Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 30/03/2023
Chef-lieu de canton, arrondissement d'Ussel, ancien archiprêtré de Saint-Exupéry. — Superficie : 8.715 hectares ; population : 4.112 habitants ; distance du chef-lieu d'arrondissement : 15 kilomètres.
Soixante-sept paroisses de l'étendue de celle-ci suffiraient à remplir le diocèse, et la France actuelle, Corse comprise, n'en aurait pas plus de 6.065. C'est trop, pour les besoins des âmes, surtout en Montagne ; car Meymac a dans son rayon la cime la plus élevée de la Corrèze, ou le mont Bessou, à 984 mètres, avec un cercle immense de landes dépassant, à peu près de tout côté, les 900. Lui rendre son ancienne paroisse de Saint-Germain-le-Lièvre ne serait que de peu de secours : elle est sur frontière, au sud-est, alors que les difficultés se posent précisément à l'opposé, vers la route de Limoges où pourrait se trouver pour une succursale le lien d'une partie des écarts.
La ville, située au pied de ces hauteurs, s'incline légèrement au sud, sur de plantureuses prairies qu'arrose la Luzège. Elle n'a que la moitié de la population totale et compte d'altitude environ 700 mètres. Plusieurs routes qui la traversent (Limoges à Bort, Tulle à Aubusson, Meymac à la Courtine) contribuent au rajeunissement de ses habitations. Elle a gardé toutefois de son ancienne enceinte une vieille tour ronde, transformée en horloge, qui la dominant à l'ouest, derrière la ligne de son abbaye, de son clocher, de ses absides, rehausse assez heureusement, vue de la vallée, l'agrément de sa physionomie. C'est par cette vallée qu'on accède à Meymac quand on y arrive par les voies ferrées. L'endroit en a deux : la grande ligne de Bordeaux à Lyon, qui s'est détournée pour lui en 1881, et l'embranchement plus récemment inauguré de Meymac à Limoges, en 1884.
J'ai donné de cette ville une courte notice historique dans ma publication : Les Eglises de Saint-Angel et de Meymac (1873, 1880). Il a paru depuis au Bulletin de la Société de Brive, sous le titre : Meymac et son abbaye, une monographie posthume, de plus longue haleine, due à M. Treich-Laplène, ancien juge de paix et conseiller général du canton. C'est le neveu de cet homme estimable, M. Gaston Laveix, qui en a fait la publication en 1886. Reprenant ici mon exposé pour un nouvel ouvrage, je mettrai naturellement à profit l'apport de ce nouveau travail. Il est en général moins appréciable pour les origines que pour des temps plus rapprochés de nous.
Voici, de ces origines de Meymac, un rapide résumé.
Sur la fin du XIe siècle, il y avait aux lieux où s’élève présentement la ville une modeste église paroissiale, qu’Archambaud III, vicomte de Comborn, tenait en fief de celle de Limoges. Elle était sous le vocable de Notre-Dame et le patronage de la Purification (2 février). Une légende la rattache à un pieux solitaire, du nom de Mammacus, qui l’aurait fait consacrer en 546 par l’évêque Rorice II. Archambaud eut la bonne pensée d’y annexer un monastère. On s’est demandé si ce ne fut pas à la suite de quelque crime dont il s’était souillé. Je ne le pense pas. Ma réédition du Glandier de M. Brunet (1880) tend à conclure qu’on ferait ici confusion d’Archambaud III avec Archambaud VI et que probablement la fondation de l’abbaye de Meymac n’eut pas un crime pour raison. Il semblerait plus vrai, d’après le premier texte connu à cet égard, que le vicomte obéissant à des scrupules et sentant avoir, comme la plupart des seigneurs de l’époque, détenu sous le lien féodal trop de biens de l’Eglise, songeait tardivement, sur le bord de la tombe, à réparer ses torts.
« Comme tous les chrétiens religieux, » dit-il au début d'un autre acte, « viennent se rencontrer dans l'unité de foi et doivent soutenir avec fermeté la Sainte Eglise catholique, c'est le devoir de tout homme que distingue en ce siècle un pouvoir élevé, d'augmenter dans la mesure de ce pouvoir les biens ecclésiastiques, afin de se rendre en ce monde le Seigneur favorable, d'atteindre en l'autre à l'éternelle vie, et de jouir au Ciel avec les élus... C'est pourquoi moi, Archambaud, fils d'autre Archambaud, fils lui-même d'Eble, vicomte, voulant augmenter les biens ecclésiastiques plutôt que les réduire, tremblant du reste à la pensée du jugement et considérant l'extrême péril de mon âme, — pour le remède de celle de mon père, de celle de ma mère, de la mienne propre, de celle de mes frères Eble et Bernard, de celle enfin de mon fils Eble ; pour que le Dieu de bonté nous soit propice à tous, — j'ai prié le Seigneur Guy, évêque de Limoges, avec son clergé, de me permettre, dans cette église que je tiens d'eux en fief, d'édifier un monastère à l'honneur de la sainte Mère de Dieu, Marie ; de telle façon que, dans cette église qu'on appelle Maismac, selon la règle de saint Benoît s'établisse, se maintienne et s'observe l'ordre monastique ; mais avec cette clause expresse que le don soit fait à l'autel de cette même église sans pétition d'aucune sorte, et qu'elle soit libre de tout droit coutumier comme l'est le monastère d'Uzerche exception faite toutefois du synode et de l'apprêt[1]... »
L'évêque et le chapitre lui accordèrent tout, à condition que le vicomte, de son côté, leur abandonnât l'église d'Objat, qu'il tenait aussi en fief de l'église de Limoges et que cette église convoitait ardemment, parce qu'elle se trouvait au milieu de ses biens. Archambaud, à son tour, fit cette concession[2] ; puis, tout étant conclu pour l'objet de leurs voeux, l'évêque et le vicomte remirent solennellement le nouveau prieuré à l'abbaye d'Uzerche, avec prière de le prendre à sa charge et de le gouverner selon son bon plaisir. On rédigea les deux actes de fondation et de donation le même jour, 3 février 1085, mais en exposant dans celui-ci diverses phases qu'avaient traversées pour venir jusqu'à sa fin l'oeuvre bienfaisante du vicomte. Archambaud, y lisons-nous, était alors sur le point de s'éteindre et les moines se trouvaient déjà installés à Meymac, où l'évêque de Limoges était allé précédemment en compagnie de l'abbé d'Uzerche, consacrer un autel, renouveler le cimetière et confirmer à jamais son abandon.
Les vicomtes de Comborn ne furent pas les seuls bienfaiteurs du monastère. Ceux de Ventadour, qui étaient de leur sang et qui devinrent les seigneurs de l'endroit, lui donnèrent aussi des marques de leur munificence. Un de leurs vassaux, Aymard de Merle, lui fit présent, avec la permission d'Eble, son suzerain, d'une église dédiée à saint Léger qui fut plus tard peut-être le chef-lieu de la commanderie de Saint-Léger de Merle. Girbert, damoiseau, d'une famille de Meymac qui en portait le nom et dont j'ai rencontré d'autres membres, lui céda diverses métairies l'an 1256. Guillaume de Maumont, chanoine de Limoges, Pierre de Maumont, chevalier, et plusieurs de leurs parents firent des dons nombreux. Au siècle dernier, Meymac, abbaye, couvent et prévôté, payait d'impositions 1153 livres, et avait à sa nomination les bénéfices suivants : dans l'archiprêtré de Chirouze le prieuré de Neufjours, paroisse de Chaveroche, celui de Fraytet avec la cure de Saint-Sulpice et celui de Ladaigne (le même peut-être que le Mont) avec l'église de Saint-Oradour de Chirouze (Creuse) ; dans l'archiprêtré de Saint-Exupéry, ceux de Rodières, mal connu, et de Longeyroux avec les cures de Notre-Dame de Meymac et de Saint-Sylvain de Chirac ; enfin dans l'archiprêtré de la Porcherie, le prieuré de Chastagnol, paroisse de Bonnefont, avec la maladrerie (la Malatie) qui se trouvait auprès en 1406, celui du Pommel, paroisse de la Croisille (Haute-Vienne), et celui de la Forêt-Saint-Gilles (même département), avec la cure qui s'y trouvait unie.
Le monastère d'Uzerche n'eut pas l'avantage de conserver sans trouble l'importante maison qu'on lui avait soumise. Un demi-siècle était à peine écoulé qu'un moine intrigant érigeait de sa propre autorité le prieuré en abbaye et s'en attribuait la direction. Il s'en suivit entre les deux cloîtres des altercations vives et longues. On se l'explique d'autant plus que l'évêque de Limoges Eustorges, en l'année de son sacre (1106), avait, par un acte formel de commission, confirmé la dépendance de Meymac par rapport à Uzerche. Mais enfin la triple autorité de l'évêque de Limoges, de l'archevêque de Bourges et du pape Eugène III fit rentrer le coupable dans le devoir. Un point toutefois fut acquis à Meymac : ce fut le titre abbatial (1146). L'abbé d'Uzerche en consacra l'usurpation, par égard, paraît-il, pour le vicomte de Ventadour, qui tenait à honneur de posséder une abbaye sur ses terres — Bonnaigue, Bonnesaigne probablement aussi, étaient encore à naître. — Rome cependant et l'évêque de 1195 exigèrent que si les moines de Meymac ne trouvaient pas à élire parmi eux de supérieur idoine, ils ne fissent leur choix qu'à Uzerche, du conseil et de la volonté de l'abbé de ce lieu. Nous voyons de fait quelques années plus tôt, en 1175, l'archevêque de Bourges faire lui-même, de l'agrément des deux monastères, une élection d'abbé. L'action des métropolitains pouvait-elle être inutile quand, un siècle après seulement, l'un de ces archevêques, Simon de Beaulieu, de passage à Meymac, trouva les moines dans le relâchement ?
Une petite ville cependant se développait lentement près des murs de l'abbaye, une petite ville qui devint une des quatre principales du duché de Ventadour. Elle eut à l'opposé du cloître son château seigneurial, d'emplacement visible encore ; elle eut aussi son enceinte commune, flanquée de tours et défendue au nord par les eaux d'un canal (la chenal) détournant la Luzège. On y compta quatre portes au moins : celle du couchant, sous le château ; celle du midi, protégée par la tournelle, et deux autres au nord, dont l'inférieure sur le sol de l'hospice. Eble VII, vicomte de Ventadour, lui octroya, l'an 1300, une charte communale que ratifia, l'an 1345 à Neuvic, son petit-fils Bernard. On lit en conséquence dans une consultation d'avocat, de 1460 environ : « Dans la ville de Meymac, diocèse de Limoges, existent et ont accoutumé d'exister, de temps ancien (ab antiquo), plusieurs franchises et libertés concédées à la dite ville et à ses habitants par le seigneur vicomte alors de Ventadour, seigneur de Meymac » (les vicomtes de Ventadour étaient devenus comtes en 1350 ; ils furent plus tard ducs et pairs).
