Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 30/03/2023
Canton de Sornac, arrondissement d'Ussel, ancien archiprêtré de Chirouze (Creuse). — Superficie : 6642 hectares ; population : 2118 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 18 kilomètres.
Cette paroisse, la cinquième du diocèse pour l'étendue et l'une des fortes pour la population, tire son nom de quelqu'une de ces pierres levées, peulvans, ou menhirs, peut-être dolmens, dont nos pays étaient couverts avant le christianisme. Celle de la localité a disparu, mais en laissant son nom à une église et à un bourg aujourd'hui assez important, d'assez belle venue.
La cure, dont jouit ce bourg sous le vocable de saint Pierre, était dès 1502 annexée à l'archiprêtré de Chirouze et lui servait de siège ; l'évêque seul y nommait.
Honoré en des temps fort lointains mais bien oublié dans les nôtres, Chirouze n'est plus actuellement qu'un village de la paroisse de Saint-Quentin près Felletin, dans la Creuse. Il y eut pour paroisses dépendantes de son archiprêtré : 1° dans le diocèse actuel de Limoges, Beyssac, Eymoutiers, Faux-la-Montagne, Féniers, Flayat, la Ville-Dieu, la Villeneuve-au-Comte, Magnac-Lestrange, Nedde, Pigerols, Rempnat, Saint-Aignan, Saint-Denis de la Courtine, Saint-Martial-le-Vieux, Saint-Merd-la-Breuille, Saint-Oradour dit de Chirouze, Saint-Pierre-du-Château (uni aujourd'hui à Nedde et à Domps), le Trucq et Villefer (uni aujourd'hui), d'autres peut-être ; 2° au diocèse actuel de Tulle, Aix, Alleyrat, Bellechassagne, Chavanac, Chaveroche, Comps (uni à Peyrelevade), Couffy, Courteix, Eygurande, Feyt, Lignareix (uni à Saint-Pardoux-le-Vieux), Lamazière-Haute, Laroche-près-Feyt, Merlines, Millevaches, Monestier-Merlines, Peyrelevade, Saint-Dézery (uni à Saint-Fréjoux), Saint-Germain-la-Volps, Saint-Pardoux-le-Neuf, Saint-Pardoux-le-Vieux, Saint-Rémy, Saint-Setier, Saint-Sulpice-les-Bois, Sornac, Tarnac, la Tourette et Ventégeol (uni à Chaveroche).
On connaît deux archiprêtres de Chirouze antérieurs probablement à l'annexion de leur titre de la cure de Peyrelevade. Ce sont : en 1237, PIERRE GUY, et en 1328 RAOUL LAGROULH. Viennent plus tard dans notre paroisse : 1502, PIERRE CHALUS : en 1510 ce curé ou tout autre (mais il possédait encore, lui, en 1509) vendit à M. du Boucheron, seigneur d'Ambrugeac, les dîmes de sa paroisse. Durant le XVIIe siècle, un curé nouveau attaqua cette inféodation et la fit annuler par le parlement de Bordeaux, par suite de l'impossibilité où se trouva l'héritier de M. du Boucheron de justifier d'une copie de son titre, lequel cependant se trouvait relaté dans un inventaire officiel ; en 1658, N. ROUSSEAU ; 1675, FRANCOIS-RIGAL-CESAR DUPUY, ex-doctrinaire que nous retrouverons ailleurs et qui fit bâtir, ici comme à Saint-Exupéry, un presbytère très beau -aujourd'hui maison Arfeuillère), sur la porte de laquelle on lit cette inscription :
DOMVM HIC MANV FACTAM,
AETERNAM VERO HABEMUS in COELIS.
c'est-à-dire : Nous n'avons ici qu'une demeure de main d'homme, par conséquent périssable, mais le ciel nous en réserve une d'éternelle durée [1] ; 1688. N. FRAYSSE ; 1697, JEAN BOUBENEL, pourvu à Rome l'année précédente et mis en possession cette année-là ; 1710, N. BINET ; 1729, ETIENNE DE MURAT, écuyer ; 1743, ANTOINE LAGRANGE, visiteur pour Mgr l'évêque de Limoges ; 1776, JEAN-BAPTISTE PLAZIAS, dernier du titre ; après la Révolution, MM. Montculier, Chamboux, Lecour et Gaspary ; 1820, N. Combes ; 1830, Jean-Baptiste Noailles, mort retiré en 1884 : sa digne sœur, en lui faisant faire au cimetière une tombe à caveau, prit soin de ménager dans cette sépulture celle des curés successeurs défunts dans la paroisse : 1879, Jean Magnaval ; 1890, Delphin Magnaval.
