Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 30/03/2023
Canton de Donzenac, arrondissement et ancien archiprêtré de Brive. — Superficie : 3521 hectares ; population : 2603 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 6 kilomètres.
Elevé de plus de 300 mètres au-dessus de la vallée de Brive d'où on l'aperçoit, le bourg de Sainte-Ferréole est à belle altitude, si l'on veut, mais il fallait que fussent bien frileux nos démagogues de 1793 pour l'appeler Mont frimaire. Le pire en l'espèce est qu'ils éconduisaient ainsi le vocable d'une sainte qui aurait honoré l'endroit non seulement de ses reliques mais, selon la tradition, de son martyre même. C'est ce que constate, avec le Propre du diocèse, le P. Bonaventure de Saint-Amable : « Sainte-Ferréole, quoy qu'elle n'eût pas un corps de fer[1] mais de chair fragile, fortifiée de la grâce du saint Esprit, surmonta les supplices des tyrans en un lieu qui porte son nom au prez de Brive. Il y a une fontaine de son nom[2] et la tradition des anciens est qu'elle y acheva son martyre et fut illustrée de plusieurs miracles. On célèbre sa fête le 18 septembre. C'est ce qu'en dit le mémorial des saints du Limouzin. » Un autre texte sans date mais qui doit être ancien aussi, porte seulement : « 23 septembre, translation des reliques de sainte Ferréole dans l'église de son nom. »
« De son nom » n'est pas le mot juste : entendez du lieu ou de la paroisse de son nom ; car pour l'église, elle est du titre de saint Martin de Tours. Entre 1159 et 1181, Alexandre III en confirme la possession à l'abbaye de Tulle. Un sommaire d'archives annexé au Cartulaire de cette abbaye par son éditeur, M. Champeval, porte « sous le n° 1148 : « Instrument par lequel G. évesque de Limoges (Gérald Hector de Cher, successeur d'Eustorge mort en 1137) a donné l'église Sainte-Ferréole à l'abbé et couvent de Tulle, scellé et sans date ; avec autre instrument de ratiffication par ledit G. évesque audit couvent, des bénéfices que ses prédécesseurs avoient autrefois donné ausdits abbé et chapitre, scellé en l'an mil cent soixante-quinze ; attachez ensemble AA. » C'est évidemment l'objet de la confirmation de la bulle de Rome. L'église devient prévôté et, le 8 des kalendes de juin 1294, un autre évêque de Limoges mort cette année-là, Gilbert de Malemort, la ratifie comme telle « audit abbé et couvent de Tulle », avec des bénéfices de même ordre, Meyssac, Saint-Clément et Naves, unis comme le sien « à ladite abbaye et chapitre ». Plus tard encore (1319) une bulle de Jean XXII incorpore Sainte-Ferréole à l'église de Tulle, qu'il vient d'ériger en cathédrale.
Pour en soutenir le nouvel évêque, la prévôté de Sainte-Ferréole, dont nous ne connaissons pas d'ailleurs de titulaire, est accordée à ce prélat, comme Laguenne et Branceilles chez nous, Roc-Amadour, Meyronne et Vayrac en Quercy. Il en devient seigneur et son château dont on voyait encore des restes il y a moins de cent ans, s'élève à côté de la tour de l'église. Il l'habite quelquefois. Clément de Brillac, par exemple, était en 1495 au château de Sainte-Ferréole, avant d'entrer dans Tulle et de prendre possession de son siège, lorsqu'on vint lui faire jurer, comme condition traditionnelle et préalable, de respecter les privilèges, franchises et libertés de sa ville épiscopale.
L'Estat des Paroisses de l'Eslection de Brive vers 1666, porte au sujet de Sainte-Ferréole : « M. l'Esvesque de Tulle est le principal seigneur. A justice dans le bourg, quelques rentes et est dismier général. A affermé tout son revenu 4000". Mr de Bouillon (le vicomte de Turenne) est seigneur de neuf villages qu'il a fait oster de la taille du Roy, il y a environ 12 ou 15 ans, quoyqu'ils eussent toujours payé.
