Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 16/09/2025
NAVES
Canton de Tulle-Nord, arrondissement de Tulle, ancien archiprêtré de Vigeois. - Superficie : 3.592 hectares ; population : 2.350 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 7 kilomètres ;
Le vaste et fertile plateau qui sert d'assiette à cette paroisse se recommande par les ruines gallo-romaines les plus considérables qu'on ait encore signalées au diocèse de Tulle. Ce n'est peut-être pas beaucoup dire, le diocèse de Tulle ayant fort peu de ces restes antiques ; de plus même, les ruines de Naves, en partie seulement découvertes (ce qui veut dire ici déchaussées), sont en plus grande partie enfouies sous le sol. Mais des fouilles accomplies en 1842, 46, 47 et surtout 84 (nombreux articles de M. Vidalin sur celles de 1846), ont fait reconnaître, avec beaucoup d'objets d'intérêt un peu moindre, quatre œuvres d'architecture parfaitement distinctes, quoique peu séparées et deux même unies. Ce sont, en pleine campagne :
1º Un théâtre, seul de son espèce dans notre région. Orienté vers l'est et bâti sur un sol incliné qui économisait pour ses gradins des frais de construction, ce théâtre avait comme toujours la forme d'un hémicycle et mesurait à son mur droit de l'est 85 mètres de largeur, sur 67 m. 50 qu'il avait de longueur, depuis ce mur jusqu'à l'arc le plus extérieur de ses trois précinctions. On croit qu'il pouvait contenir 1.500 spectateurs. Toutes les divisions : caveoe, pulpitum, coulisses, scène et post-scène, en sont bien nettement indiquées par les substructions, aujourd'hui recouvertes, qu'on avait dépouillées dans les fouilles ; mais les ruines extérieures ne disent à peu près rien. Seule la forme du terrain accuse le théâtre - et non l'amphithéâtre, imaginé par Baluze, puis répété jusqu'à nous par tous les auteurs qui l'ont suivi, un seul excepté en 1840, M. E. Breton[1].
Il est vrai que ce terrain, propriété du dernier comme du plus attentif de ses explorateurs, M. Guillot, fait partie d'un tènement appele les Arènes et que ce mot remonte jusqu'à la date au moins de 1297, où le porte un texte de vente. Mais on peut croire aussi que tel était le nom générique des monuments romains élevés chez nous pour les spectacles, et peut-être ne s’était-il appliqué à celui-ci qu’après une destruction qui en fit oublier de bonne heure le destination précise. Quant à le croire sorti tout armé de la tête d'un clerc ou tabellion du XIIIe siècle, je n'en crois rien ; pas plus que je n'imagine un tabellion du XIIe siècle, soutenu d'autres du XIIIe, transformant savamment Tintignac en Quintiniac, si ce dernier nom d’un des villages voisins du tènement n’eut pas été le vrai. C'est plutôt, à mon avis, le contraire qui a dû avoir lieu et Tintignac qui, par une altération populaire, assez fréquente, assez facile, a succédé à Quintiniac. Ainsi le Noinac du XIIe siècle, donné par une charte de Limoges, est-il devenu le Loignac, Louignac de plus tard et d'aujourd'hui ; ainsi le Nonars du IXe siècle et de tous les âges suivants dans les écrits et dans le langage français, reste-t-il encore le Lounars populaire du canton de Beaulieu ; ainsi dit-on au voisinage de cette ville la Millague une propriété des Billac, qui en portait le nom, et lou gourg négré, le gourg noir, absolument solitaire, que fait la Dordogne sous Brivezac, et qu'on appelle en de vieux actes latins: de Gurgite Nigro. - Je continue:
2° Un autre édifice arqué, de même largeur que le théâtre sans être aussi profond, et qui avait le mur droit de sa corde sur la partie la plus saillante de l'hémicycle du théâtre. Les marbres dont il était revêtu et les niches ou pavillons qui le décorent l'ont fait regarder comme un de ces temples dont s'accompagnaient parfois chez les Romains les lieux de représentation.
3° Au flanc nord-est de ce temple, un bâtiment en carré long, flanqué de deux pavillons, avec deux absidioles sur un de ses plus grands côtés, flanquant elles-mêmes une abside rectangulaire. On pense que cet édifice était un tribunal à deux basiliques, « avec un large portique à exèdres les reliant et peut-être un sanctuaire au milieu. »
4° Enfin plus au nord-ouest, un vaste et double parallélogramme désigné sous le vocable les Boutiques, qui encadrait des cours, des couloirs, des escaliers probablement, et sûrement deux édicules. On suppose ici une espèce de forum ou caravansérail, servant à la fois au logement et au commerce.
