Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 30/03/2023
Canton de Lubersac, arrondissement de Brive, ancien archiprêtré de la Porcherie (Haute-Vienne). – Superficie : 1 400 hectares : population : 613 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 10 kilomètres.
Le bourg, visible au loin par sa flèche et son Sully, couronne une hauteur de 463 mètres, toute voisine de la Haute-Vienne (paroisse de Meuzac). Il se relie par une avenue de marronniers à la route départementale n° 5 du Martoulet à Terrasson. C’est le point culminant d’un pays de bocage, coupé de bois, de terres et de prés, que réfléchit à la limite du diocèse le miroir bleu d’un grand étang.
Connu comme paroisse depuis le milieu du XIIe siècle, Montgibaud (Mons Gibaldi) fut d’abord, paraît-il, le bénéfice de l’abbaye de Solignac, dans le Haut-Limousin. Il le devint ensuite du prieuré d’Aureil, fondé non loin de Solignac par saint Gaucher en l’an 1070. le prieuré-cure dont il jouit lui-même, subordonément, ne semble pas à M. L’archiviste de la Haute-Vienne remonter au delà de 1255, date d’une donation de biens faite au prieuré d’Aureil dans la paroisse de Meuzac. « Toute son histoire est d’ailleurs fort obscure », ajoute avec raison M. Leroux. On en connaît le patron, saint Martial ; on sait que la nomination en appartenait au prieur d’Aureil, lequel fut remplacé par les jésuites de Limoges quand Aureil appartint à leur collège (1605), et par l’évêque de cette ville quand les jésuites furent chassés de France (1762) ; enfin on en a recueilli quelques titulaires, aux archives surtout de la Haute-Vienne : en 1435, Pierre d’Albiac, chanoine d’Aureil ; 1465, Jean de Bigorie ; 1525, Etienne de Bigorie, neveu ; 1550, Pierre Rabau, pourvu à Rome ; 1574, Jean Bigorie ; 1594, Jacques Bigorie ; 1667, Jean Bigorie ; 1674, Pierre Reys, dit prieur-curé ; 1710, Léonard Roumanet, dit simplement curé ; 1717, Léonard Montazaud ; 1717, Christophe Chiviale ; 1747, Jacques Guindre, qui eut aussi le prieuré royal de Saint-Jean-de-Cole, en Périgord ; 1775, François de Beaune du Fraysseix.
Après la révolution, la paroisse, supprimée, fut annexée à Meuzac, qui l’avait desservie d’autres fois dans le passé (si bien, qu’on en nommait le prieuré ; de Montgibaud-Meuzac, puis sans doute à Benayes, quand fut reconstitué le diocèse de Tulle ; on n’en rétablit la cure que vers 1840, sur la demande et par les soins de M. Magloire de Beaune, conseiller général du canton, décédé le 24 octobre 1850 dans son château de l’Hortolarie. Les titulaires en furent dès lors : 1843, Cyrille-Auguste Chaudière ; 1847, Joseph-Marie Lavialle ; 1852, Pierre-Guy Brunie, parti l’année même pour les colonies, où il devint préfet apostolique à Pondichéry, et mort retiré à Nonars en 1888 ; 1853, Jacques Monteil ; 1865, François Fournet ; 1879, Joseph Chauffer, sous qui s’est refaite l’ancienne et pauvre église, un instant entrevue avant sa disparition par l’auteur de ces lignes ; 1887, Louis Chazoule ; 1895, Louis Ceyssac.
Le commandeur maltais de Sainte-Anne (Haute-Vienne), qui avait paroisse de Meuzac, la chapelle de Chavagnac, avec cimetière, possédait par ce demi-membre les dîmes de quelques villages de Montgibaud ; le chapître de Saint-Yrieix en prélevait quelques autres et celui de Saint-Germain-les-Belles avait des rentes en censive sur les villages de Bretagne et de l’Enseigne. C’était le curé qui, au témoignage de l’Evêque, était décimateur général en 1763.
