Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 30/03/2023
SAINT-MERD-LES-OUSSINES (ET FOURNOL)
Canton de Bugeat, arrondissement d'Ussel, ancien archiprêtré de Chirouze (Creuse). — Superficie : 4236 hectares ; population : 845 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 14 kilomètres.
Les Oussines sont un village à château dont la paroisse a pris ici son distinctif. A date reculée, elle l'avait pris d'un autre, tout voisin mais étranger à sa circonscription ; on l'a dit encore Saint-Merd-de-Millevaches, du nom d'une paroisse voisine. L'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem en Limousin, par M. Vayssière, qui a mal lu ce nom ou n'en a pas reconnu l'altération, nous fait connaître dans son n° IV, Commanderie de Bellechassagne, l'ancienne dépendance de l'église :
Saint-Merd-de-Moinache (Millevaches), aujourd'hui Saint-Merd-les-Oussines, dépendait, aussi bien au point de vue spirituel qu'au point du vue temporel, de l'ordre de Malte, c'est-à-dire du grand prieur d'Auvergne, commandeur de Bellechassagne. Celui-ci était curé primitif et collateur de son église, dîmier général de la paroisse et seigneur foncier, haut et bas justicier, du bourg et d'une série de villages dont quelques-uns appartenaient aux paroisses de Bugeat et de Peyrelevade
L'église était placée sous le vocable de saint Médard, patronne secondaire, sainte Catherine) ; elle mesurait douze cannes sur trois, était voûtée, possédait trois chapelles et quatre autels et en somme était assez bien tenue. En 1617, le curé refusa de recevoir les visiteurs [de Malte], « disant que c'estoit son église et qu'il ne recognoissoit autres chefz et supérieur de ladite église que luy seul ; qu'elle n'estoit point subjecte à visitte et que mesme le sieur evesque de Limoges n'avoit aulcun pouvoir ne auctorité de la visiter, et qu'il estoit curé en chef de latide église" ; et tint "mille autres discours inconsidérés. » Le curé avait été effectivement pourvu parle pape sur la présentation d'un gentilhomme du voisinage nommé « des Assis ». Les visiteurs passèrent outre et firent citer ce curé rebelle, qui s'appelait Pierre Drulhac, devant le chapitre provincial.
Les dîmes produisaient vingt-huit setiers de blé, mesure de Meymac, les trois faisant la charge, et le curé les partageait avec le seigneur collateur, qui les avait usurpées. Il jouissait en outre de divers immeubles.
La maison de la commanderie, située derrière l'église, était toute ruynéee, jusques à ses fondements … ; et y avait longues années de ladite ruyne."
Il y avait un moulin banal au-dessous de Saint-Merd, qui était tenu à titre d'emphytéose sous la rente annuelle de trois setiers de blés.
Le commandeur avait droit aux dîmes de Saint-Merd et à celles des villages de Lissac, las Tindillières et les Rioux, compris dans la même paroisse. Il percevait celles des villages de Ceyzerat et de Bouroux dans la paroisse de Peyrelevade, et une partie de celles de deux villages de Bugeat. Il levait des rentes sur Saint-Merd, Ceyzerat, Bourroux, Marcy, Lacoste, Lissac, las Tindilières, le Rioux, les Oussines, Maisonnial et sur divers lieux de la paroisse de Bugeat. Les commandeurs de Bellechassagne avaient particulièrement négligé ce membre, ce qui avait amené l'usurpation d'une partie des biens et droits qui en dépendaient.
Le membre de Saint-Merd était chargé, envers l'abbé de Meymac, d'un rente de trois setiers de seigle, de trois setiers d'avoine et de trois sols.
Il eut un instant titre de commanderie, en 1446, et le titulaire en usa pour la nomination du curé ; mais cette nomination fut toujours faite ensuite, sinon même antérieurement, par le commandeur de Bellachassagne ou le grand prieur d'Auvergne.
Nous ne connaissons malheureusement que quelques-uns des curés, autrefois simples vicaires perpétuels, des dernier siècles : 1617, Pierre Drulhat, mentionné plus haut ; avant 1697, Jean Cussac ; 1697, Etienne Cussac ; 1758, Jean-Baptiste Ermite ; 1759 (prise de possession, 23 mars, sur nomination le 5 par bailly de Salle, grand-prieur d'Auvergne), René-Irénée Brousse, mort confesseur de la foi à Fribourg en 1794. Son nom se trouve sur une cloche d'Ambrugeat prise à Saint-Merd, avec le titre de prieur de Grivaud ; 1779, N. Louradour ; 1803, Pierre Traux, mort retiré en 1839 ; 1838, François Bouscaret ; 1848, N. Combes ; 1865, François-Xavier Audouze ; 1872, Joseph Camart ; 1873, Marc-Antoine Jacob ; 1874, Jean Libouroux ; 1881, Jean Chabrerie ; 1889, Louis Maisonnet ; 1899, Henri Penaud.
FOURNOL
La commanderie de la Vinadière, originairement maison de l'ordre du Saint-Sépulcre passée à Malte, avait aussi une dépendance à Fournol.