Ces bâtiments sont-ils les seuls sur le plateau de Naves ? On ne le croit pas. Dans une ferme du château de Bach, située à la lisière du village de ce nom (une ancienne villa du Xe siècle), appelée le Mas-Blanc (jadis Mas-Blancher, seigneurie des Donnereaux), à 1.300 mètres environ « des Arènes », viennent de se révéler, avec de nombreuses tuiles gallo-romaines, d'autres substructions et des pierres de grès taillées paraissant de même nature que celles du célèbre lieu-dit. M. Clément-Simon, qui en est propriétaire et qui me les signale après M. Guillot, s’y propose des fouilles ; c'est un devoir de l'y encourager, mais en attendant les résultats qu'elles nous donneront, tirons les conclusions des ouvrages connus.
Voilà donc quatre monuments comme à Sanxai (Vienne), ayant eu pour voisine en un moment quelconque l'habitation quelconque d'un certain Quintinius, qui laissa son nom au village de Quintiniac devenu depuis Tintignac : sans qu'il soit prouvé — tenons-en compte — ni 1° que ce Quintinius soit pour quelque chose dans lesdits monuments, puisqu'il habitait sans doute où l'on n'a trouvé rien; ni 2° que Baluze ait eu raison de les désigner par le nom de Tintignac plutôt que par celui de tout autre village de leur confrontation, car on ne connaît à leur emplacement que le nom séculaire d'Arènes.
Que ces monuments aient constitué un centre, ce n'est douteux pour personne ; mais un centre militaire ou station ? un centre d'assemblée ou rendez-vous périodique ? un centre d'habitation ou ville permanente ? Là reste encore la discussion. Les mémoires de Brive écartent l'idée d'une station militaire pour s'en tenir aux deux dernières hypothèses ; et à l'égard de celles-ci, ils se prononceraient plutôt, comme à Sanxai, pour la première que pour la seconde, sans toutefois exclure absolument.
La raison de la préférence est qu'on n'a pas trouvé de substructions indiquant un ensemble de maisons ou de demeures voisines des quatre monuments ; et celle de la non-exclusion est que ces demeures de la plèbe laissaient bien peu de traces quand l'ouragan des invasions venait les emporter. Or, on croit fortement présumable que les édifices gallo-romains de Naves furent détruits au milieu du IVe siècle par des hordes d'Alamans de passage, appelés par l'empereur Constance.
Ce qui porte à le croire, c'est qu'on a trouvé sur le terrain passablement de monnaies romaines, dont aucune ne dépasse le règne ni seulement le gouvernement en Gaule de Constantin le Jeune, vers 337. Comme on n'en trouve pas davantage d'antérieures au premier siècle et que les théâtres anciens de nos pays sont généralement attribués au temps d'Adrien, des Antonins, le lecteur peut voir aussi par à peu près la date d'érection de ces monuments : ni eux, ni leurs auteurs, ni leur nom authentique n'ont été l'objet de mention dans l'histoire écrite des gallo-romains.
N'omettons pas de dire qu'ils avoisinaient comme aujourd'hui la voie de Tulle à Limoges, l'ancienne réputée romaine et trouvée au XVIIe siècle près Bach - c'est-à-dire à quelques pas de là - sous le nom de Chemin des Arènes à Tulle. N'omettons pas non plus qu'ils l'avoisinaient en un point où venait se réunir autrefois une seconde voie descendant de l'Auvergne et passant au confluent de la Vimbelle et de la Corrèze. A 10 kilomètres environ au sud, sur un promontoire dominant la jonction de cette même Corrèze avec la Solane, se trouvait, à mon avis, une forteresse du nom parlant de Tutela, qui, avec le monastère bâti plus tard sous ses murailles, fut le modeste berceau de la ville de Tulle.
