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Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 3)

Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964

Date : 12/03/2023

 

SAINT-MARTIN-SEPT-PERS

 

Canton de Lubersac, arrondissement de Brive , ancien archiprêtré de Vigeois. – Superficie : 1570 hectares ; population : 911 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 6 kilomètres.

Encore une des églises données avec 23 mas, en 872 ou en 922, par Charles le Chauve ou par Charles le Simple, à l’abbaye de Solignac, dans le Haut-limousin. Elle est appelée l’église des Sept-Poiriers : ecclesiam de Septem Piris, ce qui a fait Sert-Pers d’abord et fort longtemps encore dans le français correct, puis Sepert par une altération graduelle commencée dans le langage vulgaire au temps même des cartulaires : Sepper en celui d’Uzerche en 1011, Setpeirs en celui d’Aureil vers 1100, etc. Mais Sept-pers est bien écrit en celui de Vigeois vers 1130. D’ailleurs en chacune des altérations anciennes vous reconnaissez le point de départ : de Septem Piris ou ad Septem Piros, que rendent indubitable assez de documents postérieurs : 1278, 1307, 1322, 1361, etc. N’insistons donc pas sur certaine opinion de dernière heure émise récemment au Corrézien. Constatons seulement qu’aux dates les plus anciennes le nom du patron n’est pas toujours uni au mot Sept-Pers et que ce mot reste encore le nom d’un tènement, arrenté à Pompadour au XVIIIe siècle, qui dut être le noyau primitif de l’endroit.

C’est saint Martin de Tours qui, ici comme en l’autre paroisse, est titulaire de l’église. On a de ses reliques et l’on y fait ses deux fêtes : celle du 4 juillet, celle du 11 novembre. A sa fontaine, connue de loin et très fréquentée, la légende rattache le souvenir de son passage : une échancrure qu’on y voit aurait été faite par son genou. Aussi les malades ne se contentent-ils pas d’en boire l’eau, ils s’y plongent quelquefois en partie. Cette fontaine se trouve au village de Boissière, assez distant du bourg ; mais dans l’église de celui-ci, rarement la statue du saint reste sans luminaires le dimanche. Le vitrail moderne qui le représente au chevet est aux armes de la famille de Murat de Bellisle.

Façade à fronton triangulaire, ouverte par un portail à colonnettes de l’époque romane ; chœur et clocher carré bas de même style, à fenêtres géminées ; sanctuaire polygonal, décoré à l’intérieur d’arcatures sur colonnes comme le chœur et du même temps : voilà le plus ancien de l’église de Saint-Martin-Sept-Pers. Des écussons nus semés dans la voûte en berceau brisé de la nef, indiqueraient que cette partie de l’édifice n’a été voûtée ou revoûtée qu’au XVe siècle. Deux chapelles flanquent le vaisseau : celle de la Vierge du côté de l ‘épître, anciennement aux Joussineau ; celle de saint Martin du côté de l’évangile, à la famille de Corbier, Vieille statues en pierre de saint Antoine et du patron.

La cure, séculière, a eu pour occupants : en 1278, Hugues La Vile, dit chevalier et curé de Saint-Martin-de-Septem Piris ; avant 1450 où il était défunt, Jean Lavigne ou Delavigne ; 1450, Nicolas de Besses ; 1531, Hercule de Vars, chanoine en même temps de Saint-Germain-les-Belles ; 1580, Pierre Malhas, prêtre, pour qui des lettres de tonsure : il déclare qu’il n’ose s’acheminer vers Limoges, « les personnes ecclésiastiques et indifféramment étant tués, emprisonnés, rançonnés », à cause des troubles civils du Quercy et du Limousin ; 1594 (prise de possession), Bernard Hébrard ; vers 1602 (provisions), Pierre Saint-Y poly ; 1617, Nicolas du Vert ; 1623, Jean de Verthamond ; avant 1636, François Soursac ; 1636, Gui ou Jean Brandi ; 1672, Jean Vezy ; 1674, N. Combret ; 1681, Léonard Materre ; 1705, François Pineau ; 1716, Pierre Avril ou Davril, de Limoges, qui quitta en 1724 ; 1725, autre Pierre Avril ; 1766, Joseph de Guillemin de Chaumont ; 1822, N. Rosier ; 1836, Mathurin Foix ; 1838, Antoine Beaudeveix ; 1851, Léon-François Dufaure : 1853, Jean-Joseph Chapon, mort retiré en 1900 ; 1895, Barthélémy Beaujean.

