Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 30/03/2023
Canton d’Uzerche, arrondissement de Tulle, ancien archiprêtré de Vigeois. – Superficie : 4301 hectares ; population : 2427 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 11 kilomètres.
Salon, dit autrefois Celom, Celomus, Celomium, nous est probablement connu depuis le VIIe siècle, par la Vie de saint Vincentian ou Viance, qui en nomme l’ermitage.
Je ne sais à quelle date il faut rapporter ce saint Martin, ancien seigneur de la terre, que
Geoffroi de Vigeois prétend reposer dans l’église (ch. XXVIIe de la Chronique de Vigeois) et duquel il écrit : « Nous n’avons pas l’histoire complète de sa vie, parce qu’on dit qu’elle fut détruite dans l’invasion des Normands. On peut conclure de cette lacune quels services rend à l’Eglise l’homme qui passe sa vie à raconter l’histoire des saints. En effet, si plusieurs églises possédaient les manuscrits des actes de ce saint, son monastère n’aurait pas tant à souffrir de cette perte. »
Il y avait donc un monastère à Salon au temps de Geoffroi de Vigeois ? Oui, et depuis un siècle. L’an 1068, Aymar II, vicomte de Limoges, uni à sa femme Umberge et à ses fils Elie, Pierre et Aymar, du conseil de l’évêque de Limoges, de l’archidiacre Gaubert et du curé même de l’église de Salon. Raynaud de Ségur, donna cette église au monastère d’Uzerche, en approuvant tout ce que ses vassaux avaient fait ou feraient à l’avenir de dons sur ce terrain à la même abbaye.
Après la mort d’Aymar II, Aymar III son fils que l’on vient de citer, renouvela la cession de son père et fut suivi dans son acte par Otton Bernard de Bré, Gaucelm Bernard de la Porcherie et l’évêque même d’alors, Eustorge. Sa charte signée en 1107 au château de Salon eut pour témoins, entre autres personnages, l’archiprêtre de la région ou archiprêtre de Vigeois, Pierre de Seillac, qui, en union avec l’archidiacre de Limoges, investit solennellement Uzerche de l’église donnée (patron, saint Hilaire ; fête, saint Honeste, 2e dimanche de juillet).
L’église de Salon n’en fût pas moins disputée plus tard par l’évêque Gérald du Cher mais résultat : l’appel au pape fit rentrer dans ses droits Bernard d’Auberoche, abbé d’Uzerche. Par des bulles de 1144, 1145 et 1178, Lucius II, Eugène III, Alexandre III confirmèrent à l’abbaye la possession de ce monastère, et d’autres vicomtes de Limoges,
Aymar IV, Guy IV, y contribuèrent de leur côté par de nouvelles confirmations.
Bien que ce prieuré de Salon n’ait été uni à l’abbaye-mère qu’en 1761, nous n’en connaissons qu’un très petit nombre de bénéficiers : en 1462, vénérable et religieuse personne frère Guy de Corso, moine d’Uzerche ; en 1582, autre frère Léonard Pachin, encore étudiant de l’université de Bordeaux ; avant 1682, Pierre Gaye, également religieux d’Uzerche ; en 1729, Jacques Bourges, religieux dans la même abbaye, de l’ordre des Exempts de France. Et c’est tout. Le prieur était à la nomination de l’abbé. Curé primitif de la paroisse, il nomma lui-même plusieurs fois à la cure, qui n’était ainsi que son vicariat perpétuel ; mais l’abbé lui disputa ce droit, finit par l’avoir seul et fut maintenu dans sa supplantation par un arrêt du parlement de Bordeaux en date de 1727.
Remarque à faire, la cure de Salon a eu pour annexe celle de Masseré pendant plusieurs siècles : elle ne l’a perdue qu’après le Concordat.
Titulaires connus pour cette charge pastorale : en 1068, Raynaud de Ségur ; dans le même siècle, Gérald de la Roche et Foucher ? ; vers 1170, Pierre ; avant 1508, Jean Fageardie, qui résigna les deux paroisses sous cette date à Pierre Fageardie, clerc de Tulle ; 1516, Jacques de Monceaux, autrement de Palenc, à qui le précédent les délaissa pour la cure de Chanteix ; 1660, N. Vernéjoux ; 1710, N. Madranges ; 1754, François-Joseph de [Meynard] de Chabanne, licencié en droit ; vers 1769 ; Jean-Claude-Martin de Meynard de Chabanne ; 1776, Bernard Gauthier ; vers 1803, François Cruveilhier, retiré à Uzerche en 1809, « paralytique dans l’esprit et dans le corps » ; 1822, Pierre Beynié ; 1858, Pierre Prabaunaud ; 1872, Jean-Baptiste Bouyssou ; 1891, Michel Bénézy ; et 1896 Léon Arnaud.
