Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 30/03/2023
Canton de Lubersac, arrondissement de Brive, ancien archiprêtré de Vigeois. – Superficie : 1743 hectares ; population : 1104 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 4 kilomètres.
Nous avons ici réunion de deux anciennes paroisses : Saint-Pardoux, maintenu, et Corbier supprimé : parlons-en tour à tour.
Saint-Pardoux, avant son union à Corbier, avait pour surnom : l’Enfantier. La raison de ce vocable est que le saint qu’on y vénère était, comme à Saint-Bonnet-l’Enfantier pas très distant, invoqué pour la santé des enfants, dont la fête du Jeudi-Saint attirait un grand nombre. Son voisinage de Saint-Martin-Sept-Pers lui a valu une fois, au cartulaire d’Uzerche, le nom de Saint-Pardoux-Sespers (vers 1075 où il est dit paroisse).
Cette paroisse appartenait au Haut-Limousin et relevait de la sénéchaussée de Limoges. L’évêque nommait exclusivement à sa cure, dont on ne connaît qu’un petit nombre de titulaires ; vers 1090, peut-être un Gérald, dit prêtre de Saint-Pardoux ( ?) et dont Baluze a signalé le sceau ou la signature ; au commencement du XIIe siècle, peut-être encore mais plus probablement, un Guillaume, dit aussi prêtre de Saint-Pardoux et dont il sera reparlé ; 1606, Guilhem Crouzilhac, sous qui l’église s’en allait comme en ruine ; 1613, François de Coux, de la maison du Châtenet (Lubersac) et signant ainsi F. du Chastenet : il testa en 1648 et 53 ; 1684, Michel Rasteau ; 1726, Gabriel Besse ; avant 1739, N. Bussierre ; 1739, Martial David ; vers 1774, N. Tandeau ; vers 1778, Gabriel Buge ; vers 1783, François Bonnin. Après le Concordat, curés des deux paroisses réunies : 1803, le précédent, qui semble avoir habité le presbytère de Corbier ; 1807, Etienne Labounoux, mort retiré en 1846 ; 1844, Jean-Marie Roulhet ; 1848, Jean-Baptiste Chabrière ; 1855, Félix-Pierre Alleyrat ; 1868, Léon-Jean-Baptiste Margerie ; 1876, Auguste Chambre ; 1880, Antoine Peuch ; 1904, Jean-Baptiste Dégery.
L’église est un petit édifice roman du XIIe siècle ; elle est parée d’arcades et d’arcatures avec colonnettes et corbeaux, ayant son chevet en retrait sur la nef, et sur façade, un modeste clocher-mur où pend l’une des deux baies une cloche ancienne. En voici l’inscription :
IHS . – SANCTE PARDUPHLE, ORA PRO NOBIS.
FRANCOIS DE BOURDIAL, JEANNE DE BOURDIAL.
TE DEUM LAUDAMUS.
On a refondu et remis en place, le 2 juin 1887, une cloche plus forte que celle-ci et dont on me dit que la date primitive était 1375. Si le fait est vrai, nous avons perdu dans cette refonte la cloche la plus ancienne du diocèse, après une d’Ussac.
Un objet plus ancien encore et qui nous reste en l’église Saint-Pardoux, c’est sa châsse émaillée. Les statuettes clouées à la face antérieure sur un cuivre doré, rehaussé de cabochons, ont toutes disparu, ne laissant sur la toiture qu’un ange qui encense ; mais le glacis d’émail enlevé de l’autre face garde du moins encore ses anges à mi-corps, inscrits dans des médaillons circulaires. Ceux du toit accostent un bel écu du XIIIe siècle : de gueules à la bande (d’or ou d’argent), accompagnée en orle de six étoiles, de six rails. Des apôtres sur glacis d’émail figurent aux pignons et une crête ajourée surmonte le toit. Aux reliques, l’on voit le sceau d’authentication de Mgr Berteaud.
De qui les armes signalées ? Je serai tenté de dire : de la famille de l’Age-au-Mont-, - peut-être des Robert, d’après certaines constatations anciennes, - n’en voyant pas en la province qui se rapprochent davantage. Mais chacun sait qu’au XIIIe siècle les armoiries n’avaient pas encore tout leur fixité. Si les Lubersac avaient en 1211 du fonds à Saint-Pardoux, la seigneurie appartenait en 1296 à Itier de la Rivière, du château de son nom, paroisse de Beyssac, même canton de Lubersac. On trouve plus tard (1497) Jean de Beaune, natif de cette ville, qualifié de seigneur de Saint-Pardoux, dont un autre Jean de Beaune, juge de Bré, n’est plus dit coseigneur en 1531. Vers cette date enfin ou peu après, Gabriel de Pérusse des Cars, seigneur de Saint-Bonnet-la-Rivière, Saint-Ybard et Saint-Martin-Sept-Pers, ne laisse pas d’ajouter à ces paroisses le nom de celle de Saint-Pardoux.
Nadaud signale en son Pouillé sur la clef de l’arc de la porte, à l’extérieur de l’église, un personnage coiffé d’un bonnet et tenant de la main droite une crosse primitive ou bâton en T, avec l’inscription barbare suivante : DOTOR MATEUS FECIT SCM (sanctum) PARDULFUS A SUO PRESBITO (presbitero) WILLELMO. « Ce Mathieu, dit Nadaud, aura fait rebâtir l’église de Saint-Pardoux ». Nous avons trouvé deux fois le prêtre-curé ? de Saint-Pardoux Guillaume au Cartulaire de Vigeois vers le commencement du XIIe siècle et le style de l’église ne contredit pas, nous l’avons dit, à l’hypothèse de ce siècle pour sa construction ; mais les notes prises sur place ne nous remémorent ni cette « figure » ni « ces lettres ». N’avons-nous pas bien vu ? A-t-on retouché le portail au XVIIe siècle ou Nadaud se serait-il trompé, du moins de paroisse ?
