Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 30/03/2023
Canton de Bugeat, arrondissement d’Ussel, ancien archiprêtré de la Porcherie (Haute-Vienne). – Superficie : 993 hectares ; population : 318 habitants ; distance du chef-lieu cantonal : 6 kilomètres.
Ce que nous appelons Toy présentement et devrions au moins appelé le Toy, était dans le passé Altoire ou mieux Al Toire et correspondait à l’Autoire du diocèse de Cahors. Le mot signifierait fontaine. En le diminuant on y a ajouté le nom de la paroisse de Viam. Comme un distinctif ? Non, car il n’y a pas dans la province d’autre paroisse du nom de Toy ; mais par suite de l’étroite union des deux voisines, au moyen-âge d’abord, puis quelque temps avant la Révolution ; — quelque temps même après, car le Toy, annexé à Viam, ne s’est relevé comme paroisse qu’en 1845.
C’était, vers le dernier quart du XIe siècle, un pays de chasse pour Raynaud, vicomte d’Aubusson. Il en donna l’église à l’abbaye de Saint-Martin de Tulle, avec les terres propriétés de cette église, qui était dédiée à saint Jacques. Ramnulfe III, son fils, confirma le don et leva même la retenue qu’avait faite le père, sa vie durant, des terres situées hors des croix du cimetière, comme de la maison, du jardin et des autres choses dont usaient ses chasseurs. Ramnulfe promit aussi d’être à jamais le défenseur de cette église contre tous ceux qui voudraient lui mal faire. Il ajouta des rentes et autorisa pour leurs libéralités tous ceux de ses vassaux qui avaient fait ou voulaient faire sur son terrain local des dons à l’abbaye. Le jour de la consécration de l’église qui fut un 4 octobre de l’année peut-être 1076, Gérald de Leron lui avait donné un mas du village de Champet (aujourd’hui Champeau, ailleurs Champeils), de la paroisse de Tarnac. Plus tard les fils de ce seigneur tentèrent de soustraire ce mas mais ils finirent par y renoncer en 1121. Un Bernard de Chaumeil avait aussi donné sa dîme du lieu pour faire moine un de Leron ; et sa famille tint d’abord la même conduite que celle de ses fils, mais à la même date de 1121, elle s’en désista pareillement. Bernard de Charreiras abandonna sa part de dîmes vers 1091, Bernard de Layritz son fief de l’endroit vers 1110, Odon de la Marche la forêt qu’il y avait avec un village disparu, Bernard de Peyrat ses droits sur ce village vers 1107, Audebert Pennatus des biens indéterminés ; de sorte qu’au XVIIIe siècle le prieuré de Toy ne payait pas moins de 292 livres de décimes et passait, libre de toutes charges, pour en valoir 650. Gui de Comborn, en 1283, avait cédé à l’abbaye de Tulle toute sa justice sur les lieux, et les papes Pascal II et Adrien IV avaient confirmé toute la possession.
C’était donc un prieuré et le premier prieur en fut « heaut et puissant segnieur Pierre de Tornamire, lequel en l’an de l’Incarnation de Nostre-Segnieur mile septente et sept (1077) feut fait moine audit monastaire Sainct Martin de Tulle » et lui fit des donations considérables (V. Saint-Paul). » « … Le susdit fraire Pierre Tornamire poscéda lounge temps yceluy pryoré d’Autoy. » Après ce religieux vinrent : 1106, Pierre de Latfau, qui « avec lui » le moine Roger de Marcillac ; puis peut-être Bérenger (Voir Viam) ; 1241, G. de Peyrac ; 1252, un Maurice ; XIIIe siècle, Hugues Robert ; 1326, Hélie Lagier, qui passa à Soursac vers 1342, laissant notre bénéfice à frère Hugues du Cros : comme celui-ci l’avait pris sur simple expectative, Clément VI, qui le lui octroyait avant l’âge requis, dut le réhabiliter en lui accordant à la fois les fruits et la dispense ; 1399, Martin de Saint-Salvadour ; 1441, Pierre de Peyrejean ou d’Enjohan ; 1447, Jean de Peyrejean [ou d’Enjohan] ou de Johan, qui assista en 1451 à l’entrée à Tulle d’Hugues d’Aubusson comme évêque ; 1479, Gilles d’Aubusson, 1508 (testament), Bernard d’Aubusson, curé aussi de Tarnac ; 1535, N. du Fraysse ; 1563, Jacques de Saint-Georges ; 1581, Georges Poumier ; 1647, Jean Farges, qui possédait encore en 1672 ; alors Daniel de Cosnac, évêque de Valence et plus tard archevêque d’Aix (v. t. I. p. 361), qui en 1674 donnait procuration à Jean Combes, curé de Cosnac, pour recevoir les revenus de ses bénéfices de Naves, du Bousquet, du Toy, etc. ; 1687, Gabriel de Cosnac, neveu du précédent, alors prévôt de la cathédrale de Valence, plus tard évêque de Die ; 1693, Daniel de Beaupoil, futur évêque de Tulle ; 1706, Jean Melon, qui unissait comme le précédent Viam au Toy et se trouvait en même temps curé de Saint-Julien de Tulle.