« Chascun des autres vilages a son seigneur particulier, comme Mr de Ventadour, de neuf villages, Mr de Noailles de trois, Mr de Chauvel (voir bientôt SAINT-GERMAIN-LES-VERGNES) de deux.
« Les dixmes du Sr Esvesque s'aferment 1000 cestiers de tous grains et 400" celles du vin.
« Les habitans du bourg se sont fort endettés pour soutenir le proceds contre Mr de Bouillon, pour les vilages qu'il leur a osté, et doibvent ce argent à des habitans de Brive. Il y a neuf vilages distraicts, qui sont les meilleurs de la paroisse. »
Par son appartenance, par sa force, par sa situation, le château de Sainte-Ferréole qu'on rencontrait alors sur l'unique route de Tulle à Brive, devait être en temps de guerre des plus exposés. Aussi le duc de Lancastre (anglais) dut-il le prendre en 1374, quitte à se le voir enlever par le duc Louis de Bourbon, très peu de temps après. Les huguenots s'en emparèrent à diverses reprises. Un de leurs chefs les plus en vue, Geoffroy de Vivans, qui a laissé des Mémoires et qui, après avoir pris et pillé Donzenac, allait aussi piller Brive et en brûler plusieurs maisons, l'occupait en 1577, lorsque fut tentée sur Tulle même une pointe qui ne réussit pas. Grâce aux efforts du sieur Traslaigue de Saint-Antoine, que favorisait la Paix de Nérac (28 février 1579), ils furent débusqués du poste et le gouverneur du Bas-Pays, Hautefort, fit abattre la tour, comme on verra plus loin. Mais les religionnaires, sans lâcher prise, revinrent vers les commencements de 1580.
Ils étaient une troupe d'une soixantaine de chevaux, « tant maîtres que valets, à laquelle s'était venue joindre sur le pont de Malemort quelque trouppe de gens de guerre de Turenne » (Turenne était alors protestant). A la date du 20 mai, Pierre de Chouppes, qui les commandait, enjoignit à cinq d'entre eux d'occuper la maison du marchand de vin Pierre Sudry, sise au voisinage du fort, de crainte que les ligueurs, ses ennemis, ne s'y établissent. Cette fois les efforts et les appels d'Etienne de Lestang, lieutenant général de Brive, pour organiser une résistance, demeurèrent sans résultat.
Ce ne fut que six ans après que les catholiques recouvrèrent l'avantage. D'Aubeterre, sénéchal du Périgord, entré en campagne avec des forces supérieures, grossies encore de celles de MM. de Pompadour, de Gimel, de Marcillac et de la milice de Brive, commandée par deux consuls, délivra le château du Pescher, non loin de Sainte-Ferréole, et plus près encore celui de Voutezac, propriété des évêques de Limoges. Là on fit pendre une quarantaine d'assiégés, ce qui donna peur à la garnison de notre petite place et la fit détaler au bout de quelques jours sans tambour ni trompette (1586).
Cependant peu après, nous dit l'éditeur de Vacherie dont il sera fait citation tout à l'heure, les calvinistes occupèrent derechef l'endroit, s'y retranchèrent et ruinèrent six maisons du bourg qui n'appartenaient pas à leurs coreligionnaires. Mais peut-être s'agit-il là d'un fait un peu plus ancien qu'il ne faut pas, surtout au cas contraire, laisser sans un rappel : en 1585, lors d'une tentative sur Tulle du vicomte de Turenne revenant de Sarlat, Sainte-Ferréole fut pillée par ses troupes, comme Laguenne, Naves, les Plas, autant de prévôtés précisément de l'ancienne abbaye de cette ville.
En tant que prévôt du lieu, l'évêque avait la nomination à la cure, bien que la collation en revînt à son confrère de Limoges, comme évêque diocésain de Sainte-Ferréole. Le droit de nomination fut exercé, dit Nadaud, en 1419, 1589, 1592, 1661, 1705 et 1713. D'après 1'Etat du XVIIe siècle, le curé n'avait avec son casuel, — lequel, à vrai dire, devait être considérable — que 150 setiers de blé et 6 muids de vin de pension que lui donnait l'évêque (ajoutons audit Etat que le prélat payait aussi, pour Sainte-Ferréole, une pension à son Chapitre).
