Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 30/03/2023
Canton de Bugeat, arrondissement d'Ussel, ancien archiprêtré de Chirouze (Creuse). - Superficie : 6754 hectares ; population : 1990 habitants, distance du chef-lieu cantonal : 12 kilomètres.
La quatrième paroisse en étendue du diocèse de Tulle ! Elle vient après Chamberet, qui vient lui-même après Neuvic, lequel n'est dépassé que par Meymac, la plus spacieuse des communes de France, si n'était celle de la Camargue, les Saintes-Marie-de-la-Mer, dans le delta marécageux du Rhône. Peyrelevade, limitrophe de Tarnac et très vaste aussi, lui est pourtant inférieur de 112 hectares. Ils sont l'un et l'autre arrosés par la Vienne. Peu distant de sa source, mais déjà petite rivière, ce cours d'eau y va grossissant à chaque pas. Des bois et des prairies sur ses bords ; ailleurs des terres et des landes, surtout au sud où la Vézère fait limite ; des hauteurs de plus de 800 mètres en ce point comme au nord qui confronte à la Creuse ; des villages relativement peu nombreux mais généralement assez nourris ; un gros bourg enfin dans le bassin-presqu'île formé avec la Vienne par deux affluents qui lui viennent du midi : telle est à peu près la physionomie extérieure ou topographie générale de la paroisse de Tarnac.
Le chef-lieu en est connu depuis 832 comme le centre d'une centaine et depuis 871 comme celui d'une vicairie civile, mentionnées l'une et l'autre dans des chartes du Haut-Limousin. Il faisait partie du pays ou pagus d'Uzerche et portait à la fin du Xe siècle, au XIIe, aux XVIe et XVIIe même, le nom vulgaire de "Ternat". Mais le Tarnac du IXe, reparu dès le XIIe au cartulaire d'Obazine, s'est fait peu à peu confirmer par le français et consacrer définitivement à notre époque.
L'église paroissiale n'a jamais relevé que de l'évêque. C'était autrefois un bénéfice important, bien que grevé de charges lourdes, en tête desquelles 372 livres de décimes. Elle a pour patron saint Georges (fontaine du nom) ; on lui trouve aussi le patronage de saint Gilles. Le style le plus ancien en est, pour le corps principal du vaisseau, celui du XIIe siècle. Voûte en berceau déprimé sur des doubleaux romans dont deux s'affaissent ; grandes arcades simples courant le long des murs de la nef et suivies dans le chœur comme dans l'abside, qui est à pans coupés, d'autres arcatures sur colonnes grêles, à bases décorées par endroits d'entrelacs. Fenêtre du milieu du sanctuaire sous plein cintre en oméga, bien caractérisé. Mais au flanc nord du vaisseau, autre style. Là on a construit, vers la fin du XIVe siècle, en même temps que l'on surhaussait le reste de l'église, une longue chapelle, presque bas-côté, de trois travées ogivales, voûtées sur nervures toriques.
Cette chapelle est percée d'un portail latéral de plusieurs archivoltes et appuyée de contreforts à pignons, dont deux s'appliquent à l'angle même des murailles. Un clocher-campanile aigu ou en mitre surmonte le mur d'est.
L'abbé Texier écrit en un des ouvrages (Inscriptions limousines) : « Dans le sanctuaire de l'église de Tarnac, le fût d'un pilier roman est gravé d'inscriptions qui semblent être des dates du XIIe siècle. Cinq ou six couches de badigeon de chaux les recouvrent et les rendent illisibles. »
Je les ai pu lire cependant mais sans pouvoir en garantir un détail que nous livrerait peut-être le débadigeonnage. Comme on va le voir, elles ne sont pas du XIIe siècle. Les voici :
L'AN M. III [c] LIII (1353)
M. III LXVI (1366)
M. III V. III ? (1408 ou au moins 5)
ET fini ?? M. III X IIII (1414)
Ces dates, gravées précisément au nord, du côté de l'adjonction gothique, sembleraient s'y rapporter. En tout cas, elles concordent d'assez près avec une date très sûre que n'a pas aperçue l'abbé Texier et que j'ai recueillie sur une pierre renversée de l'extérieur du chevet :
ANO : M. CCCC. (1400)
Celle-ci se réfère manifestement à un travail et pourrait indiquer le temps précis où l'on exhaussa le vieux vaisseau roman.