Lorsqu'Aymar le vicomte, seigneur de cette forteresse, fit au monastère, vers l'année 930, des dons ou des restitutions qui portèrent sur tant d'églises et de propriétés, il lui abandonna particulièrement la viguerie de Naves avec celle d'Espagnac, mais sans parler de l'église, devenue pourtant un jour ou l'autre la propriété de l'abbaye. Elle lui fut effectivement reconnue par le pape Alexandre III entre 1154 et 1181 ; mais elle avait pu passer à Tulle bien antérieurement, par une cession de Vigeois, car saint Yrieix et sainte Pélagie sa mère avaient donné, vers l'an 572, l'église de Saint-Pierre de Naves au monastère de ce lieu. On en fit une importante prévôté monastique, que Nadaud a le tort de dire connue dès 894. Ce qui est connu dès cette date-là et même plus tôt, dès l'an 848, c'est la vicairie civile de Naves, nouvelle attestation de l'importance de l'endroit, depuis les temps romains probablement. Cette vicairie englobait Tulle et descendait du voisinage de Bar au bourg de Chameyrac. Aymar, qui l'avait mise sans doute sous sa main, la donna, nous venons de le voir, à l'abbaye de Tulle - peut-être comme complément pour celle-ci de ce qui était déjà sa propriété ecclésiastique ; mais ce monastère ou n'eut pas tout ou ne garda pas tout. Nous lisons en effet dans Baluze (Hist. Tul. 153) qu'un Guillaume Vegiers, fils de Gui, dont le nom de famille en pareille matière s'impose à la remarque, fit à l'abbé Bertrand, l'an 1209 (v. s.), don de la viguerie et des autres biens qu'il avait à Naves ou dans la paroisse de Naves.
La prévôté de ce lieu nommait à la cure, levait les dîmes et possédait château sur le flanc nord de l'église. Nous en verrons les revenus par la liste suivante, généralement composée d'après les sources, mais grossie de quelques titulaires d'après une liste manuscrite qu'a publiée en la grossissant lui-même M. Clément-Simon.
1088, BERNARD ; 1204, GUILLAUME DE MAURIAC, qui, en 1209, sans être nommé, et sous le titre générique d'obédientier, reçut de son abbé de Tulle, Bertrand, l'injonction de donner 110 sous le jour des Rameaux à un autre obédientier qu'instituait cet abbé, et cela chaque année pour les souliers des frères; en 1216, dit prieur, il reçut en plein chapitre de Reynald de Rejaut, prévôt de Tulle, un tiers de la dîme de Naves acquis par celui-ci de la famille de Chanac à laquelle une alliance l'avait porté ; le quart d'un mas du Puy, au voisinage, acquis des Tournemire, s’ajoutait à ce don : en retour, le prieur de Naves et ses successeurs devaient acquitter certaines redevances en blé, en argent ou en volaille, qui allaient aux pauvres, à une lampe d'autel ou à l'infirmier de l'abbaye; 1270, GUILLAUME DE MOLAYDIER, dit prévôt et présent à l'hommage du vicomte de Ventadour au monastère de Tulle pour le château et la châtellenie de Monceaux ; 1280 et 85, un RAYMOND I DE BELCASTEL ; 1307, ELIE DE TULLE, qui fut mis en balance avec Arnaud de Saint-Astier pour la crosse abbatiale de Tulle, ce qui amena les deux concurrents devant le pape : Clément V se prononça pour le second, devenu dix ans plus tard notre premier évêque: 1309, JAUCELME DE SOUILHAC, qui en 1320 assista aux premiers statuts du nouveau diocèse ; 1326, GUILLAUME DE LA CHAPOULIE, présent également à une constitution entre l'évêque et les bénéficiers de Tulle relativement à la dépouille ou spolium des moines : il devint vicaire général de Bertrand de Cardaillac, évêque de Cahors; 1333, RAYMOND Il DE BELCASTEL, nommé vicaire du chapitre après la mort de l'évêque. Arnaud de Clermont ; 1368, AMALVIN BOUSQUET, témoin de l'hommage fait à l'abbaye pour la vicomté de Bras-sac par Raymond Roger de Beaufort ; 1385, JACQUES [DE SOURRIES] des Champs, qui fut aussi prieur des Angles et devint, de fin de 1416 à 1421, vicaire général député par le roi pendant le conflit de deux concur. rents à l'évêché de Tulle, Hugues de Combarel, qui triompha, et Martin de Saint-Salvadour, qui fut évincé; 1417, EBLE BOSCHE ; 1420, PIERRE FOUCHER, présent en 1429 à un concordat entre l'évêque et son chapitre: on le retrouve en 1438: 1440, BERTRAND FOUCHER ; 1445, GILBERT DE CHAMBORANT, abbé de Massay, en Berry, qui fonda en 1481 dans l'église de Tulle la messe dite de Massay ; 1495, ANTOINE FONDION, cellerier de Tulle, pourvu en commende par Rome de la prévôté de Naves et mis