Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 30/03/2023
Canton de Donzenac, arrondissement de Brive, ancien archiprêtré de Vigeois. – Superficie : 1 930 hectares ; population : 1 182 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 8 kilomètres.
Le nom de cette paroisse est devenu le même que l’ancien nom populaire de saint Sacerdos et de ceux qui avaient pour patron ce saint évêque de Limoges. C’est une faute. En langue vulgaire, le nom pouvait être Sadrau ; en français, il devait être et longtemps il a été Sadran (Sadranum), d’où le diminutif disparu Sadraneix, venant sans doute de Sadraniolum. Si l’on a parfois écrit Sadro, c’est parce qu’on trouve aussi dans quelques textes très anciens le raccourci Sadra.
L’église de Sadra est confirmée comme possession de l’abbaye de Tulle par une bulle du pape Adrien IV en 1154. Une autre bulle de Pascal II en 1115 l’avait aussi portée précédemment. Elle avait pour titulaire saint Pierre, et le curé en était décimateur partiel de la paroisse. Il était également nommé dans les derniers siècles par l’évêque de Limoges : ce qui permet de croire, en s’ajoutant à d’autres renseignements réservés pour bientôt que l’abbaye de Tulle, à la longue, perdit ou aliéna ses droits sur l’église de Sadroc.
Ont été curés de la paroisse : vers 1097, un Bernard, dit prêtre du lieu, probablement curé ; en 1373, Bernard Pontier ; dans la deuxième moitié du XVe siècle, Frenot Beyssière ; en 1631 (nomination du 15 juin), Pierre Vacherie, dont il a été parlé dans l’article CONDAT et qui succédait à un titulaire tué par la foudre le jour de saint Barnabé, 11 du même mois ; avant 1671, Aymar Porcher, enseveli le 16 janvier de cette même année dans l’église des Récollets de Tulle ; dix ans après, Jean Pourcher, maître sculpteur de cette ville, était assassiné à Sadroc : était-ce pour difficultés relatives à l’héritage d’un prêtre qui pouvait être de la famille ? 1697, François Chiniac, dit aussi en 1707 curé de Saint-Bonnet-l’Enfantier, annexe de Sadroc ; 1740 (prise de possession), Dominique Laval, dit avant tout curé de Saint-Bonnet, ayant Sadroc pour annexe ; 1766, Pierre Martin, qui, en qualité de curé de Saint-Bonnet et de Sadroc, fit en 1772 transaction avec la Chartreuse de Glandier au sujet de la Chapelle-Geneste dont il sera parlé plus tard ; 1780, Jean Estrade ; 1789, par décès, Jean Gimel ; 1803, le P. J. B. ? Galet, nommé, mais apparemment sans résultat ; 1822, N. Breil ; 1830, Antoine Braconat ; 1847, Pierre Lair ; 1852, Léonard Vergne ; 1884, Joseph Leymarie ; 1885, Jean-Baptiste Meijonade.
Malgré de nombreuses réparations récentes et la trace çà et là d’un travail du XIVe siècle, l’église de Sadroc accuse le roman dans le gros de son œuvre, particulièrement à l’entrée de la nef, au clocher et surtout dans le mur intérieur du midi. Les chapelles latérales, à nervures prismatiques, sont du XVe siècle ou du XVIe siècle ; au-dessus de celle du nord est une chambre voûtée en croisée d’ogives. La chaire et la table de communion, en bois sculpté à jour, du XVIIe siècle, pourraient être l’œuvre du sculpteur assassiné Jean Pourcher. J’ai lu à la petite cloche :
L’AN 1743 FUT FAITE ET BÉNITE CETTE CLOCHE.
LE NOM DE JOSEPH LUI FUT DONNÉ.
PAR FRANCOIS BERNOTTE, DV LAC, PARRAIN.
ET CATHERINE VERGNOLS, DE VERNIOLE. MARRAINE.
Du beau vallon, vert d’arbres et de prairies, qui séparae Saint-Bonnet de Sadroc, on monte à ce dernier chef-lieu par une route délicieuse. Sadroc apparaît tout séduisant au bout, sur un mamelon décoré de feuillage, au-dessus des eaux de son ancien étang seigneurial. Mais l’intérieur désillusionne vite et l’église ne rachète qu’à peine, par la beauté des perspectives extérieures, la déception enfantée par son bourg.