Ces libertés constituaient à la ville le droit d'avoir quatre consuls, annuels, mi-électifs, prud'hommes de la localité, qui en géraient les affaires et possédaient l'exercice personnel d'une juridiction dévolue à leur consulat ; ils gardaient aussi les clefs de la ville, pouvaient préposer pour le bien public des gardes aux portes et avaient autorité pour la punition de ceux de leurs concitoyens qui leur résisteraient. En 1472, le bruit ayant couru par malice qu'un nouveau comte de Ventadour, Louis de Lévis, voulait supprimer ces privilèges, le nouveau venu se hâta d'écrire aux consuls et assez vivement. « Je ne veulx riens innover ; mez sy vouz enlevez à noz fils chouses indues et que n'eussiez accoustumé, de sela je suis bien délibéré de le fère réparer à ceulx qui l'ont fet... Sçavez bien que je ne vous fiz jamez ne tort ne offense ? Pour ce, ne croiez point les paroles de fous ne de méchant gens ; car si vous le fêtes, vous en repantires et ne sera pas tems. »
La première menace contenue dans ces lignes tenait probablement à tin conflit de juridiction datant de dix à douze années. (Voir l'affaire qui l'avait soulevé : Bull. de Limoges, XIV, 163.) Si les consuls en effet avaient une juridiction intérieure et partielle, le seigneur de Ventadour en avait une autre supérieure et plus large, Meymac étant châtellenie. C'est celle-là qui l'emporta sans doute au cours du différend.
Cette juridiction, presque aussi étendue que celles d'Egletons et de Neuvic, même sénéchaussée, même seigneur, embrassait avec Meymac : Ambrugeac, Alleyrat, Ventégeol, Combressol, Saint-Setiers, Peyrelevade et en partie Saint-Sulpice-Freytet. L'abbaye, dans cet ensemble, constituait un fief noble qui rendait seigneur son titulaire, mais sous la suzeraineté du château, auquel en étaient dus l'hommage et l'aveu, plusieurs fois acquittés. L'aveu portait à la fois sur l'abbaye et sur toutes ses dépendances locales : « Monastère, cloître, dortoir, réfectoires, cimetière et jardin, tant de l'abbé que des religieux ». La magnifique prairie située au-dessous de ces jardins appartenait elle-même aux Ventadour et s'appelle encore du nom des derniers successeurs de leur illustre race : la Prairie des Soubise. C'est l'orgueil de la petite ville et le tapis vert de sa fraîche vallée.
Sur ce tapis vert, dans sa fraîche vallée, Meymac put être heureux de 1300 à 1345, date de ses deux chartes. Mais 1346 sonna, comme on sait, la funeste bataille de Crécy. Les temps devinrent alors bien rigoureux. Au fort de cette guerre anglo-franque qui dura tout un siècle, vers 1350 ou environ, l'endroit fut, ainsi que tant d'autres, malmené cruellement. Son abbaye fut prise, pillée et saccagée ; le feu la dévora ; la mortalité, la désertion des hommes à travers les malheurs de la lutte, mirent en friche ses domaines ; les lieux réguliers tombèrent dans la ruine et la désolation. La ville, d'autre part, fut obligée plusieurs fois de solliciter de Charles VI, de Charles VII et d'autres rois antérieurs, des aides et des tailles qui lui permissent de réparer ses fortifications. Après la mort de Jeanne d'Arc, le fameux aventurier Rodrigue de Villandrado vint encore en faire le siège ; heureusement, là comme devant Ussel, l'entreprise échoua. Les Etats du Bas-Limousin n'en accordèrent pas moins, au mois d'août de 1435, pour payer les frais de cette résistance. « Le vicomte de Ventadour, dit un mémoire, fut l'un des combattants portés sur l'état de répartition. Les deux places principales de son domaine, Ussel et Meymac, avaient été assiégées pendant deux mois. Il tint bon dans Ussel et Meymac, sut également se préserver, mais la contrée ne laissa pas que de beaucoup souffrir. »
En preuve, ce que rapporte Legros de la situation trouvée par l'évêque de Limoges dans sa visite du 17 janvier précédent : « L'abbaye était en très mauvais état : les gendarmes (voulait-on parler du XIVe siècle ?) l'avaient prise, pillée et fort endommagée. L'abbé transigea en 1437 avec ses religieux pour leurs prébendes : eu égard à la guerre précédente et à sa longue continuation, [comme aussi à] la grande cherté des vivres, ils le quittèrent pour trente ans des réparations du monastère, quoiqu'elles fussent urgentes et que les appartements tombassent en ruine. » Un des successeurs de ce dignitaire, 67 ans après, se vit dans la nécessité de solliciter des indulgences, pour remédier enfin à un état de choses qui n'avait pu encore trouver satisfaction ; il fit faire une quête dans les trois diocèses de Limoges, de Clermont et de Tulle. Ce n'en est pas moins à cet abbé que le parlement de Bordeaux ordonna en 1507 de fournir la nourriture et le vêtement à ses religieux, en les astreignant à manger en commun.
La commende, qui survint à son époque, ne dut pas précisément contribuer à l'amélioration. Nous voyons vers 1565 les moines informes contre leur commendataire d'alors, Jean de la Journalière, parce qu'il laissait dépérir l'église et les bâtiments. A la faveur des troubles de religion, le mal dut empirer encore et les religieux s'habituèrent, comme à Beaulieu et comme ailleurs, à vivre isolément dans leurs familles, du fermage de leurs offices, livrés à l'inaction.
Vint la peste de 1633, qui coucha, dit-on, dans la tombe tout le clergé de Meymac, régulier ou séculier. Il n'y eut d'exception que pour un moine, réduit à dire l'office pour les autres et à s'occuper des pestiférés par dessus cet office. Le malheur porta lumière : c'est un fait assez commun. Quinze ans plus tard, ce qui restait du vieux couvent bénédictin s'affilia à l'ordre de Cluny et en 1662 à la congrégation des Exempts de Guyenne. Toutefois ce remède, vainement employé ailleurs, ne tarda pas à se montrer ici inefficace également. Alors, en 1669, l'abbé Hédelin frappa le grand coup : malgré l'opposition des familles, doublée de celle d'un certain nombre de religieux, il introduisit la réforme de Saint-Maur qui, par concordat du 8 mai, établit à Meymac quatre de ses Pères, sous l'obéissance d'un prieur. On s'installa et l'on s'occupa le plus tôt que l'on put de refaire les bâtiments claustraux, dans la mesure nécessaire ; ils ne prirent que dix ans. L'église devint ensuite l'objet de réparations indispensables, malheureusement en devenant du même coup le sujet, sinon même le théâtre, d'une lutte violente fréquemment renouvelée dont voici la cause, trop facile à comprendre.
Archambaud de Comborn avait, comme on l'a vu, uni dans cette même église le monastère de sa fondation à la paroisse qui l'avait précédé. Meymac n'eut ainsi, pendant plus de sept siècles, qu'un édifice religieux pour deux services parallèles, le paroissial et le monacal. C'était porte ouverte à toute sorte de querelles ; d'autant plus que la paroisse prit vraisemblablement un certain pied à l'époque où les moines, dépourvus d'habitation commune et vivant au sein de leurs familles, ne constituaient plus en apparence qu'un petit groupe de prêtres séculiers.
La chaire du curé, disputée par le cloître qui prétendait aussi à la prédication était alors, comme elle est aujourd'hui, près du transept, en lieu très convenable de nos jours mais en ce temps-là très gênant pour les moines, qui devaient avoir leur choeur au-devant du sanctuaire. Les premiers troubles partirent de ce point. Un mandataire de l'abbé fit enlever la chaire de vive force en 1674. Le curé, qui n'était que vicaire perpétuel de l'abbaye, l'ayant remise en place malgré sa dépendance, les mauristes la firent clore à leur tour et procès s'ensuivit au sénéchal de Tulle. On transigea l'année suivante. Pour régler du même coup plusieurs difficultés, on décida : 1° que la chaire demeurerait en place et au service du curé ; 2° que l'autel de l'Assomption qui se trouvait en face, dans le haut de la nef, serait attitré désormais comme autel paroissial ; 3° que le monastère aurait, par lui-même ou par ses délégués, droit de prédication les jours de fête, les premiers dimanches du mois et les quatre dimanches de l'Avent ; enfin, chose un peu plus étrange, qu'aux processions extra muros le prieur et le vicaire perpétuel diraient ensemble les prières et donneraient en commun les bénédictions.
Ce fut le calme pour trois ans. En 1678, la place au chœur du prieur claustral, sa présidence dans les solennités, les messes chantées de la paroisse firent naître de nouveaux débats. Cette fois, on déféra la cause au tribunal de l'évêque diocésain. Celui-ci, prenant un moyen plus radical, ordonna dans l'église l'élévation d'un mur pour isoler les deux services, laissa les cloches en commun ainsi que le clocher, sépara les processions et fixa pour les enterrements le droit respectif des parties. Mais d'autres dissensions surgirent comme à plaisir et sans tarder : d'abord, à propos des autels ; plus tard, à propos d'une cloche ; plus tard encore, à propos d'une mort, et les voies de fait, l'émeute populaire, se mirent scandaleusement de la partie. Par deux arrêts solennels, l'un du parlement de Bordeaux en 1723, l'autre du Grand Conseil de Paris en 1734, les luttes purent être calmées, elles ne cessèrent jamais complètement. D'où, si l'on veut, mon désir de ne pas les poursuivre.