Sur la fin du dernier siècle, le curé était le principal décimateur de la paroisse ; il y avait aussi une communauté de prêtes.
Prônée un peu trop haut peut-être par les éphémérides de 1837, qui la disent « magnifique » l’église de Salon n’en est pas moins un édifice d’appréciable valeur. Long vaisseau roman du XIIe siècle, sans grand caractère au-dehors mais revêtu au-dedans de fortes et profondes arcades qui lui donnent du cachet. Au pourtour du sanctuaire, ces arcades, plus légères reposent sur des colonnettes, au lieu de s’appuyer comme dans la nef sur des pilastres massifs. Pas de fenêtres au nord dans cette nef, pas de transept non plus ou de chapelles faisant plus crucial ; abside à pans coupés et portail occidental orné de tores sur colonnes.
Deux chapiteaux sculptés sont demeurés sur le sol de l’église comme à Lascaux. Il y a aussi une pierre en trois tronçons qui représente l’Avarice. Vous y voyez un homme à la barbe conique repoussant un malheureux à ses genoux, tandis que sa main droite se porte sur sa bourse, suspendue à son col. Le démon qui le domine apparaît affourché sur sa tête, jambes pendantes sur ses épaules. C’est la représentation que l’on voit aux célèbres portails de Beaulieu et de Moissac et cette représentation rappelle trois vers très expressifs du poète latin :
…Qui pauperiem veritus, potiore metallis Serviet oeternùm… (Hor. Ep. x.)
“Celui qui, par effroi de l’indigence, se prive d’une liberté plus précieuse que l’or, aura pour
punition de traîner partout son maître et d’en être l’esclave pour toujours. »
Voici l’inscription de la cloche ancienne de l’endroit :
L’AN 1783
PARRAIN M[ESSIRE] J.-B. BOUILHAC, SEIGNEUR DU PIN, SALON, MASSERÉ,
LAMOTHE-FÉNELON, BOVRZAT ET AVTRES LIEVX.
MARAINE DAME ANNE ROMANET, DOUARIERE DE M[ESSI]RE P[IERRE]
ARDANT, CH[EVALI]ER DES ORDRES DU ROY, SEIGNEVR DE LA GRÉNERIE.
M[AITRE] BERNARD GAVTHIER, CVRÉ DE SALON. – M[AI]TRE JEAN DAVDY,
VICAIRE. F. ROUME, P[ROCUREUR] D’OFFICE. – F. SOURSAC, SINDIC FABRICIEN.
Un clocher neuf venait d’être fait à cette cloche ainsi qu’à sa compagne, lorsqu’un violent orage, le 14 juillet 1897, en renversa la flèche et dégrada horriblement la tour ; mais la paroisse s’empressa de réparer le dégât et de relever une flèche qui lui faisait à la fois plaisir et honneur.
Il y avait autrefois, dit l’auteur d’un procès-verbal de 1620, « sur un chemin champestre d’Uzarche à Lymoges, un petit oratoire ayant esté abattu il y a longues années par autorité du procureur du roy de Lymoges, d’autant que les voleurs se logeoient dedans, tuoyent et dévalisoient les paysans. » Cet oratoire était la chapelle d’un membre de commanderie maltaise, relevant du Temple d’Ayen et appartenant à la paroisse de Salon. Complètement ruiné en 1616, il fut reconstruit vers 1700. Ce qui ne l’empêcha pas d’être interdit en 1748. Le lieu qui le portait s’appela du nom de son patron, Saint-Georges, et eut pour proche voisin celui de l’Hôpital. Dans l’une et l’autre localité, sans doute, le commandeur d’Ayen levait des dîmes et des rentes qu’il afferma 150 livres en 1616 et 215 en 1721. Saint-Georges, situé sur la route nationale de Paris à Toulouse, est aujourd’hui un gracieux village ; l’Hôpital est un petit hameau de deux habitations.