Mais il y a sur un autre point une troisième inscription, accompagnant des bas-reliefs. Comme je n'ai relativement aux sculptures que des souvenirs de trente ans et des lignes incomplètes, je cite encore notre savant compatriote, quoique avec le regret de ne pouvoir le suivre en tout ; il a dû passer vite :
"S.. RGIVS
(En note : SERGIUS ; mais on peut lire : S. GEORGIVS)
"PETRVS
"ARBERTO.
« L'église romane de Tarnac est percée sur son flanc septentrional d'un portail gothique du XIIIe siècle (du XIVe). Son ogive est accompagnée de deux bas-reliefs (encastrés) en granit, qui datent comme le reste (comme le corps ancien) de l'édifice, du XIIe siècle. Celui de droite représente un guerrier à cheval. Il est armé du casque à nasal, d'un bouclier en pointe et d'une lance à pennon. Dans la partie supérieure vole un ange qui semble lui montrer la route. (Évidemment nous avons affaire ici à saint Georges). L'autre bas-relief représente un évêque coiffé d'une mitre très basse et revêtu de la chasuble ronde et du pallium. Il bénit un personnage de proportions beaucoup plus petites, qui s'incline sous sa main (probablement Pierre Arbert, devant peut-être un patron de famille - je ne l'énonce que timidement - saint Albert ou Aldebert, évêque de Prague, honoré précisément le même jour (23 avril) que le patron de la paroisse, saint Georges). Un cartouche carré porte l'inscription transcrite plus haut. »
Le nom de Pierre Arbert se trouve trois fois au Cartulaire d'Uzerche : la première fois au n° 899, sans date mais indiquant le temps de l'abbé Gaubert [II], 1096-1108 ; la seconde au n° 1012, entre 1113 et 1123, au temps de l'abbé Audebert ; la troisième au n° 257, sous l'année 1174. Le ou les Pierre Arbert ainsi mentionnés représentaient visiblement une des bonnes familles du pays, remontant peut-être à l'Arbertus honorabilis du même cartulaire, année 992. Cette famille était vassale des Comborn et pouvait être seigneuresse sur Tarnac ou même de Tarnac, sans se confondre avec celle du pape Innocent VI qui le devint au XIVe et au XVe siècles. Je le croirais d'autant plus qu'un Aldebertus Pennatus (était-ce ici même nom, comme à Prague ?) faisait en 1104 un don à l'abbaye de Tulle sur Toy-Viam, très rapproché. C'est cette maison qui doit avoir mis son ex-voto aux plus anciennes constructions de l'église de Tarnac.
Dans cette église se voyait aussi, il y a un demi-siècle environ, un chandelier, perdu depuis, qui était contemporain de ces constructions.
« Aux trois angles, nous dit encore l'abbé Texier, mais ici dans son Dict. d'Orfèvrerie (MIGNE), col. 475, sur une base triangulaire enlacée de feuillages aux capricieux replis, liée de galons semés de perles, sont assis trois anges aux longues tuniques ; un livre est ouvert sur leurs genoux. Ce remarquable chandelier en style roman est fondu en cuivre jaune, l'auricalque de Théophile, matière assez rarement mise en œuvre par les orfèvres français ». Parlant plus loin (col. 615) du laiton, le même auteur revient sur le « riche chandelier roman de Tarnac » et nous dit que l'emploi de cette matière en Limousin « ne dépasse pas le XIIe siècle ». - Autant de diverses raisons pour regretter notre perte.
Il reste à mentionner deux souvenirs relativement à l'église de Tarnac : 1° le fait en septembre 1672 d'une mission prêchée par un distingué prédicateur limousin de l'époque, Gabriel Ruben, d'Eymoutiers, et honorée de la visite de Mascaron, alors évêque de Tulle ; 2° celui de la fondation vers la fin du XVe siècle, par Guillaume ou Guilhem d'Enval, paroissien de Chamberet, d'une vicairie ayant le curé pour patron et dite des Morts, à l'autel de la Vierge.
Le culte des morts se trouve encore représenté de nos jours, mais dans le cimetière, par une chapelle appartenant à la famille de la Grange et dont Grégoire XVI privilégia l'autel en 1840. On lit sur la façade :
DÉDIÉE A MARIE, EN MÉMOIRE DE SILVIE-ANNE DE LAGRANGE
DÉCÉDÉE LE 1er FÉVRIER 1839,
A L'AGE DE 24 ANS.
