Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 07/09/2025
SEILHAC
Chef-lieu de canton, arrondissement de Tulle, ancien archiprêtré de Vigeois. - Superficie : 2.574 hectares ; population : 2.035 habitants ; distance du chef-lieu d'arrondissement : 14 kilomètres.
On croit avoir de ce lieu deux monnaies mérovingiennes ou tiers de sou d'or, du VIIe siècle ; elles portent le nom du monétaire Bosolène et l'on y lit par à peu près : SALIACO FIT, Se fait à Seilhac.
Seilhac, dont j'ai dit ailleurs que le nom latin est souvent le même que celui de Saillac (et réciproquement) devint sous les Carlovingiens chef-lieu d'une vicairie civile, vicaria Salliacensis, où l'on mentionne vers la fin du XIe siècle, le Masviel et Peyrelevade, deux villages de Naves.
On pourrait le croire également chef-lieu d'archiprêtré dans le siècle qui suivit ; mais ce Pierre, archiprêtre de Seilhac, qu'on lit aussi : Pierre de Seillac, archiprêtre, et qui assista au débat soulevé entre les églises de Vigeois et d'Uzerche au sujet du mas des Bordes, ne me paraît en tout cas qu'un archiprêtre de Vigeois dont le titre était encore ambulant : j'ai donné en diverses paroisses la preuve de ce défaut de fixation locale des titres archipresbytéraux jusqu'au XIIIe siècle.
Vers l'année 930, Adémar des Echelles, le vicomte bienfaiteur de l'abbaye de Tulle, fit à ce monastère restitution de l'église de Sainte-Marie de Seilhac, unie à beaucoup d'autres des environs de Tulle, qu'avait usurpées la force séculière. Gérald de Tulle, qui en détenait encore une partie dans le XIe siècle, fit abandon de cette partie comme de ce qu'il détenait de l'église Saint-Pierre, au-dessus de l'abbaye, et Aymar de Tulle donna aussi sa part, précisée de la sorte : un quart et le quart d'un autre quart. De façon que mention est faite de l'église de Seilhac comme de l'une des propriétés des moines dans la bulle en leur faveur émanée d'Adrien IV en 1154. Cette église devint sans tarder le siège d'une prévôté, dépendance de l'abbaye. On en connaît pour titulaires : en 1318, GUILLAUME DE FERRIÈRES: 1326, PIERRE N...; 1405, JACQUES DES CHAMPS; 1443, MARTIN DE LAUTHONIE, qui, en 1451, assistait dans Tulle à l'entrée solennelle de l'évêque Hugues d'Aubusson ; 1477, GUICHARD BROSSARD: 1481, ETIENNE DUMAS OU DUMONT; 1508, FRANÇOIS CHAZAL ; 1573, ANTOINE ESTORS, qui résigna en faveur du suivant ; 1578, FRANÇOIS DE LA FORESTIE, qui, en 1580, pourvut de la cure Antoine Pompalier ; 1594, JEAN JUYÉ, qui prit possession et qui dura, bien qu'on trouve la même année collation du titre en faveur de Bertrand de la Tour; 1616, par démission du précédent, PIERRE ESTIVIE ; 1626, BERNARD JUYÉ; 1660, JEAN JARRIGE; 1692, CHRISTOPHE DE BERRY, dernier titulaire probablement, car peu après le bénéfice fut uni à la mense capitulaire de Tulle. Il valait un millier de livres et constituait son titulaire l'un des seigneurs du lieu.