Cette église avait pour voisin un château dont les murailles lui faisaient même clôture ; il n’est aujourd’hui remplacé, si c’est le cas de le dire, que par une grande maison en contre-bas, propriété de M. Millevoye, qui habite à l’opposé. Nous connaissons par les cartulaires, par celui de Vigeois particulièrement, une famille du nom de Sadroc (Sadran toujours ou Sadra) dès le XIe siècle. Elle a de ses membres qui se proposent d’aller à Jérusalem. C’est ainsi vraisemblablement une famille de croisés. Elle paraît s’éteindre au XIIe siècle et laisser de façon quelconque ses droits aux La Porcherie qui, dès le siècle précédent, possédaient certains biens sur le territoire de Sadroc. Tombé gravement malade en ce lieu, Bernard de la Porcherie s’était fait transporter à Uzerche et y avait obtenu la santé par les mérites des saints Léon et Coronat. Pierre de la Porcherie, chevalier, est dit en 1272 seigneur de Sadran, et Bernard, son père probable, est plus souvent mentionné comme tel, particulièrement dans un acte d’accord avec le vicomte de Comborn Archambaud VII. Ce vicomte exigeait de Bernard les devoirs féodaux pour le lieu de Sadran et se plaignait de certaines nouveautés que ledit Bernard s’efforçait d’introduire en ce fief. Par composition, il fut réglé que le seigneur de la Porcherie serait tenu de faire au vicomte hommage franc, et cela dans la vicomté, avec serment de fidélité pour le repaire et pour la ville de Sadran (une ville apparemment en ce sens que des murs y ceignaient tout ou partie du bourg).
Ce Bernard de la Porcherie obtint de Gérard de Malemort, seigneur de Donzenac, la promesse qu’il serait pour toujours avec lui et l’aiderait en toutes ses causes ou guerres, sauf à l’encontre de l’évêque de Limoges, leur suzerain commun.
Je me demande si Bernard n’aliéna pas Sadroc à ce suzerain. Toujours est-il que les évêques de Limoges sont trouvés, dès ce XIIIe siècle même, seigneurs du lieu et ont ensuite dans Sadroc une de leurs quatre châtellenies du Bas-Limousin. Les trois autres étaient, comme on sait, Allassac, Lagraulière et Voutezac.
Comment cependant cette châtellenie, son château et toute la terre de Sadroc avaient-ils passé à Bertrand de Gourdon, damoiseau du diocèse de Cahors, ou plutôt à Fortanier, son père, dont Bertrand n’était que l’héritier ? Je l’ignore. Mais preuve nous est faite que Bertrand vendit à Simon La Chassagne, bourgeois d’Egletons et que celui-ci eut après la vente des démêlés avec l’évêque de Limoges. Pierre Rodier (de Treignac), chanoine de cette ville, plus tard évêque de Carcassonne, ayant été pris pour arbitre, établit les obligations et actions respectives des deux parties et fit rentrer chacune dans les dépenses qu’elle avait faites.
C’est aux archives de la Haute-Vienne, G. 9., que sont puisés ces divers renseignements. Elles nous en donnent un autre qui les complète de façon importante : Rome aurait accordé à l’évêque de Limoges une bulle unissant à sa mense l’église de Sadroc et son château (castrum).
Ne négligeons pas les Olim du parlement de Paris : à la différence des archives de la Haute-Vienne, ils nous font connaître que l’acquisition de Simon Lachassagne aurait été faite à Bernard Jourdain, sieur de l’Isle en Gascogne, chevalier, et que l’évêque de Limoges, arrière-seigneur de Sadroc par Comborn qui en était l’immédiat suzerain, aurait fait main-mise sur ce fief comme diminué dans sa valeur par l’acquisition d’un acheteur non noble. Le bailli royal de Limoges, déterminé par d’autres motifs, aurait à son tour fait main-mise par-dessus, mais le Parlement leva cette dernière saisie (semaine de la passion 1313) ; en laissant l’évêque de Limoges en présence de son seul vassal.
Plus tard, à vrai dire, le bailli royal de Brive mit aux mains du roi la temporalité du prélat limousin, mais ce fut à raison des guerres de Gascogne : il fit aux gens de l’évêque, à Sadroc, signification d’envoyer à ces guerres, l’an 1339.
Vint un moment où il fallut se défendre sur place et l’on peut penser que la prise de Comborn, au voisinage, tenait en grande alerte les gardiens de Sadroc. Un document constate que Jean de Cros, évêque de Limoges, fit en 1352 de fortes dépenses pour garder contre les Anglais qui occupaient Comborn ses châteaux d’Allassac et de Sadroc, probablement aussi ceux de Voutezac et de Lagraulière. Celui dont nous parlons présentement avait pour capitaine au XVe siècle un de ces du Mas de Saint-Eloi près Ségur, qui s’élevèrent aux XVIIe siècle jusqu’au titre du marquis de Peyzac (en Dordogne aujourd’hui).