Peyrelevade possède plusieurs croix de pierre, anciennes et intéressantes, dont une du XVIe siècle derrière le chevet de l'église, et une autre dans un chemin sous le bourg, portée sur le corps massif d'un bélier (on connaît d'autres monuments de ce genre où le bélier figure comme similaire de l'Agneau). Une des cloches remonte aussi à près de quatre siècles. On y lit :
IHS M[ARI]A - XPS (Christus) REGNAT, XPS IMPERAT
AB OMNI MALO NOS DEFENDAT, PER TE MICHAEL
ANNO D[OMI]NI MVCXIX (1519)
Plus ancienne est encore l'église, qui date de l'époque romane vers sa fin. Chevet droit, portails latéraux, bas-côté unique au nord, complété vers la fin de l'époque ogivale, et chapelle au midi, de style flamboyant. Tout cela ne forme qu'un ensemble irrégulier, insuffisant. Pour parer aux deux défauts, Mlle Jeanne Noailles, la pieuse sœur du curé nommé plus haut, inséra dans son testament les lignes suivantes, honneur de sa mémoire :
"Je veux que ma légataire universelle fasse démolir le derrière de la maison que je lui laisse à Peyrelevade afin de dégager l'église et de permettre de pouvoir l'agrandir un jour. Elle fera reculer le mur sur toute la longueur de la maison, de manière à laisser entre la maison et l'église assez d'espace pour bâtir une chapelle au moins aussi grande que celle de Saint-Pierre (qui est à l'opposé, au nord) et pour établir à la suite un chemin d'environ cinq mètres de largeur. Je fais cette bonne œuvre dans l'intérêt de la paroisse, où mon frère est resté si longtemps curé, et surtout pour satisfaire ma dévotion envers la glorieuse Vierge Marie (dont l'autel est au sud, du côté de la maison). J'espère qu'en donnant le moyen de bâtir à cette bonne Mère une chapelle plus convenable, elle me protégera à l'heure de ma mort et qu'elle me défendra au tribunal du souverain Juge …".
Malheureusement, ces pieuses dispositions, faute de ressources, n'ont pas eu encore de succès, et si l'église vient d'être réparée suivant son besoin à la date récente, elle demeure toujours trop petite et privée de l'aile qu'il lui faudrait au midi.
Peyrelevade possède sur la limite nord-ouest de son territoire, aux confins de la Creuse, une chapelle de Saint-Roch très éloignée, qu'on a titrée annexe. Il n'en est parlé ni dans Nadaud, ni dans Legros, ce qui porte à croire qu'elle n'est pas ancienne. Elle avoisine le gros village du Rat et couronne une hauteur de 830 mètres, au pied de laquelle un rocher marqué d'une croix indique la limite d'un autre diocèse, d'une autre paroisse et d'un autre doyenné, celui de Gentioux. Froide température et landes immenses, percées çà et là de blocs granitiques, dont ceux de la chapelle sont les plus remarquables. L'un deux porte une croix, dernière station d'un Via Crucis échelonné sur la pente de la montagne et indulgencié par Pie IX. Il me paraît difficile de ne pas voir dans ces rochers, dans un particulièrement, la trace du travail de l'homme et de ne pas les ranger parmi les monuments mégalithiques, compte fait surtout de leur situation.
Peyrelevade eut aussi dans son bourg une seigneurie, qui remontait peut-être jusqu'au XIe siècle. Vers 1098, un Bernard du nom abandonna à l'abbaye d'Uzerche, où était moine un Pierre de Peyralevada, son frère, tout ce qu'il pouvait prétendre à droit ou à tort, sur le bien de Millevaches. La généalogie de la famille de Beaupoil-Saint-Aulaire porte qu'au XVe siècle Jean de Beaupoil, maître d'hôtel du roi, acquit, entre autres terres Murat et Gramat, dont la seigneurie consistait en deux paroisses, Tarnac et Peyrelevade, relevant immédiatement de la Couronne. La seconde devint baronnie et passa à la maison de Veyny, qui possédait en même temps au XVIIe siècle les Aussines, en la paroisse de Saint-Merd, et Marcillac, en Bourbonnais. Ce fut bientôt la propriété de la famille de Tourdonnet, par le mariage en 1702 de Catherine de Veyny de Marcillac avec François-Aimé de Joussineau, sieur de Fayat et de Saint-Martin-Sept-Pers. Le château de Peyrelevade n'a point laissé de traces.
