Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 30/03/2023
Canton de Treignac, arrondissement de Tulle, ancien archiprêtré de la Porcherie (Haute-Vienne). — Superficie : 185 hectares ; population : 892 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 7 kilomètres.
Voici deux paroisses réunies en une seule et associant encore leurs deux noms comme Chartrier-Ferrières ou Chenaliers-Mascheix, mais avec cette bizarrerie particulière que la première nommée est précisément celle qui a perdu son église, tandis que l’autre, en la gardant, est devenue le chef-lieu. Aussi le langage usuel du pays n’emploie-t-il le plus souvent que le nom de Lavinadière. Pour être juste cependant et pour expliquer l’anomalie du langage officiel, il faut ajouter qu'au point de vue de l’étendue comme de la population, Soudène était autrefois de beaucoup la paroisse la plus forte : elle comptait 650 âmes quand Lavinadière n’en comptait que 145 et celle-ci n'avait avec son petit bourg que deux villages : Cologne et la Borie. De là son service par Soudène avant même 1789 ; de là aussi le titre mis aux doléances de cette année célèbre : «Plaintes et doléances des habitants de la paroisse de Soudaine et la Vinadière».
Commençons donc par Soudène (Sodena, Soudena ou Sudena), puisqu’au surplus, c'est le lieu le plus ancien et la paroisse originelle.
L’église en fut donnée au monastère d'Uzerche par l’archevêque de Bourges Léger l'année où mourut Pierre de Viroald, évêque de Limoges, c’est-à-dire en 1103 ou 1104. Eustorges, évêque de Limoges renouvela ce don en 1120 et son successeur Sébrand Chabot, comme les papes Lucius II, Eugène III et Alexandre III, le consacrèrent de leurs privilèges ou de leurs bulles. Patron à cette époque, saint Martin (fontaine) ; en d'autres temps saint Nicolas et saint Barthélémy. L’abbé d’Uzerche nomma plusieurs fois les curés. Mais l'évêque fit aussi les nominations, ce qu'expliqueraient les vicissitudes de l'abbaye d'Uzerche à travers les derniers siècles. — Voici quelques titulaires: en 1627 Pierre Verdier ; 1638, Pierre Manieval ; 1647, Léonard Bourniéras ; 1660, Pierre Lafon, dont l'église était déjà ruinée ; il fut fait en 1672 et resta 50 ans prieur des Pénitents de Treignac, ses compatriotes, auxquels il porta sans doute la cloche de Soudène, que j’ai vue en leur clocher (1595, ce me semble) ; 1705, Henri Farge ; 1738, N. Belarbre, 1743, N.- [Hugon] d'Arsouze ; même année, N. Juge ; 1751, Claude Duverger ; 1783, N Laroque ; 1788, N. Durand-Gelay ; 1803, N. Boulières ; 1825, N. Nicollet ; 1836, Jean-Baptiste Roger ; 1846, Pierre Prabonneaud ; 1853, Germain-Louis Delcaire ; 1860, Jean-Baptiste Vénard ; 1877, Antoine Peuch ; 1879, Joseph Lespinasse ; 1896, Pierre Sivade.
Soudène n'avait point de bourg ; son église s'y trouvait isolée et on l’avait interdite au dernier siècle. Le nôtre l'a complètement démolie. Seul, le cimetière attenant sert encore aux deux paroisses réunies ; il est a un kilomètre environ de l’église de la Vinadière, sur le bord de 1a Soudène, au milieu de pacages.