La famille du nom de Montgibaud a surtout occupé le Vieux-Châtenet, paroisse de Masseré, où le Dictionnaire a parlé d‘elle ; mais originaire de notre paroisse elle y possédait, outre le fief[1] de la Vernine au bourg, celui de la Joubertie, dans un des villages. Là se sont, au XVIIe siècle, succédé plusieurs générations, baptisées, mariées et inhumées à Montgibaud. « De la famille de Montgibaud, m’écrit M. L. de Corbier, le fief passa dans la famille des Burguet, Burguet de la Joubertie, vers la fin du XVIIe siècle, sans doute par le mariage en 1696 d’Izabeau de Montgibaud de la Joubertie avec Jean Burguet Sr de Cherchaud (de la forge de Cherchaud, paroisse de Meuzac). Depuis il n’est plus sorti de cette famille, dont le dernier membre, M. Burguet est décédé il y a peu d’années laissant la Joubertie à son neveu M. Lasnier de Confolant, qui l’habite à cette heure. Jean-Baptiste Burguet de la Joubertie, fils d’une Bigorie, se qualifiait avant 1789, conseiller du roi et rapporteur au point d’honneur en la sénéchaussée d’Uzerche.
Le village de la Crocherie, tout voisin du précédent, était aussi un fief. Il appartenait aux Maumont de Saint-Vitte, qui en portaient le nom, pour la distinction des membres nombreux de leur famille, mais qui habitaient au bourg même de Montgibaud. Le châtelet qu’ils y avaient fut peut-être possédé avant eux par les de Coux.
En 1763, si le seigneur de la paroisse était « le roi » (par Pompadour), d’après Mgr d’Argentré, « le gentilhomme » en était M. Rochon, châtelain de l’Hortolarie, du côté de l’ouest. Là avaient habité les Amelin, que nous connaissons déjà par Brive et Beyssenac ; ils y succédaient eux-mêmes aux Guitard, qualifiés dès le XVIe siècle seigneurs de l’Hortolarie. C’est sans doute par suite de l’alliance au siècle suivant de noble Gaston d’Amelin, du lieu de la Guerenne, paroisse de saint-Eloi, avec Marie de Guitard, qu’eut lieu la succession, du reste assez tardive. Les Rochon, venus à la suite, paraissent avoir été une famille d’officiers. François, ancien brigadier des 200 chevau-légers de la garde du roi, mourut au château et y fut enterré dans la chapelle le 10 février 1755. Nadaud dit qu’il était né à Magnac-Bourg, près de Pierre-Buffière. Joseph-Raymond, l’un de ses fils, chevalier de la garde ordinaire du roi, répudia sa succession ; mais Pierre, venu après lui, la recueillit et sa veuve, Catherine Allouveau de Montréal, par seconde alliance de 1770, porta l’Hortolarie à Simon de Meyvières d’Artois, qui s’en qualifiait encore en 1789. Présentement le château appartient à Mme veuve Mouffle de Pierre-Buffière, après avoir vu mourir en 1850, comme je l’ai dit M. Magloire de Beaune.
Les de Beaune, tout en habitant le bourg au derniers siècles, - suite probable du mariage de Jacques avec Marguerite de Montgibaud, - ont eu dès 1701 au plus tard le fief de la Regaudie dans la paroisse. L’un d’eux se disait également sieur du Freysseix (Lubersac), ce qui permet de lui rattacher le dernier prieur connu de Montgibaud.
Voici dans leur ensemble les villages de cette paroisse : le Bos, Bretagne, hommagé à Pompadour par les Brandy en 1672 et passé aux Bigorie, qui s’en qualifiaient, dans le siècle suivant, tout en habitant le bourg : on a vu là cinq prieurs de leur nom et j’enregistre avec bonheur le témoignage qui m’arrive à leur endroit pour l’heure présente, à savoir qu’ils ont donné leur maison de Pierre-Buffière (Haute-Vienne) aux Frères qui tiennent en ce moment l’école libre de cette ville : Chabanne, Charoux, Cheyroux, Cousaleix (curva salix), fief en des temps reculés d’une famille qui eut de l’importance ; la Crocherie, la Faurie, la Joubertie, Lagraffeuil, Loubriat, le Mas sur lequel Elie de Corpsalez et son frère Etienne firent un don de rentes à l’abbaye de Vigeois, vers 1147 ; Guichard des Monts, en 1344, y assigna de même une rente à Guillaume Dexmier, damoiseau ; Mas-lafont, L’Hortolarie, le Peuch, Plazac, la Regaudie, la Rue, près duquel grande motte de 120 mètres de tour sur 10 hauteur, enfin la Vidalie.
[1] Le fief de la Vernine devait tirer son nom d’une Vierna de Mungibal qui, au temps des Croisades, fit, avec son fils Etienne, prêtre, un don à l’abbaye de Vigeois.