Par appointement du 11 juillet 1450, les dîmes de Saint-Martin-Sept-Pers se partagèrent en 2 huitièmes pour le curé et 3 pour le seigneur de Corbier et 3 pour le seigneur de Saint-Bonnet-la-Rivière, Audoin de Pérusse des Cars de moitié avec deux femmes de la maison Hélie de Vilhac, dont l’une, Marguerite, avait épousé Guillaume d’Aubusson, chevalier, et l’autre Louise, Guinot d’Aubusson seigneur de la Feuillade. En 1563, Etienne de Corbier, dit seigneur dudit lieu et de Saint-Martin, fit échange de sa part avec l’abbé de Vigeois pour les principaux droits de celui-ci sur la prévôté de Corbier, dépendance de son abbaye. Mais au XVIIIe siècle, le successeur de cet abbé, désirant se débarrasser de la portion congrue du curé-prévôt de Corbie,r lui abandonna cette dîme de Saint-Martin, en sorte qu’au moment de la Révolution le pasteur de notre paroisse recueillait le quart de l’ensemble et que les trois autres quarts se divisaient entre la famille des Cars et le prévôt de Corbier (voir bientôt à cette paroisse, depuis un siècle unie à celle de Saint-Pardoux-l’Enfantier, qui s’en est associé le nom). 

La maison de Pérusse des Cars, mentionnée dans la paroisse vers la fin du XIIIe siècle, en la personne d’Audoin I, chevalier, n’y a pas laissé beaucoup de souvenirs et ce n’est qu’une fois que je trouve au XVIe siècle le nom d’un des siens avec la qualification de seigneur, entre autres fiefs, de Saint-Martin.

Quant à la famille de Corbier, elle avait autrefois sa litre ou ceinture funèbre armoriée dans l’église, comme seigneuresse du lieu. Pompadour, en tant que baron de Bré probablement, lui en disputa l’honneur, mais en 1568, se désista de sa prétention et reconnut le bon droit de ses adversaires. Des notes qu’a bien voulu me communiquer l’un de leurs descendants contemporains, M. Luc de Corbier, constatent non seulement le droit et le fait soit des dîmes inféodés de sa maison jusqu’à l’époque que nous venons de voir, soit de sa sépulture dans l’église jusqu’à la veille de la Révolution, mais aussi la date de la vente qu’elle fit de son château local à la famille de Joussineau. Ce fut celle du 6 janvier 1628. A Tulle, proche l’église cathédrale, en présence de Pierre de Fénis, lieutenant général du siège, et de Claude de Pestels, seigneur de la Chapelle-aux-Plas, noble Etienne de Corbier, qui a sa seigneurie  dudit lieu comme de Saint-Martin unissait celle de la Rochette, paroisse de Prandrignes, céda pour 21 800 francs à noble Roland de Joussineau, seigneur de Rilhac, « le repaire noble et seigneurie de Saint-Martin-Sepers, en Haut-Limousin, diocèse et sénéchaussée de Limoges, consistant en chasteau audit Saint-Martin, composé de salles, chambres, tours, etc., accompagné d’une grande bassecourt, dans laquelle sont les écuries et pigeonniers, le four, au fond un jardin et vergier, etc., le tout environné de murailles de la hauteur de six pieds, accompagné, de tourelles … » 

J’ai vu ce manoir, refait depuis et revendu par ce chevaleresque comte [de Joussineau] de Tourdonnet auquel firent une célébrité les Mémoires de Mme Lafarge ; ce qui m’y a le plus impressionné, ce sont ses belles prairies, ses charmilles, non moins que la jolie perspective qui s’y ouvre sur le bourg, déroulé à ses pieds. M. Emile Goyard, de Saint-Aubin-sur-Loire (Saône-et-Loire), un digne chrétien, en était le propriétaire quand j’y ai passé, Il l’avait acheté sur une nouvelle vente en 1876 (1).