On en trouvera, du reste, dans M. Treich le récit assez long, mêlé d'appréciations quelquefois discutables. Résultat pratique à peu près nul, bien éloigné par conséquent d'équivaloir aux frais qu'il avait exigés, surtout aux divisions qu'il avait consommées. La plupart des sentences restèrent lettre morte. Tout en obtenant gain de cause dans les deux cours suprêmes, tout en étant reconnus dans l'église propriétaires, maîtres et curés primitifs, les religieux furent contraints de laisser à la paroisse la jouissance presque entière soit de l'église elle-même, soit des offices paroissiaux tels qu'ils étaient ailleurs. On ne leur fit jamais — ne le regrettons pas — le mur de séparation qu'avait décrété l'évêque de Limoges en 1684 : ils n'eurent pour fermeture de leur chœur qu'un « balustre » de bois, prestement écrasé par la Révolution, quand elle fut maîtresse. Ils tombèrent alors en laissant à la ville, outre leurs propriétés, le dernier des services demandés à leur robe : la formation de ses enfants. Jacques Boyer, l'érudit, écrivait déjà de l'un d'eux en l'an 1713 : « Dom Andeau se propose d'exercer ses écoliers, qui doivent représenter devant le Père visiteur la tragédie du Cid : c'est un saint religieux et un excellent confrère, qui rend bien du service à Meymac depuis longtemps ». M. Treich leur décerne, à son tour, cet hommage appréciable que « la population de Meymac, sans exception de classe, a longtemps conservé l'empreinte de cette antique politesse, apanage ordinaire d'une bonne éducation. » Sur trois qui demeurèrent encore après leur expulsion aux portes de leur cloître, il y en eut même un qui continua l'enseignement : dom Mauduit. « Son portrait, nous dit notre historien, son portrait peint par lui-même et qui existe encore, est la dernière œuvre du dernier bénédictin de Meymac. » Saura-t-on la garder ?
Un aperçu présentement sur la remarquable église qu'ont désormais abandonnée pour toujours à la paroisse ces moines disparus. Elle est, au su de tout le monde, l'un de nos principaux monuments historiques et l'ont peut se demander si, dans les rangs de nos édifices religieux, il s'en trouverait beaucoup de plus piquants, de plus dignes d'étude.
La forme en est comme ailleurs celle de la croix, mais pratiquée ici, différemment d'ailleurs, sur une seule nef, avec trois absides inégales, qui correspondent, l'une à cette unique nef et les deux autres aux branches de la croix. Plus développées que ne le sont d'ordinaire ces absidioles, réduites dans la plupart des églises aux dimensions de simples chapelles, les deux absides latérales de Meymac font, avec leur aînée, comme un triple sanctuaire, d'un effet original et grand. Quand on les considère du milieu du vaisseau, qu'on les rapproche du transept et surtout de la nef dont deux amples travées font toute l'étendue, on est frappé de la nouveauté de cet ensemble et de son triple caractère de largeur, de grâce et de simplicité.
L'église de Meymac offre une longueur totale de 150 pieds ; celle de son transept dépasse 80. Entre les murs latéraux de la nef, la largeur est de 35 pieds ; la hauteur, sous voûte, de 42. Elle baisse un peu dans le sanctuaire, mais ce n'est pas, de ce sanctuaire, ce qui frappe le plus : on est bien autrement impressionné de son inclinaison du côté du midi. Moins apparente à Beaulieu, où je l'ai signalée, la déviation ici prend un caractère accusé et violent, contre lequel sont obligés de réagir le croisillon et l'absidiole du nord. Elle entraîne d'emblée l'absidiole du sud et dessine jusque dans les jours de l'abside centrale, vus sous leurs arcs extérieurs, un mouvement tournant qu'il est vraiment curieux de constater. On m'a blâmé d'attribuer à cette déviation un caractère symbolique ; mais quand je la vois dans tant d'églises, non seulement de France mais d'Europe, toujours du même côté suivant les régions et faite même dans de minuscules édifices qu'on a bâtis sûrement d'un seul jet, je ne puis me défendre d'y assigner ce caractère ; — d'autant qu'il semble à d'autres comme à moi des plus naturels et des plus simples, du moment que les églises ont la forme de croix : Et inclinato capite, emisit spiritum, dit l'Evangile du divin Crucifié.
Entre deux longues arcades aiguës, la façade d'ouest présente une arcade plus large, sous laquelle est pratiquée une porte romane, ornée, comme à Tulle, de découpures en festons. Par-dessus, triplet de fenêtres à colonnettes et boudins, complètement bloquées. Le mur de façade se rétrécit en pignon vers mi-hauteur de ces fenêtres et aboutit à la tour du clocher : pauvre tour de médiocre apparence et d'unique étage, qu'on croirait même postérieure à l'église, si sa baie romane du nord ne protestait partiellement de son ancienneté. La réfection accusée dans le reste date de l'année 1734. Je vais donner, selon mon habitude, l'inscription de la seule cloche d'autrefois qui se soit conservée :
U SIT NOMEN DOMINI BENEDICTVM.
ANNO DOMINI MILLESIMO SEPTINGENTESIMO QUADRAGESIMO QUINTO, REGNANTE LVDOVICO DECIMO QVINTO,
CONSTRVCTA FVI IN HONNOREM STI ANDRÆ ET STI LEODEGARII,
SVMPTIBUS HUJUS MONASTERII,
SVB ADMINISTRATIONE RDI P[A]TRIS BRUNONIS LEYSSENE PRIORIS.
P[ARRAIN] M[ESSI]RE LOVIS FRANÇOIS DE PAVL,
MARQVIS DE SOUD[E]ILLES,
LIEVTENANT DE ROY AU GOVVERNEMENT DV LIMOVSIN.
MARREINNE DAME BLAISE DE FAYA, COMTESSE D'VSSELLE.
N. RENAUDEN (fondeur).
Le porche ouvert par trois portes au-dessous de la tour de façade est la partie la plus ancienne de l'église de Meymac. Il s'y développe en trois petites nefs d'inégale largeur et de courte longueur. Sa voûte d'arête, plus basse de moitié que celle du vaisseau, s'appuie par des doubleaux massifs sur deux piliers trapus, revêtus, comme les pilastres des parois, de colonnes engagées, à chapiteaux fort lourds. On ne manquera pas d'examiner ces chapiteaux, dont un demeuré, ou plutôt descendu, sur le sol et y servant de bénitier, représente naïvement l'archange saint Michel traînant la corde au cou Satan qui traîne lui-même par les cheveux une de ses victimes. Le style grossier des sculptures me paraîtrait assez celui du XIe siècle. D'autre part, l'architecture du porche, avec ces formes pesantes et cette triple nef que les supports du grand vaisseau vont arrêter si brusquement, n'accuserait-elle pas un premier édifice en partie conservé, en partie démoli, pour laisser place à un plus beau ? Ce serait alors peut-être l'église paroissiale de 1085, église agrandie sans doute par le vicomte pour sa destination nouvelle, mais insuffisante
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quelques années plus tard et pour le développement du cloître et pour le progrès même de la ville naissante.
Une inscription grossière, jetée sur une pierre extérieure du croisillon du nord, à gauche d'un petit portail, semblerait marquer la date des secondes bâtisses. On y lit avec un peu de bon vouloir : BASTI 1119. Rien n'est rassurant là comme authenticité ; néanmoins il serait possible qu'on eût tort de n'y pas prendre garde. L'indication peut être celle d'un temps mieux renseigné que le nôtre et plusieurs des formes architectoniques constatées dans l'église ne là démentent pas.
Supposons donc que les absides sont de 1119 : c'est par là, on le sait, que l'on commençait ou recommençait les constructions. Les nôtres, à pans coupés, offrent, à deux sur trois, cette particularité intérieure qu'elles sont voûtées à nervures. Sous la corniche de la grande, quatre consoles en écus romans bombés supportent quatre demi-boudins sans moulures, lesquels, glissant sous une voûte en cul de four (car ce ne sont encore que des simulacres d'arcs de décharge) vont se réunir près de la travée précédant l'hémicycle, à un centre commun dépourvu de clef. Les nervures de l'absidiole du midi sont simplement carrées, avec des angles rabattus ; il n'y en a pas au nord.
Le transept, soit pour son portail septentrional, soit pour partie de ses murs, se rattachait d'abord aux plans dont le chevet est ainsi l'expression ; mais il ne se poursuivit ou s'acheva que suivant ceux qu'on avait adoptés pour la nef (voûtes principalement). Ceux-ci sont assez notablement postérieurs et nous poussent jusqu'au XIIIe siècle pour leur achèvement.
Par eux, l'église de Meymac est faite sœur cadette de plusieurs cathédrales du midi, de celle d'Agen, par exemple, qui fut autrefois abbatiale, et d'une ancienne collégiale plus rapprochée de nous, celle de Saint-Yrieix. C'est un de ces monuments mixtes qui ne sont ni du style byzantin, ni du style angevin, mais qui tiennent des deux. On les a bâtis comme pour y jeter des coupoles, point de ressemblance avec le premier style. De là cette division du transept en trois travées carrées et celle de la nef en deux seulement, dont la plus basse barlongue ; de là aussi ces énormes éperons intérieurs de la nef, avec les puissantes arcades qu'ils supportent le long des deux parois et qui ne font de ces parois, percées de fenêtres agglomérées, qu'une fermeture de l'enceinte, sans actions sur les voûtes. Mais on a remplacé les coupoles par des croisées d'ogives, et là serait le point de contact avec le second style, si la travée de voûte ici offrait surhaussement. 11 n'en est rien : elle s'étend comme une nappe sur les deux grêles arceaux toriques qui la soutiennent, et l’œil, qui rapproche avec surprise la légèreté de ce couronnement de la massivité de ses supports, en est un peu désappointé. La transition me paraîtrait, à vrai dire, mieux ménagée à Saint-Yrieix comme à Agen. D'ensemble cependant et à négliger cette comparaison, l'effet du vaisseau de Meymac est un effet puissant, réellement monumental.
On voudrait que l'abside, labourée de lézardes, ne fût pas étançonnée en deux ou trois endroits. L'Etat, qui s'est occupé louablement de nos belles églises de Brive, d'Obazine, de Beaulieu, d'Arnac-Pompadour, de Saint-Angel, de Saint-Robert, se refuserait-il à seconder d'une septième réparation les sacrifices de la commune de Meymac, encouragés par le département ? Ce n'est pas à présumer, surtout à cette heure. Émettons alors le vœu que, le jour où aura lieu une restauration, on construise une sacristie qui débarrasse de cet office l'absidiole du sud et la rende à sa seule destination plausible, celle de chapelle.
Dans une église, dans une localité la question des titulaires et des patrons n'est pas toujours facile à démêler. Nous avons vu notre paroisse sous le vocable de Notre-Dame en 1085 ; la consécration d'un nouvel autel à cette date, le 2 février jour de la fête patronale, indique suffisamment la maintenue du titulaire non moins que de la patronne : cependant Nadaud donne à la cure pour patron saint Léger venu plus tard, comme on verra. C'est encore en l'honneur de ' Notre-Dame qu'Archambaud de Comborn fonda son monastère : néanmoins le temps, à ce qu'on recueille çà et là, lui donna pour patron saint André, et l'on trouve aussi le martyr d'Autun uni au saint apôtre ; d'où les trois patrons assignés à l'abbaye par le même Nadaud : Notre-Dame, saint André et saint Léger.