Il y a aussi la Chapelle Arfeuillière, où l'on peut dire la messe. Pas d'autres oratoires ou églises dans cette paroisse qui en eut même de monatisques, dont il sera parlé. Donnons seulement au préalable la liste des pasteurs à nous connus.
Ont été curés de Tarnac : vers le milieu du XIVe siècle, par décès de Pierre Chautard, mort à la cour pontificale, Pierre Passagani ; en 1420, Guillaume Deval ; 1474, [N., peut-être François de Beaupoil] de Sainte-Aulaire ; 1499 (testament en 1508 où il était aussi prieur du Toy-Viam), Bernard ou Bertrand ou même Bérard d'Aubusson ; 1554, Germain de Beaupoil de Sainte-Aulaire, qui fut protonotaire du Saint-Siège ; 1651, Bertrand d'Aubusson ? : vers 1623, Antoine de Beaupoil ; 1628, Pierre Brenac, chanoine d'Eymoutiers ; 1652, Melchior de Lagrange ; 1669, Etienne Fondion ; 1704, Nicolas Leloup de Saint-Loup, chanoine de Coutances, promoteur du diocèse et aumônier de l'évêque de Limoges ; 1716, Denis Gioux ; 1743, (prise de possession), Pierre Terracol ; 1775, Gilles Brousseloux, ainsi porté pour la Révolution dans le livre de l'abbé Manseau : « Les prêtres et religieux déportés sur les côtes et dans les îles de la Charente-Inférieure, t. II, p.418 » : « Curé domicilié à Tarnac, natif de Saint-Céré, détenu dans le petit-séminaire de Bordeaux, ensuite sur le vaisseau le Jeanty, libéré en rade le 30 mars 1795 pour aller à la maison d'arrêt de Saint-Céré »; il figure aussi dans la liste sans date de M. de Seilhac parmi les prêtres non assermentés qui sont entrés dans la maison des ci-devants récollets de Tulle ; c'est aussi le cas de « Pierre Tevenard, vicaire résident à Tarnac », tandis que François Orliange, « vicaire, domicilié à Tarnac », se trouve inscrit par l'abbé Manseau comme « détenu dans le petit-séminaire de Bordeaux, puis sur le vaisseau le Jeanty », ainsi que le curé ; 1803, Laurent Sirieix ; 1816, Jean-Baptiste Bouty ; 1829, Léonard Libouroux ; 1863, Antoine Hospital ; 1882, Jean-Baptiste Gorse ; 1894, André Merpillac.
Au village d'Orliac, alors villa Ruillac, le vicomte d'Aubusson Rainaud donna, vers l'an 1000, à l'abbaye de Tulle un mas de la Ribière accompagné de plusieurs autres dons. En ce mas, dont Renaud Bernard et son fils cédèrent aussi la justice, une église était déjà bâtie qui, sous le vocable, du moins postérieur, de sainte Catherine, passa aux religieuses de Bonnesaigne (COMBRESSOL) et devint un de leurs prieurés, sous la dépendance du prieuré plus important de Villevaleix, en Haut-Limousin. Cette communauté de filles existait en 1259 mais n'était plus qu'une ruine en l'année 1720.
Ruine aussi la « grange » avec chapelle de Chabannes, dépendance de l'abbaye cistercienne d'Obazine. Elle fut constituée, dit M. Champeval, par bienfaits en 1166 d'Amélius de Nigremont (Rempnac, Haute-Vienne, voisinage) pour Chabannes même, en 1307 du vicomte de Comborn pour la justice qu'il y avait, et au XIIe et XIIIe siècles, par les dons des Sainte-Marie, Pérols, Courcelles, Gauthier, Venzans et autres seigneurs de la contrée. La grange de Serre, dont il a été parlé pour CHAMBOULIVE, lui était rattachée. Des moines y résidèrent d'abord, puis les biens et revenus, qui étaient considérables, furent unis à Obazine. Des dîmes établies tout auprès ainsi qu'au village du Parneix, le plus voisin de Chabannes, furent attribuées aux curés de Tarnac pour la desserte spirituelle de ces villages, jadis sans doute rattachés à la chapelle.