Magoutière, qui représente une des agglomérations les plus considérables et les plus éloignées de la paroisse, avait autrefois un prieuré très important, de la dépendance d'Uzerche. Il fut le résultat d'une donation faite à cette abbaye vers 1117 par un nommé Pierre Roes, qui eut pour témoin Bernard, vicomte de Comborn. C'était sainte Foy qui en était la patronne, ou du moins la titulaire de sa chapelle, d’après le privilège de Sébrand Chabot, évêque de Limoges, en 1185 : capellam sanctœ Fidis de Magoteira. Mais on y honorait aussi saint Pardoux et la fête locale était même le jour de ce saint, le 6 octobre. « Le titulaire du prieuré, nous dit Nadaud, regardant comme une chose utile au public et à l'Église les services que les Pères Jésuites de Limoges rendaient dans leur maison, consentit à son union à leur collège le 16 décembre 1705. Le 3 octobre précédent, l'abbé d'Uzerche avait donné son consentement. Ce prieuré fut uni à Uzerche le 27 novembre 1761 (à l'occasion sans doute de la suppression des Jésuites). Il valait de 2 à 3.000 livres : sur lesquelles il fallait déduire la portion congrue du curé de Soudène, quatre charges de vin pour l'abbé d'Uzerche et une redevance au chapitre de cette ville, d’environ 30 livres. »
Prieurs de Magoutière : 1275, RAYMOND DE ROFF1GNAC, qui transigea avec Guillaume de Boisse, deuxième du nom ; 1278, RAYNALD, qui acheta de Pierre del Laynez (peut-être Layriez), damoiseau, une rente sur le mas de la Bosinière, disparu, près Vernhac, encore existant ; 1311, religieux homme PIERRE DE SAINT- BAUZILE (de sancto Bauvirio), moine d’Uzerche et prévôt de Magoutière ; 1541, FRANÇOIS HUGON ; 1586, JACQUES HUGON, son neveu ; vers 1601, maître PIERRE VERNHAC (provisions) ; 1645, ANTOINE HUGON ; 1691, CLAUDE HUGON ; 1715, JOSEPH PRADEL DE LAMAZE, bachelier et licencié en Sorbonne, qui ne mourut qu'en 1797, mais qui en 1766 était déjà dit ancien prieur ; en 1758, il avait affermé pour 7 ans son prieuré dont il avait mis en bon état toutes les couvertures, chapelle comprise, 2.000 livres par an, grossies des réserves suivantes : l° les deux chambres et cabinets qu'il avait coutume d'occuper quand il allait à Magoutiêre, car il habitait Uzerche ; 2° les quatre étangs du prieuré, à la pêche desquels on devait lui fournir chevaux et paille ; 3° 35 setiers de seigle, mesure de Treignac ; 4° 420 éminaux d’avoine, dont 320 pour l’apport desquels il réquisitionnait les chevaux ; 5° 60 bouliasses de paille ; 6° enfin la moitié des lods et investitures ; 1766 au plus tard, HENRI DE LAMAZE, neveu du précédent, dit en 1770 prieur de Sainte-Foy de Magoutière ; il avait donc le bénéfice en dépit de l'union indiquée plus haut comme faite à Uzerche en 176l, et c'est jusqu'à la fin qu'il le garda, car il ne mourut que vers 1798.
Magoutière, ainsi qu’on vient de le voir, avait château prioral, seigneurie et juridiction même, sur la paroisse de Soudène. A force d’en être prieurs, les Hugon, qui étaient dans la paroisse, finirent par s'en qualifier. C'était du reste une famille ancienne, bien posée en plusieurs paroisses (V. CHAMBERET, LE LONZAC) et de laquelle je me demande si elle n'a pas donné à l'Église Aimeric Hugon, évêque de Lodève en 1361.
Quant à la vaste chapelle du prieuré, chapelle qui servit quelque temps d’annexe et où pendaient trois cloches, il faut en faire son deuil : elle n'existe plus. On peut même dire : Etiam periere ruinœ.
