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Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 2)

Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964

Date : 07/09/2025

 

PIERREFITTE

Canton de Seilhac, arrondissement de Tulle, ancien archiprêtré de Vigeois. - Superficie : 1000 hectares ; population : 486 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 12 kilomètres.

Pierrefitte (Petra ficta, pierre fichée en terre) dut, comme Peyrelevade dont il n'est qu'un homonyme restreint, tirer son nom d'un monument mégalithique disparu, menhir, peulvan ou pierre droite. Les deux appellations se trouvent, comme noms de villages, en plusieurs paroisses du diocèse et d'ailleurs. Nous voyons notre paroisse de Pierrefitte signalée comme telle au Cartulaire d'Uzerche dès le XIe siècle, avec une mention dans le siècle suivant de son orme ante caput ecclesioe. Solignac, qui la comptait, pense-t-on, parmi ses propriétés primitives, lui donnait pour patronne sainte Marie ; mais Nadaud, qui la présente comme franche, la dit du patronage de saint Caprais. L'évêque de Limoges nommait seul à sa cure.

Ont occupé cette cure : en 1533, Pierre de Laborie ; en 1640, N. Pardonneau ; en 1674, N. Chassaigne ; 1675, Jean de Personne ; 1678, B. Carville ; 1681, N. Germanes ; 1684, N. Boyer ; 1689, Jacques de Bar, des seigneurs de la Chapoulie (Cornil) qualifié lui-même seigneur de Murat (même paroisse) ; 1729, Antoine Chabasse ; 1750, N. Dufour ; 1759, Gervais Chauffour : 1762, Marie-Bernard Lacoste : 1772, Pierre Chastanet ; 1781, Jean Foulioux, confesseur de la foi, qui fut d'abord détenu dans le petit séminaire de Bordeaux, devenu prison des déportés, puis renvoyé comme infirme dans ses foyers le 31 mars 1795. Après le Concordat, Pierrefitte resta sans curé jusqu’aux titulaires suivants : 1828, Pierre Jougougnoux ; 1832, Antoine Treil ; 1833, Antoine Valette ; 1834, Pierre Mastral ; 1866, Charles Chadirac ; 1868, Pierre Crouchet ; 1871, Jean-Baptiste Personne-Devaux ; 1879, Jacques Pédenom ; 1885, Félix Combes ; 1888, Louis Lepetit.

M. Pédenom, qui m'a donné le nom d'un certain nombre de ces prêtres, d'après les anciens registres paroissiaux, m'écrivait aussi en 1879 :

Une tradition très répandue dans le pays assure que M. Foulioux fut appelé à exorciser une jeune fille du bourg de Pierrefitte (indication m'est fournie de la maison et de la famille, « dont les descendants vivent encore », mais je m'abstiens de l'insérer).

Cette fille se rendait à Espartignac le jour de la fête votive (saint Martial), accompagnée d'une autre jeune fille. Chemin faisant, elle est accostée par un garçon inconnu, avec qui la conversation s'engage. « Je vais à la fête votive, dit la jeune fille au jeune homme et je danserai, serait-ce avec le diable. » L'inconnu accompagne ces deux personnes à Espartignac, les invite à manger du poisson, dont il est porteur, et danse avec elles. Tout à coup, au cours de la danse, on voit sortir des flammes de la bouche de la jeune fille qui avait tant voulu de ce plaisir : elle était possédée... Et tous les jours, depuis lors jusqu'au moment de l'exorcis-me, à la nuit tombante, on la voyait courir malgré elle, en poussant des cris affreux, vers un lieu sauvage que l'on précise encore, le Coutalou.

« Que penser de cette tradition ? » ajoute mon narrateur. « Toujours est-il qu'il ne faudrait pas en rire devant les gens du pays. »

J'en rirais pour ma part d'autant moins que le fait d'un exorcisme efficace de ce genre, à Beaulieu, sur la fin du dernier siècle et de la part d'un bénédictin qu'on m'a nommé, m'est garanti par le témoignage, ancien déjà, d'une centenaire qui avait assisté à la délivrance. La cause de la possession me demeure inconnue ; mais la foule présente à l'exorcisme était considérable, m'a-t-on dit. Il eut lieu du reste sous le porche sculpté de l'église abbatiale, devant la place du marché, centre alors de tout le mouvement de la ville.

