Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 30/03/2023
Canton de Lubersac, arrondissement de Brive, ancien archiprêtré de Lubersac. – Superficie : 2 323 hectares ; population : 904 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 8 kilomètres
C’est bien à tort qu’on parle pour cette paroisse du Vendomois, lequel n’a rien à faire ici. Il s’agit du Vendonnais, petit territoire très restreint, dénommé encore et même renommé pour ses excellents moutons. D’où le nom de parrochia Sancti Juliani de Vendones, écrit vers le XIIe siècle au Cartulaire de Vigeois ; ou deu Vendones, en 1291, 1366, au Bulletin de Tulle et ailleurs ; ou en Vendonnais à l’inventaire de Pompadour, pour actes de 1298 à 1303 ; ou Vendonnais simplement, pour document du XVe siècle en la Vicomté de Limoges, de M. Clément-Simon : ce qui traduit l’ecclesiam Vendonensem d’une charge de Vigeois entre 1112 et 1124.
D’après la chronique de ce monastère, toute la terre du Vendonnais fut ravagée par les pillards de la fin du XIIe siècle lorsqu’ils rançonnèrent, vers 1183, les moines d’Arnac ainsi que les églises de Lubersac, de Beyssac et d’ailleurs.
Le point culminant de ce petit pagus pouvait être un mas appelé le Puy deu Vendones en 1290, lors de la vente qu’en fit à un Gardin, chevalier de Ségur, Pierre de Saint-Julien, damoiseau, uni à sa femme Philippa (Bull. Tulle. VI. 629). Quant à l’église qu’il devait englober d’après le mot ci-dessus, elle fut donnée au monastère de Vigeois, à la date également précitée, par Geoffroy Aymar de Ségur et sa femme Pétronille. Un des témoins du don était Pierre, « prêtre » de Saint-Julien, ce qui veut dire généralement à cette époque « curé » de la paroisse.
De ce premier pasteur comme à ceux que m’ont fourni des sources moins anciennes, il y a loin. Notons toujours : vers 1602 (provisions), Reynaud Dupuy ; 1723, N. Dumas ; 1761, Joseph Champalimard, dont le décès amena la nomination, 19 janvier 1782, de Jean-Baptiste de Vernon, lequel ou n’accepta pas ou fut remplacé au plus tard en 1783 par Yrieix de la Morélie des Biars, plus tard curé de Saint-Yrieix-la-Perche ; au Concordat, 1803 , Antoine de Beaune-Larivière ; 1812, Pierre Gouyon ; 1825, Jean Dubal ; 1867, Antoine Treil ; 1871, Jean Roux ; 1875, Lucien Teillol ; 1883, Joseph-Denis Prochasson ; 1886, Sylvain Margerie ; 1886, Charles Magne ; 1889, François Gayon ; 1896, Jean Valette.
L’évêque diocésain de la paroisse a toujours nommé ces titulaires. Avant la Révolution, c’était celui de Limoges et la paroisse même était en Haut-Limousin. Elle a fort longtemps embrassé pour partie Ségur, où l’église qui précéda l’actuelle, au faubourg, n’était que succursale de Saint-Julien et desservie par le vicaire de ce lieu (V. t. II, 481).
Celle de Saint-Julien a des restes romans mais appartient à la 3e période de l’ogive par ses chapelles latérales et son sanctuaire à nervures, où la clef de voûte porte le pal de vair de la maison des Cars, parti en alliance de deux fasces sous un chef. Si l’on pouvait lire cette partition ; fascé sous coupé plein, l’écu se réfèrerait à Gauthier de Pérusse des Cars qui épousa en 1451 Andrée de Montberon et vivait encore en 1469, quoique ayant testé en 1468. Des réparations sont datées de 1776, 1777, et les boiseries en général datent du siècle de ces réparations. Peinture du patron au nord, de saint Christophe au sud (on fait en juillet la frairie de ce saint, mais les reliques restées ne sont que de saint Julien, le martyr de Brioude) ; signature de Maisonade, peintre. Ce Maisonade exerçait à Limoges et travaillait à la chapelle de Pompadour vers 1740. Je ne sais s’il a peint ici une Annonciation en deux panneaux que cache en partie l’élévation du retable. A observer sous le porche, dans une ancienne cuve baptismale ornementale, un bénitier en métal comme en a un Allassac.