C'était le prévôt qui nommait à la cure, et ont été curés de Seilhac : en 1409, Pierre Bethon, qui fut aussi chanoine de Limoges, où l'on conserve encore sa dalle tumulaire ; elle porte : Hic jacet Petrus de Bethono, canonicus ecclesic Lemovicensis et rector de Selhaco, qui obiit die XVIII mensis decembris MCCCCVIII : cujus anima requiescat in pace. Amen ; en 1580, Antoine Pompalier, pourvu par le prévôt François de la Forestie ; en 1605, Antoine Grégoire, qui fit bail douze ans après des grains à lui appartenant dans la paroisse (au moins 260 setiers) ; 1693, N. Besse ; 1709, N. de Bonnecoste ; 1711, N. Drinon ; 1714, Roch Dupuy, qui permuta le 2 mars 1719, avec le suivant; 1719, Jean-Jacques Melon de Pradou, précédemment curé de Darazac ; 1738, Jacques de Fénis du Tourondel ; 1763, N. Binet, porté parmi les prêtres non assermentés qui entrèrent pendant la Révolution dans la maison, devenue cachot, des Récollets de Tulle; 1803, N. Dutaure de Saint-Martial ; 1804, Pierre Jouannet ; 1828, Jean Eymard ; 1850, Adrien-Joseph-Victoire Montlouis-Laval, mort retiré en 1891; 1887, Nicolas Lespinasse.
Seilhac avait dès 1514 une communauté de prêtres ; en 1809, il voulait faire un traitement de 400 livres à un prêtre qui accepterait d'être à la fois vicaire et instituteur.
Nadaud l'a dit donné à la cathédrale de Limoges en 1292. Serait-ce l'explication du rectorat en 1409 de Pierre Bethon, chanoine de cette église ? Mais comment concilier le fait avec le lien, soit antérieur, soit postérieur, de la localité et de l'église de Tulle ? Ajoutons que cette dernière avait même des droits à Seilhac par son aumônerie : l'aumônier du chapitre de Tulle, en 1692, tira du bail de ses dîmes 460 livres.
L'église de Seilhac a été refaite en 1882 et consacrée par Mgr Denéchau le 18 juin 1891. On y a conservé, au portail, deux anciens chapiteaux romans, dont un représentant le mystère de la Visitation et portant écrit le nom d'HÉLISABETH. Tout le chevet de l'ancienne église était roman, mais la nef, du moins pour partie, datait de temps bien postérieurs. Il paraît qu'un incendie l'avait dévorée, en faisant effondrer le pignon de façade. Les chapelles flanquantes étaient, comme à peu près partout, des propriétés particulières ; celle de saint Jean appartenait au château de la Gorse et celle de la Sainte-Vierge à la famille Parrical de Chammard; au chœur se trouvait la sépulture des seigneurs de Seilhac, qu'une décision de 1770 chargea de l'entretien de ce chœur ainsi que du sanctuaire.
Les nobles châtelains de notre époque ne se sont pas désintéressés de la nouvelle construction : ce sont eux, disait le Doyen à l'Evêque en 1891, « qui en ont eu la première idée » et « leurs largesses apparaissent partout : dans le vestiaire, sur les vitraux, dans les archives ». Mais tout en rendant hommage à leur générosité, M. Lespinasse traitait aussi d'« insigne bienfaitrice » une sœur de son école de filles qui, allant frapper à toutes les portes, en avait rapporté « d'abondantes aumônes et de riches dons ». Vengeance toute chrétienne d'une religieuse vexée dans son enseignement - par d'autres, il est vrai, que par les gens de la paroisse ! Établies comme institutrices communales vers 1846, les sœurs de Portieux ou de la Providence virent leur école laïcisée en 1882. Le château les logea, puis la paroisse leur fit une école libre, que le préfet de la Corrèze fermait encore en 1887, grâce à Dieu inutilement : le bienfait de l'école congréganiste dure encore et durera longtemps, nous l'espérons, pour la paroisse de Seilhac.
Il n'en est pas de même de certains sanctuaires que rattache ici la question de l'église.
Dans le bourg se trouvait autrefois un oratoire occupé aujourd'hui par l'hôtel Sainte-Marie et nommé Notre-Dame de Seilhac. On y portait les processions. Pendant la Révolution, dit M. Victor de Seilhac, auteur d'une brochure sur la localité, cet oratoire fut transformé en corps de garde ; il s'écroula dans la suite, faute d'entretien.