Lavinadère fut à l'origine une maison de l'ordre du Saint Sépulcre. Elle dut sa fondation aux Comborn de la branche aînée. Guichard II, d’une branche cadette, celle de Treignac, transigeait en 1299 avec son prieur au sujet de la donation qu’avaient faite au dit prieuré, d'après le sommaire de l'acte, « Archambaud de Comborn, sa femme et ses fils non nommés, du lieu de la Vinharieyra et de ses dépendances, en l'honneur du saint sépulcre et pour le salut de leurs âmes ». Aussi Guichard V, qui fut tué en 1415 à la bataille d'Azincourt, avait-il dès 1366 élu par testament sa sépulture dans cette maison : il s’inspirait de ce qu’elle avait été le lieu du repos pour plusieurs de ceux de sa race, père, grand-père, bisaïeul. S'il l'appelait, lui aussi, maison ou prieuré de Vinhareria, ce qui pourrait faire hésiter sur la vraie finale du nom, je ferai remarquer qu'un acte anglais de 1310 l'appelle domus de la Binhadieyra et que, dans la possession séculaire où nous sommes déjà de la finale dière. un texte de cette ancienneté ne peut qu'il ne soit décisif.
Commanderie ou prieuré conventuel en 1285, Lavinadière eut en 1575 et aux siècles suivants le titre de prieuré-commanderie chef d’ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Mais elle avait passé aux Maltais, probablement en 1483, date à laquelle les biens du Saint-Sépulcre passèrent en effet aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Ce fut alors sans doute que la maison adopta le patronage de saint Jean-Baptiste car M. Vayssière, que je vais citer, donne d'autres saints pour son église. Le commandeur, d'abord élu par ses frères — en 1558 par exemple — fut nommé par le roi en 1582, 1594 et 1599 ; mais en 1625 le roi s'étant départi de sa nomination aux bénéfices maltais, les chevaliers de l’ordre reprirent leur droit et l'exercèrent à l’égard de Lavinadière, par exemple en 1664. J'ai trouvé qu'un peu avant cette date le prieuré avait été affermé pour dix ans 6.186 livres.
« Derrière son église, qui était placée sous les vocables de saint Blaise et de saint Cloud, se voyaient, dit M. Vayssière (Bull de Tulle, VI, 154) les vestiges d'une grande et belle habitation. Au XVIIe siècle, le commandeur de Pradal avait fait construire sur son emplacement une maison plus modeste et d'un entretien moins coûteux.
« De nombreuses propriétés étaient attachées à cet établissement. Le domaine de Lavinadière comprenait : un vaste jardin ; le pré Lafont, de la contenance de six journaux ; le pré de Glaton, de trois journaux ; le pré du Pont, de cinq journaux ; le pré de la Glasve, de deux journaux ; la terre du Colombier, de vingt-cinq setérées ; le taillis de la Bessade, de trente setérées, etc. Le commandeur possédait, en outre, dans la paroisse, un moulin banal et deux domaines situés dans le village de Coulognie. Il jouissait de la justice haute, moyenne et basse, de moitié avec le seigneur de Treignac et levait des rentes foncières et féodales. Il était dîmier général de la Vinadière et des villages de Coulognie, de la Borie et de la Geneste, où il percevait la dîme des grains, des agneaux et de la laine ; il prenait le quart de la dîme dans plusieurs villages de la paroisse de Soudène et dans celui de la Gorse, situé dans la paroisse de Chamberet. Proche de ce dernier village, au lieu dit le Sugardier, dans la paroisse de Lavinadière, s'élevait une chapelle de dévotion où les habitants de la région venaient en pèlerinage pour les enfants à Pâques et à la Pentecôte.
« De la commanderie de la Vinadière dépendait, au XVIIIe siècle, le prieuré de la Rodde (paroisse de Saint-Clément) et la chapelle des Combes, son annexe (paroisse de Seilhac). » Orluc qui est aujourd'hui annexé à Pérols, et Fournol qui appartient à Saint-Merd-les-Oussines, constituaient ses deux membres ; on lui rattachait même Jarrige-la-Bontat. près Treignac.