On a pu recueillir les titulaires suivants : 1470, Antoine Maison (DE Domo), qui, le 14 septembre de cette année, fonda une vicairie à l'autel de sainte Agnès ; 1490, Louis de Latour ; 1592, (provisions) Eymar Martel ; 1604, Martin Borderie, qui fit bail à Calmine Baluze, marchand de Tulle, des revenus de sa cure en 1614 et donna en 1616 à Pierre Borderie, élu, la chapelle qu'il avait fait construire dans l'église du monastère de Sainte-Claire de Tulle ; 1646, Jean Delager, official de l'évêque de Tulle et faisant sommation à Jean de la Salvanie, vicaire général, de ne pas empiéter sur sa charge ; 1656, Bernard Benoît ; 1688, Etienne Salviat ; 1714, Géraud de Geoffre de la Jaubertie de la Pradelle, curé de Saint-Martin de Billac, résignant « la cure ou vicairie perpétuelle de Saint-Martin de Sainte-Ferréole » ; 1743, N. Geof f re ; 1767, N. Brun ; vers 1775, Jean-Joseph Laplanche ; 1804, N. Couloumy ; 1819, Etienne ? Verdier ; 1824, Julien Monteil ; 1862, juillet, Bernard-Félix-Victor Béronie ; novembre, Paul Lestourgie ; 1881, Louis Prévost, auteur de quelques brochures touchant généralement à l'ordre politique ; 1903, Henri Chauvet.
La vicairie fondée par le premier de ces pasteurs au XVe siècle, fut unie à la cure par arrêt du parlement de Bordeaux en 1736. On l'appelait de Chaumont ou de Vauzour. Elle n'était pas la seule. Nadaud énumère encore celle du prêtre Jean Nadal, fondée le 28 mars 1537 ; celle qu'on appelait de la Bigonie, et à laquelle nomma en 1606 un Géraud de Bézanger, sieur de Saint-Léger, gentilhomme servant du roi ; celle que fonda, le 21 août 1610, en l'honneur de saint Michel, noble Charles de Bar, seigneur de Puymaret ; celle de la Blanchie en l'honneur de la Sainte Vierge, à laquelle nommèrent, en 1663 et en 1704, les deux de Bar qui ont eu tour à tour le titre de gouverneurs de la ville et de la citadelle d'Amiens : Guy et Armand-Jules, celui-ci brigadier des armées du roi et bailli de Picardie ; seigneur de Bar après eux, le prévôt de l'église de Toulouse, Guillaume de Juliard, y nomma de même, après eux en 1626, ce qui en prouve aussi la fondation par la maison de Bar. Il y avait enfin la vicairie due en 1663 à noble Bertrand de Saint-Michel, comme à sa fille Jeanne, femme de Guillaume de Cornil. Des Pénitents blancs, qui n'ont pas duré jusqu'à nos jours, furent établis en 1717 dans l'église même.
Cette église fut primitivement romane, on le constate çà et là ; mais le temps l'a bien modifiée. Elle est aujourd'hui en carré légèrement allongé, flanquée de deux chapelles sans style et soutenue, dans sa voûte à nervures de plâtre, de six piliers cylindriques légers. Deux autels s'appuient aux deux extrémités de l'est, entre lesquelles se dessine, à trois pans inégaux, une abside refaite, de style plus ou moins roman. Au dessus d'une porte latérale du midi qu'on pourrait dater du XIVe siècle mais qui n'est peut-être que de la première moitié du XVe, on voit encastré, sous mitre et crosse, ce semble, le lion de Jean de Cluis, évêque de Tulle entre 1428 et 1450. Un grand clocher quadrangulaire porte au loin le son de ses trois cloches dont deux seulement se sont trouvées anciennes mais n'ont pas très aisément livré leurs inscriptions. En voici pourtant le fond certain, sinon tout l'absolu détail.
Dans la deuxième par le volume :
SIT NOMEN DOMINI BENEDICTUM.