Le village des Combes avait aussi une chapelle, du patronage de saint Jean dans sa décollation (29 août). Elle était ancienne et on l'appelait quelquefois Saint-Jean de la Louberie comme on appelait le village las Coumbas de lo louborio ou du pays des loups. Ce fut une dépendance du prieuré de la Rode, dépendance lui-même de la commanderie de la Vinadière : « Jean-Louis Darche, religieux de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, ayant été, dit M. Vayssière, pourvu de ces bénéfices par le commandeur Léon de Druille, fit dresser, le 20 avri! 1708, un état des lieux par Béronie, notaire à Tulle. La chapelle de la Rodde qui s'élevait dans la paroisse de Saint-Clément, était alors presque privée de toiture, et celle des Combes était pareillement en très mauvais état. Les habitants demandaient que la messe fût célébrée plus souvent ». Mais la Révolution préféra démolir la chapelle ou la laisser à sa démo-lition. On emporta sur un cerisier la petite cloche, très appréciée du pays contre les orages, et le clocher de la paroisse la recueillit dans sa sonnerie vers 1813. Je ne sais ce qu'est devenue la clef de la chapelle : rougie au feu, elle passait pour préserver de la rage hommes et animaux mordus.
Autre chapelle encore au village de la Gorse : publique probablement et propriété de quatre villages mais bâtie dans les dépendances du château de la Gorse, dont le seigneur entretenait un chapelain. La Révolution la vendit, ainsi que le château, comme bien national et l'acquéreur s'empressa de la démolir. Avec le temps la cloche aussi fut mise en vente ; mais les habitants des quatre villages l'arrêtèrent au départ. Ils finirent par avoir gain de cause, payèrent une indemnité et portèrent la cloche au clocher de Seilhac, où elle est encore en ce moment.
On en verrait ici l'inscription, comme de celle de la chapelle des Combes, si l'une et l'autre cloche n'eussent été refondues depuis les faits qui les concernent : celle-ci dès 1813, l'autre en 1862. Il n'y a donc d'ancien au clocher de Seilhac que la grand'cloche, laquelle ne remonte elle-même qu'au siècle dernier. Elle porte, — sans aucune, hélas ! de ces invocations ou affections de l'âme dont l'eût chargée un passé plus chrétien:
CURÉ DE SEILHAC, JACQUES DE FÉNIS.
PARRAIN, MESSIRE DE FENIS, CHEVALIER DU TOURONDEL.
MARRAINE, DAME JEANNE FABRE, VEUVE DE MESSIRE GABRIEL RODOREL, CHEVALIER, SEIGNEUR DE SEILHAC.
FONDEUR P. DUMONT. 1760.
Cette inscription nous amène d'elle-même à parler des fiefs de l’endroit.
Les bulles de privilège octroyées à l'abbaye de Tulle en 1115 et 1154 par les papes Pascal II et Adrien IV consacrent la sépulture dans cette abbaye de chevaliers de Seilhac, qui nous sont prouvés par ailleurs des membres de la famille de Tulle. Leur seigneurie, qui s'ajoutait à celle du prévôt et plus tard du chapitre de Tulle, relevait de l'évêque de cette ville, successeur des abbés depuis 1317, et constituait une châtellenie. Cette châtellenie fut en 1280 achetée par un cadet de la maison de Chanac, Raymond, dont le fils Pierre paraît avoir décédé sans enfants ; de sorte qu'en 1327 Seilhac fut du nombre des biens partagés entre Guillaume de Chanac, futur évêque de Paris, et Gui de Chanac, son neveu ; l'archidiacre de Paris l'eut dans sa part, avec Pandrigne, Gumont, Champagnac et autres seigneuries. Blanche de Chanac, mariée en 1334 à Odet de la Rivière, lui porta une partie de la nôtre ; Galienne, mariée en 1355 à Ramnulphe Hélie de Pompadour, lui en porta sans doute une autre partie, et les Pompadour ne tardèrent pas à posséder le tout. Mais gêné probablement dans ses affaires, Jean de Pompadour vendit en 1469 à Jean de Blanchefort « la terre et seigneurie de Seilhac avec toutes « ses dépendances, sans en rien retenir ni réserver, pour la somme de 1.200 écus d'or, somme que ledit seigneur de Pompadour reconnaissait avoir reçue dudit seigneur de Blanchefort ; - ladite terre, ajoute l'acte, portant hommage à l'évêque de Tulle ».