Aujourd'hui, peut-on dire, ce dernier domine tout. Il le doit à la grande faveur dont jouirent ses reliques aux temps chrétiens du Moyen-Age.
Guillaume de Grimoard, seigneur de Grignols, en Périgord, dans son testament de 1382, parle de ses nombreux pèlerinages et en rappelle six qu'il avait fait voeu d'entreprendre mais que différents obstacles, surtout le peu de sûreté des routes, ne lui avaient pas permis d'accomplir : ces pèlerinages différés étaient ceux de saint Jacques de Compostelle en Espagne, de saint Gilles en Provence, de saint Austremoine en Auvergne, de saint Léger de Meymac, en Limousin, de sainte Lucie de Clarens et de saint Yves de Montignac, en Périgord.
Le 10 août 1713, « je vis, dit Dom Boyer, le chef de saint Léger, qui est fort révéré à Meymac. Les tambours et les fifres commencèrent à annoncer la fête de ce saint évêque d'Autun, que l'on doit célébrer avec pompe, à la manière accoutumée, le 25 de ce mois », jour de la translation de ses reliques.
« Saint Léger, porte encore un manuscrit de la Bibliothèque nationale publié par dom Pitra (Vie du saint), est très particulièrement honoré dans l'abbaye de Maymac ; ses précieuses reliques y sont religieusement conservées dans une belle châsse d'argent doré où l'on peut voir à découvert son visage et ses mains étendues en croix sur la poitrine : ce qui paraît au dehors est encore couvert de la peau, qui est fort blanche ; quelques poils de barbe assez épais paraissent au menton, et des cheveux sur le haut de la tête ; son visage est si doux et si vénérable qu'on ne peut le regarder sans une dévotion « et un respect tout extraordinaire. Le lieu où il repose est le côté de l'évangile du grand autel de l'église, qui est orné de quatre belles lampes d'argent qui éclairent jour et nuit, et de plusieurs présents
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que font tous les jours les peuples du pays, qui le considèrent et honorent comme le principal patron et tutélaire. »
On est en possession d'une légende sur la façon dont ses reliques sont venues à Meymac. D'après cette légende, recueillie par Mabillon, les moines de Saint-Maixent, en Poitou, les avaient reçues avec d'autres des moines de l'abbaye d'Ebreuil, en Auvergne. Comme ils partaient de ce lieu, en troupe heureuse mais nombreuse, pour regagner leur cloître, ils crurent bon de se diviser en Limousin et de charger d'une partie de leur trésor sacré chacun des deux groupes qui s'en allaient séparément. « Ceux qui portaient les reliques de saint Léger, à savoir son précieux chef et les deux mains, se trouvèrent surpris de la nuit proche une forêt appelée de Ventadour et attaqués par quelques voleurs, qui les massacrèrent cruellement. Ces voleurs se retirèrent avec leur prise en un château voisin » que la tradition désigne comme celui du Lieuteret (Locus territus), au canton même de Meymac, dans la paroisse de Darnets. « Ils cachèrent leurs saintes reliques dans les écuries, où le lendemain au matin tous les chevaux furent trouvés morts et les voleurs aussi, un seul excepté », qui raconta le larcin. On devine ce que fit le seigneur de l'endroit : bien qu'il eût placé d'abord les reliques en lieu honorable, voyant la mortalité atteindre tout le bétail de l'endroit, il ordonna de les transporter hors de ses terres. A Meymac, elles s'arrêtèrent — ou plutôt sans doute on les arrêta, et le vicomte de Ventadour, s'il ne fit pas bâtir pour elles ce qui était déjà bâti, comme le voudrait la légende, fut enchanté du moins, on peut le croire, de les accueillir dans le monastère de sa châtellenie.
Elles y étaient dès la fin du XIIe siècle, d'après la Chronique de Vigeois, traduction Bonnélye. L'ouvrage ne parle pourtant que d'une main : on en voit deux de nos jours dans le buste en bois doré qui remplace l'ancien buste en vermeil et avant tout, bien entendu, enferme le chef. Il y avait au moins un ossement de plus dans le XVIIe siècle, car Dom Pavy, religieux de Saint-Maixent, écrivait à Mabillon : « Nous avons une partie d'une vertèbre de saint Léger que M. Belin, religieux ancien (c'est-à-dire d'avant la réforme) de Meymac, donna ; [mais] il n'est pas à propos de faire mention de cette relique, parce que, si les habitants dudit Meymac savaient cela, ils lapideraient le susdit sieur Belin. »
Les habitants de Meymac n'auraient-ils pas tout aussi bien lapidé Bonaventure de Saint-Amable, qui écrivait vers cette époque : « On ignore le temps et la façon de cette translation [dans leur ville des reliques de saint Léger]. Les monastères de Mulbar en la Haute-Alsace, de Jumièges en Neustrie et de Pratelle, se glorifient de les posséder et en fournissent des instruments et Oes témoignages des anciens auteurs. Ceux de Meymac ne peuvent justifier par carthes ou pièces authentiques de leur ancienne possession. »
S'il en est ainsi, on me saura gré de fixer du moins à toujours trois documents de notre époque, constatant la conservation pendant des temps lugubres du dépôt qu'avait en si grand prix la ville de Meymac.
Ils sont dans la châsse même ou buste qui a reçu depuis les précieux restes.
MARIE-JEAN-PHILIPPE DU BOURG
PAR LA MISÉRICORDE DIVINE, ET LA GRACE DU SAINT-SIÈGE APOSTOLIQUE,
EVÊQUE DE LIMOGES,
à tous les fidèles de notre diocèse, salut et bénédiction en Notre-Seigneur.
Vu par nous le procès-verbal d'information et audition de témoins, fait par le sieur Julien Chassain, prêtre, desservant provisoire de l'Eglise paroissiale de la ville de Meymac, chef-lieu de canton, arrondissement d'Ussel, en notre diocèse, le 11 pluviose an XII (1er février 1804), signé de lui et des témoins déposants, et dressé en vertu de la commission que nous lui en avions donnée précédemment, aux fins de vérifier l'identité de certaines reliques, sauvées du naufrage révolutionnaire, et produites maintenant par quelques personnes pieuses, qui ont affirmé que ce sont celles de saint Léger, Evêque d'Autun et martyr, qui étaient autrefois conservées dans ladite Eglise, autrefois abbatiale, maintenant paroissiale, du dit Meymac : duquel Procès-verbal et des dépositions des témoins, il résulte évidemment que ces Reliques sont effectivement les mêmes qui étaient conservées dans la dite Eglise, avant la révolution, sous le nom de ce saint Evêque et martyr ; en conséquence et leur identité ainsi reconnue, nous qui ne désirons rien tant que la gloire de Dieu, l'honneur de ses saints, et le bien spirituel des fidèles dont les âmes sont confiées à notre paternelle sollicitude, le saint nom du Seigneur invoqué, avons déclaré et déclarons les susdites reliques authentiques ; ordonnons qu'elles soient déposées dans un reliquaire propre et décent, et scellées provisoirement du scel ordinaire du dit sieur Chassain, pour que nous ou nos vicaires généraux puissions les reconnaître lorsque nous passerons, en cours de visite, dans la dite ville de Meymac, et y apposer notre scel épiscopal, pour plus grande et plus certaine preuve d'authenticité ; enjoignons au dit sieur desservant provisoire d'en faire la translation dans la dite Eglise, avec toute la solennité possible et convenable ; et de les y déposer, pour y être conservées à perpétuité, lui permettant et à ses futurs successeurs, recteurs ou curés de la même Eglise, de les exposer à la vénération des fidèles, aux jours et aux époques où elles avaient accoutumé de l'être autrefois, et avant la révolution ; voulons enfin que copie authentique des présentes lui soit délivrée pour lui servir, et à ses dits futurs successeurs, de preuve incontestable de leur authenticité.
Donné à Limoges, en notre palais épiscopal, le 4 ventose an XII (24 février 1804.) — M. J. Ph. E. DE LIM.
Par Mandement, etc.
LEGROS, pour le secrétaire.
Nous soussigné, en vertu de l'ordonnance de Monseigneur l'évêque de Limoges en datte du 4 ventose an 12 ou 24 février 1804, avons transporté les reliques de saint Léger martyr évêque d'Autun, sçavoir le chef en entier quoique mutilé dans la révolution avec les deux mains dont un doit d'une est soutenu par un cercle, avec toute la solennité possible et processionnellement, ou ont assisté le clergé et les authorités constituées de la ville de Meymac, les avons exposées à la vénération publique du peuple fort nombreux que la dévotion pour le saint avait attiré, les avons mises dans un vieux reliquaire bien orné d'un voile de satin rouge et des franges et ensuite les avons déposées dans un armoire bien préparé ou se trouve une grille fermant avec un cadenac et une porte fermant à clef, où elles étoient placées avant la révolution. — A Meymac le vingt-et-deux juillet mil huit cent quatre. — Et les avons scellées de notre scel conformément à la volonté du seigneur évêque.
DINEMATIN, desservant de Saint-Sulpice, LACHAUD, P. vicaire,
SOURTIAT, MAUDUIT, prêtre, MARGAT, sendic, MARY, maire,
DES MANOUX, adjoint, MATERRE, juge de paix, CHASSAING,
curé, commissaire.
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MARIE-JEAN-PHILIPPE DU BOURG
PAR LA MISÉRICORDE DIVINE ET LA GRACE DU SAINT-SIÈGE APOSTOLIQUE,
EVÊQUE DE LIMOGES,
à tous ceux qui les présentes verront, salut et bénédiction en Notre-Seigneur.
Sçavoir faisons qu'étant en cours de visite dans notre diocèse, et nous étant transporté dans la paroisse de Meymac, chef-lieu de canton, accompagné de M. Martial Boulaud, chanoine honoraire de notre Cathédrale que nous avons choisi pour nous tenir lieu de secrétaire, dans la visite que nous avons faite de l'Eglise paroissiale de ladite ville de Meymac, avons reconnu les reliques de saint Léger, Evêque d'Autun et martyr, savoir le chef et les deux mains, conformes au procès-verbal d'information et audition de témoins fait par le sieur Julien Chassaing, prêtre, alors desservant provisoire maintenant curé de la ditte Eglise, en date du 11 Pluviose an 12 (l' février 1804), signé de lui et des témoins déposants en vertu de la commission que nous lui avions donnée, les avons trouvées déposées dans un reliquaire propre et décent, conformément à notre ordonnance en datte du 4 ventose an 12 (24 février 1804) : le dit reliquaire représentant le buste du dit saint, le chef est renfermé dans la tête du dit buste et les mains dans le bas. En conséquence avons apposé notre scel épiscopal sur le chef du dit saint et sur chacune des mains : chaque main est attachée avec un lien rouge dont les deux bouts se trouvent sous le scel. Et voulons que les présentes soient déposées, ainsi que notre ordonnance du 24 février 1804, dans le bas du dit buste pour constater l'authenticité des dites reliques.
