, les anciens fossés. Partie des caves se retrouvait encore vers 1820.

            Les vicomtes de Limoges avaient là une châtellenie, dont Guillaume de Bretagne, par ses dispositions testamentaires de 1454, donna la jouissance, vie durant, à sa femme Ysabeau de la Tour. Il est raconté dans la Chronique de Gérald Tarneau, notaire à Pierre-Buffière et juge à Masseré, que le père de ce Guillaume, Jean de Laigle, comme lui vicomte de Limoges, vint dans ladite châtellenie en 1426, accompagné d’une troupe considérable d’hommes d’armes français et anglais ; il avait entre autres avec lui un officier anglais, Quadiffer Chartreuse, qui était capitaine de Mont-Dome et de Bergerac. Jean de Pierre-Buffière, seigneur de cette localité et son cousin de même nom Louis, seigneur de Châteauneuf, furent par lui mandés à Masseré. Il fit tous ses efforts pour obtenir du premier qu’il le laissât se porter à Pierre-Buffière avec ses gens, afin de malmener de ce point les habitants de Limoges et tous ses autres ennemis. Jean de Pierre-Buffière, non sans hésitation ni délai, finit par accéder à sa demande, exclusion faite des Anglais. Quelques temps après, dans ce même lieu de Masseré et en la maison même de Gérard Tarneau, les deux Pierre-Buffière avec le vicomte faisaient serment secret de se soutenir. Ils n’avaient pour témoin de cet acte que le notaire narrateur, Thibaud de la Gomblaye, gouverneur du la vicomté, et Guillaume Beaupoil, conseiller de Jean de Laigle.

            La châtellenie de Masseré comprenait alors plus ou moins quatorze paroisses. Parmi ses vassaux tenant bien nobles, on comptait l’abbé et les principaux officiers de l’abbaye d’Uzerche, les chanoines de Saint-Germain, le prieur de Masgoutière (Soudaine), celui de Saint-Léonard et quantité de gentilshommes des environs, particulièrement les seigneurs de Chamberet, de Treignac et de Châteauneuf.

            Le nombre de ses feux comme celui de ses revenus était discutable et discuté, l’un l’exagérant peut-être, l’autre le portant aussi beaucoup trop bas. Mais ce qui ne l’était pas, c’était, dès cette époque même, l’état de ruine du château. Le château-fort de Masseré, au dire d’un mémoire du temps, était un « château-rocher » qui avait dû avoir de l’importance mais que les Anglais avaient détruit pendant la guerre de Cent ans. On l’avait refait après ces luttes, toutefois trop économiquement, de façon à ne lui faire présenter qu’une tour carrée de pauvre maçonnerie, une salle, deux petites chambres et une basse muraille d’enceinte ; « faite de terre seulement. » Le tout, alors « tombait de soi en décadence », faute d’entretien.

            Il lui fallait cependant traverser encore les guerres civiles du XVIe siècle. On sait ce qu’elles furent. Masseré, de 1574 à 1586, aurait été pris par les Huguenots, qui l’auraient ensanglanté, suivant la tradition : car on parle d’un massacre de catholiques dans l’église de l’endroit.

            Mais peut-être, et très probablement même, ce bruit populaire ne se réfère-t-il qu’aux faits suivants.

            Après la mort de Henri III, au début des luttes de son successeur pour arriver à la couronne, le vicomte de Pompadour, commandant de la Ligue dans la région, se trouvait maître de Masseré ; toutefois devant les forces supérieures du duc de Ventadour, qui avait passé du côté de Henri IV et qui gouvernait la province, ses gens se virent obligés en 1590 d’abandonner la place. Ventadour gagna à cette victoire une blessure qui le contraignit de se retirer dans Limoges pour s’y faire soigner. Ce que mettant à profit, le vicomte de Pompadour s’empressa d’aller rallier ses troupes et de se représenter devant les murs du château. Le sieur de Beaumont y commandait. Celui de Chamberet, son frère, en apprenant son péril, lui manda de Limoges qu’il accourait à son secours et l’engagea à faire une sortie pour prendre avec lui leur ennemi en flanc. On tenta la manœuvre mais sans la réussir. Les deux frères furent battus et jetés l’un sur Châteauneuf, l’autre sur Limoges, le premier même blessé d’un coup d’arquebuse qui le mit hors de combat. Et Pompadour rentra dans Masseré.

            Alors, ne voulant pas lui laisser le dernier mot, Ventadour dont la blessure était guérie, réunit le plus qu’il put de troupes et revint à l’attaque (1er janvier 1591). « Ses soldats occupèrent d’abord le faubourg ; le lendemain ils entrèrent par escalade dans la place, chassant devant eux les Ligueurs, qui se réfugièrent dans une tour située sur le penchant de la colline, où ils furent encore poursuivis. (C’étaient l’église-clocher sans doute – d’après le P. Bonaventure, qui raconte certains détails un peu différemment). Les soldats victorieux y entrèrent par une brèche, tuèrent tous ceux qu’ils rencontrèrent, excepté trois qui demandèrent grâce. Le gouverneur du Limousin, après cette victoire, rentra dans Limoges, et fit chanter le Te Deum dans toutes les églises ».