Elle revint aux Pompadour, quitte à disparaître encore en d'autres mains, pour revenir bientôt aux premiers maîtres. Ainsi, en 1535, Jean de Limoges, seigneur dans la paroisse du fief de la Gorse qui va nous occuper dans un instant, revendit la terre 4.500 livres à Geoffroy de Pompadour, fils d'Antoine, lequel avait reçu lui-même, deux ans plutôt, la promesse de cette revente. Mais le dessaisissement se trouva définitif au 20 juin de l'année 1539. Ce jour-là, Geoffroy de Pompadour vendit sa terre, pour ne plus la recouvrer, à Jean Juyé, d'une ancienne famille de bourgeoisie tulloise, connue aussi sous le nom de Dioudèle : Jean Juyé avait marié sa fille Sébastienne à Libéral de la Forestie, qui devint maire de Tulle en 1569 ; dans l'intervalle, en 1546, le 18 juin. il fit son testament en faveur du fils de ce dernier, Jean de la Forestie, à la charge de prendre les nom et armes des Juyé : ce qui eut lieu effectivement. La famille de Juyé-Laforestie garda ainsi la terre jusqu'au jour où, décrétée au Châtelet de Paris sur la tête de Pierre de Juyé de Seilhac, elle passa aux Rodorel de Gourdon (Chamboulive), dont un, Charles, avait épousé en 1672 Joséphine-Léonarde de Juyé, dernière de la branche aînée de sa race.
Aujourd'hui les Rodorel ne sont plus connus que sous le nom de leur terre de Seilhac et ils y portent titre de marquis. De châtellenie le fief avait déjà pris le titre de baronnie au XVIIe siècle. Et c'est Louis XVI qui l'érigea en marquisat, sur la tête de Gabriel de Rodorel, lieutenant des maréchaux de France et ancien page de la reine Marie Leczinska.
« A une époque reculée, nous dit l'un de ces gentilshommes, le château de Seilhac était bâti en forteresse. Attaqué et détruit à deux reprises pendant les guerres de religion[1], il avait été relevé sur un plan élégant : ni remparts, ni fossés, ni créneaux, ni meurtrières. Deux corps de logis à deux étages étaient reliés par deux grosses tours et flanqués à chaque angle d'une tourelle en cul de lampe. Une des grosses tours formant l'angle rentrant, servait de cage à l'escalier : l'autre était distribuée en appartements et désignée sous le nom de tour Chanac ; les cadets de la maison signaient encore de ce nom. »
C'est vrai et M. Champeval écrit en effet qu'au château — acquis et bâti, ou plutôt sans doute rebâti, en 1543 par Jean Juyé - s'unissait un fief distinct, dit château de Chanac ; lequel pourrait bien représenter, à côté des droits primitifs de la Rivière et de Pompadour, certaine coseigneurie de Seilhac possédée encore vers 1370 par Hélie de Chanac et adjointe postérieurement, je suppose, au corps de la châtellenie.
Frappé de séquestre par la Nation, demeuré sans ses maîtres qui avaient fui en Normandie, le château fut dévasté par le 3e bataillon de la Corrèze, de passage à Seilhac, le 13 avril 1792 ; puis il fut exploité comme une carrière, de façon à ne conserver guère que sa belle tour d'escalier couronnée de machicoulis. On y a fait depuis la Révolution deux pavillons aux façades peu symétriques, où la famille, quelque temps établie au Mons, paroisse de Vitrac, est venue malgré tout depuis un petit siècle rallumer son foyer.