Du temps des guerres de la Ligue, Henri de la Martonie, évêque de Limoges et ligueur, fut de ceux qui se remuèrent le plus dans la province. Anne de Lévis, comte de la Voûte et fils du duc de Ventadour, gouverneur du Bas-Limousin, descendit à Brive sur la fin de juin 1590, y prit de l’artillerie et fit battre par deux grands canons le château de Sadroc, qui dut se rendre aux royalistes comme celui de Vigeois, comme celui encore de la Chapoulie ou de Cornil.
Les dîmes et rentes perçues en notre châtellenie par l’évêque de Limoges quand sonna l’heure de la Révolution, auraient été, paraît-il, de 4 160 livres annuellement. Trois étangs dépendaient de sa propriété ; celui qu’on appelait l’Etang-neuf avait une redevance à l’endroit de la chartreuse de Glandier : le 23 novembre 1758, dom Azam, syndic du monastère, fut présent devant cet étant « au jour de pêche d’iceluy, pour continuer l’ancien usage que la chartreuse avait, à chaque pêche, de choisir dix-huit pièces de poisson sorties à rang de filet, dedans le réservoir contenant la totale pêche dudit étang ».
On a nommé quelquefois de Sadroc ou de Sadraneix la prévôté que possédait l’ancienne abbaye de Vigeois au lieu de Mazières, paroisse de Donzenac : elle devait avoir sous la main les biens donnés à l’abbaye dans le XIe et XIIe siècles aux villages de Chenour, de la Chanal, du Breuil, etc., paroisse de Sadroc.
Cette paroisse fut, au temps des papes d’Avignon, la patrie d’un cardinal, Ramnoux Gorse, neveu par sa mère du cardinal du Monturuc de Donzenac, mais sans en porter le nom. Docteur en droit canon et chanoine de Tournai, Ramnoux fut fait évêque de Sisteron en 1370 et cardinal-prêtre du titre de Sainte-Pudentienne en 1378. Le pape lui remit en même temps la chancellerie pontificale au lieu et place de son oncle, Pierre du Monturuc, qu’on ne voulait pas dépouiller de cette dignité, bien qu’il eût passé au parti du compétiteur de ce pontife, dans le malheureux schisme d’Occident. Le cardinal de Sisteron mourut à Rome en 1382 et fut enseveli près de la porte de son église cardinalice, où il avait établi des religieux. Vingt-huit ans plus tard, une dame Catherine de la Gorse dite dame de Saint-Jal, faisant son testament, demandait à être inhumée dans l’église de Sadroc, parce que, disait-elle, mollius ossa cubant manibus tumulata suorum. Je ne serais pas étonné qu’elle eût été la dernière représentante d’une famille sans noblesse avant le cardinal, peut-être sans enfants mâles après lui.
Sont villages de Sadroc : la Barial, Bergeal, la Berniquetterie, la Besse, la Borie, basse et haute ; le Bos, le Breuil, village connu dès le XIe siècle où était autrefois un château, dont les dernières traces n’ont disparu que depuis peu : il paraît avoir eu de ses seigneurs à la première croisade ; la Brousse, résidence au dernier siècle d’un Pierre des Cars, écuyer, marié à une de la Gaye ; la Chanal, la Chaux, le Grand-Chemin, la Croix, la Croix de la Maleyrie ; l’Etang-Neuf, Eyvart, jadis Val avec famille du nom depuis longtemps éteinte ; les Faures, la Fonsalade, Garde, la Garmandelle, la Grave, la Guillaumie, la Guitardie, le Lac, Lavadour, Léonardou, la Maleyie, la Martinerie, la Maumone, le Mons, Mouly, le Peuch, où l’abbaye de Tulle reçut au XIe siècle d’Archambaud de la Porcherie le fief qu’y avait ce seigneur, ainsi que celui de quatre mas dans un Sadraniol disparu : l’abbaye de Solignac avait aussi des rentes au Peuch ; Pepy, les Plas, mentionnés dès le milieu du XIe siècle in parochia Sadranensi ; la Poste, la Pouige, les Ramades, Rebeyrote, la Rue, les Quatre-Routes, le Temple, Vergnole, la Vidalie et Villeneuve, fief de la famille Dufaure de Bellisle passé en 1725 à Dominique Dubois, écuyer, conseiller secrétaire du roi, maison et couronne de France.