« Ce membre du prieuré-commanderie de la Vinadière, nous dit encore M. Vayssière, est situé sur la Vézère. C'est aujourd'hui un petit village de la paroisse de Saint-Merd-les-Oussines. Il formait autrefois le chef-lieu d'une paroisse comprenant trois ou quatre maisons, qui étaient habitées par des fermiers des bourgeois de Treignac ; et son église, qui était placée sous le vocable de la Nativité de la Vierge, était desservie par le curé de Pérols moyennant une pension annuelle de quarante setiers de seigle et de cinq setiers d'avoine. Le commandeur retirait de dîmes cinquante setiers de grains et douze ou quinze livres. Il percevait, d'autre part, quelques rentes produisant cinquante setiers de seigle, vingt setiers d'avoine, six livres et six poules. Les habitants devaient quelques corvées et des charrois. »
Fournol eut titre de prieuré en 1318 ; M. Champeval en cite même un prieur en 1442 : frère Etienne Del Bouyssou, de l'Ordre alors du Saint-Sépulcre. Il a aujourd'hui, titre d'annexe, mais c'est comme pèlerinage de la sainte Vierge qu'il est surtout connu, depuis déjà longtemps. La fête en attire beaucoup de fidèles le 8 septembre et l'on y voit une fontaine des pèlerins comme à Saint-Merd.
Les Oussines, château ruiné, furent occupées par une famille des Assis, portant le nom d'un autre fief, également ruiné, de la paroisse de Saint-Merd, à laquelle je reviens. Elles passèrent, par alliance de Françoise des Assis le 6 août 1641, à Claude de Veyny, sieur de Marsillac en Bourbonnais, d'une famille très honorable et même connue dans les annales de l'Eglise, mais qui finit aux Oussines par une fille unique : Catherine, mariée en 1702 à François-Aimé de Joussineau, sieur de Fayac et de Saint-Martin-Sept-Pers. Les Joussineau ou Tourdonnet gardèrent la seigneurie jusqu'à la Révolution ; remarquons cependant que les Garat, qui leur donnèrent une fille, se titraient en la leur donnant au XVIIIe siècle barons de Peyrelevade et de Saint-Merd-les-Oussines, par coseigneurie. Le château avait une chapelle privée qui n'existe plus ; il en avait une aussi dans l'église, au dehors de laquelle se voyait le tombeau d'un des anciens seigneurs.
Dans la direction de ce château, à 900 mètres environ d'altitude et au milieu d'une lande à perte de vue, se trouvent deux curieux autant que mystérieux monuments : la ruine appelée improprement château de Cars et le bac gigantesque de même nom qui en est peu éloigné.
La ruine est un soubassement de forme basicale ; rectangle de 12 mètres sur 9, terminé par un hémicycle légèrement plus étroit, qui ajoutait 7 mètres à la longueur. Les pierres en sont de fortes dimensions : 1m, 1m50. On y distingue un massif tailloir, une base de pilastre, une base attique de colonne, un grand claveau d'arc, un gros tore engagé, une pierre de corniche. Ces débris sont répandus sur le soubassement, seule partie de l'édifice qui nous reste ou que l'on ait construite : elle me paraîtrait suffire avec eux pour accuser, du moins en intention, une petite église ou un baptistère des temps gallo-romains. On voit sur le flanc droit, du côté où devait être l'entrée, le carré contigu qui enfermait le bac, un bac d'immersion d'après mes conjectures. C'est la tradition sur place que des paysans du XVIIIe siècle l'en avaient emporté, mais ils ne purent le faire traîner par leurs bestiaux qu'à l'endroit où il est présentement, sous la pente et dans un pli de terrain humide, d'où les roues des chariots furent impuissantes à le dégager. Il a 2m31 de longueur intérieure, 1m50 de largeur item, 1m50 de profondeur ; l'épaisseur de ses parois est de 21 centimètres. Une date, 1763, que l'on y a gravée en contournant les chiffres, pourrait dater de cette tentative, ou plus simplement même, une visite de curieux.
Le bulletin de la Société de Limoges, t. XLIX, p. 269, signale un bac semblable mais moins profond parce qu'on pouvait s'y asseoir, dans la même région que celui-ci : à Quenouille, paroisse de Peyrat-le-Château, canton d'Eymoutiers :
« A 400 mètres sud de ce village, est-il dit, on voit un énorme bloc en granit creusé dans toute sa partie intérieure et connu dans le pays sous le nom de Bac-La-Cube (sic), en patois lou Bo-lo-Cubo. Ce monolithe, ayant la forme d'un demi-cercle allongé, a 0m12 de long sur 2m17 dans sa partie la plus large ; à l'intérieur est taillé une marche ayant 0,30 centimètres de largeur ; la profondeur de ce bac est de 0,80 centimètres ; il se trouve là isolé et solidement assis au pied de la montagne. Les bonnes gens de la campagne croient que ce bac est contemporain de Jules César. »
C'est le cas de signaler la découverte assez récente faite au bourg même de Saint-Merd, en creusant les fondements d'une maison, d'une urne en terre contenant avec des ossements calcinés un bel aureus de Néron. En or jaune et du poids de 7 grammes 10, il donne à lire, au droit : NERO CAESAR AVGVSTVS, et revers : CONCORDIA AVGVSTA.
Villages de Saint-Merd-les-Oussines : les Bordes, la Côte, les Fargettes, Farniéras, où dons à Meymac par un la Chapelle comme au Niarfeyt, plus bas, par un Confolent ; Fournol, Lissac, dont se qualifiaient comme de Marcis, plus bas, des cadets de Veyny au XVIIe sièvle ; les Maisons, Marcis, le Meyzonial, les Moulins des Maisons, de Marcis et du Meyzonial, le Niarfeyt, les Oussines, le Rioux et la Tindelière.