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Recherche > Corrèze (19) > Saint-Hilaire-les-Courbes > Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 3)

Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 3)

Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964

Date : 30/03/2023

 

Canton de Treignac, arrondissement de Tulle, ancien archiprêtré de La Porcherie (Haute-Vienne). – Superficie : 3 635 hectares ; population : 969 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 12 kilomètres.

Cette paroisse, généralement dénudée, d’un aspect assez monotone, a son bourg voisin d’un grand étang qui relève un peu la physionomie du paysage. Son distinctif les Courbes (Xe siècle de Corbas, XIe las Corbas, XVe de Curvis) peut lui venir des courbes de l’horizon autour du petit bassin où sommeillent ces eaux.

Son église, dédiée à saint Hilaire, évêque de Poitiers, mais fêtant au 26 juin les saints martyrs Jean et Paul, ses patrons secondaires, fut de celles que l’abbaye de Solignac reçut de Charles le Simple, selon Baluze (922), ou de Charles le Chauve, selon Bréquigny (872) ; le don en était accompagné de celui de quinze mas. Solignac gardait ou prétendait encore cette église dans le cours du XIe siècle. Mais pour une cause ou pour l’autre elle fut donnée en 1107 par l’évêque de Limoges Eustorges à l’abbaye d’Uzerche, qui en nommait à certains époques les curés. Lors de la sécularisation de ce monastère, sinon même plus tôt, les successeurs d’Eustorges en reprirent la nomination et la gardèrent jusqu’en 1822.

Le prélat s’était fait approuver de son clergé pour cet acte de 1107 : son archidiacre. Aimeric de Jauniac, deux de ses chanoines, Elie de Gimel et Ramnoux de Guéret, confirmèrent sa donation, ainsi que celle de Saint-Martin de Treignac. Uzerche avait reçu vers le même temps d’autres dons dans la paroisse, soit du comte de la Marche, Odon, soit de la comtesse, sa femme, Adalmode, et de son fils Boson. Un autre Boson, mais de la famille voisine des Leyris, et à une autre date, celle de 1230, donna à l’église même de Saint-Hilaire une dîme qu’il y possédait ; les dîmes d’autres Leyris, 109 après, furent vendues par la maison de Comborn de Treignac à l’évêque de Carcassonne Pierre Rodier, qui était de cette ville. D’après M. Champeval, le curé, demi-décimateur seulement au XVIIIe siècle, ne se faisait pas moins, domestique même payée, près de 700 livres nettes : il devait aux pauvres annuellement 80 setiers de seigle. Des fiches reçues autrefois de l’auteur du Bas-Limousin seigneurial et religieux me fournissent ici les premiers titulaires que va porter ma liste : 1574, vénérable homme Jean Dufaure ; 1576, Pierre Buisson ; 1583, Jean Buisson ; 1587, Jean Coignoux ; 1595 ou 1695,  N. Decoux ; 1645, Martial Maruc, douteux ; 1656, Jean Chaveribière ; 1719, Sébastien Ceyrac ; 1748, Antoine Salaignac ; vers 1760, Etienne Besse, qui fut à la Révolution porté sur la liste des prêtres non assermentés ; 1791, Jean-Baptiste Lafon, peut-être constitutionnel ; 1814, Etienne Leynia du Theil, ex-bénédictin ; 1817, Michel Grandchamp des Raux ; 1851, Léger Breton, mort retiré en 1897 ; 1896, Michel Bourdarias.

L’église, flanquée d’une seule et petite chapelle au midi, paraît, avec ses ouvertures cintrées, ses pilastres et ses doubleaux, se rattacher à la fin de l’époque romane ; mais les nervures de ses voûtes dénotent le gothique avancé. Le clocher-pignon, qui se dresse à l’ouest sur une porte secondaire (la principale est ouverture au flanc sud), porte deux cloches dans ses deux baies. Voici l’inscription de le seule ancienne de ces cloches :

 

… SANCTE HILARI, ORA PRO NOBIS

SÉBASTIEN CEYRAC, DE TULLE, CVRE – 1719

LAVRENS GVANNE, DES CHAVSSADES, PARREIN

 

On remarquera au cimetière nombre de tombes sacerdotales, que distinguent, avec de belles croix, les objets du culte qu’on y voit figurer. La croix principale de ce champ des morts, très haute sur tige et fleurie dans ses extrémités, se recommandera particulièrement malgré ses diverses dégradations, de même que celle qu’on voit au coin du jardin du presbytère. L’une et l’autre, selon la tradition, auraient été le don d’un charretier, qui aurait passé sans accident sur les deux étangs (il y en avait deux autrefois) glacés et couverts de neige, tandis que son chien  s’y serait noyé. Même tradition ou à peu près à Beaulieu, à Saint-Viance, peut-être ailleurs : je la signale sans en prendre la charge.