Celui de la Cour, dans la paroisse, aux Monamy de Mirambel (Saint-Rémy) dans le siècle dernier, n'a laissé qu'une maison bourgeoise avec un reste de tour. Autrefois il y avait chapelle ; la chapelle même est encore parfaitement conservée, mais elle n'est plus affectée au culte.
Vinzans et Drouillas furent jadis des fiefs, avec des familles du nom qu'on trouve au moyen-âge. Le second de ces villages dépendit aussi de la commanderie maltaise de Féniers, dans la Marche. A Plazanet, au Grand-Billoux, l'abbaye d'Obazine avait dîmes ou rentes.
La paroisse, arrosée de nombreux cours d'eaux, en particulier de la Vienne, qui née sur ses limites y devient flottable et en sortant, exploite beaucoup aujourd'hui les tourbières de leurs bords. C'est une précieuse ressource pour un pays dépourvu de bois : disons toutefois qu'elle ne sen est avisée que depuis peu de temps, 40 ans environ.
Antoine Plazanet, de Peyrelevade, fut élu en 1792 député suppléant à la Convention nationale, puis en 1798, membre des Cinq-Cents ; Charles Plazanet fut également député en 1830. Jean-Baptiste-Achille Arfeuillère, mari de la dernière représentante de leur maison, fut élu aussi en 1871 député de la Corrèze à l'Assemblée Nationale. Esprit cultivé et poète à ses heures, M. Achille Arfeuillère a laissé en mourant (1880) tout un petit recueil de saines et fortifiantes poésies. Sa pieuse veuve est du nombre des dames bienfaisantes qui ont aidé et qui aident encore leurs curés, MM Magnaval, dans la fondation comme dans le soutien de l'école libre des Sœurs de Portieux, dont Mme veuve de Saint-Félix eut en 1873 la première pensée. Incendiée peu après sa construction, cette école fut promptement relevée par la charité publique et continua dans la paroisse son action moralisatrice et religieuse, que tant d'autres envient.
Sont villages de Peyrelevade : Bezassat, Bourroux, Caux qui, avec Drouillas et Servières dépendait de la seigneurie de Mirambel, paroisse de Saint-Rémy ; Cezeirat, Chamboux, Chemnet, Chez le Proux, Chauzioux, Comps, Drouillas, Freissange, Giat, Geneite, Grand-Billoux, Lacour, Laganne, Ludinas, Malessagne, des Moulins nombreux que je n'énumère pas ; Negarioux, Neuvialle, Petit-Billoux, Plazanet, dont les Bardoulat se qualifiaient seigneurs au XVIIe siècle, le Rat, Saint-Pourchat, Servières, Vinzans et Vinzanet.
COMPS
Ce village, avec le seul village de Laganne qui l'avoisine, fut autrefois une annexe de la commanderie sus-nommée de Féniers, dont la paroisse est une des limitrophes de Peyrelevade. Il possédait une chapelle paroissiale, enfermant des fonts baptismaux et aujourd'hui complètement ruinée. "Cette chapelle, en 1616, était couverte de bois et de paille ; elle était desservie par un curé qui recevait une pension de quatre setiers de seigle". Le patron en était saint Barthélémy. Après la Révolution elle conserva son titre paroissial, qui lui demeura sans service jusqu'au 26 janvier 1835, où Louis-Philippe en fit suppression sur approbation de Rome du 27 août 1833. - Comps était soumis à Féniers depuis 1308.
Le curé actuel est M. Antoine Jarasse (1899). Autres archiprêtres publiés par M. Champeval ; 1424, PIERRE COURADE ; 1634, JACQUES DUTOUR. Item curés de Comps (appelé aussi Grande Paroisse !) ; 1738, N. FAURE ; 1789 FRANCOIS DU PEYRIT. - La chapelle du Rat existait pour le plus tard au dernier siècle, puisque l'évêque la menaçait d'interdit si l'on n'y faisait des réparations (1741). Fin des villages, lisez Saint-Fourchat et supprimez pour Plazanet la mention des Bardoulat.
[1] Digne pendant de l'inscription de l'hospice de Meymac, bâti par le frère de cet archiprêtre, lequel avait la cure de la ville : HOSPITUM HIC, ALIBI PATRIA