C'est au Mons que mourut en 1893 le comte Victor de Seilhac, frère cadet du dernier marquis défunt et l'un des hommes distingués de notre Limousin. L'histoire locale qu'il avait prise à cœur, lui doit un ouvrage important : les Scènes et portraits de la Révolution en Bas-Limousin dont je viens de citer quelques lignes (1878). Il y joignit, dix ans après, l'Histoire politique du département de la Corrèze sous le Directoire, le Consulat, l'Empire et la Restauration. Entre ces deux volumes, il avait publié en 1882 une étude adjacente : les Bataillons de Volontaires de la Corrèze, de la formation à l'embrigadement (1791-1796), et en 1881 une étude historique et biographique sur l'Abbé Marc-René d'Espagnac, un de ses parents célèbres décapité par la Révolution. Comme cet abbé était le fils de l'ancien gouverneur des Invalides, le général baron d'Espagnac qui nous avait laissé l'Histoire du maréchal de Saxe, M. de Seilhac reprit aussi cet ouvrage, le réédita et y joignit une publication inédite : l'Abbé Dubois, dont un autre abbé d'Espagnac avait, laissé en manuscrits les éléments. Cette publication, de nature à intéresser la France tout entière, fit bruit à son époque (1862) et ouvrit sur le célèbre précepteur du Régent une discussion historique dont sa mémoire n'a pu que profiter. Louis Veuillot lui-même y donna de sa plume en écrivant sa petite plaquette : Deux commensaux du cardinal Dubois. - M. Victor de Seilhac, longtemps conseiller général du canton de son nom, en 1871 a écrit aussi, sur la commune qui en est le chef-lieu, une petite étude que j'ai déjà mentionnée et de laquelle se renseigne quelquefois cet article.
Le château de la Gorse, hors le bourg mais avec maison noble au bourg, fut possédé au commencement du XVIe siècle par un enfant de Tulle, Pierre Palet, conseiller du roi au parlement de Bordeaux, abbé de Verteuil, au diocèse de cette ville, prévôt de l'église de Tulle et possesseur, dit Baluze, de beaucoup d'autres bénéfices. Ce personnage, par testament du 31 août 1517, institua pour héritier universel le fils de son frère Martial, à savoir Jean Palet, qu'on appelle Jean de Limoges, alias Palet. Apparemment Jean de Limoges tirait son nom de la maison de Limoges qui se l'était substitué. Or, on entendait à Tulle par maison de Limoges une vieille famille bourgeoise de la ville, qu'on y connaissait depuis au moins le XIIe siècle et qui avait son hôtel au château, dans la paroisse de Saint-Pierre. Dès 1410 elle était noble, en la personne de Martin de Limoges ; mais elle semblait n'être montée à la noblesse que pour s'éteindre après l'avoir reçue, probablement au cours de ce XVe siècle. Jean Palet, qui lui succéda sous son nom, était-il le père d'un Virgile de Limoges qui en 1531, laissant l'abbaye de l'Isle-Dieu, au diocèse de Rouen, devint général des Prémontrés ? J'en doute un peu par la raison qu'il y eut en France plusieurs familles de ce nom. Gilbert de Limoges, chevalier de l'ordre du roi, fit dans l'église de Seilhac une fondation, au sujet de laquelle le clergé de la paroisse transigeait en 1634 avec son fils Jacques et la femme de ce dernier, Catherine de Hautefort. Ce fut une fille de ces deux époux, Anne, qui, sans extinction de la famille, par son mariage du 27 novembre 1631 avec Annet de Brachet du Maslaurent, transporta à la maison de Brachet la terre de la Gorse, devenue dans la suite marquisat.
Au moment de la Révolution, deux Brachet avaient grade de maréchaux de camp, Gilbert et Raymond, celui-ci gouverneur en 1785 de l'hôtel des gardes du corps.
Parmi les nombreuses familles énumérées dans cet article et seulement pour deux châteaux (j'en omets de secondaires), il en est une qui obtint d'Henri IV en 1597 pour le bourg de Seilhac un marché chaque lundi et trois foires dans l'an : le mardi de Pâques, le jour de saint Paul et le 9 septembre. C'est la famille de Juyé. Voici quelques mots de sa supplique — « contenant que la juridiction, terre et seigneurie de Seillac est belle et ample, y ayant un bon et gros bourg et esglise parrochielle, situé et assis en pays fertil en froment, bleds, bestial et autres choses nécessaires et commodes, bien construit et édifié d'un bon nombre de maisons, composé de habitants et marchands bien aisés, trafiquants avec leurs voisins et autres. Par quoy, pour leur plus grande commodité et du publiq, décoration et augmentation de ladicte seigneurie, ledict sieur de Seillac (Pierre de Juyé) désireroit singulièrement et nous supplieroit volontiers que nostre bon plaisir fust y créer et establir (ce que l'on vient de dire et ce à quoi le roi consent, par considération pour les bons, agréables et recommandables services qu'il a reçus des Juyé avec le roi son prédécesseur, que Dieu absolve, tant au faict des guerres qu'autrement).