Salon eut de même autrefois un prieuré de Saint-Loup de l’Artigette, dépendance du prieuré, chef-lieu d’ordre ou de famille, de l’Artige dans le Haut-Limousin. Urbain V, confirmant en 1362 les privilèges accordés à cette dernière maison par Alexandre IV, son prédécesseur, en 1256, parle de la nôtre comme d’une propriété de la première. Propriété seigneuriale et probablement tourmentée par les guerres, car on lui trouve des fossés de défense en 1473 : infrà fossatos prioratûs. Le bénéfice fut au nombre des six relevant de l’Artige que les jésuites de Limoges unirent à leur collège en 1751 ; jusqu’alors il avait eu des bénéficiers, à la nomination du prieur général. Voici quelques-uns de ces hommes : 1400, Antoine de Monceaux ; 1437, Pierre de la Tour ; 1471, Jean de Tilia (ou du Theil) ; 1518, N. de Jaunhac ; 1566, N. Joly, prêtre de Salon, habitant le château de Forsac (Benayes), dont les Jaunhac, seigneurs avaient aussi résidence à Salon ; 1654, N. de Jaunhac ; 1655, François Rousseau, prieur claustral de l’Artige ; 1680-88, un, peut-être deux, Charles de la Baume de Forsac ; 1724, Joseph de Sanzillon de Mensignac, qui fut le dernier. – Je ne sais si l’union aux Jésuites sauva pour un temps la chapelle qui, paraît-il, était de proportions assez considérables ; mais l’évêque de Limoges en avait ordonné la démolition en 1745. Le titulaire alors, dit Nadaud, ne résidait pas ; il avait laissé perdre les rentes et dépérir même plusieurs fonds, en particulier deux moulins. Le revenu n’était affermé que 300 livres, sur lesquelles il fallait déduire les décimes, 12 honoraires de messes et une redevance de 18 livres aux jésuites de Limoges. C’est ce que dut déterminer l’union.
Aujourd’hui, à Salon, pas d’autre maison religieuse que l’école libre des Soeurs de la Providence, soutenue dans son rôle de bienfaisance depuis 1860 par les mains généreuses et riches des Cosnac du Pin, qui lui fournirent le local et l’enclos.
Au milieu de Salon est une éminence aplatie et partiellement au moins artificielle, qui supporte à l’une de ses extrémités une haute tour carrée, en moellons, flanquée de contreforts plats sur chacune de ses faces. C’est de là que vient à notre bourgade le nom de Salon-la-Tour, consacré par un décret du 8 janvier 1880. Le XIIe siècle finissant, le XIIIe au plus tard, serait à mes yeux la date de cette construction. Une enceinte murale fermait autrefois le mamelon qu’elle domine et où elle faisait office de donjon, comme à Château-Chervix, à Saint-Méard, à Saint-Yrieix et ailleurs en ce Haut-Limousin auquel appartenait jadis notre paroisse. On pénétrait à l’intérieur, moyennant une échelle, par une porte pratiquée seulement à certaine hauteur. D’étroites meurtrières éclairaient les premiers étages, et le dernier avait au-dessus de son cordon quatre belles fenêtres cintrées, pour se donner de l’air en même temps que pour surveiller les bords. Le bourg lui-même était fortifié. Il semble bien que ce fut là le château de Salon, propriété primitive des vicomtes de Limoges. « A la suite d’une guerre terrible, dit Geoffroi de Vigeois, grand nombre de seigneurs vinrent d’Arnac à Limoges avec l’évêque Gérald, et dans une assemblée à laquelle assistèrent Raymond de Turenne, Archambaud de Comborn et Guillaume Taillefer, fils du comte d’Angoulême, Aymar vicomte de Limoges, promit par serment, le 14 septembre 1173, de laisser à son oncle Bernard le château de Salon ». « Après la Noël, raconte-t-il encore, et pendant le carême de cette même année, les troupes d’Olivier de Lastours pillèrent le monastère d’Arnac, renversèrent de cheval et tuèrent Arnaud de Lur, dont les compagnons emportèrent le cadavre avec les marques de la plus vive douleur et le jetèrent plutôt qu’ils ne l’ensevelirent dans le château de Salon. » A ce château d’importance (castrum de Celom) les vicomtes attachèrent un prévôt, des vigiers dont la charge devint le nom patronymique et probablement aussi des capitaines. Ne serait-ce pas à exercer cette dernière charge que la famille de La Tour de Salon, fort ancienne du reste, aurait gagné son nom et son fief secondaire de La Tour ?