Nous avons nommé une famille noble du nom même de Saint-Julien fin du XIIIe siècle ; cette famille, sans disparaître de longtemps, ne semble pas avoir duré beaucoup dans son berceau. La famille de Pérusse des Cars s’y étendit au contraire. Elle ne fut pas la seule, mais toutes celles qu’on y mentionne s’y sont trouvées sous la suzeraineté des vicomtes de Limoges. Citons M. Clément-Simon : « La paroisse de Saint-Julien-Vendonnais était désignée aussi sous le nom de : la prévôté de la Basse-Marche. Il y avait trente feux au bourg et 40 hors du bourg : les premiers exempts du guet. Le Chapitre de Saint-Yrieix, le curé de Saint-Julien, les sieurs de Pompadour et de Lolm (les Royère) levaient toutes les dîmes. Dans la paroisse se trouvaient : le repaire noble de la Croisille, avec son domaine appartenant pour la fondalité et la justice au sieur des Cars ; la maison noble de La Penchenerie, au sieur de La Penchenerie (famille de Cotet) ; le repaire de Roche-Morseu, aux Hélie, sieurs de Vilhac ; le sieur de Châteaubouchet (branche de Pompadour) possédait les villages de la Jalinie, las Combas, las Médas, la Lardie, avec de belles rentes et le droit de justice qui lui avait été donné par Jean de Bretagne (vicomte de Limoges). »
Saint-Julien et Saint-Eloi, primitivement de la châtellenie de Saint-Yrieix, en avaient été distraits et unis à celle de Ségur. Les Hautefort, vicomtes de ce lieu où ils succédèrent aux des Cars, aux Bretagne et aux Limoges, furent dits naturellement aux XIIIe siècle « les principaux seigneurs de la paroisse qui, du reste, comprenait encore partiellement Ségur ». La Croisille, mentionnée ci-dessus, fut une annexe du Temple maltais de Magnac, en Haut-Limousin, mais annexe «en laquelle, disaient des visiteurs de l’Ordre au XVIIIe siècle ne y a église, ne maison ; consistant en rentes féodales. » La Roche-Morseu, qui semble avoir porté dans son distinctif tel quel (il y a variantes) le nom d’une ancienne famille locale, appartint aux Bardon de Segonzac après les Hélie de Vilhac et passa, dans les premières années du XVIIIe siècle, aux Pasquet par les Duroy, qui furent aussi sieurs du Verdier.
Ensemble des villages ou plutôt des hameaux de la paroisse, car elle n’est guère qu’un semis d’habitation, médiocrement agglomérées : l’Age, sieurie d’un des Bardon ; las Barriéras, la Barrière, Bellevue, le Bos, dit aussi les Peyrières ; la Bourdariotte, la Bourdeille, la Bouyge,-Boyer, la Brousse, où la veuve de Pierre de Saint-Julien nommé plus haut vendit en 1298 des rentes et qui, 21 ans plus tard, avait un damoiseau de son nom, Aymar la Brousse ; le grand et le petit Buys, la Cabane, Cassou, la Cellèrerie, qui doit se rattacher aux possessions dans la paroisse du Chapitre de Saint-Yrieix ; le Champ, les Chaumes, Cintras, la Clède, les Combes, la Croisille, la Croix des Hommes (pour des Ormes sans doute, comme à Saint-Laurent des Hommes en Périgord), autrement le Guerrier ; le Doignon, l’Escure brûlade, l’Eyssartie, la Forpet, la Fouille, la Garenne-haute, Gandie, le Grand-Bois, le Grand-Taillis, la Jalinie, qui avait pour seigneur en 1749 messire Hélie Léonard ; la Jeannerie, la Lardie, basse et haute ; la Licharia, Lanoue, Lornac, la Maisonneuve, Maslebraud, la Majade, les Mèdes, Mailhars, le Pays-sec, la Pinchènerie, le Poujalou, Prémarteau, le Puy d’Ally, le Puy-Calabert, la grande et la petite Reille, les Renardières, la Rigaudie, la Rivaille, la Roche, la Rouge, le Vendonnais, le Verdier et le Vern.