en possession le 25 novembre; 1498, MARTIN DE SOURIES del Champ, religieux; 1502, ANNET DE PLAS, dit ancien en 1510; avant cette date, lutte pour la prévôté entre RAYMOND DE PLAS, religieux de Tulle, Philippe Prévôt, de l'ordre bénédictin, et Me Jean Bargy, ecclésiastique séculier, qui se prétendent pourvus tous trois : le premier l'emporte; 1546, JEAN DE PUYDEVAL ; 1557, PIERRE DE CARDAILLAC, dit en 1560 coseigneur de Curemonte ; 1568, PIERRE VAYSSE ; 1572, ETIENNE NOALHANES, prieur aussi des Angles sous la date de 1584; 1586, JEAN TACHE ; 1587, Jean-Baptiste mais plus probablement JEAN-MARTIN DE SAINT-MARTIAL; 1596, HENRI DE SAINT-MARTIAL : 1631, autre HENRI DE SAINT-MARTIAT, neveu du précédent, qui commence à cette époque d'après M. Clément-Simon, a le titre d'aumônier du roi plus tard et teste en 1647. — « Le testateur veut, s'il décède en Limousin, « estre enseveli dans l'église d'Espaignac et aux tombeaux de ses prédécesseurs », et s'il décède en Auvergne « aux tombeaux de ses prédécesseurs barons d'Aurilhac et de Conros dans l'église des reverendz peres Cordeliers de lad. ville d'Aurilhac, lesquelles sépultures sont dans la chapelle de la maison de Conros, dans le chœur, à main droite ; de laquelle et du couvent de nouveau édifié, ses prédécesseurs sont fondateurs. » Il donne à l'église d'Espagnac « la somme de cinq cens livres pour estre mise en fonds » à charge de célébrer, chaque semaine, une messe pour le repos de son âme et fait divers autres dons aux églises de Naves, de Tulle, de Saint-Géraud d'Aurillac, de Saint-Bonnet-Avalouze et de Marcillac, aux Cordeliers d'Aurillac, aux Recollets de Tulle, etc. » - Je me demande si à la suite de ce testament nous n'avons pas un troisième HENRI DE SAINT-MARTIAL, dit plus souvent que les autres de Puydeval et porteur de titres qu'on ne trouve pas précédemment, comme grand-cellerier de la cathédrale, prieur de Vedrenne et du Bousquet, etc. Il veut résigner en 1651 ses trois premiers bénéfices, mais il les garde pour s'en démettre encore 7 ou 8 ans plus tard, comme on va le voir, les retenir de nouveal et les céder enfin à JEAN COUFFIN qui prit possession en octobre, après avoir repoussé Jacques Chapelle, nommé par l'évêque. J'insère ici le résumé de la résignation de 1658, pour donner une idée de la valeur de ses bénéfices. — Résignation par Henri de Saint-Martial de Puy-de-Val, en faveur de Pierre de Lavalette, clerc du diocèse de Saint-Flour, de la prévôté séculière de Saint-Pierre de: Naves, de la cellererie de l'église cathédrale de Tulle, et de « son prieuré régulier, accoutumé d'estre commende par concession apostolique, de Saint-Robert de Vedrenne, dépendant de la Chaize-Dieu, au diocèse de Limoges, soubz la réserve de la somme de mille cinq cents livres sur la prévosté de Naves, de la somme de mille livres sur la cellererie et de mille trois cents livres sur le prieuré de Saint-Robert de Vedrenne, de pension annuelle et perpétuelle » : — 1665, ARMAND DE COSNAC, marquis de ce lieu et titulaire à la fois de la cellererie de Tulle et de la prévôté de Naves ; 1674, DANIEL DE COSNAC, évêque de. Valence, plus tard archevêque d'Aix, qui cette année donne procuration à Jean Combes, curé de Cos - FRANÇOIS DESFARGUES, chanoine d'Aix, qui en 1712 fit transaction avec les directeurs de l'hôpital de Tulle, au sujet des redevances constituées par le chapitre de l'abbaye en 1216 sur sa prévôté, en faveur des pauvres de la ville ; il traita aussi avec Joseph Duron, curé, au sujet des droits et des revenus curiaux. En 1731, Mgr d'Argentré ayant uni à la mense capitulaire la prévôté de Naves, les syndics du chapitre prirent possession, sur résignation du titulaire, messire Gilbert-François-Alexandre [de Fargues probablement], moyennant pension de 1.500 livres, et protestèrent contre une autre prise de possession du sieur LAVAL DE FAURE, vicaire général de l'évêque d'Agen. Néanmoins, comme l'acte de Mgr d'Argentré souffrit pour Naves des difficultés qu'il eut aussi pour ailleurs, on vit encore en 1749 provisions par Rome de JEAN-CONSTANT BORIE, curé de la paroisse, qui prit possession l'année suivante, mais qui ne jouit pas, à ce qu'il paraîtrait. Les syndics du chapitre affermaient en qualité de prévôts, l'an 1703, et se qualifiaient à ce titre décimateurs et curés primitifs de la paroisse de Naves.