Les vicomtes de Limoges, au XIVe siècle, transportèrent leur seigneurie aux Roger de Maumont, et comme l’un deux, le cardinal de Tulle, Hugues Roger, frère du pape Clément VI, fonda la collégiale de Saint-Germain-les-Belles, c’est le chapitre de ce lieu qui recueillit Salon-bourg et moitié de la paroisse, moyennant hommage aux Roger, lesquels hommageaient à leur tour aux vicomtes, détenteurs de la suzeraineté. Plus tard les du Breuil, seigneurs de Fraysse, les Capelle-Biron, seigneurs de Masseré, les Bouillac, seigneurs du Pin, se qualifièrent aussi seigneurs de notre endroit. Les huguenots, comme on pense bien, ne manquèrent pas, au XVIe siècle, de s’emparer de la position et les reitres d’y porter leurs voleries en 1569.
Il y eut dans le bourg plusieurs maisons nobles : les Aymar ou Saint-Aymar, les Chenet, les Foucher, dont l’un fut bienfaiteur du prieuré de l’Artigette et les Bouchiac qui transmirent au Jounhac. « Pierre Bernard de Bochiac, du voisinage de Pompadour », fut prieur général de Grandmont en 1190 et laissa des lettres publiées par Martenne, qui ont pour objet le martyre de son contemporain, saint Thomas de Cantorbéry. En 1375, le seigneur de Forsac (Benayes – un Jounhac) vendit à Pierre Plaisant, de Masseré, l’hôtel de Bochiac, sis dans le bourg de Salon, avec trois jardins, deux pêcheries et toutes les dépendances de la terre de Bochiac, moyennant le prix de 114 deniers d’or. Plus tard, les Paisant, dits dès lors de Bouchiac, transmirent à d’autres seigneurs.
Il y eut dans la paroisse d’importants châteaux, non seulement conservés mais aussi beaux et plus beaux, deux du moins, qu’ils l’aient été en n’importe quel siècle.
Celui du Fraysse, au voisinage du bourg, n’est pas de ces deux derniers, mais il reste debout. Manoir du XVe siècle, en carré long, avec tour sur façade encageant l’escalier. On y voit les armes des du Breuil, ses maîtres d’alors : d’or à trois fasces ondées d’azur. Quelques restes des bordures peintes gothiques courent encore autour des ouvertures et le long des poutres des planchers. M. de Cosnac, du Pin, qui a légué à sa famille, avec la tour même de Salon, ce château devenu simple ferme, en parle ainsi dans ses richesses du palais Mazarin, p. 29, notre : « Curieux spécimen de l’architecture du moyen-âge, avec son escalier en spirale, ses moucharabys, ses bancs de pierre dans les embrasures des fenêtres, ses hautes cheminées à manteaux armoriés. Chaque pièce conserve des traces de peintures murales en forme d’encadrement pour des tapisseries absentes. Ces peintures, dans leurs dispositions variées, reproduisent des dessins de cartes à jouer ; elles doivent être contemporaines de l’époque de Charles VI. Les embrasures des fenêtres, qui n’étaient pas susceptibles de recevoir des tentures, montrent des traces de peintures à fresques, dont quelques-unes représentent des cubes en forme de dés. » - Après avoir appartenu à des chevaliers de son nom qui semblent l’avoir possédé jusqu’au XIVe siècle, le Fraysse, dit depuis le Fraysseix, passa des du Breuil au Charbonnières, en 1552 par le mariage de Charles, de cette famille, avec demoiselle Françoise du Breuil ou du Fraysseix. Les de Beaune l’eurent plus tard, vers la fin du dernier siècle. Au XVe siècle, le seigneur de cette terre n’avait-il pas osé usurper sur les vicomtes de Limoges le droit de litre funèbre dans l’église de Salon ! Il se disait seigneur de Salon au siècle suivant et on ne lui en contestait pas, non plus qu’au chapitre de Saint-Germain, la basse et moyenne justice.