Dans la paroisse se trouvait une autre seigneurie, celle de la Boissière, appartenant, XVIe siècle, à une famille noble du nom de Vars qui eut un protonotaire apostolique et un gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi, ensevelis tous deux dans l’église paroissiale. Ce fut une maison bordelaise, appelée des Aigues, qui remplaça celle de Vars au siècle suivant ; elle rendait hommage aux Pompadour pour leur baronnie de Bré. Les Joussineau se qualifiaient aussi seigneurs de la Boissière : d’où peut-être la dualité de castels qu’on y trouve signalée.

Malegorse fut une celle de Grandmont, fondée vers 1150, sous le patronage de la sainte Vierge et de Saint Jean, de celui-ci surtout. Il appartenait à ce qu’on appelait dans l’Ordre la nation de Provence et comptait en 1295 quatre religieux. Il fut uni en 1317 par Jean XXII au prieuré du Châtenet, paroisse de Feytiat, aujourd’hui Haute-Vienne. Ce fut aussi le cas de Pourrières, paroisse de Lamongerie. Mais cette communauté du Châtenet qui était alors d’hommes et contenait 18 moines, fut en 1576 transformée en communauté de femmes par note compatriote Fançois II de Neuville, abbé général de Grandmont, sous la direction d’une de ses parentes, Anne de Neuville. Il en résulta pour Malegorse l’attaque à plusieurs reprises au XVIIe siècle de l’union effectuée en 1317. Mais un arrêt du Grand-Conseil la confirma le 28 septembre 1663 ; déjà le Châtenet en avait repris possession le 13 janvier de l’année précédente. En 1731, l’église de l’ancienne celle subsistait encore : ce n’est plus son cas. – Noms recueillis de quatre prieurs : en 1580, Pierre Faurie, pour lequel lettres de tonsure ; vers 1600, François Ondoy, prêtre, pour lequel provisions ; vers 1602, Pauly (Paulin) d’Escabillon, également pourvu ; 1654, Albert Barny, frère de l’abbé général de Grandmont et lui-même procureur général de l’Ordre, qui publia l’ouvrage d’un religieux plus ancien : Opusculum regulae, etc., S. Stephani … Grandimontensis. – L’afferme du bénéfice produisait, vers le milieu du XVIIIe siècle, 520 livres.

Villages de Saint-Martin-Sept-Pers : La Babinaudie, Beauregard, la Boissière, les Bordes, la Borie, la Brugère, Chabrière, la Chanconie, Chez-le-Bos, Chez-le-Turc, l’Eguille, tirant son nom d’une haute borne aiguë sur ancien grand chemin du moyen-âge ; Esparsillac, Garamaze, connu dès le XIe siècle comme le précédent, avec une famille noble du nom, bienfaitrice de l’abbaye de Vigeois ; Gauthier, le Grand-Bugeron, Lascaux, Malegorse, Montagnac, les Moulins de l’Eguille, d’Esparsillac et de Gany, le Puy, dit en 1517 le Puy-Malegorse et siège d’un « repaire noble » vendu alors à Geoffroy de Pompadour, évêque du Puy, par François de Bonneval de Meyzac (Lubersac) ; le Radeau, les Sionnettes, le Vert et encore le Vert.

La Brugère et Espartillac furent en 1361 hommagés pour un tiers à Bré par Géraud del Vart, de la paroisse. Montagnac fut après Waterloo l’habitation du général Materre, mort à Eyburie (ce qui m’a fait parlé de lui à propos de cette paroisse, I, 431-2) mais enterré à Saint-Martin dans le tombeau de ses ancêtres. – Entre 1092 et 1110, mention au Cartulaire de Vigeois d‘un Pierre, jongleur de Septem Piros  (on omettait parfois le patron).

(1) Une récente notice sur une paroisse du voisinage dit de ce château moderne qu’il remplace celui des Conros. Voici l’explication d’une assertion qui peut surprendre. Roland de Joussineau, l’acquéreur, n’eut qu’une fille, mariée à Charles de Saint-Martial de Conros, et qui déjà veuve en 1676 fit hommage pour Saint-Martin à Pompadour comme baron de Bré. Sa fille probable Marie-Henriette de Saint-Martial de Conros eut à son tour pour époux François de Veny de Marcillac, mais leur enfant, Catherine de Veny, inhumée comme sa mère à Saint-martin, en s’alliant à François-Aimé de Joussineau de Fayat, rendit à la maison de son mari ce que celle-ci avait pu perdre.