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Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 3)

Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964

Date : 30/03/2023

 

SAINT-SETIER : Canton de Sornac, arrondissement d'Ussel, ancien archiprêtré de Chirouze (Creuse). - Superficie : 4678 hectares ; population : 1564 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 8 kilomètres.

 

Setier, contracté de Sextier, vient de Sagittaire et désigne un saint de ce nom (en patois, Sen-Sestari) honoré au 13 mai. De ce saint, mention nulle part dans les sources anciennes, si ce n'est dans Geoffroy de Vigeois, qui nous dit trop brièvement : "le monastère appelé Leolenus et d'autres églises possèdent les reliques de saint Maxime, de sainte Sigolène (dont la tête est à Collonges) et de saint Sagittaire." Mais, au défaut de l'histoire, la tradition du pays veut que ce bienheureux soit un saint local, dont l'humble cabane décelée, croit-on, récemment par des fouilles, était sur le mont qui domine le bourg et qui porte lui-même le nom de Saint-Sagittaire. Elle veut aussi qu'il ait été martyr de l'évangélisation de la contrée, et le buste de ses reliques dans l'église présente une palme à l'appui de cette tradition. On l'aurait martyrisé dans sa cabane à coups de flèches, ce qui confirmerait à son tour une vielle statue de l'église de Chambon, près Evaux (Creuse), où le dire de notre paroisse est encore qu'il fut autrefois honoré.

 

Son nom lui venait-il de ce genre de martyre ? C'est peu probable, à mon avis, comme contraire au sens du mot. D'un ancien état d'archer dans les milices impériales ? Ceci passerait mieux. De ses chasses à l'arc dans la contrée ? Je ne le croirais guère. Peut-être lui venait-il simplement de causes familiales ignorées.

 

S'il est vrai, comme l'exprime le sentiment public dans la région, qu'il soit mort dans sa cabane ou son corps serait resté longtemps, ce n'en est pas moins dans l'église qu'on le vénéra plus tard. "Les habitants, dit le Pouillé de Nadaud, allaient faire leurs prières près d'un tombeau qui est dans l'église paroissiale, élevé sur terre, à côté du grand autel, où ils croyaient que les reliques de leur saint patron eussent été mises, pour ne pas perdre un gage si précieux dans le trouble des guerres civiles ou étrangères. Sur leur requête, Antoine Chauseyr, curé de Meymac, fut commis en 1641 pour faire ouverture du tombeau, en présence du curé et des habitants, et informer des miracles qu'on disait s'y opérer. On trouva en effet des reliques. Mais le procès-verbal n'est pas à l'évêché. Le curé convoqua nombre de prêtres pour faire un office solennel en l'honneur du saint ; on chanta la messe, on porta en procession les reliques et il fut ordonné que les paroissiens fêteraient et chômeraient à l'avenir le jour auquel elles avaient été tirées du tombeau."

 

C'est dans la 2e moitié du XIe siècle que nous trouvons la paroisse désignée par le nom de son patron : parrechia Sancti Sagitarii ; mais nous avons lieu de croire que son nom primitif était Leolenus, le Leolenus de Geoffroy de Vigeois, bien que Bonaventure de Saint-Amable l'applique à Collonges. Il est vrai que Collonges a eu le chef de sainte Sigolène, ce que constate précisément entre parenthèses le texte de Geoffroi ; mais ce texte attribue à Leolenus d'autres reliques de la sainte et pour sûr Saint-Setier en a possédé, puisque M. Champeval y relève au XVIIIe siècle une 2e fête votive, au 24 juillet, de sainte Sigolène, abbesse [en Albigeois]. Il est vrai pareillement que Collonges a le culte de Saint Maxime ou Maximim (Mesmy) ; mais le même M. Champeval signale aussi à Saint-Setier des reliques de ce vénéré solitaire de Touraine, honoré le 20 août ; puis il y a, à 500 mètres environ de la cabane de saint Sagittaire, une fontaine de pèlerinage appelée de Saint-Maume, ce qui, près la constatation précédente, ne peut plus être compris que de saint Mesme. Enfin s'il faut reconnaître à Collonges un monastère-prieuré, M. Champeval encore affirme sous la date de 1576 à Saint-Setier un prieuré taxé aux décimes 42 sols et qui pouvait exister en 996. Quant à des reliques de saint Sagittaire, Saint-Setier est probablement le seul des deux endroits à en avoir.

 

Mgr Denéchau en a fait reconnaissance le 16 mai 1887 et quatre ans après, M. Chabrerie, curé a fait bâtir sur la colline du nom de son saint une chapelle où se rend chaque année une procession très fréquentée. Monseigneur en fut fort édifié en 1893, lorsqu'il voulut bénir lui-même la chapelle et y donner une confirmation (1).

 

Malgré la fête, religieusement chômée, du primitif patron de la paroisse au 13 mai (le jour même où elle tombe, non le dimanche suivant), on fait à Saint-Setier grande fête votive le 24 juin, jour de Saint-Jean-Baptiste. J'aurais cru que c'était par suite de la fondation en 1641 d'une confrérie de Pénitents blancs, aujourd'hui disparue ; mais dès 1581 le Bas-Limousin seigneurial et religieux (p. 330) nous mentionne une "église Saint-Jean dans Saint-Seytier" : ce qu'il interprète "en ce sens que saint Jean-Baptiste était patron de la cure et saint Sagittaire, patron du prieuré. "N'oublions pourtant pas le parrechia Sancti Sagitarii du XIe siècle.