Le Pin fut comme le Fraysse à des seigneurs du nom, puis, au commencement du XVe siècle, à noble Pierre de Combarel qui avait épousé Jeanne Botarde. Les Cotet, alliés aux Combarel, le transmirent aux du Breuil du Fraysse, qui le firent passer comme celui-ci aux Carbonnières de la Chapelle-Biron. L’un de ces Carbonnières, on le sait, se compromit très gravement dans la conspiration du duc de Bouillon contre Henri IV, mais il ne fut exécuté qu’en effigie. « Très haut et très puissant seigneur » Jean-Baptiste de Bouilhac, fermier général, acquit le Pin dans la seconde moitié du dernier siècle et sa famille le vendit en 1843 à M. le comte de Cosnac, dont le fils Jules l’a réparé, agrandi et en a fait, avec un beau manoir à tourelles et tours, le centre d’une des terres les plus remarquables du Bas-Limousin. (Chapelle récente). Cet homme distingué, sur la famille duquel je n’ai pas à revenir (voir Cosnac, Beynat, etc), naquit à Clermont le 13 avril 1819. A 24 et 25 ans, il publia deux mémoires, dont l’un sur la décentralisation administrative, suivi cinq ans après d’un autre aperçu : Questions du jour : République, Socialisme et Pouvoir. Les Mémoires de Daniel de Cosnac, archevêque d’Aix, publiés par lui pour la première fois dans la collection de la Société de l’Histoire de France (1852), attirèrent sur lui l’attention du public érudit et lettré. Il soutint cette attention par ses Souvenirs du règne de Louis XIV donnés au public de 1866 à 1882, en huit volumes in-8. Cet ouvrage lui valut du roi des Pays-Bas la distinction de chevalier d’abord, puis d’officier de la Couronne de Chêne. Ont paru depuis les importants Mémoires du marquis de Sourches, les Richesses du palais Mazarin et les deux in-8 intitulés : Mazarin et Colbert (1892). M. de Cosnac, agriculteur émérite et auteur sur ce terrain d’études que je ne cite pas, reçut au concours régional de 1864 la médaille d’or du grand module, pour sa terre du Pin. Il mourut au milieu de ses travaux en 1893, le 19 avril.
La Grènerie, autre terre magnifique et résidence splendide, à M. le baron de Blomac, fut possédée dans le XVe siècle par la maison de Lesboulières, déjà vue, à Masseré et à Condat. Jean I de Beaupoil-Sainte-Aulaire en fit l’acquisition et bâtit le château dans sa forme actuelle, qui n’a été que réparée ou complétée ; Antoine de Beaupoil au XVIIe siècle en fit achever le grand étang (aujourd’hui desséché), « ce qu’aucun de ses prédécesseurs, dit le Nobiliaire de Nadaud, n’avait osé entreprendre » ; et François-Joseph, l’académicien, en fit ériger le fief en baronnie. Ce fut sa petite-fille unique Thérèse-Eulalie de Beaupoil-Sainte- ulaire qui porta la Grènerie à la maison d’Harcourt, par son mariage du 7 février 1725 avec le comte de Beuvron, Anne-Pierre d’Harcourt, fils d’un maréchal de France et plus tard duc d’Harcourt, pair et maréchal de France. A partir de cette époque la terre suivit les mêmes destinées que le château de Meilhards (V. p. 182) : il passa aux Ardant et aux Barbou de Places, M. de Veyvialle, gendre de cette dernière maison, le vendit vers 1860 à M. le baron Rolland de Blomac, gentilhomme du Midi, qui tenait déjà des plans de restauration entre les mains lorsque je visitai le château en 1872. Depuis lors ces plans ont été exécutés, par lui-même ou surtout pas son fils, et cinq étangs transformés en immenses prairies, que rehaussent des bois plus immenses encore. La forêt renommée de Salon fut autrefois si considérable qu’elle enfermait en 1036, le terrain de l’église de Lafaye et en 1119 celui de l’église d’Aubesaigne, aujourd’hui paroisse de la Porcherie. Geoffroi de Vigeois parle d’un loup enragé qui, en 1182, blessa mortellement près du château un pauvre villageois et mordit horriblement plusieurs autres personnes, lesquelles furent guéries par l’intercession de Saint-Pardoux d’Arnac. Dire que tous les étangs ont été desséchés, c’est indiquer la disparition de la forge établie vers 1747 par le comte de Beuvron, alors maréchal de camp et lieutenant général de la Haute-Normandie ; cet établissement industriel, l’un des plus considérables et des plus prospères du département, a cessé de fonctionner au milieu de ce siècle, par suite de nos malheureux traités de commerces avec l’Angleterre. Sur une des fenêtres basses du château (grand quadrilatère cantonné de tours rondes), j’ai aperçu les trois bandes chargées de charbons des Carbonnières, seigneurs de la Capelle- Biron, du Pin et du Fraysse : elles sont dues à une alliance ; Germain de Beaupoil, gentilhomme de la Chambre et panetier de Charles IX, avait épousé au château du Pin Judith de Carbonnières, dont le deuxième fils Henri fut étranglé en 1614 à la Grènerie par une arête de carpe. La chapelle, qui se trouvait en 1872 dans une prolongation des bâtiments au nord avait deux litres funèbres superposées, qui en contournaient entièrement l’intérieur : la plus haute était aux armes des Beaupoil (de gueules à trois accouples de chiens d’argent mises en pal) et la plus basse à celle des Ardant : un chevron d’or sur azur, accompagné en pointe d’un soleil d’argent, avec un chef d’or chargé de trois étoiles de gueules. J’imagine sans peine qu’aux restaurations faites depuis brillent les armes des Blomac et je les donne en conséquence : d’azur au chevron d’or, accompagné en chef de trois étoiles du même et en pointe d’une levrette aussi d’or, accolée d’argent, bouclée de sable.