Donné à Meymac, dans notre cours de visite, le dix-sept avril mil huit cent dix.
U M. J. Ph. E. DE LIM.
Par Mandement de Monseigneur,
M. BOULAUD, Chane honore, secrétaire de visite.
La Révolution, dont il vient d'être parlé dans une de ces pièces, fut violente à Meymac. M. Thomas, curé de la paroisse et député du clergé aux Etats-généraux, refusa le serment. On lui substitua, par élection, le 15 mars 1791, son ancien premier vicaire, qui le prêta le 3 avril. Alors M. Thomas de porter son ministère dans une chapelle de pénitents, au sommet de la ville. Cette chapelle fut aussitôt « bondée de monde », tandis que l'église de l’intrus demeura « déserte ». Comme ce n'était pas le compte de la municipalité, qui nous en fait l'aveu, elle se mit à poursuivre le curé légitime, non-seulement de ses sommations d'éloignement, mais des violences même de la rue, déchaînées contre lui : M. Thomas, après protestation, dut se résigner à déserter le poste.
Il n'était pas encore parti qu'on avait déjà démoli dans le transept de l'église, croisillon du nord, le tombeau de l'abbé François de Lévis-Ventadour et détruit partout où on les trouvait les armoiries des maisons nobles. Au pavé du choeur reste encore cependant une dalle funèbre qui a conservé ses trois lionceaux et qu'on ménagea peut-être en faveur d'un des membres de la municipalité : ce pourrait être la tombe de M. du Boucheron des Manoux, curé de Meymac, comme nous le verrons.
Il fut aussi question de la châsse d'argent de saint Léger ; mais, ici, le district d'Ussel répondit lui-même, en 1791, au comité départemental de spoliation que cet article de ses ordres lui paraissait embarrassant. « L'église des ci-devant bénédictins de Meymac, écrivait-il, possédait une châsse d'argent massif. Ce monument, [sans doute], ne présente aucune beauté qui parle pour sa conservation ; [mais] la ville de Meymac tient singulièrement à sa possession. La bonhomie du peuple et les petits manèges des ci-devant religieux ont attiré à cette châsse une grande vénération. Elle guérit ou préserve, dit-on, de la folie. Nous ne disons pas que la ville de Meymac ait besoin de la conserver : nous ne croyons même plus aux miracles : mais il serait extrêmement périlleux d'emporter le grand saint Léger. Ainsi, Messieurs, si vous jugez à propos de transformer l'effigie du saint personnage en celle de Louis XVI, vous pouvez nous envoyer mille à douze cents hommes pour protéger l'enlèvement. Au sérieux et très sérieux, la ville de Meymac ne permettrait point que la châsse fût emportée ; la proposition que nous en fîmes, lors de la vente du mobilier des ci-devant Bénédictins, causa beaucoup de fermentation. »
Elle partit cependant, cette châsse précieuse ; mais ce ne dut être que plus tard, lorsque quatre commissaires farouches envoyés dans l'arrondissement d'Ussel par l'administration centrale purent écrire à leurs mandants qu'on leur portait partout les instruments du culte : « Il faudra plus de trente charriots, disaient-ils, pour voiturer tous ces hochets, toutes ces boutiques d'erreur et de superstition. »
Abominable époque où, non contente d'exercer ses fureurs contre les choses saintes, la Terreur triomphante allait verser le sang dans Meymac et livrer à l'échafaud cinq têtes, dont trois en un jour ! C'est un drame lugubre que n'a pu s'empêcher de flétrir l'auteur lui-même du Diocèse de la Corrèze pendant la Révolution et qu'il nous faut bien, à notre tour, résumer ici en quelques lignes.
Le 12 décembre 1793 les commissaires du district d'Ussel avaient convoqué tout le canton dont notre petite ville était devenu le chef-lieu, à venir y célébrer une fête civique. Quelques gredins, de l'endroit ou des environs, requièrent le cheval de M. Mary du Chassaing, absent, lui passent une étole à la queue, hissent sur son dos un des leurs vêtu d'une chasuble et, affublés eux-mêmes d'autres ornements sacerdotaux, gagnent l'église, le calice à la main. Ils avaient si odieusement profané ce calice que l'histoire honnête hésite à préciser le mode et se borne à faire supposer. Ils conduisent le cheval jusqu'au sanctuaire, jusqu'au pied de l'autel. Là, l'aubergiste déguisé en prêtre tourne la tête de l'animal vers le peuple, déjà tout frémissant d'indignation, et lui crie : « Citoyens, voilà votre Dieu. » Sur cette parole d'horrible blasphème, un coup de bâton frappe le blasphémateur ; on le précipite à bas de son cheval, une rixe s'engage qui oblige à fuir toute la mascarade, et la bête, reconduite elle-même au bas de l'église, est assommée à l'instant sous le porche.
Le lendemain, terrible réveil ! Le tocsin sonne dans les campagnes, « pour prévenir une nouvelle Vendée n. Un commissaire de Tulle écrit d'Egletons à cette ville : « Je vous demande de prompt secours... et la sainte guillotine ». Lanot arrive en force à Meymac le 18 ; les prisons enferment déjà 60 prisonniers. On juge ces malheureux dans l'église même, devenue, comme on pense, temple de la Raison, et une sentence du 23 condamne à mort trois des plus compromis : Lafon, notaire à Meymac ; Audin, maire à Davignac, et Pradeloux, maire à Barsanges. Ils sont exécutés le lendemain, sans rémission...
Quelque temps après tombaient aussi sous la hache deux pauvres paysans des environs : Bunisset, de Lafond, paroisse d'Ambrugeac, et Mathieu, du Sirieix, paroisse de Darnets. On déclara confisqués par la loi les biens de toutes ces victimes, qui laissaient pourtant derrière eux des enfants et des veuves. O sainte fraternité ! O sainte guillotine, comme disait si bien le Tulliste écrivant d'Egletons !
Que devint alors le couvent laissé vide par les Bénédictins ? Un bien national d'abord, dont une partie, convertie en caserne puis cédée à des particuliers, fut rachetée en 1824 par la ville pour lui servir de presbytère. L'autre partie, acquise également pour l'installation de l'école communale, avait été confiée aux Frères du bienheureux de la Salle, mais après quelques années de service et depuis 1881, c'est une maison laïcisée.
Il n'en est pas heureusement de même de l'hospice, situé de l'autre côté de l'église, vers son pignon du nord, comme le monastère l'était sur son flanc sud.
Cette maison, au dire de Nadaud, serait connue depuis le milieu du XVe siècle : en ce cas, il faut croire que la première fondation n'en fut pas de durée, car tout semblait à refaire au commencement du XVIIe siècle.
Le faubourg dit du Château, parce qu'il en était voisin, possédait alors une chapelle encore visible, dédiée à saint Martin de Tours. Cette chapelle avait été fondée par les Dupuy de Maussac, bourgeois de la ville, ou par leurs prédécesseurs ; Jean Dupuy allait y installer en 1622 la confrérie des pénitents blancs. Antoine Chazal, autre bourgeois, avocat en parlement et juge de Rochefort (Sornac), avait tout auprès un jardin dont il eut la bonne idée de donner certaine quantité pour la construction de l'hôpital. Décrétée en principe par assemblée de ville le 14 avril 1613, « pour l'honneur de Dieu et du bien public, au lieu et près du chastel, faubourg de la présente ville, et tout joignant l'église dudit lieu », cette institution charitable n'avait pas encore de bâtiment. Après ce don d'Antoine Chazal, doublé d'ailleurs d'autres dons généreux, ce fut autre chose : une procession solennelle put s'acheminer vers l'emplacement, et la première pierre d'un hospice y fut posée avec solennité, par le premier consul et par le bienfaiteur (25 mars 1621).
Les malheureux avaient dès lors un refuge : mais Antoine Dupuy de Saint-Pardoux, curé de Meymac soixante ans plus tard, ne voulut pas
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se contenter de l'hôtel-Dieu qu'on avait fait ainsi. Cet Antoine Dupuy était le frère de César-Rigald Dupuy, archiprêtre de Saint-Exupéry, qui dota cette paroisse d'un si beau presbytère. A lui, curé de Meymac, Meymac avait refusé d'en bâtir un : au lieu de faire comme son frère et de se loger somptueusement à ses frais (ce qui eût été encore pour l'endroit une œuvre de bienfaisance relative) il préféra loger les pauvres un peu mieux qu'ils n'étaient jusqu'alors. Aidé de sa digne sœur, Catherine Dupuy, il abattit sa maison patrimoniale, située au bas de la ville, dont il était l'enfant, près la porte de Rieu, acheta l'emplacement qui joignait cette porte et fit édifier l'hospice actuel, en inscrivant sur la porte cette inscription si bien faite pour élever les cœurs et les réconforter :
HOSPITIVM HIC : ALIBI PATRIA [3]
Le portrait de M. Dupuy de Saint-Pardoux se trouve en la salle d'honneur de l'hospice, avec ses armes sur la toile : souhaitons-lui dans les cœurs une place meilleure encore, qu'il y a méritée.
Au commencement de ce siècle, Ussel fit effort pour annexer au sien l'hospice de Meymac, qui était devenu un hôtel-Dieu prospère : il n'y réussit pas. Les sœurs de Nevers furent attachées à cette maison en 1838 et contribuèrent encore à sa prospérité. On a fait depuis lors prolongation des bâtiments à l'est, sur l'emplacement de la chapelle occupée autrefois par les pénitents bleus.
Les pénitents bleus étaient une seconde société de pénitence qui recrutait ses membres dans le bas de la ville comme celle des blancs les prenait dans le haut. Plus d'une rixe sanglante accusa jadis la rivalité de ces deux corps ; mais nos temps ont su couper le mal à sa racine : ils ont à la fois supprimé confréries et chapelles. Qui se souvient seulement aujourd'hui de leurs luttes ?
Ils ont fait disparaître de même la chapelle de Saint-Roch, qui aurait été élevée ou, selon Nadaud, simplement agrandie en 1633, après la terrible peste d'environ cette date. Elle était sur un point élevé du voisinage de Meymac, où l'on transportait les pestiférés, comme on faisait ailleurs, par mesure sanitaire. L'endroit est appelé depuis la Maladie. On n'y voit plus actuellement qu'une croix de pierre, rendez-vous chaque année, après la fête de l'Assomption, de la procession populaire de reconnaissance qui se maintient encore après 160 ans.