Voici la liste des curés secondaires ou vicaires perpétuels connus : Jacques de la Bardétie, qui fonda une vicairie dont on connaît un titulaire pour 1554 ; 1619, Jacques Bussières, qui, en 1628, mit l'historien futur de l'église de Tulle, Bertrand de Latour, en possession de la cure de Chanac; 1651, Pierre Dugal, qui fonda un office dans l'église de Saint-Piette de Tulle (retrouvé en 1681, avec un François Fieux en 1676 et un François Dugal à date non précisée ; 16.., Jean Faurie, dit ancien curé en 1691 ; 1706, Joseph Duron (appelé Pierre à sa mort en 1712, si c'est le même) ; 1743, Jean-Constant Borie Desrenaudes, qui, en 1745, résigne le poste à Joseph Teyssier, chanoine de Roc-Amadour, mais sans résultat ; 1762, Antoine Lamore de Lamirande, qui résigna au suivant ; 1773, Jean-François Bourdelle de Barry (un sieur Laporte est dit ancien curé en 1775, sans que je sache à quelle date le placer) ; 18.., Gabriel Delager ; 1831, Joseph Arrancourt ; 1844, Jean Laygue ; 1862, Léonard-Lacroix Niel ; 1891, Jean-Baptiste Gillet.
Un homme à signaler dans cette dernière liste, c'est M. l'abbé Niel. Né à Treignac en 1825, mort subitement dans sa paroisse le 15 juin 1891, où il avait passé 29ans, n’ayant servi ptécédemment qu’un autre poste, celui de Saint-Pierre de Tulle, où il avait eu 10 ans de vicariat.M. Niel était un prêtre actif, zélé, ponctuel, très ami de l'étude et très exact au ministère, récréant les esprits cultivés par le piquant d'une conversation où ne manquaient ni le savoir, ni trait narquois, ni la couleur plaisante, et d'autre part excellant à parler pour le peuple le langage familier et bon que réclament ses goûts. Il a laissé en publications des biographies inachevées de nos évêques, deux mémoires discutables sur les origines de Tulle, une brochure sur les pèlerinages de la T.S. Vierge au diocèse et un opuscule sur le retable monumental de l'église de Naves. Sa bibliothèque et ses manuscrits sont allés par acquisition à M. Clément Simon, son paroissien. Il avait pris au grand séminaire de Limoges, du Pouillé de Nadaud, une copie qu'a éditée depuis son acquéreur et qui avait antérieurement servi à la mienne. C'est dire que j'avais avec ce prêtre estimable et instruit des relations d'étude dont je lui dois, comme je me dois à moi-même, de consigner ici le souvenir.
Il y avait dans l'église de Naves une communauté de prêtres, très nombreuse au XVIe siècle comme partout, et dans la paroisse plusieurs chapelles, dont deux au moins publiques : celle de Chaunac, puis celle du cimetière (Saint-Roch), à laquelle se rattache, malgré sa démolition, la fête votive d'aujourd'hui.
Chaunac était un important village, fort éloigné du chef-lieu et qui possède aussi château. La chapelle, du vocable de Saint-Georges, a sa place dès 1154 dans une bulle d'Adrien IV énumérant les dépendances en églises de l'abbaye de Tulle : Capellam de Caunac. Aussi la vicairie dont elle jouissait et dont nous sont connus plusieurs titulaires, se trouvait-elle à la collation du prévôt de Naves, mais sur présentation du seigneur de l'endroit. « Bâtie, nous dit M. Clément-Simon, sur les fossés de l'ancien château, à 1.500 mètres environ du village, elle était en 1687 dans un état voisin de la ruine : Jean Teyssier, avocat en parlement, seigneur de Chaunac, obtint de Mgr Ancelin l'autorisation de la démolir et de la rebâtir dans la cour de sa maison, à charge d'assurer le service divin les dimanches et les fêtes. »
Elle est encore conservée. Mais ont disparu les chapelles domestiques de Leyrat, aux Puyhabilier, et de Bach, aux Fénis, Des fragments de chapiteaux et de nervures, trois statues aussi en pierre de Nazareth et d'une bonne facture où le XIVe siècle semblerait s'accuser, nous demeurent de celle-ci, qui fut peut-être commune au village de Bach. Sur un autre emplacement de ses propriétés, le successeur actuel des châtelains du lieu, M. Clément-Simon cité tout à l'heure, a bâti un oratoire privé qui répare la perte et qui contient des tombeaux de famille. Le culte y date de 1891.