Salon a pour villages ou hameaux : L’Age, l’An-quarante, La Bachellerie, Beausoleil,
Bessades, la Bouchotte, la Bousselie, le Breuil, où M. Combet parle d’un chêne que le propriétaire aurait refusé de vendre 1 000 francs ; la Cabane, les Cabanes du Breuil, Chabrerie, Chamassieras, bas et haut ; Chameyrac, seigneurie au temps des croisades d’une famille dont un membre, Arbert, chevalier de Guy de Bré, fut tué dans les guerres de l’époque, et un autre au contraire égorgea son seigneur tout près de Pompadour ; le village avait été donné vers 987 à l’abbaye d’Uzerche par un Arbert dit de Chamoja mais plus probablement de Chameyrac, et par sa femme Adélaïde ; Chanteloube, où furent une ancienne famille du nom, puis des Lamonerie, puis des Monceaux, qui vendirent en 1516 aux Pompadour ; Chez- Jeancou, le Cimetière, Confolent, Esclauzelas, l’Escure-la-Bonne, le Fau, las Feytias, le Fraysseix, la Frétille, près de laquelle on a trouvé en 1890 deux belles amphores galloromaines et divers objets de moins bonne fabrication ; la Gare, ou station sur la voie ferrée de Brive à Limoges par Uzerche (1893) ; la Gatte, la Gauterie, la Grange, la Grènerie, l’Hôpital, Lacour, Lacourie, Laud, la Maisonneuve, la Maroussie, le Martoulet, le Mas de Forsac, Maury, les Moulades, les Moulins, plus les moulins de l’Artige, de la Barre, de la Borde, de Maury et de Salon ; le Pavillon, le Pin, Preignant, le Puyfaucher, le Puy-les-Lièvres, le Puymalet, le Puyvert, le Puyvigeraud, la Rebière, la Reboulie au sujet de laquelle M. Champeval a publié la note ci-jointe : « 6 septembre 1553. – Transaction notariée, reçue Me Bertrand, sur l’homicide commis en la personne de feu Jean Gros, maréchal de Salon, par François-Roubert Malroussias, auquel Pierre Gros, père de l’homicidé, pardonne pleinement, à la condition que Robert lui cédera sa maison de Salon, « fera dire une messe par an et « dresser sur le chemin de Limoges à Toulouse, passant à la Reboulie, ung oratoyre de pierre « avec une fenestre dans laquelle sera ung ymage de N. D. en grisle de fer, en tout pareille « grandeur et estoffe que ung autre qui est fait au lieu de l’Escure-Rabau (Masseré).» Reignac, où furent une ancienne famille du nom, puis des Bazin de la Mothe, qui se qualifièrent aussi de la Maisonneuve et de Vouspillac ; Roc de route ? La Roche, Roume, la Rousserie, la Rouverade, Saint-Georges, la Sartronie, le Suc, la Terrasse, Trix, Trone, la Tuillière, la Vau, possédé en 1068 par une famille du nom et du XVe au XVIIe siècle par des Monceaux, puis des de Mayne, leurs alliés, seigneurs du Palenc, en Haute-Vienne ; la Vau del Bos, la Verdie,Veux et Vouspillac