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Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 2)

Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964

Date : 30/03/2023

 

PEROLS (ORLUC ET BARSANGES)

 

            Canton de Bugeat, arrondissement d’Ussel, ancien archiprêtré de Saint-Exupéry. – Superficie : 4 697 hectares ; population : 1 602 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 5 kilomètres.

            Un plateau de 8 à 9 cents mètres d’altitude, assez peu mouvementé ; quelques champs autour des villages, de vastes et froides bruyères ; le long des ruisseaux, des prairies égayées de moulins ; voilà Pérols en général. Le bourg bien situé, bien percé et d’aspect agréable, est doté, comme Barsanges, d’une station de chemin de fer sur la ligne de Meymac à Limoges (1884).

            Je l’ai visité en 1890 et il vient, depuis lors, de reconstruire son église, qui était alors en effet une église croulante. Telle que je l’ai vue, la base en était romane, mais la seconde moitié de l’époque ogivale avait sensiblement remanié la construction. Trois travées la composaient, flanquées à leur milieu de deux chapelles, qui eussent fait le plan cruciforme s’il ne s’en fût ajouté une troisième dans la première travée, côté du nord. Près de celle-ci on lisait en minuscules gothiques sur le tailloir d’un chapiteau : A[NNO] D[OMI]N MVe II (1502). Le chevet, refait en partie plus tard comme le presbytère, portait à sa voûte la date de 1773. – J’ai noté un groupe en calcaire de N.-D. des Douleurs, le haut d’une belle croix en pierre, de l’époque ogivale, et deux statues du maître-autel représentant en barrette, rabat, robe rouge et  camail, les deux patrons de la paroisse, saint Cosme et saint Damien ; ils sont porteurs de leurs bocaux et de leurs palmes.

            Bâtie en deux ans, toute en pierre de taille, avec un clocher-tour qui en remplace l’ancien clocher-pignon, la nouvelle église ne sera probablement ouverte au culte que dans le cours de la prochaine année 1897. L’architecte a été M. Bardon et le style en est le roman.

            S’il est vrai, comme on le voit dans Nadaud, qu’il y ait eu en 1158 un archiprêtre de Pérols, ce ne peut être que de la façon relevée ici pour plusieurs autres paroisses, c’est-à-dire par défaut à cette époque de fixité dans le siège archipresbytéral. Quant au titre réel de Pérols, ce ne fut jamais sans doute que celui d’une cure.

            Cette cure du moins, indépendante de toute sujétion, était à la nomination du seul évêque de Limoges. Elle compte pour titulaires connus : 1478, Antoine Comte ; 1592, Thomas Dupuy ; vers 1600, Pierre Mazières ; en 1626 Jean de Mary ; 1696, Antoine Durantie ; 1758, Jean-Baptiste Faucher ; 1780, Jean-Baptiste-Michel Fray de Fournier, licencié ès lois ; 1822, Jean-Baptiste Noailles ; 1850, Jean-Baptiste Bordas ; 1865, Antoine Soulié ; 1882, François Maisonnet ; 1889, Antoine Merpillat ; 1896, Jean Lavergne.

            Sur une voie ferrée qui le dessert aujourd’hui par deux gares, Pérols était déjà, dès le temps des Romains, sur une route de nos plus importantes, celle d’Auvergne dans le Haut-Limousin par la vallée de Bort.

            Voici quelques lignes qui jetteraient peut-être un certain jour sur son antiquité ; elles sont de la Feuille hebdomadaire de la Généralité, 16 février 1780 : « Les habitants du village de Pérol, sur la route de Clermont à Limoges, faisant un fossé au bord d’un chemin qui est pavé, ont trouvé à un pied de profondeur dans la terre plusieurs urnes remplies d’ossements, de cendres ; ces urnes sont d’une terre très fine et ne sont pas endommagées. La plus grande contenait une médaille de cuivre que les paysans ont rompue pour savoir si elle était d’or. Auprès de ces mêmes urnes, étaient un vase et une coupe qui paraissent avoir servi aux libations. On croit que le champ, qui est de cinq à six arpents, est rempli d’antiquités ; en effet, un particulier qui a fait des fouilles en plusieurs endroits dans cet espace de terrain, y en a trouvé partout. » (Comparer le champ du Palais, au village peu distant de Massoutre, paroisse de Bugeat).