CORBIER. – Cette paroisse, de l’archiprêtré de Vigeois comme la précédente et du Haut-Limousin aussi, ne comptait vers 1777 que 270 âmes et en 1788 que 80 communiants, 55 même seulement en 1763. Elle date de la fin du XIe siècle. Guy de Corbier donna à Dieu et à Saint-Pierre-de-Vigeois, entre 1073 et 1086, pour le salut de son âme, la terre, dit le cartulaire de cette abbaye, où ont été édifiés l’église et le bourg ou burg de Corbier ; il rendit cette terre libre et dégagée du droit qu’il y avait eu, de telle façon que s’il élevait maison dans l’endroit, ce ne fût que du consentement des moines ou en partage de leurs droits : nisi pro concensu. Au jour de la bénédiction de l’église, il ajouta devant nombreux témoins, pro filiatione, le don de 4 deniers sur la borderie du Lac. Peu après, entre 1090 et 1112, l’église était mentionnée avec une maison, tout auprès, appartenant à l’abbaye de Vigeois : ad ecclesiam de Corberio, in domo Sancti Petri. L’église fut paroisse et la maison devint prévôté, l’une et l’autre sous l’invocation de sainte Marie-Madeleine. A la prévôté nous trouvons entre 1124 et environ 1140 le moine Pierre Raynald ; entre 1130 et 1143, Fruin de Bré : entre 1165 et 1171, le religieux Rigaud. Nadaud signale encore la prévôté en 1442 et l’on en retrouve le titre tout au moins ou le souvenir jusqu’en 1727, mais sans noms de bénéficiers distincts : Clément VI, vers 1345, l’avait unie à l’abbaye (V. pour un détail p. 220).
La cure a pour possesseurs connus : 1638, Antoine Vars ; 1664, Pierre Guindre ; 1696, François Pinaud, qui passe en 1705 à Saint-Marin-Sept-Pers ; 1726, Gautier Escuriau ; 1732, Jean Malaval ; vers 1762, N. Tandeau ; 1774, Louis Houpin, qui vivait encore en 1809 avec possibilité d’emploi et 67 ans d’âge.
C’était l’abbé de Vigeois qui nommait à la cure, du moins à partir du XIVe siècle : l’évêque de Limoges n’y nomma que par exception (1649-1713). – Eglise sans intérêt, m’écrit-on ; cimetière.
Le château de Corbier était situé au « Repaire de Corbier » dit aujourd’hui simplement le Repaire, non loin du bourg, sur les bords de l’Haut-Vezer. Il n’en reste plus que quelques ruines. La famille de chevaliers qui en portait le nom, qui en bâtit l’église et qui eut des membres fréquemment cités aux cartulaires de Vigeois, d’Uzerche et de Glandier, subsiste encore après neuf siècles, représentée par M. Luc de Corbier à qui ce Dictionnaire est redevable de plusieurs renseignements. La seigneurie eut pour derniers possesseurs Michel de Corbier, baron de Pontarion, et après lui son fils le baron Jean de Corbier, mort maréchal de camp en 1821. Elle s’unissait dans les mains de la famille à la seigneurie de Saint-Martin-Sept-Pers jusqu’à la date de 1628, où celle-ci fut aliénée aux Joussineau. Par suite de l’alliance au même siècle de Jeanne de Corbier avec Léonard de Petiot, de Limoges, la famille bourgeoise de ce nom eut plusieurs de ses membres qualifiés sieurs de Corbier ; le fief dépendant alors de Pompadour par Bré, Léonard dut en faire hommage au marquis Jean de Pompadour le 27 février 1672, et cela dans la forme de l’époque : « en posture suppliante, à genoux, les mains jointes, la tête nue, sans baudrier, sans épée ni ceinture, sans bottes ni éperons. » Les Brachet étaient seigneurs aussi en cette paroisse, de Lacombe, endroit disparu ainsi que plusieurs autres, nous laissant encore la liste suivante pour les deux localités.
Villages de Saint-Pardoux-Corbier : Abriac, ancien atelier monétaire mérovingien du VIIe siècle (Aprianco, monétaire Autharius) ; l’Age, seigneurie des de la Fraigne au XVIIe siècle ; l’Audrerie, l’Auliette, le Bec, Chabrières, Champtiaux, Chatignau, les Clides, Corbier, l’Escure, Farfouillac, près Abriat, et connu comme lui de vieille date ; la Gerétie, Jouméjou ou propriétés de l’abbaye de Vigeois, qui en avait encore dans d’autres villages ; les Landes, la Lauvie, basse et haute ; Lépinas, Lombert, ancienne seigneurie des Corbier, puis des Joussineau, hommagée à Pompadour pour Bré en 1672 ; la Maison-Rouge, la Malonie, d’où était seigneur vers 1442 noble Reynaud de Corbier ; le Mas de Corbier, Maumont, Nillac, seigneurie aussi des Corbier au XVIIe siècle, ainsi que la Noaille, connue dès le XIe ; En Palonie, les Peyrières, les Planeix, Proulhac, les Rebières, le Repaire, où se voit une motte-tumulus ; la Roussie, Sageaux, le Suquet, En Teilhet, la Tuilerie, la Tuilerie (encore).
P. S. : - Une note de M. Roulhet, basée sur les anciens registres de Saint-Pardoux, ajoute aux curés de cette paroisse, entre 1672 et 1740, les noms suivants : Farne, Combret, Rombaudou, Dufaure et Nilhat. Saint Jacques le Majeur avait fête de patron en 1741.