A propos des dîmes, disons que l'abbaye de Tulle avait terre au temps des Croisades sur la paroisse de Tarnac (n'aurait-ce été que de par le don du mas de la Bessette que lui avait fait sur la fin du XIe siècle un Ramnulfe de Vieilleville) : Gérald de Courcelles et son fils lui cédèrent ce qu'ils avaient de dîmes sur ce territoire. Faudrait-il voir saint Martin dans l'évêque bénissant Pierre Arbert ?
La seigneurie de Tarnac, représentée encore par un château, appartint d'abord - simple hypothèse - sous la suzeraineté plus que probable des Comborn, aux Albert, dont fut peut-être vers le XIIIe siècle un Guillaume de Tarnac, époux d'Agnès de Maumont. Passé par vente avec Murat, dans la paroisse, à d'autres Albert ou Aubert de Beyssac, qu'anoblit seulement Philippe VI en 1338, elle leur resta jusqu'au siècle suivant. Alors la veuve héritière du dernier, Antoinette de la Tour, la porta à Jacques de Bourbon d'Aubigny, dont le fils cadet l'eut en partage (1490) avec Murat et Gramat de Peyrelevade. Cet autre Jacques de Bourbon, seigneur de Rochefort en Auvergne, vendit deux ans après, à la maison de Beaupoil-Sainte-Aulaire les deux dernières châtellenies, qui relevaient immédiatement, dit Nadaud, de la couronne de France et desquelles dépendaient quinze ou seize fiefs. Tarnac en était un pour Murat ; mais son importance de gros bourg relativement à cette ruine isolée lui valut promptement le titre aussi de châtellenie, suivi de celui de baronnie. La maison de Beaupoil obtint pour lui du roi en 1516 (Champeval) deux foires à la Saint-Georges et à la Saint-Gilles ; il eut même plus tard un marché par semaine. Mais des embarras de famille entraînèrent la vente des terres. Daniel de Beaupoil-Sainte-Aulaire, en 1646; céda aux Lagrange, bourgeois des environs anoblis en 1685, qui par alliance de 1811 l'ont transmise aux Souries de Reignac (GRAND-SAIGNE), actuels possesseurs du château.
On peut citer d'autres familles comme coseigneuresses de la terre ou seigneuresses dans l'endroit ; mais mieux vaut peut-être signaler d'un mot le vieux château de Murat, son suzerain, qui se dressait aux limites de la paroisse, aux limites même du Bas-Limousin, sur une austère cime des bords de la Vienne, rive gauche. Ce n'est plus qu'une ruine, en pays presque désert. Mais ni le pays ni la ruine ne furent jamais beaucoup habités. Celle-ci était représentée sur son piton, comme celle de Chastelfort, paroisse de Ladignac, par un donjon cylindrique du XIIIe siècle probablement entouré d'une cour et d'un rempart circulaires, auxquels s'adossaient à l'intérieur des bâtiments de service. C'était plutôt une forteresse qu'une résidence. Aussi bien avait-elle pour maîtres vers les temps de sa construction les vicomtes de Comborn, dont la main gantée de fer se portait jusqu'à cette distance. Les Comborn vendirent aux Aubert, comme je l'ai dit, et Murat suivit dès lors la destinée de son fief de Tarnac : passant tour à tour aux Bourbon, aux Beaupoil et aux Lagrange, dont un, Claude de Lagrange, est trouvé au milieu du XVIIIe siècle, qualifié seigneur de Murat.
Villages de Tarnac :
L'Arfeuil, la Berbeyrolle, la Bessette, ancienne enclave pour la perception ; le Bos-de-Vezy, Broussas, Chabannes, Champeaux, où la maison de Laron fit des dons à l'église de Toy-Viam le jour de sa consécration, vers le dernier quart du XIe siècle ; la Chapelle, Chastroussas, Clupeaux, autre enclave mais de la Haute-Marche, très petite ; la Combe, Couffy, l'Epine, le Fraysse, Freyssinet, Javaux, donné à Tulle en 1093 par Amelius de Peyrac : ce qui m'amène à signaler cette baronnie voisine de Peyrac, en Haut-Limousin, comme s'étendant sur partie de Tarnac, tandis que Tarnac étendait lui-même sa juridiction sur partie de Peyrelevade ; les Maisons, Marcillac, le Mazaloubaud, le Mazeau, Merciel-la-Côte, le Mont, le Monteil, le Moulin, qui fut aux Joussineau, alliés ici aux Lagrange ; Murat, Orliac, le Parneix, les Planchettes, Sénigoux, Theillet, le Treich, Véjol