Suppression aussi, pour les fidèles de nos jours, de trois chapelles de villages sans compter Saint-Germain :
1° Celle de Lestrade, que le Pouille nous donne comme un ancien prieuré du vocable de Saint-Clément, uni au monastère de Meymac en 1318. Bertrand de Loubertès, abbé, se le réserve dans sa résignation de 1460. Ce qui n'empêche pas M. Treich de nous présenter l'église comme une chapelle rurale seulement, fondée le 6 avril 1437 par les villageois du lieu, s'obligeant à payer au curé dix quartes de blé, à condition que trois messes y seraient célébrées tous les ans. La durée
n'en fut plus longue à partir de ce temps, car en 1621 les gens du lieu la disaient détruite depuis au moins un siècle et demi. C'était dommage : à la distance où elle se trouvait du chef-lieu, sur la frontière nord, plusieurs agglomérations pouvaient y trouver avantage.
2° Celle du Longeyroux, située en un point plus éloigné encore, plus isolé, plus froid, et qui était, sous le vocable de sainte Madeleine, un prieuré dépendant de l'abbaye, possédé en 1783 par dom Gauthier. Le nom du village voisin, Celle, en dit assez le caractère prioral. Les revenus de ce petit bénéfice se trouvant fort maigres, une bulle du 1°r septembre 1463 y réunit une vicairie que devaient servir les religieux et qu'avait fondée à l'autel Saint-Georges de leur église une veuve d'Ussel, en 1462.
3° Celle du château du Jassoneix, autrefois du Bois, dédiée à Saint-Martial et qui existait en 1472. Celle-ci avait également — c'est du moins probable — une vicairie de son nom, fondée par les seigneurs, puisque Jacques du Bois, chevalier, et François du Bois, damoiseau, y nommèrent successivement, en 1437 et 1471.
Michel Binet du Jassoneix nommait aussi dans l'église de Meymac, en 1663, à la vicairie dite de Saint-Michel : ce qui me fait songer que cette église eut en outre plusieurs chapellenies fondées, en général, par le XVe siècle et à la nomination des Ventadour, des Ambrugeac, des Mirambel, etc. La plus intéressante à signaler est celle qu'établit dans le croisillon du nord, en même temps qu'une chapelle ad hoc, Isabelle de Vendat, comtesse de Ventadour. La cloche spéciale donnée à cette occasion par la noble dame au petit clocher de l'église devait en annoncer chaque jour la messe matinale, en sonnant assez longtemps pour qu'un homme au lit eût le temps de s'habiller et de s'y rendre. Ces vicairies, précieuses aux religieux, l'étaient aussi aux prêtres séculiers, dont la communauté comptait, en 1508, jusqu'à vingt-sept membres. Hélas ! il n'en restait plus qu'un en 1790.
Meymac fut, au XVIIe siècle, le berceau d'un bénédictin estimé, dom François Chazal. Engagé dans la congrégation de Saint-Maur à l'âge de 17 ans et successivement prieur de Brantôme, de Saint-Maixent, de Saint-Benoît-sur-Loire, enfin de Pontlevoy, ce religieux ne passa dans aucun monastère sans en laisser l'histoire. Celle de Saint-Benoît-sur-Loire fut des plus appréciées ; dom Rivet, dans la préface de l'Histoire littéraire de la France, regrette qu'un ouvrage aussi important (deux in-folio) n'ait pas vu le jour. François Chazal était du reste un homme de zèle, d'oraison, de pénitence, récitant tous les jours les deux offices de la Vierge et des morts, et chaque semaine le psautier tout entier. Il s'éteignit dans son collège de Pontlevoy le 13 décembre 1739.
Pierre Treich des Farges, son compatriote, fut général républicain. Né le 5 août 1754, il reçut, après les leçons des mauristes de Meymac, celles des jacobins de Limoges, obtint à Bordeaux le brevet de chirurgien de marine, fit comme sous-aide-major le voyage de Saint-Domingue, puis rentra dans ses foyers avec le diplôme d'avocat. La Révolution eut en lui un partisan décidé. Administrateur départemental en 1790, et en 1792 engagé volontaire dans le 3° bataillon de la Corrèze, il en fut fait commandant, devint général de brigade le 23 août 1793, prit part à la défense de Landau et fut nommé l'an vil commandant de la place de Marseille, alors assiégé. Mais Napoléon se passa de ses services et comme il rentra simplement au notariat de son père en quittant les armes, ses lettres portaient parfois, dit-on, à côté de sa signature : « Ex-général, réduit sous Bonaparte à l'état de notaire. » Aucun historien n'a contesté sa bravoure, mais on a parlé souvent de la bizarrerie de son humeur. Il mourut à Meymac en 1826, laissant quelques écrits.
Ce que j'aurais à dire de certains titulaires distingués de notre abbaye, viendra plus naturellement dans la liste suivante : liste assez difficile à bien faire, même après Bonaventure, le Gallia, le Pouillé et Legros. J'y ai mis tous mes soins.
Ont donc été prieurs puis abbés de Meymac :
1085, AIMERIC, simplement prieur, marqué au nécrologe.
Vers 1090, 1096, PIERRE DE LA PORCHERIE, figurant sous ces deux dates au Cartulaire d'Uzerche avec la même qualité, après avoir paru comme moine de l'abbaye-mère au don de 1085.
V. 1145, HUGUES DE BESSE, premier abbé mais par usurpation de titre, porté sous son nom de famille au Cartulaire précité avec la mention : DICTUS abbas Maimacensis ; il fut déposé et remplacé par le suivant.
V. 1146, ETIENNE D'ARNAC, précédemment chambrier d'Uzerche, premier abbé légitime, préposé comme tel à Meymac par l'abbé supérieur.
1175, HUGUES II, moine de Cluny et de Meymac, institué par l'archevêque de Bourges, à qui les moines déférèrent la nomination, sur consentement de ceux d'Uzerche.
1201, GUILLAUME, dit DE VENTADOUR
des Ventadour par Estiennot.
1208, PIERRE DE LA CHASSAGNE.
1221, GUILLAUME DE LA CHASSAGNE, probablement l'ex-prieur de Saint-Angel, frère du précédent, qui assistait avec lui à une donation de 1208, faite à l'abbaye de Bonnaigue.
Après 1230, JEAN DE LA CHASSAGNE, douteux pour cette place, peut-être même pour la dignité.
1246, GÉRALD DUPUY (?)
1247, PIERRE AYMAR, à qui Eble VII de Ventadour confirma en 1269 tous les bienfaits de ses prédécesseurs à l'endroit du monastère.
Cet abbé ou un successeur de son nom et prénom, car on les trouve encore en 1288, tomba avec ses moines dans le relâchement, mais il promit obéissance à l'archevêque de Bourges, lors de la visite métropolitaine de 1285.
1290, HUGUES AYMAR, dit parent du vicomte de Ventadour et fondateur avec Pierre Aymar d'une vicairie homologuée par le couvent en 1307.
1306, GÉRALD DE GEOFFRE, qui institua à Meymac la fête des saints Léon et Coronat, particulièrement honorés à Uzerche.
Avant 1321, HUGUES DUPUY, de Veix, qui à cette date s'était démis.
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1323, PIERRE GAUTIER (?), sous qui probablement, d'après le vieux
nécrologe en langue limousine, un illustre allassacois mort vers 1325,
Raynal la Porta, cardinal de Ostia, leysset xx sols a far son anoal ».
1330, JEAN DE VEIX, neveu de Hugues Dupuy.
1340, un GUILLAUME, qui pourrait être des deux Châteauneuf trouvés sans date par les auteurs du Gallia.
1342, PIERRE DUPUY, abbé ensuite de Saint-Florent de Saumur, qui fit en faveur des pauvres le jour du Jeudi-Saint la fondation dite de la Cène, objet de beaucoup de débats dans les siècles derniers. Il fonda aussi pour le mois de juillet la fête de saint Jacques.
1346, GILBERT, sous qui fut rapporté à Meymac, le 30 décembre, le chef de saint Léger qu'on était allé cacher à Ventadour par la crainte des guerres.
1349, HUGUES DE LANTEUIL, qui fonda la vicairie de saint Léger et sous lequel on sait que le monastère comptait 12 religieux.
1357, GUILLAUME DE LANTEUIL, qui, à cette date, se justifiait devant l'évêque de ne pas donner à ses moines le suffisant pour vivre. Comme c'était le temps des maux de toute sorte constatés ailleurs, et causés par la guerre, on avait cependant, le 20 septembre 1353 (Bonaventure dit 1357) uni à la mense abbatiale le prieuré claustral de Chirac, à la condition pour l'abbé d'augmenter la pitance et le vestiaire des religieux. Ce dignitaire fonda, à l'honneur de saint Léger, une chandelle qui devait brûler nuit et jour et pour laquelle il laissa 200 deniers d'or appelés francs.
1384, BERTRAND DE LA FORSE, qui confirma le statut relatif à ce cierge.
1433, JACQUES DE LOUBERTÈS de Monac, sacristain de la Souterraine, qui n'avait pas encore ses bulles en 1435 ; infirme et sexagénaire, il résigna, sous la réserve d'une pension, au suivant, le 22 mai 1450.
1450, BERTRAND DE LOUBERTÈS, qui, prieur de Saint-Pantaléon de Lapleau, obtint du pape la conservation en commende de ce bénéfice, cause des besoins de son abbaye, et se démit au profit de son neveu, en 1457, moyennant quelques réserves.
1459 (bulle du 24 mars, prise de possession du 9 avril), JEAN DE LOUBERTÈS, abbé de Bonnaigue précédemment ou même conjointement. Le 8 septembre 1489 il fulmina, en qualité de commissaire apostolique, la bulle d'érection du couvent de cordeliers de Saint-Projet. Profès de la Chaise-Dieu, il eut aussi le prieuré de Saint-Pantaléon, qui en était une dépendance. Son nom dura jusque vers 1517, ce qui fait demander à Legros s'il n'y aurait pas un homonyme successeur, qui fut aussi le premier commendataire.
1517 environ, JEAN DE LOUBERTÈS, deuxième au moins du nom, sous qui l'office du sacristain fut uni à la mense abbatiale par Léon X en 1522.
1545, JEAN DU BELLAY, d'une famille bien connue dans les lettres évêque de plusieurs églises, administrateur de celles de Bordeaux et de Limoges, mort cardinal évêque d'Ostie en 1560, après 25 années de pourpre.
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1553, ANTOINE BESCHET, protonotaire, qui augmenta les prébendes des moines et résigna au suivant en 1554.