            Aux lignes qu’on vient de lire, M. Marvaud ajoute la réflexion suivante : « De vieux manuscrits où nous avons puisé une partie de ces évènements, disent que Masseré était alors une petite ville. Cependant, en 1770, on n’y trouvoit plus de ruines ou de vestiges qui pussent confirmer cette assertion ». – Et qu’importe après ces divers sièges ? Ne sait-on pas ce qu’il fallait pour une ville en Limousin, au moyen-âge ? Quatre maisons derrière un mur commun, sous une forteresse. Merle n’en eut pas davantage et ce fut sans faubourg. A Masseré du moins il y avait le faubourg, comme on vient de l’entendre, comme le dit aussi le P. Bonaventure ; et le reste disparu, c’est le faubourg qui est devenu bourg.

            Antérieurement aux faits de guerre de la fin du XVIe siècle, le château avait été vendu par Henri IV, encore roi de Navarre, à François de Beaupoil, ou à sa veuve Françoise de Volvire de Ruffec, dame de Sainte-Aulaire et de la Grènerie (Salon). Mais comme la terre était rachetable, on la reprit et la veuve de Sainte-Aulaire reçut les 25 000 livres qu’elle en avait données. Henri IV qui, suivant un auteur, en retirait 1 305 livres en 1585, la céda plus tard à sa sœur la duchesse de Bar, qui le revendit en détail, principalement en 1604.

            On lit à ce propos dans le Mémoire sur la généralité de Limoges de M. de Bernage : « La mémoire reste encore dans le pays des grandes dépenses que firent ceux qui avoient acquis dans le commencement du règne de Henri IV les forests de la terre de Masseré pour faire flotter à bois perdu sur la Vézère les mérains et autres bois qui avoient été façonnés dans ces forêts ; la perte de la plupart de ces bois et les frais en emportèrent presque tout le bénéfice. » - Les Labaume de Forsac (Benayes), qui étaient depuis le siècle précédent seigneurs du Masfargeix, dans la paroisse, où ils avaient succédé aux Jounhac, se qualifièrent vers cette date seigneurs aussi de Masseré ; et c’est probablement par suite de l’alliance (24 mars 1659) de Lucrèce de la Baume-Forsac avec Philippe de Carbonnières que les Carbonnières de la Capelle-Biron associèrent dans leurs propriétés le château de Masseré à ceux du Freysseix et du Pin dans la paroisse de Salon.

            Plus tard, les biens de cette famille passèrent aux Bouillac et aux Cosnac. – On signalait en ce siècle comme châtelain à Masseré, M. Sartelon, ancien député du département.

            A un quart de lieue au-dessous du bourg, dans la direction de l’ouest, à l’endroit dit de la Motte, s’élève en effet, entourée de deux fossés concentriques, une des buttes défensives les mieux conservées que possède le pays. Elle est absolument artificielle, en pleine solitude (quoique peu distante du village de la Renaudie) et recouverte d’un taillis de hêtres. On la croit généralement un ouvrage de l’antiquité ; peut-être ne faudrait-il y voir qu’un simple travail du moyen-âge, une motte féodale abandonnée.

            Les Annuaires de la Corrèze (1832, 1835) nous parlent dans son voisinage d’un camp retranché qui serait connu dans la contrée sous le nom de Retranchements de César : je ne l’ai pas vu et je n’en trouve pas la donnée confirmée par les érudits qui ont depuis cette date, contrôlé bien des dires. Me bornant donc à l’accuser, je réserve pour les foires un certificat d’ancienneté bien authentique : elles existaient, d’après l’Inventaire de Pompadour, en 1292.

            Voici les villages de Masseré : L’Allée, Batterie, Bauby, Beausoleil, dont se qualifiait au XVIIe siècle un du Breuil du Freysseix, paroisse de Salon ; les grandes et petites Bertranges, le Châtaing de Poullic, Chez-Bardechou, Chevaille, les Escures, la Font Vialane, Frégefont, le Galavier, la Gare, le Glaude, les Graules, Lauzeirat, le grand et le petit Masfargeix, la Montade, le Moulinneuf, la Picarelle, Prenstegarde, le petit Puech, Puyderut, Rabaud, château des Corbier passé à Melle d’Almay, fille d’une Corbier ; la Renaudie, l’Uzagelle et le Vieux-Châtenet, présentement au baron Bourgnon de Layre.

            Dans cette paroisse comme dans celle de Salon, sa voisine, nombreux étangs, dont le plus considérable était celui de Puyderut ; mais on les détruit.

 

ADDITIONS ET CORRECTIONS

 

            Nouveau curé, 1896, François Gayon. Le 2 août 1818, la foudre tomba sur le clocher, tua trois hommes et en blessa quinze. – Le Cartulaire d’Uzerche, au temps des Croisades, nous fait connaître une famille du nom de Masseré. Les Bertranges et Frégefont furent des fiefs. Le Vieux-Châtenet a été vendu par le baron Bourgnon de Layre, il n’y a pas longtemps.