 

Orluc. – Ce village de quelques maisons, situé sur la double frontière de Bonnefont et de Bugeat, fut un instant traité comme commune en 1790 ; il garda même jusqu’en ce siècle plusieurs foires, dont une le 16 août, ce qui explique dans l’église de Pérols la statue de saint Roch. Une explication du buste de saint Léonard dans la même église serait aussi peut-être qu’Orluc appartint à Saint-Léonard de Noblac (Haute-Vienne) dans le cours du XIIe siècle. Chapelle en 1195, puis prieuré-cure en 1318, il se trouva « chapelle paroissiale » de l’ordre de Malte et de la commanderie de la Vinadière dans le XVIe siècle : le prieur-commandeur en était dîmier général et y nommait. Son église était alors, dit M. Vayssière, « un pauvre petit édifice couvert en chaume mais d’ailleurs plus que suffisant pour les habitants des quatre maisons formant la paroisse. On y voyait « un reliquaire » en forme de caisse, de cuivre émaillé, avec plusieurs reliques. » Le patron en était saint Pierre, la fête Saint-Pierre-ès-Liens. Tout a disparu. On trouve en 1657 un Léonard Orluc vicaire, c’est-à-dire à coup sûr chapelain de cette église, mais Nadaud nous dit qu’en d’autres temps elle fut desservie par le curé de Murat, qui en percevait les rentes, « hors le bois ».

Orluc était de l’archiprêtré de la Porcherie (Haute-Vienne), à la différence de Pérols et Barsanges.

 

Barsanges. – Autre dépendance de Saint-Léonard, à la même date (1195), et dès lors cure sous le patronage du saint dont s’est nommée la ville. Elle avait pour recteur en 1288 un nommé Pierre, chanoine régulier de Saint-Léonard. On la trouve unie à Ambrugeac en 1318 et qualifiée succursale en 1408. Plus tard c’est une annexe du prieuré-cure d’Ambrugeac, comme elle est aujourd’hui, conservant son église, une annexe de Pérols. Elle put avoir des desservants à domicile, par exemple, un certain Chastagnol que je vois en 1693 vicaire de Barsanges. La Révolution lui donna valeur de paroisse et en fit une commune, dont le malheureux maire Pradeloux fut décapité à Meymac en 1793. Je ne sais à quelle époque cette commune a été supprimée.

 

            L’église a servi par deux ans pour les offices de toute la paroisse pendant la reconstruction de celle de Pérols. M. le doyen de Bugeat, qui faisait momentanément le service, a subvenu à sa pauvreté par des réparations précieuses, à l’intérieur surtout. Cet intérieur est voûté, l’extérieur est couvert en chaume. Clocher-campanile à deux baies : magnifique allée de hêtres.

            Voici les villages de Pérols : Ars, les Moulins d’Ars, de Pérols de Razel, de la Saulière, de Vériéras et de la Vergne ; Barsanges, Bay, la Bussière, Chaumeil, la Chaype, le Coudert, ancien fief ; les deux gares ou stations ; Orluc, Razel, le Vaubourgeix, Vériéras et la Vergne, seigneurie peut-être en 1497 de noble Graulet Tibaut, mari d’une demoiselle de la Jugie, de la paroisse de Davignac.

            Pérols, Orluc et Barsanges étaient plus ou moins de la seigneurie et juridiction de Treignac. Les Mirambel prétendaient aussi à Pérols. On parle, près d’Orluc, d’un manoir ruiné du Chazal : résidence peut-être d’un notaire, du nom latin de Cazalis, que je trouve au XVe siècle dans un acte concernant Ambrugeac.

            D’après un dicton du pays recueilli par M. Champeval,

D’à Meuma, sens quïtta la brancha,

Et d’à Treigna lous escurous

Se veniount soludas à Pérous

Sens batelou, ni pount, ni plancha.

            Ce qui veut dire que, sans quitter la branche, les écureuils pouvaient autrefois, de Meymac à Treignac, sauter jusqu’à Pérols. On disait de même que de Murat, même canton, ils pouvaient gagner Tulle ; ce qui prouve que la Montagne était alors autrement boisée qu’elle n’est aujourd’hui.

 

 

 

ADDITIONS ET CORRECTIONS

 

La nouvelle église fut bénite le 28 mai 1898 par Mgr Denéchau. Autres curés : Léonard Mary, 1666, et Vergne, 1734. M. Champeval, de qui j’emprunte ces deux noms, donne également comme prieurs de Barsanges : frère Guy Valensa (dit aussi prieur d’Ambrugeac), 1360, et Pierre Teycier, 1516. J’ajoute pour 1452 Gérard de Mathieu.