Pour l'église même de Naves, c'est une assez bonne construction à chevet droit du XIVe siècle. La porte à voussures en a été surmontée sous trilobe de l'écu de France à trois fleurs de lys, surmonté lui-même en chef de la couronne royale. Une petite rosace rayonnante qui se voit au-dessus de l'entrée, est la seule connue de moi au diocèse de Tulle. Des travées régulières, à nervures toriques supportées par de grêles faisceaux de colonnettes, sont flanquées au nord et au sud de petites chapelles du temps, dont une seule remonte au dernier siècle. On lit en une délibération de 1747 que les habitants, se trouvant rassemblés pour un autre motif, crurent devoir, à cette occasion, « pourvoir à la construction d'une quatrième chapelle du côté de l'épitre, pour répondre avec régularité à celle de Notre-Dame dite la Grande, qui était de l'autre côté, [celui] de l'Évangile ». Les fondements de cette chapelle se trouvaient déjà jetés, paraît-il, depuis plusieurs années à l'époque de l'acte : ils étaient poussés même jusqu'à la naissance de la voûte.
Dans le contrefort nord de la façade, on remarquera une niche en rectangle allongé que je suppose avoir été ménagée pour une lanterne des morts, le cimetière ayant autrefois précédé l'entrée de l'église. Un fait par rapport à ce cimetière. On lit au Journal des Baluze (Bull. de Tulle, X, 572) : « Le vendredy, dix-huitiesme may 1635, Guillaume Maruc, sieur de Neupont, fut tué en duel près le cemetière de Naves et dans une terre où se tient la foire du dit lieu. » Un autre par rapport à l'entrée. Il y avait en 1743, sur cette entrée, une maison particulière qui la masquait « d'une manière indécente » : on donna 400 livres au propriétaire pour en acheter la démolition et en vendre les matériaux pour la reconstruction du presbytère.
Un mot présentement du retable du grand autel, l'œuvre de menuiserie la plus réputée du diocèse. M. Niel, ai-je déjà dit, nous l'a décrite en une petite brochure de propagande, publiée en 1882. C'est une immense boiserie de chêne, fermant la fenêtre orientale du sanctuaire et recouvrant tout le mur du chevet, avec retour sur les parois du nord et du midi. On y compte 12 mètres de hauteur sur 14 de largeur, ces retours compris. Trois parties la composent dans le sens vertical : le soubassement qui encadre deux portes, le corps central et le couronnement.
Le soubassement est orné de nombreux panneaux à personnages représentant avec ceux du tabernacle des scènes du Nouveau Testament, particulièrement de la vie de saint Pierre, le patron à la fois de l'église et du sculpteur, comme nous le verrons. Sur la porte du tabernacle, c'est d'abord le Pélican alimentant ses petits, avec descente au-dessus de la colombe céleste ou Esprit saint ; puis aux deux côtés, le Lavement des pieds, où l'on peut admirer le recueillement du prince des apôtres, et le tableau de la Cène, où N.-S. distribue l'hostie sainte à la façon moderne, ce même saint Pierre à sa droite, saint Jean l'Évangéliste à sa gauche. Viennent ensuite l'Adoration des Bergers, celle des Mages, enfin l'histoire à peu près exclusive du premier chef de l'Eglise.
Nous le voyons marchant sur les eaux à l'appel de Jésus et enfonçant par défaut de confiance. Il éveille dans la terrible Tempête N.-S. qui s'était endormi. Guérison du paralytique, Pêche miraculeuse, Prédication de saint Pierre après la Descente du saint Esprit, Emprisonnement, mais Apparition de l’Ange qui vient délivrer le prisonnier et le tire de son cachot, au milieu des gardes sommeillants, Résurrection de Thabithe, Conversion et Baptême du centurion, tels sont les autres divers tableaux de ce soubassement.