Sont villages de Seilhac : la Barraque, la Besse, donnée à tort (mais on s'est repris ailleurs) comme seigneurie des Juyé, alors que la branche de cette famille demeurée bourgeoise de Tulle, affermait en 1669 et 1685 les cens et rentes du « tènement et seigneurie de la Besse, paroisse de Saint-Bauzile » (de la Roche); la Borie-Blanche, le Bourdeix, Bous-saguet, Brudieu, la Brunie, la Cabane de la Porte et celle des Treize-Vingts, Champeil, Charissou, où vit retiré dans la plus belle et la plus honorée des vieillesses un des patriarches de la presse et du barreau : Me Gorse, chevalier de Saint-Grégoire le Grand, 'un des premiers membres des conférences de Saint-Vincent-de-Paul en 1833 et le rédacteur de la Corrèze monarchique et chrétienne en 1850, plus tard (1869) du Réveil de la Province, devenu Limousin et Quercy; les Combes, Coulamy, les Escures, Ferrières, non loin duquel se trouve, à mi-côte d'un d'un puy, le menhir dit la Pierrebouchère, signalé au congrès de Brive par M. Philibert Lalande qui a recueilli à son sommet une petite lame en jaspe ; le même collègue mentionne près de Seilhac des vestiges d'édifices romains, dans un champ dit terre du Palais, où l'on a trouvé aussi des urnes en poterie et des tessons de vases; les Fourches, dont on trouve le nom dans Geofiroy de Vigeois dès le XIIe siècle; un des Guy de Lastours de cette époque (1174), échappé de Poitiers où il était retenu en otage, et accompagné de quelques chevaliers, fondit là sur Archambaud de Pierrebuffière qui dévastait les terres de son oncle Bernard, le battit, lui fit des prisonniers et repartit à la hâte pour Poitiers, où il avait dissimulé sa fuite en se faisant passer pour malade; la Gorse, les Gouttes, Imbiers, Magueurs, Marsac, la Maurie, la Maynardie, le Meygial, dont se qualifiait seigneur en 1518 noble Jean de Limoges; le Mons, Montargis, les Moulins de l'Huile et de la Gorse, celui-ci sur un petit étang, l'autre sur l'Etang neuf ; la Porte, donné en 1116 aux moines de Tulle par le vicomte de Turenne Raymond Ier ; Rivassou, mentionné pour des dons à Vigeois dans le XIe siècle et peut-être atelier monétaire aux temps mérovingiens; Sabot, Serre, qui avait autrefois une justice seigneuriale; Téreygeol, Tilly, la Valette, la Vergne, acquis avec deux autres mas, en 1231, de Rigaud de Sarran par l'abbé de Tulle Bernard de Ventadour; Ventéjoux, autrefois Ventéjol, à une famille du nom dans le XIe siècle.
Tout le monde sait qu'il existe dans la paroisse de Seilhac deux forts étangs, l'un dit de Pissevaches, l'autre l'Etang neuf. L'un des deux au moins fut ouvert par les révolutionnaires le 28 novembre 1791. - On sait moins que le « fameux Mandrin, se rendant en expédition à Tulle à la tête de 70 cavaliers (vers 1754), fit halte à Seilhac et prit logement avec ses hommes dans la maison Pourchet. Ayant réquisitionné des fourrages et de l'avoine pour la nourriture des chevaux de sa troupe, il acquitta honnêtement la dépense en donnant en paiement des sacs de tabac. Jamais, selon la tradition, « tabac plus mauvais ne fut prisé dans la paroisse »
[1] Dans la convention de Lamaurie avec la ville de Tulle lors de la délivrance de celle-ci, février 1586, il fut convenu que les troupes de ce lieutenant quitteraient le fort de Seilhac (pris ou repris l'année d'avant), comme ceux de Laguenne, de Naves et de Saint-Salvadour.