1555 (bulles du 30 août, prise de possession du 17 avril 1556), JEAN DE LA JOURNALIÈRE, curé d'une paroisse du diocèse de Bourges et protonotaire aussi : on informa, disais-je plus haut, contre lui, comme coupable de laisser dépérir l'église et les bâtiments.
1567, sur décès, MATHURIN DU MONTEL, berrichon, qui reçut ses bulles le 5 décembre, prit possession le 19 juin 1568 et se démit en 1574 : on le dit simplement confidentiaire, de même que plusieurs de ceux qui le suivirent et peut-être de ceux aussi qui l'avaient précédé.
1574, ETIENNE PALLOT, prêtre du diocèse de Limoges mais habitant le Berry lorsque, à la suite de bulles obtenues le 10 décembre 1574, il donna procuration (12 mars 1578) pour une prise de possession qui n'eut lieu que le 24 juin ; il se démit l'année suivante par raison de mauvaise santé.
1579, GUILLAUME SARTRE, prêtre du diocèse de Viviers, qui eut ses bulles le 12 juin, prit possession par procureur le 25 août et se démit en 1587.
1587, ETIENNE DE RIVES, autre prêtre du diocèse de Viviers dont les bulles sont du 7 août ; il prit possession par procureur le 27 février de l'année suivante, et se démit en 1601.
1601, JULIEN GAGES, du diocèse d'Agde, pourvu par bulles du 26 septembre et mis en possession, toujours par procureur, le 1er février 1602.
1617, FRANÇOIS DE LÉVIS-VENTADOUR, clerc du même diocèse, alors âgé de 26 ans. C'était le 2e fils d'Anne de Ventadour, pair de France, lieutenant du roi en Languedoc, et de Marguerite de Montmorency. Après avoir fait ses humanités au collège de la Flèche, tenu par les Jésuites, il fut, à l'âge de 16 ans à peine, nommé par le roi et confirmé par le pape évêque de Lodève, dont les vicaires généraux durent poursuivre l'administration pendant douze ans. Le 3 janvier 1624, il renonça à la cléricature, se démit de Meymac et du Port-Dieu, son troisième bénéfice, et sous le titre de comte de Vauvert, suivit au siège de la Rochelle Henri de Montmorency, son oncle, amiral de France. Il y fut tué le 17 septembre 1625, après avoir conduit, un an auparavant, l'avant-garde de l'armée navale qui défit Soubise devant Ré. On rapporte à son éloge qu'il jeûnait tous les samedis en l'honneur de la T. Sainte Vierge. Son corps, porté à Meymac, y fut inhumé dans l'église, sous un mausolée dont son aumônier Bernard Combret fit en latin la fastueuse épitaphe. Ce tombeau, ai-je dit, fut dévasté par la Révolution, mais le corps resta intact au caveau de famille, dans un cercueil en plomb retrouvé au début de ce siècle. La fabrique de Meymac fit à l'occasion de cette découverte un service funèbre pour le repos des âmes de ses anciens seigneurs.
1624, ANNE DE LÉVIS-VENTADOUR, frère du précédent, clerc du diocèse de Viviers, trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris, prieur du Port-Dieu et de Moustier-Ventadour, pourvu de Meymac à l'âge de 18 ans, par bulles du 8 février 1624, abbé aussi l'année suivante de
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Saint-Martin-aux-Bois, diocèse dé Beauvais, archevêque de Bourges en 1651, gouverneur en 1652 de notre province limousine où il eut à combattre les troupes de la Fronde (V. les Souvenirs du règne de Louis XIV, de M. de Cosnac) et mort en 1662 membre du conseil d'Etat et du conseil privé.
1663, HENRI DE LÉVIS-VENTADOUR, démissionnaire en 1664. Ce 3' Lévis était le frère aîné d'Anne et de François. Comme tel, il avait été d'abord le chef de sa grande maison, comte de la Voute, duc de Ventadour, pair de France, baron de Donzenac, prince de Maubuisson. Il fut après son père lieutenant-général en Languedoc ; mais comme il était neveu du malheureux Montmorency, décapité en 1632 au chef-lieu même de sa lieutenance, le roi lui demanda, l'année suivante, sa démission et lui donna comme dédommagement le gouvernement du Limousin. Henri préféra faire ses adieux à toutes les grandeurs de la terre. Il avait épousé en 1623 Marie-Liesse de Luxembourg, princesse de Tingry et fille comme lui d'une, Montmorency. Aussi épris de Dieu l'un que l'autre, les deux époux se séparèrent, d'un commun accord. La duchesse se fit carmélite en 1640 et mourut en odeur de sainteté le 18 janvier 1660 à Chambéry, où elle avait fondé deux couvents. Le duc laissa son titre à son frère, prit l'habit ecclésiastique et demanda modestement l'un des plus humbles offices du chapitre de Notre-Dame de Paris. Le chapitre lui répondit en lui faisant le plus tôt possible une place dans ses rangs. C'est en cette qualité qu'il porta dans la basilique, le 18 mai 1643, les entrailles de Louis XIII. Il avait déjà de l'âge quand Louis XIV lui donna après son frère l'abbaye de Meymac ; mais, comme on l'a vu, il ne voulut la garder qu'un an .Sa mort eut lieu en 1680. On a publié en 1889 la vie des deux époux sous le titre : le Duc et la Duchesse de Ventadour, in-18", Didot, 400 pages. C'est une histoire admirable, plus étonnante, disent avec raison les Etudes religieuses, que les fictions les plus hardies.
1665, FRANÇOIS HÉDELIN, démissionnaire en 1673 et généralement appelé l'abbé d'Aubignac, du nom d'une autre abbaye, du Berry, qu'il avait aussi reçue en 1669. Fils d'un poète obscur, cet ecclésiastique, d'abord avocat, se fit lui-même une place parmi les gens de lettres. Sa Pratique du théâtre lui valut une réputation. Tour à tour grammairien, humaniste, poète, antiquaire, prédicateur et romancier, ayant, comme le dit Feller, beaucoup de feu dans l'imagination mais plus encore dans le caractère, Hédelin querella beaucoup, écrivit beaucoup, disserta beaucoup et n'atteignit qu'une gloire douteuse. Ce lui est un titre à notre reconnaissance d'avoir établi à Meymac la réforme de Saint-Maur.
1673, ARMAND-AUGUSTE LANGLOIS DE BLAFORT, fils du maître d'hôtel du roi, aumônier de la Dauphine, et chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris, où il fut enseveli en 1693, avec éloge dans le Mercure de France du mois de mai. Il reçut pour Meymac ses bulles à 11 ans (26 mai 1673) et ne prit possession qu'en 1676 ; sous lui s'arrêta en 1679 la reconstruction des bâtiments réguliers de l'abbaye, qui ne se sont jamais achevés.
1693, PHILIPPE-LOUIS DE MESCHATIN, chanoine comte de Lyon,
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nommé le 31 mai et mis en possession par procureur le 15 décembre. Il mourut ou se démit en 1706.
1707, HONORÉ TOURNELY, savant docteur de la maison et société de Sorbonne où il professa avec un grand succès pendant 24 ans, combattant vigoureusement les jansénistes et laissant en 17 volumes in-8° une théologie des plus méthodiques et des plus claires qu'on ait vues. Il ne garda qu'un an notre abbaye parce qu'on le nomma à celle de Plain-pied, au diocèse de Bourges.
1708, JACQUES D'AUBUSSON CASTELNOVEL, qui n'eut probablement qu'une nomination, puisque le précédent s'était démis en mai et que le suivant fut nommé le 26 du même mois.
1708, MAURICE ROCHETTE, docteur de Sorbonne, fils d'un conseiller à la cour des aides de Clermont, chanoine, vicaire général et visiteur des carmélites en ce diocèse, plusieurs fois mentionné au Journal de dom Boyer.
1727, JEAN OZENNE DE RENNEVILLE Ou de Basville, prêtre du diocèse de Rouen, vicaire-général de Saint-Paul-Trois-Châteaux, official du bailli de Crouville, de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, et prieur des Lihons en Santerre, de l'ordre de Cluny ; licencié en Sorbonne, grand plaideur contre ses religieux dont il emporta beaucoup de papiers. Il mourut à Paris à 71 ans, le 31 mars 1753, sur la paroisse de Saint-Germain-des-Prés, dont l'église reçut son corps. Nommé le 30 juillet 1727, il n'avait eu ses bulles que le 23 décembre 1731 et n'avait pu prendre possession en personne que le 7 août suivant.
1753, LOUIS-MARIE LE BASCLE D'ARGENTEUIL, prêtre du diocèse de Langres, licencié de Sorbonne et vicaire général de Tours, qui eut ses bulles le 11 juin, prit possession par procureur le 23 janvier 1754 et se démit.
1757, N. BUNEL ? chapelain du roi et chanoine de Noyon, qui nommé en octobre se démit en décembre pour un autre bénéfice.
1757, PIERRE-LOUIS GUILLON DE SAINT-VAL, prêtre du diocèse de Paris, nommé le 13 novembre, pourvu par bulle le 10 janvier 1758, mis en possession par procureur le 1er mai et vivant encore en 1790. — Valeur sous lui du bénéfice : 3.000 II. environ.
Lorsque fut installée en 1669 la réforme de Saint-Maur, les prieurs ou supérieurs sur place de la congrégation furent : 1669 (incertain) ; 1672, Claude de Benaud ; 1675, Adrien de Rely ; 1681, Léger Chadebec ; 1684, Jacques Fayolle ; 1690, Jean Raffier ; 1699, Benoît d'Aurelle ; 1705, Hugues Bergonhon ; 1711, Joseph Malevergne ; 1717, Antoine Palerne ; 1723, Florent Bourgnon ; 1729, Jean-Marie Palerne ; 1733, Pierre Lyotard ; 1739, Pierre Terrasse ; 1742, Bruno Leyssène ; 1745. Léonard Duclou ; 1748, Jacques Chevalier ; 1751, Simon Thoret ; 1757, Jean Martinet ; 1760, Jean Clément ; 1763, Antoine Trublaine ; 177., Joseph-Placide Nicolas ; 1778, Jean-Baptiste Courtain ; 1781, François Boutineau ; 1783, Jean-Baptiste Mauduit ; 1789, Jean-Baptiste Courtain[4].