SANCTE MARTINE, ORA PRO NOBIS.
[Le] PARAIN A ÉTÉ CHARLES JOSEPH MARIUS DE RAFELIS DE SAINT-SAUVEUR, ÉVÊQUE [de Tulle], SEIGNEUR ET VICOMTE DE CETTE VILLE, CONSEILLER DU ROY EN SES CONSEILS, ABBÉ COMMENDATAIRE D'ORBESTIER (diocèse de Luçon) ET DE MONTYRAMAY (Moutier-Ramey, diocèse de Troyes), SEIGNEUR DE MEYRONNE, ROCAMADOUR, LAGUENNE, SAINTE FÉRÉOLE ET AUTRES [lieux]. — 1783.
Sur la troisième cloche :
SANCTA FEREOLA, ORA PRO NOBIS.
PARRAIN MONSIEUR DE GEOUFFRE, SEIGNEUR DE LAMORTIE, LAFABRELARIE ET AUTRES [lieux]. MARRAINE DEMOISELLE FRANÇOISE VERGNIAUD, ÉPOUSE DU SIEUR ARMANDIE, DOCTEUR MÉDECIN. — 1783. MARTIN, FONDEUR.
Trente ans avant la fonte de ces cloches, le 30 juillet 1753, François de Beaumont d'Autichamp, évêque de Tulle comme Mgr de Rafelis, avait donné à l'église de Sainte-Ferréole son ornement rouge à fleurs d'or et d'argent.
Pierre Vacherie, prêtre natif de l'endroit, qui avait donné, lui aussi à l'église de son berceau un tableau, une lampe et une somme pour entretenir le luminaire du Saint Sacrement, nous a laissé dans son Journal[3], sur cette église et même sur son château, une très intéressante page à citer tout entière :
« L'an mil six cens vingt et quatre, on a fait restaurer l'esglise de Sainte-Féréolle après avoir esté ruinée l'espace de cinquante ans ou fort près ; auquel temps on a dict messe dans les vieilles masures avec grand désordre. Dieu c'est servy de M. Paschal Verlhac pour test effect, qui, par zelle, armé de courage et de prudence, a mené l'eevre comme scindic en l'estat où elle est, et aujourd'huy 20 aoust 1631, on m'a mandé qu'il la faict lembrisser d'aix à ses despens ; les demeuré dans ma maison en la bastissant et couvrant.
« La ruine de l'esglise vint de celle de la tour, car les huguenotz s'en estant emparés par la traison d'une femme, de la Arnaud Digos, méchante trahistresse (et, comme on a voullu dire, de Peyronne Juge, femme de Jacques Treulh, ce qui n'est pourtant venu à parfaicte évidence), ils tindrent longtemps la dicte tour et faisoi[en]t estable (irrévérance endiablée !) de l'esglise. Et les curés furent si nonchalentz que, ne couvrant la dicte esglise, la voute de pierre s'abreva, et enfin presque tout fut acrevanté à l'aide du lierre qui, s'estant saisy des muralhes, les persa en plusieurs endroictz.
« Les huguenotz, par quelque paix et à l'aide du sieur Traslaigue de Saint-Antoine, brave et courageux visseneschal, estant chassés de la tour, M. le gouverneur, qui estoit de la maison d'Autefort, fut d'avis, pour esviter semblables accidentz qui survenoi[en]t au pais par la fortesse du lieu, d'abbatre la tour : ce qu'on fit en sappant les cartiers en les apuyant avec des pilotis de bois qu'on brulla puis après ; et ainsi cette masse tomba sur la maison de Jacques Roubbier, dict Pestoural, qu'elle abbatit. Ce fut environ l'an mille cinq cens quatre vingt. »
On m'a signalé un souterrain, découvert par endroits de nos jours et qui de l'église, selon la tradition, irait aboutir, par un caveau voûté et muré, dans l'enclos actuel de la maison d'école.