Est-il besoin de faire remarquer que cette commanderie, comme toutes nos maisons maltaises limousines, dépendait du grand prieuré d'Auvergne ? En ont été bénéficiers : en 1299, un GUILLEM ; 1487, JEAN DE BLANCHER, dit prieur ; 1519, ALAIN D'ABOUVILLE, item ; 1553, JACQUES DU BREUIL, item ; 1573, LOUIS DU BREUIL ; 1626, PIERRE PROGOUL et 1639, N. DOULCET, dits également prieurs mais me laissant de la défiance ; 1676, ETIENNE DE PRADAL, dit prieur de la Vinadière et du Temple d'Ayen, qualifié aussi commandeur ; 1691, LÉON DE DREUILLE ; 1730, « le chevalier du Vilvosin », nommant bailli et juge à sa terre de Lavinadière et que je suppose identique à JEAN-FRANOIS DE BOSREDON DE VILVOISIN, habitant en 1751 et 1759 « son château de la Vinadière où il y a paroisse » ; c'est probablement celui dont la Gazette de Bouillon annonçait ainsi la fin, 1re quinzaine d'avril 1782 : « Jean-François Bosredon de Vieille-voisin, bailli de l'ordre de Malte et grand-maréchal de cet ordre, est mort à Montluçon le 26 février, dans sa 85e année » ; il était dit ancien commandeur de la Vinadière en 1774 et dès 1772 on voyait à la commanderie FRANÇOIS ou JEAN-FRANOIS MADELIÈNE de Bosredon de Ranchignac ou de Villevoisin, dit alors chevalier novice de l'ordre et plus tard chevalier de l'ordre depuis le ler août 1776. Celui-ci dut être le dernier benéficier.
Un HUGON, commandeur de la Vinadière et du Temple d'Ayen avait son nom sur la cloche refondue de la Vinadière. Ce pouvait être celui qui en 1676 fut commandeur de Carlat, laissant alors les deux commanderies à Etienne de Pradal.
J'ai vu, mais il y a trente-trois ans et sans y prendre de notes, l’église de la Vinadière, précédée alors d’un magnifique Sully qu'un ouragan renversa le 8 juin 1889. On me signale dans cette église des pierres tombales à croix maltaises. Certain auteur prétend qu’après le combat de la Roche-l’Abeille, en Haut-Limousin, les protestants vinrent y célébrer la Cène et sans doute exercer leurs déprédations.
La cure de Lavinadière, à la nomination du commandeur, avait, paraît-il, pour patronne la sainte Vierge, honorée dans son mystère de l’Assomption ; elle eut pour curés : 1696, Jean Savaudy ; en 1720, Pierre-Marie de la Geneste ; vers 1773, N. Lemaçon ; en 1781, Durand-Gelay, sous qui, deux ans après, on examina la question de séparer de nouveau les deux paroisses, alors unies depuis peu, mais qui l'étaient encore sûrement en 1789.
Lavinadière avait une vicairie fondée par les vicomtes de Comborn-Treignac à l'autel de saint Blaise et que conférait le commandeur ; les Comborn ou leurs héritiers en nommaient le titulaire. Une autre avait été fondée par Etienne et Pierre Blancher et spiritualisée en 1492 ; M. Champeval la dit de 1409, comme il dit la première du 6 février 1542.
Sont villages des deux paroisses réunies: Arsouze, la Borie, la Bornerie, où Pierre Hugon de Marlhac avait château vers 1775 ; la Cassière, Chassagne, qui eut une chapelle au XVe siècle, d'après M. Champeval, et fut un fief des Montagnac ; un Raymond de Chassagnes, damoiseau, l’habitait au XIVe ; le Châtenet, Cologne, qui fut dans le XIe siècle un bois donné à l'abbaye de Tulle par Archambaud III de Comborn ; Fressingeas, la Geneste, Magoutière, Marlhac, dont nous venons de voir qualifiés les Hugon, sieurs aussi d’Arsouze ; le Moulin du Châtenet, la Peyres, Quinsac, la Rigaudie, et Virevialle ou vieux village (Vetus villa), le Terrier, Vergnac.
Il y a dans la paroisse, au Puy de Doignon, trois tertres tumulaires, dont l'un, circulaire, de 60 mètres de base et les deux autres elliptiques, de 100. Le préfet de la Corrèze en fit fouiller deux en 1831 : les débris trouvés attestèrent des sépultures. La Bornerie aurait aussi un tumulus, paraît-il.