« Le corps du milieu figure un grand motif d'architecture de l'ordre corinthien, d'une ornementation très riche, dans laquelle prennent place quatre statues monumentales de saint Pierre et de saint Paul, de saint Jean-Baptiste et de saint Jérôme », ceux-ci patrons des pénitents blancs et des pénitents bleus de Tulle qui devaient avoir à Naves des confrères nombreux. Au centre, mais par dessus le tableau sur toile qui représente le Christ sur la croix, bas-relief considérable représentant aussi le sacrifice figuratif d'Abraham. « Dans le couronnement, très orné, sont figurés les mystères de l'Ascension et de la Pentecôte. Le tout est surmonté de l'Esprit-Saint étendant ses ailes.
« C'est l'œuvre d'un véritable artiste. La composition d'ensemble, quoiqu'un peu compliquée, ne manque pas d'harmonie. Les personnages des panneaux, d'un format réduit, n'ont pas la finesse de certains morceaux de la Renaissance : leur facture est un peu naïve, les proportions, la perspective laissent quelquefois à désirer, mais l'expression est bonne, les scènes sont rendues avec sentiment et avec clarté. Sous le sixième panneau on lit la date 1704 et les initiales P. D. (Pierre Duhamel). »
Pierre Duhamel fut le plus remarquable des quatre sculpteurs sur bois, de même nom et de même famille, dont M. Clément-Simon, auteur des lignes citées, a fourni la notice au congrès archéologique de Brive en 1890 (Compte-rendu, 318, 341). Il était de Tulle ; il y habita longtemps le quartier d'Alverge et il ne tarda pas à y mourir, car à l'époque de cette œuvre, le chef-d'œuvre de son talent et peut-être de son cœur, il était déjà vieux. Félicitons-nous de voir bien conservé encore son rétable de Naves : c'est un travail qui honore vraiment le travail limousin. On en trouverait ailleurs d'une allure plus dégagée, plus élégante, d'un art aussi plus délicat, plus fin ; il n'en est pas de plus riche ni de plus imposant.
Le château de Naves est mentionné dans l'histoire des guerres du XVIe siècle en Limousin. Tombé lors de la prise de Tulle aux mains des soldats du vicomte de Turenne, il fut compris dans les conventions de cette ville avec Lamaurie, lors de la délivrance, en février 1586 : les troupes du lieutenant, quittant Tulle, devaient quitter aussi les forts de Naves, de Laguenne, de Seilhac et de Saint-Salvadour. Ce qui n'empêcha pas notre localité d'avoir, comme beaucoup d'autres, l'ennui et les exactions des troupes de passage au siècle qui suivit : les habitants, assemblés « au-dessoubz la halle du lieu » en la place publique (on disait : mesure de Naves et Naves avait foire, à la Saint-Loup) demandèrent en 1623 à être couverts de la dépense faite par eux « pour esvyther le logement des troupes et gens de guerre qui ont couru et rollé en ce pays et environ... mesmes les troupes du conte d'Ayen, du sieur Pompadour et du sieur d'Ayguespersse ». Ils ajoutaient qu'il leur fallut faire plusieurs dons et présents aux officiers pour garantir le lieu contre les ravages des soldats, « comme estoit bruit qu'ilz fasoient ez lieux où ilz logeoient. »
Le château, nous l'avons vu, presbytère de circonstance en 1781, appartenait aux prévôts durant la période moderne, peut-être même au moyen-âge. Nous n'en devons pas moins signaler dans le xur siècle des chevaliers de Naves, qui avaient droit de sépulture en l'abbaye de Tulle. Ce devaient être des Gauthier, possessionnés aussi à Bar, mentionnés pour l'époque au Cartulaire de Tulle et appelés quelquefois de Naves
Les familles domiciliées à Chaunac étaient d'abord les Chaunac primitifs fort anciens et connus en grand nombre. Ils finirent par gagner le Quercy, élimines qu'ils furent peu à peu par les Teyssier de Tulle, bourgeois dont la fondation des jeux de l'Églantine a fait l'illustration locale. Ces Teyssier, devenus seigneurs de Chaunac, des Farges et d'autres lieux, transmirent aux Lauthonie par le mariage de Jeanne-Aimée, l'une de leurs filles, avec Jean-Charles de Lauthonie, baron de Lagarde. Les Lauthonie, quittant Lagarde, s'y sont tenus depuis.
C'est au château de Chaunac que le père et la mère de Baluze se réfugièrent en 1631, année qui suivit la naissance de leur fils, à cause de la peste effroyable qui ravageait alors la ville de Tulle.