En plusieurs points du bourg, sont aussi des maisons intéressantes : une à deux tours du XVIIe siècle, un châtelet aux Verlhac, aujourd'hui aux Rousseau, et la maison Gillet où l'on a transporté, de l'habitation disparue et toute voisine des Geoffre, l'écu de cette famille ici à trois pals avec un chef chargé d'une fasce ; casque, lambrequins, belle conservation). — Louis XV, en 1753, donna aux Geouffre ou Geoffre de Brive des lettres de maintenue de noblesse et d'anoblissement en tant que de besoin. Ils se disaient issus des Geoffre de Chabrignac et portaient le fond de leurs armes. A Sainte-Ferréole, trois branches de Geouffre : celle de la Mortie, au bourg, signalée sur une cloche, éteinte ; celle de la Maurie au village du nom, éteinte aussi récemment ; et celle de la Pradelle, au bourg, encore survivante mais ailleurs. Guillaume de Geouffre de Leyrat de la Pradelle (nous avons aussi trouvé plus haut un Geoffre de la Jaubertie) fut de la première promotion des chevaliers de Saint-Louis, institués par Louis XIV. « Il était distingué même parmi les braves », écrit l'historien de l'Ordre ; quand le roi passa distribuant les décorations, tandis que chacun des nouveaux chevaliers avait un genou en terre, lui seul resta debout, pour avoir perdu l'une de ses jambes à une bataille. « Personne ici, Monsieur, lui dit gracieusement Louis XIV, qui ne fût heureux d'être comme vous en ce moment. »
Le Journal de Vacherie insère pour l'endroit les deux faits suivants qui remontent au règne précédent, celui de Louis XIII :
« Le 1er jour avril 1624, estant le lundy de la sepmeyne sainte, ce brulla 23 granges ou maisons et un homme avec une sienne filhe (il s'appelloit Rouques) et un enfant de Caddenon ; le tout à Sainte‑Feréolle et dans un quart d'heure... Force bestial se perdit, et les bleds mesme par les champs se brulloit... »
« Ceste année (1643), à Sainte-Feréole ont obtenu du roy quatre foyres l'an : la première le jour de Sainte-Feréolle, 19 septembre ; la deuxième le jour de Sainte-Viviane, 2 décembre ; la troisième le jour de Sainte-Agnès (21 janvier) ; la quatrième le jour de l'apparition de Saint-Michel, 8 may, et tous les jeudys de l'an un marché. Ma maison a baillé pour cest effect, ou pour payer 50 escus au seigneur evesque, vingt livres, à quoy nous avons esté taxés. »
Notons pour le jour d'une de ces foires la Saint-Michel de mai, préférable à celle de septembre, à raison de la proximité de la foire patronale du 19 en ce dernier mois. Le choix d'une fête de l'archange dut tenir à la présence dans le bourg de Sainte-Ferréole d'une très ancienne seigneurie de Saint-Michel qui eut peut-être chapelle et qui en tout cas fonda, nous l'avons vu, en 1610, la vicairie de ce vocable. Quand deux bulles de 1115 et de 1154 parlent des chevaliers de Sainte-Ferréole comme ayant droit de sépulture en l'abbaye de Tulle, ne s'agit-il pas des titulaires de cette seigneurie, déjà recommandable au siècle précédent par d'excellentes alliances ? Gérald de Saint-Michel, témoin plusieurs fois de donations des Malemort à Uzerche ou à Tulle, était frère d'un de Bernard, gendre d'un Tournemire et beau-père d'un de Bré, toutes familles dont les érudits connaissent la bonne noblesse en ce temps-là. Le catalogue de ceux des Frères Prêcheurs de Limoges qui se sont fait un nom dans les souvenirs de leur couvent, mentionne dès le XIIIe siècle et comme enfant du diocèse de cette ville, un Jean de Saint-Michel (nom de famille), « prêtre et prédicateur, qui répandit la bonne semence de la parole de Dieu aux lointaines régions de Palestine et fut lui-même recueilli comme bon froment aux greniers du Seigneur dans la cité d'Antioche ».