 

Plus rien de connu sur le compte du prieuré, sinon qu'il était un des coseigneurs du bourg ; pour la cure, elle était à la seule nomination de l'évêque de Limoges et s'unissait à une communauté de prêtres datant au moins du XVe siècle. Énumération de quelques pasteurs recueillis çà et là : 1581 (prise de possession),  Joseph Viallemanenge ; 1638, Pierre Sautarel ; 1687, Pierre Longy ; 1700, Guillaume Pradinas ; 1738, autre (probablement) Pierre Longy ; 1758, Martial Ruben de la Chapelle, mort cette année là ; alors ou plus tôt, Michel Bayle ; 1782, Sylvain Gallerand ; 1822, Jean Fleyssac ; 1823, Jean-Louis Saint-Bonnet ; 1825, N. Chavastelon ; 1829, Gabriel Magnaval ; 1843, Jean-Baptiste-Martial Personne-Devaux ; 1848, Antoine de Tournemire ; 1872, Léonard Brande ; 1881, Marc-Antoine Jacob ; 1888, Jean Chabrerie ; 1900, Pierre Maury ; 1903, Jean-Baptiste Senut.

 

Le curé de Saint-Setier, codécimateur seulement de sa paroisse aux derniers siècles et pour faible partie, avait dû disputer ses droits longtemps auparavant à nombre de familles de la région. En 1308 il avait fait accord, sur procès à ce sujet, avec Pierre d'Autoyn (peut-être Autoyre qui répondrait à Toy-Viam, ce qu'il faudrait) et Aloyde, sa femme. En 1341, Catherine d'Autoyn, veuve de Martin Dauvessy, du lieu et paroisse d'Autoyn, échangea les dîmes qu'elle avait sur les paroisses de Saint-Setier et de Crébana (village limitrophe, aujourd'hui de Féniers, Creuse) avec Jean de la Guota, de Treignac, pour des lieux et des rentes sur les paroisses d'Autoyn et de Tarnac. Ce Jean de la Goute, cinq ans après, fit vente à Guillaume de Rochefort (SORNAC) du quart de la dîme des blés et carnalage de Saint-Setier, plus du tènement d'Autoueyre, des cens renduels qu'il avait sur la maison et hôpital (membre de commanderie) de Crabanas, etc. Mais déjà, dès 1339, les Bonnefont côtoyaient les Autoyn dans la perception des dîmes de Saint-Setier ; des titres royaux, sur autre procès avec le presbytère, les protégèrent même en 1546 dans cette perception qu'ils transmirent par alliance aux d'Ussel. Ceux-ci acquirent aussi plus tard les droits sur même terrain de la seigneurie de Saint-Martial-le-Vieux (Creuse) représentée par les Langeac en 1582 et 1602. Il faut enfin signaler comme codécimateur de notre paroisse le château du Ronzet (Puy-deDôme), non moins que la baronnie de Confolent, dans la paroisse de SAINT-PARDOUX-LE-VIEUX.

 

Voilà l'une des maisons féodales qui ont possédé pareillement la seigneurie, sous la suzeraineté au moins partielle des Ventadour :  elle avait titre dans l'église. Si le nom de l'endroit se trouve de nos jours accolé à celui d'une famille Bayle, bourgeoise de la Courtine au XVIIIe siècle, c'est, nous explique M. Champeval, parce qu'un Etienne Bayle acheta aux Rochefort des rentes et fut dit en 1780 seigneur du membre de Saint-Setier. M. Dunaigre est aujourd'hui le principal propriétaire de ce bourg.

 

L'église qui avoisine sa maison, avec banc pour elle dans sa chapelle du sud, s'ouvre par un clocher-pignon aigu, à deux baies, et n'offre rien de remarquable (XIIIe siècle, ce semble ; cloche de 1517). Je passe donc à la liste des villages qui en dépendent.

 

Ce sont : l'Anglade, Audouze, qu'on trouvait autrefois plus souvent écrit Odouze, Oudouze, et qui n'a pas la source de la Vienne (voir à MILLEVACHES) ; ce fut un fief des Ussel, par suite de l'acquisition de Saint-Martial-le-Vieux dont il dépendait ; le Bosc, le Chassaing, Chasselines, dont se qualifiaient les Bonnot ; Feyssac, qui fut une importante seigneurie des Soudeilles ; Feyssaguet, son diminutif ; la Gane du Bosc, la Grande-Combe, la Jasse (la Pie), le Morneix, les Moulins, généralement inhabités, me dit-on, de l'Anglade, du Chassaing, de la Jasse, de Vervialle, de Viellemaison ; Pallacoeur, la Pommerie, Puyredon, Soumaleix, qui fut aux Gimel comme Feyssac mais à vieille date ; Vennat, Vervialle, Vieillemaison, Villemonteix ou Viallemonteix et Villevaleix.

 

(1) Voir la Notice sur saint Sagittaire, patron de Saint-Setier, de M. l'abbé J. Chauvet, curé de Féniers : Ussel, Faure, 1896 ; 32 pp.in-8. - Ce travail enregistre le sens donné par la paroisse au mot Saint-Maume appliqué à la fontaine et qui serait le sens de Saint-Homme, à entendre de saint Sagittaire lui-même. Impossible pour moi d'accepter une telle interprétation.