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Ont été curés ou vicaires perpétuels — et depuis la Révolution, doyens — de l'église de Meymac : 1511, Eustorge d'Anglars, prieur aussi de Ventégeol ; 1621, N. Rochefort ; 1645, Jean Colin, qui donna procuration pour résigner le bénéfice en faveur de Léger Lontrade, alors curé de Saint-Martin de Margeride, trouvé dans notre cure en 1656 ; 1680, N. Lafon ; 1683, Antoine Dupuy de Saint-Pardoux, mort en 1716 dans l'hôpital qu'il avait fondé ; 1717, Léonard Chauveau de Pontfeuille, des Chauveau de Rochefort, de Sornac, mort démissionnaire le 26 mai 1736 ; 1737, Léger du Boucheron des Manoux ; 1763, Joseph Boulière, qui se démit en faveur d'un frère, le suivant ; 1769, Léonard-Philippe Bordière ; 1773, N. Lauly ; 1775, Joseph Servientis ; 17.., Martin Thomas, qui après la Révolution, où l'on a vu son rôle, reprit sa cure comme doyen, 1803, mais la garda très peu ; 1804, Julien Chassaing de Bonnefond ; 1810, N. Dinematin ; 1811, Jean Moussours ; 1820, Jean-Baptiste Teyssier ; 1868, Jean Chazal ; 1879, Firmin-Antoine Lescure ; et 1881, François Vialaneix.
Supérieures de l'hospice : 1838, HONORINE CHADEBEC ; 1840, DOSITHÉE VIELCAZAL ; 1840, JOSÉPHINE FOUILLOUX ; 1841, MÉLANIE VIELCAZAL ; 1868, AMBROISE VIGUIER, compatriote et amie d'Eugènie de Guérin ; 1886, GERMAINE SALIES.
Villages : Audy, les Bardèches, le Bismuth, ainsi appelé d'une importante exploitation qui fit, il y a quelques années, baisser subitement en France le prix du bismuth ; le Bois en Celle, voisin de Lestrade et appuyant de son nom l'existence du prieuré de ce village ; le Bos, le Bourg, le Breuil, Brigouleix, seigneurie en 1582, de Charles de Chalus, d'Auvergne, en 1780 de Georges-Joseph de Maussac ; les Bugeottes, les Buyges, Caux, fief des Boucheron ; Celle, le Chadenier, les Chaizes, les Chazeaux, la Cheype, Chez Bunière, Chez Jean Beynel, Chez Mathurin, Chez Pinel, Chez Pradinas, Chez Ravaudin, le Cloup, le Colomby, les Combettes, Contensouza, Croiziat, dépouillé depuis 1793 d'un joli château flanqué de tours, qui appartint d'abord aux Grantugean, puis aux Sarrazin, puis aux Joussineau, par alliance, en 1750, de Louise, héritière, avec Jean de Joussineau, lieutenant de carabiniers, et ensuite aux Mary ; la Croze, la Côte des Buyges, les Farges, avec viaduc ; la Feuillade, seigneurie des la Barre, des Darche ; Gamaud, les deux Gares de Meymac et du Janoueix ; Grandrieu, château précédé d'une avenue et dominant de belles prairies, où furent les de Gain et qu'habitent aujourd'hui des Sarrazin ; la Grange, Gouale, le Janoueix, les Jarriges, le Jassoneix, autrefois le Bois, château des du Bois au XIVe siècle, des Binet au XVIe aujourd'hui de M. Guy ; Laborde de Meymac et Laborde de Saint-Germain, le Lac, Lachau-l'Etang et Lachau-Grandval, les Lagnes, le Las, Lascaux, dont il sera parlé plus loin ; Lavaur, Lespinat, Lestrade, Longerine, Lontrade, le Magnaudeix, où dut être le prieuré de filles mentionné par Nadaud sans localisation et dépendant de l'abbaye de femmes de Ligueux, en Périgord (il a dû donner son nom au Moulin des Filles, tout voisin, dans la paroisse de Combressol) ; la Maisonnette, la Maladie, les Manoux, aux Boucheron ; le Mas, le Maschenie, le Mas-chevalier, seigneurie des de Gain et des Brival de Lavialle ; la Mazière,
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le Mont, près d'une colline où auraient été battus les Anglais pendant la guerre de Cent ans ; le Montand, le Monteil, où l'on a découvert, comme au Chambon (AMBRUGEAC), plusieurs urnes gallo-romaines, accompagnées d'autres traces d'une villa ; les Moulins du Breuil, de Croiziat, des Farges, de Laly, de Pérols, du Tan, du Trouzeyjoux, de la Vedrenne ; la Nauche, Noailles, Perols, le Peuch, la Plaine, terre de M. Laveix, où M. Treich a écrit son histoire ; les Pourrières, la Prade, Pradines, Rieudessus, Rieunègre, Roubin, Saint-Germain-le-Lièvre, dont on va parler ; Salers, les Salles, Séchemailles, le Treich, Trouzeyjoux, le Vert et la Vialle.
SAINT-GERMAIN-LE-LIÈVRE. — Cette petite paroisse d'un peu moins de 300 âmes, demeurée commune de 1790 à 1825 environ, n'a plus aujourd'hui son église, ce qui veut dire que, depuis trois siècles et depuis un surtout, Meymac a perdu sept églises ou chapelles de son territoire, sans profit sûrement pour son esprit religieux.
Saint-Germain d'Auxerre était le patron de cette église : l'évêque en nommait les curés, parmi lesquels on connaît, en 1696, Pierre Chamboux ; 1760, François de Sarrazin ; 1771, Joseph Chazal de Maussac. seigneur de Brigouleix, et 1783, Pierre Marboutin. En s'installant, celui-ci fut obligé de demander pour son église des réparations ordonnées par Mgr l'Evêque de Limoges : il prit conséquemment à partie, avec le syndic de sa fabrique, Me Brigouleix de Maussac qui représentait son prédécesseur, et les religieux de Saint-Angel qui devaient être décimateurs de la paroisse.
De cette paroisse faisait partie le village de Lascaux, seigneurie avec château qui appartint à une famille du nom, représentée en 1384 par Pierre Lascotz, chevalier. Le dit chevalier fonda dans son église une vicairie, que dota son successeur au château, Jean de Loubertès, le 6 décembre 1428. Jean n'était probablement lui-même qu'un fils de Guillaume, dit comme lui seigneur de Lascoux et témoin à Ventadour dès 1406. En 1445, Marie Malengua, « veuve, d'après le Pouillé, de Guillaume de Lopberte, chevalier », augmentait cette vicairie, à laquelle nommait Jean. La noble dame, nous le savons pour sûr, était la mère du premier des quatre Loubertès abbés de Meymac.
D'où venait la famille ? D'Auvergne, où elle aurait porté originairement le nom du Cher et donné au chapitre de Brioude l'un de ses chanoines comtes ; on trouve même son nom au testament d'un comte de Clermont, Robert 1er, en 1262. Jean, dont je viens de parler, eut de Geneviève de Champiers, sa femme limousine, une fille, Philippie, mariée à Jean d'Anglars, seigneur de Saint-Victour, et sœur probable d'Agnès de Loubertès, abbesse de Fontgauffier, qui dans cette charge succédait aussi sans doute à une tante, Philippie de Lubertès : celle-ci, abbesse en 1451, avait pris l'habit à Bonnesaigne. Le fils, autre Jean, épousa Gilberte de la Roche-Aymon, morte vers 1520 en ne lui laissant qu'une fille également religieuse à Bonnesaigne, puis mariée. Il restait toutefois de la famille un rejeton mâle, Hector, qui épousa Gabrielle de Montagnac mais ne fut pas plus fortuné. De son alliance naquit ou
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resta seulement Claude des Lubartès, femme, le 24 février 1544, de Jean Duras, qui devint ainsi le seigneur de Lascoux. En 1745, cette terre avait passé à messire Henri-François de Bretagne, premier baron de Bretagne, comte de Goulles et des Vertus ; elle appartenait au moment de la Révolution à la famille éteinte des Clary. — Restes sur un étang.
J'aperçois en finissant deux omissions que je répare : 1° celle d'un archidiaconé dit de Meymac dans l'église de Limoges, en des temps reculés, avec AYMAR CHARREIRAS, JEAN DE GENSANES et PIERRE MALEU pour titulaires, aux dates de 1147, 1295 et 1297 ; 2° celle d'une statuette romane, en bois, de la Sainte Vierge, semblable à sa remarquable contemporaine de Beaulieu, si on ne l'avait dépouillée, elle, de son revêtement d'argent et de ses pierreries. Placée sur l'autel dit de la Vierge noire, au nord, en entrant dans l'église, elle y est l'objet d'une grande vénération.
ADDITIONS ET CORRECTIONS
P. 202, 1. 3, remplacer 1300 par 1267. Lig. 12, après mi-électifs, lire : qui, avec des prud'hommes de la localité, en géraient, etc. — Aux hommes distingués natifs de Meymac, joindre le T. R. P. Louis Soullier, né le 26 mars 1826 et mort à Paris le 3 octobre 1897, supérieur général de la congrégation des Oblats de Marie-Immaculée, à laquelle il avait rendu de longs et éminents services. Aussi modeste que méritant, ce religieux de marque avait refusé en 1877 l'évêché de Nantes. On s'occupe de sa biographie. — Autre curé, 1641, Antoine Chauzeix. Ordonner ainsi ceux de la lig. 11, p. 221 : 1771, Servientis ; 1782, Lauly ; 1786, Thomas. — Je ne puis m'expliquer comment les Sarrazin et les Joussineau ont été mis, p. 221, au château de Croiziat avant les Mary, que mes fiches y placent dès 1581, 88, 97, en relevant, d'après Nadaud, l'alliance de Catherine et de Jean de Sarrazin. Cette alliance fit passer Croiziat aux Sarrazin, comme Grandrieu leur passa par alliance des de Gain-Montagnac. L'abbaye de Cadouin, en Périgord, eut pour abbé, de 1666 à 1696, un Pierre Mary, qui la restaura au moral comme au matériel et laissa les regrets les plus vifs : n'était-il pas de notre maison ? Même p. 221, supprimez tout ce qui suit le nom du Magnaudeix ; et p. 223, ligne 4, lisez du Govello.
[1] Double droit pécuniaire des évêques d'alors sur les églises de leurs diocèses, ayant eu pour point de départ le synode annuel et certains apprêts de réception entendus en divers sens par les divers auteurs.
[2] ln quantum, ajoute-t-il, ex PARTE quam in meo dominio habebam, concedere potui. Ce que je note ici, en attendant l'article OBJAT, pour répondre aux difficultés de Legros dans ses Abbayes du Limousin. M. Treich et cet auteur se seraient épargné plus d'une épine si l'un avait connu et si l'autre avait mieux lu la charte de Baluze, p.869 de l'hist. Tutellensis.
[3] Ici simple abri de passage : ailleurs existe une patrie. — Voir à PEYRELEVADE, autre inscription Dupuy corrélative.
[4] Je dois bonne partie de cette liste à l'obligeance de M. Vernière, de Brioude, qui a dépouillé les matricules de la congrégation.