Sont villages de Naves : Bach (au moyen-âge Bat, Batz), mentionné dès le Xe ou XIe siècle pour des dons à l'abbaye de Tulle avec nombre des hameaux qui suivent ; le château, occupé par les Fénis qui avaient aussi dans le village le domaine de Fonpaden, a passé de nos temps à M. Clément-Simon, lequel l'a totalement et brillamment transfiguré : c'est le siège d'une bibliothèque et d'une collection d'archives des plus rares pour un particulier, bibliothèque et collection d'où le maître tire chaque année quelque nouvelle étude historique sur le Bas-Limousin (V. TULLE pour la biographie de cet ancien procureur-général de la cour d'Aix) ; le Baladour, Bassaler (Batzsalern), la Borde, la Borie, les Bories, Bouysse, les Bros, les Cabannes, Ceron, Chaunac, où se voit un ancien tumulus ; Chazaren, château connu dès le XIe siècle avec une famille du nom qui se croisa. L’an 1780, Jean-Antoine Masson de Saint-Félix, mari de Jeanne du Fayet de la Tour, le vendit avec les domaines 11.000 livres à François Laselve de Saint-Avid : il appartient présentement à la famille Vidalin, connue particulièrement dans l'endroit pour son soutien de l'école libre et congréganiste des jeunes filles. qu'elle a dotée de son local ; l'Echallade (Chazlada au cartulaire de Tulle des 924, paroisse de Naves) ; les Combes, la Combotte, la Coste, Cour, Cueille, Faugères, la Geneste, jolie propriété de MM. Guillot et Ferrières, les explorateurs des Arènes ; Gourdinot, la Goutausse, Guillemy, où fut trouvée en 1885 une hache de pierre jaunâtre des temps préhistoriques ; les Horts, ancienne seigneurie ; la Jarrige, sieurie des Dubal qui eut chapelle privée ; Lavareille, Lestrade (Strata, indication de voie romaine) ; Leyrat, seigneurie des Teyssier avec le Masmazel, puis des Puyhabilier ; la Machounarie, la Maisonneuve, le Mas, qui fit, en 1563, reconnaissance aux Combarel ; Masdelmont, le Maugein, où se trouve Lissac, seigneurie des Maugein, puis des Bardoulat de la Salvanie ; Maussounadour, Moussours, Mercier, Mongeauze, le Moulin du Bos ; le Peuchayral, Peyrelevade, la Peyrussie, la Ratonie, la Serre, seigneurie des Meynard ; Soleilhavoup, vendu à l'abbaye de Tulle en 1216 par la maison de Ventadour ; Temporieux, Tintignac, dont fut fait sous ce nom, en 1497, reconnaissance aux Pompadour comme seigneurs de Seilhac : c'est peut-être la patrie d'Arnaud de Tintignac, troubadour de la première moitié du XIVe siècle ; le Tramont, le Treuil, la Vialle, la Vigne et Vimbelle.
ADDITIONS ET CORRECTIONS
Omis comme curé, en et avant 1790, Blaise-Joseph de Féris. - L'église vient d'être agrandie d'une travée du côté de l'est et l'on a réparé soigneusement le rétable. Villages ou hameaux à insérer : Aulac, les Auriols, Barbières, Beauséjour, Belaspect, le Bois de la Gendre, les Bruyères, les Char-bonnières, la Cornerie, les Côteaux, les Croix de Leyrat, de Marthon, du Tilleul, les Coudiéroux, Facherivière, le Foiral, Fouroux, les Fourches, Gros-Chapon, la Jambe-de-Bois, Lagane, Laplace, Limondet, plusieurs Moulins après celui du Bos, le Pont de Laborie, les Ponteils, Prallat, plusieurs Puys, les Renardières, les Rochettes, la Route, la Vareille, les Verts et les Vignaux.
[1] Voir au Bull. de Brive, VII, 633-713, l'article lumineux et nourri de M. Philibert Lalande, accompagné de planches dues à M. Borie sur les plans de MM. Guillot et Ferrières. - J'apprends, au moment d'expédier à l'imprimeur, que M. Clément-Simon, qui habite sur place, va porter dans une nouvelle étude des monuments de Naves l'autorité de son savoir, unie à celle de sa parfaite connaissance des lieux. C'est bien volontiers que j'améliorerai sur ses données ce que mes lignes consciencieuses mais courtes, pourraient offrir ici ou d'incomplet ou d'erroné