Etait-il de la famille dont nous parlons ? On aimerait à le croire. — La seigneurie de Saint-Michel passa en partie, ce semble, aux d'Amarzit-Sahuguet, en partie aux de Bar de la Chapoulie, dont un fonda la vicairie de Saint-Michel, et un autre, plus anciennement, vendit des rentes à l'évêque de Tulle Bertrand Boutinaud. Villages ou hameaux de Sainte-Ferréole : l'Armandie, l'Aubeyrie, Aujol, l'Auvinerie, les Barraques, Berchat, connu dès le Xe siècle ; au XVIIe, ses carrières fournissaient à la manufacture de Tulle des meules à émouler les canons de fusils ; la Besse, le Bigeardel, la Borie-Basse, Bos-Chabanne, Bos-de-Cros, Bos-la-Rue, Bosfranc, la Boudrerie, la Bouretterie, chez Bou ventre, chez Bouyjou, le Bouyssou, les Broudaches, la Cacalerie, Cars, Chabanne, les Chapelaudes, la Chartroule, qui paraîtrait avoir eu au xte siècle un seigneur de son nom ; la Colomberie, le Colombier, la Combarsou, ancienne gentilhommière qui fut emportée sur les calvinistes en 1580 ; Combauille, la Combe, les Combilloux, Costenègre, Coulié, la Coussetie, la Croix-de-la-Chapelle, Cros, les Esclauzes, l'Estang, Fage, bas et haut, la Gaumine, le Géant, chez Gerne, Goursal, la Grafoulière, la Grandie, chez le Grasset, la Graule, Guillemi, la Joannie, Lespinasse, les Mailleries, la Maisonneuve, Martignac, ancien fief, dont le nom porté par des seigneurs au xlle siècle, a reçu de la célébrité des Gaye, ses acquéreurs du xvllle, qui en firent hommage à l'évêque de Limoges et dont l'un, né à Bordeaux, devint le célèbre ministre de la Restauration. Les Duverdier, au XVIIIe siècle, se titraient aussi sieurs de Martignac ; le Mas, le Masgiroux, la Maurie, les Merles, la Mignarderie, Mons, le Moulin-Haut, qui n'en est pas un et n'a même pas de cours d'eau, les Moulins : Bas, de la Graffouillère, de Largueix, des Mailleries, du Nègre, de Prouféchou, de Treilhard et de Tribier, les Moulinottes, Moussours, qui eut une justice seigneuriale, le Noyer, la Palingerie, la Palisserie, Pédoule, le Peuch, le Pératel, le Pilard, le Pontai, le Pouget, le Poujol, Prouféchou, la Queyrie, les Raulières, la Rebière, la Reynie, le Roc, le Rossignol, Rozier, Sur-la-Route (de Brive), la Rue, la Salesse, Sarget, Sauvagnac, où tènement cédé en 1755 par le duc d'Ayen aux Doctrinaires de Brive ; il y a aussi une vieille résidence seigneuriale comme à la Chartroule, à Martignac, ailleurs encore ; Sévenne, où fut une chapelle de Sainte-Catherine en même temps qu'un prieuré ou communauté de filles (1259), dépendante du monastère de Cubas, en Péri-gord, avec paroisse même en 1484, mais le souvenir en est bien effacé ; Sicard, la Sourderie, la Taupinerie, Tirelignol, Trebeyre, les Treuils, Tribier, le Triste, la Vacherie, basse et haute, Vau jours, Verlhac, bas et haut, ancienne seigneurie, Vertouzi, chez Vialle et les Vignes.
On a cité des albâtres gypseux à Sainte-Ferréole : ce seraient les seuls connus dans la Corrèze.
A Sainte-Ferréole fut publié vers le ler janvier 1554, l'édit royal rétablissant la sénéchaussée de Tulle, supprimée depuis un an. Le conseiller au grand Conseil qui vint l'y publier était Henri de Mesmes, seigneur de Malassise, auteur plus tard avec le boiteux Biron de la Paix ironiquement dite par la France de l'époque : Boiteuse et mal assise. Le choix de notre localité pour la publication devait tenir à la seigneurie de l'évêque de Tulle et à l'entre-deux de l'endroit par rapport aux deux villes rivales : Tulle et Brive.