L'église de Pierrefitte, flanquée de deux chapelles, n'avait, quand je l'ai vue, qu'un clocher-pignon, remplacé aujourd'hui par un beau clocher-tour latéral, du style ogival de la première période. Le chœur seul en est voûté, mais les réparations ou réfections entreprises ne sont pas encore terminées. J'ai gardé souvenir du maître-autel comme d'une pièce très ancienne et très rare qui s'impose à la conservation.

En se renouvelant, l'église de Pierrefitte n'a fait que suivre l'exemple du bourg dont elle est entourée. Presque entièrement détruit en 1880, il s'est complètement transformé au cours de dix-sept ans et présente aujourd'hui l'aspect d'une localité bien autre qu'on ne la voyait au milieu de ce siècle.

Pierrefitte, comme tant d'autres paroisses, eut un seigneur du nom, bienfaiteur au XIe siècle de l'abbaye d'Uzerche : Aimericus de Peirafica dedit in parrochia Peirafica, in manu Geraldi abbatis (n° 980 de M. Champeval) ; mais la mention qui en est faite se perd isolément dans des temps bien lointains. Seulement, Pierrefitte fut plus tard seigneurie certaine des Cosnac, qui ne firent qu'y passer, puis des Lastic-Saint-Jal, qui le gardèrent plus longtemps et dont un même, en 1687, se titrait vicomte de Pierrefitte. En 1310, le roi d'Angleterre, duc d'Aquitaine, s'était prétendu en possession, par ses ministres d'Uzerche, de la haute et basse justice de la juridiction du lieu et de ses appartenances. De cette juridiction, l'on connaît le dernier juge, M. Lavialle de la Meillière, qui reçut en 1789 les doléances de l'endroit. Ne trouverait-on pas aussi mention implicite du château dans les lignes suivantes ? S'il y a lieu d'en douter, elles intéresseront du moins comme expression peu connue d'un mouvement de guerre.

M. de Ventéjoux, juge de la Valette (Lonzac), mandait le 16 décembre 1626 au notaire Terrade de Chaumeil : « Je vous dirai que M. de la Verniolles (un Meillars) a écrit ce matin à M. Marin, secrétaire de M. de Pompadour, qui conduit ses compagnies, qui est à Pierrefitte, et le encore de retour. Si tost que nous aurons su des nouvelles et si tant est que leur quartier soit donné en votre lieu et paroisse, vous en serez averti. M. de Verdun est logé à Espartignac, M. de Colanges à Bretagnolle (Pierrefitte), M. de Saint-Martin à Pierrefitte, etc. »

Sont villages de la paroisse : l'Aumônerie ou la Monerie dont le nom indique assez le domaine d'un cloître; la Besse, Bézager, la Borie, Bretagne, mentionné en 987 comme propriété de l'abbaye d'Uzerche, ainsi peut-être que Vialleneuve immédiatement nommé dans l'acte Nova-villa : des Hugon y donnèrent aussi à l'abbaye de Vigeois dans le XIIe siècle ; Bretagnolle, diminutif de Bretagne ; la Chassagne, la Chavane, le Claux, manoir où testa en 1752 Jean Raymond, sieur de Lagarde ; l'Escure, la Fage, où cession fut faite de divers biens vers 1030 à l'abbaye de Tulle par un personnage du nom de Gouffier Gélade, ayant pour témoins ou pour confirmateurs les vicomtes de Comborn : don y fut fait aussi d'un mas à l'abbaye d'Uzerche (fin de ce siècle) par un des Ladent, chevalier de Comborn ; les Moulins de l'Aumônerie et de Raboux, enfin Vialleneuve.