Le seigneur de Saint-Hilaire-les-Courbes était celui de Treignac : Comborn, Pompadour ou Boisse, selon le temps ; il n’y a pas de château local.

Voici les villages de la paroisse : Bonnefont, la Brunerie, les Burderies, la Butte, la Chabanne, les Chaussades, ancien fief et mas, où le comte de la Marche, Odon, entre 1092 et 1110, donna des possessions à l’abbaye de Vigeois ; Jean de Corso et Guichard de Bernard, son frère, damoiseaux, accensèrent le village en 1421 ; Coignac, Couturas, dont le nom provient sans doute de ses bonnes cultures du seigle, ce qui fait dire dans le pays : Se la mayre d’el blad se perdiat, la troubayas à Couturas : si la mère (ou la source) du blé se perdait, vous la trouveriez à Couteras (Champeval) ; La Croix des Trois Oiseaux, le Denoix, la Faurie, la Gasne, fief aux de Boisse presque disparu comme habitation en 1655, d’après certaine note ; la Grillière, Lauves, où personnage du nom, Adémar de Laubiis, en 1116 ; Magnaval, la Maison Soubrane, la Manigne, le Mas, le Mazaureix, le Montgradi, les Moulins de Bonnefont, de Couturas, de Lauves ; la Noaille, le Bas-Noux et le Haux-Noux, les Places, le Pré du Jeu, les Raux, sieurie des Grandchamp, distinctive d’une branche de cette famille recommandable dont un membre vient de mourir général en 1877 ; Sauvant, Senut, Trarieux, par delà la Soudène comme l’indique le nom et la Virolle, où se trouve une belle cascade.

Le Saute de la Virole. – « En remontant la Vézère, à quelques kilomètres à l’est de Treignac, dit Malte-Brun, on voit une cascade digne de l’attention des voyageurs : c’est le saut de la Virole. Les eaux de la rivière, après avoir longtemps coulé dans un étroit défilé, franchissent une haute muraille de rocher et se précipitent de près de trente-trois mètres d’élévation (exagéré : Joanne, qui donne pourtant la cascade comme « une des plus belles de France », ne dit cette chute que d’environ 15 mètres) au fond d’un vaste entonnoir dont la profondeur est inconnue, et dont les bords hérissés de rochers abrupts, sont tapissés d’arbustes et d’arbrisseaux, comme pour diminuer l’horreur de ce site sauvage. Les rochers et les broussailles, toujours couverts d’une sorte de poussière humide étincelante, offrent pendant l’hiver un spectacle magique. On dirait un immense palais de stalactites et de rubis. Dans la belle saison, les troupeaux de chèvres et de brebis s’avancent sur les bords les plus escarpés. Sur les sommets déserts, les bergers veillent pour écarter les loups dont les hurlements dominent le sourd fracas de la cascade.

« Un sentier sous bois, interrompu de loin en loin par des rochers ou de petits cours d’eau, descend du village de Coissac (Lestars) et conduit sur les bords de l’abîme. Un banc de sable et de rochers permet d’arriver au milieu du lit de la rivière ; si vous craignez pas d’être couverts par la poudre des eaux, vous verrez se dérouler devant vos yeux un spectacle vraiment féérique. En face, un large ruban liquide que rien ne coupe ; à vos pieds, le gouffre sans fond, sur lequel tourbillonnent lentement de larges plaques d’écume ; à droite et à gauche, le rocher à pic ; en arrière, la rivière moutonnant reprenant son cours un moment interrompu et allant se perdre dans les gorges profondes.

(Soc. De Tulle, 9 décembre 1885), Corrézien du 31

 

P. S. correctif. – La paroisse fête le 26 juin (jour d’été plus favorable que le 14 janvier) parce qu’on célèbre, ce jour-là la Translation ou plutôt l’Elévation de terre du corps de son patron. L’accession de patronage des saints Jean et Paul vient, ici comme à Poitiers même, où l’on fait aussi leur mémoire, de ce que le bien-heureux prélat fut enseveli dans une église de leur vocable (V. Pet. Bollandistes, VII, 369,383.