« A présent (XVIIe siècle) de la collaction deu ségnieur évesque, qui tient le lieu du jadis abé, » le prieuré du Toy fut uni à la mense capitulaire de Tulle par décret du 16 mai 1731, pour les mêmes fins que la prévôté de la Valette, paroisse du Lonzac (voir t. II, p. 111).
Ce fut peut-être aussi le même insuccès temporaire, à moins que Jean-Martin de La Selve, vicaire général et official de l’évêque de Tulle, qui en portait encore le titre en 1752, l’eût reçu par annexion à sa dignité de grand-chantre de la cathédrale.
La cure, à la nomination du prieur, était desservie par des vicaires perpétuels, parfois amovibles. On y trouve ainsi curés : en 1709, Antoine Florentin, dit vicaire perpétuel ; avant 1758, Léger Saint-Hypoly, qui résigne à cette date en faveur ou aux mains de Jean-Martin Lasselve, ci-dessus nommé comme prieur ; lequel grand-chantre désigne pour le poste Pierre Robertie ; Robertie, curé de Viam avec le Toy pour annexe, permute en 1781 avec Jean-Martin Besse pour la cure de Lestars ; puis vient N. Dandalias, par résignation de Besse en 1786 ; après le rétablissement de la paroisse se succèdent : en 1849, Jean-Baptiste Vénard ; 1861, Gabriel Bonneau ; 1872, François Maisonnet ; 1882, Pierre Pradat ; 1886, Pierre Dugué ; 1887, Gabriel Bonneau, pour la seconde fois ; 1901, après vacance depuis 1891, Jean Roy.
L’église de Toy, avec son clocher-pignon aigu sur façade, a les caractères d’une église refaite vers la fin du XIVe siècle. Les voûtes à nervures toriques de pierre s’en sont écroulées, pour laisser place à un simple plafond ; mais leurs bases restent encore, sur colonnes-pilastres épannelées à chapiteaux saillants, décorés de masques humains. Le mur du nord au sanctuaire a été repris, comme l’indique la date de 1754 sur son contrefort. On lit sur une des deux cloches actuelles la date de 1602, qui, avec le nom du patron, se trouvait sur l’unique ancienne, refondue ; M. Bonneau, curé, eut le bon esprit de lui conserver ce souvenir.
Plus de traces de l’ancien château qui représentait au bourg le droit seigneurial et justicier du prieur. M. Champeval nous apprend que le comte de Lévy, gouverneur du Limousin pendant les guerres de la Ligue, en ordonna la démolition au seigneur de Monceaux, de Viam, sur la requête que lui avait faite en 1589 d’une décharge d’impôts le collecteur des tailles de cette dernière paroisse : disant « qu’ils ont esté contrainctz par rigueur des guerres, prinses de leur bétailh et personnes, [de] payer aux ennemys du roy tenants le fort Thoir près Treyniac, leurs tailhes, oultre la ruyne de leurs biens. »
Le Toy a pour villages ou hameaux : la Bastisse, près duquel village disparu et forêt encore existante de Montsalvi, qui fut donnée en 1119 par Odon, comte de la Marche, du consentement de son frère Aldebert, à N.-D. de Roc-Amadour et à l’abbaye de Saint-Martin de Tulle : Odon ne permettait l’accès de cette forêt qu’au prieur, aux moines, aux frères ou aux donats d’Autoyre, les prenant sous sa protection et celle de ses successeurs pour toutes les libéralités qu’il leur faisait. La bulle d’Adrien IV, en 1154, constate à Montsavli une chapelle qu’on dut bâtir subséquemment ; remarquons même que la paroisse a pour patron secondaire saint Salvi et qu’on trouve à cette époque au Cartulaire d’Uzerche un Guillaume de Monte Salvio, n° 83 ; la Chassagne, ancien fief des de Jacques, des Assis et autres, qui payait à ses seigneurs entres autres redevances, six livres de cire fondue (ceroe bullitoe) ; le Cros ou la Trappe-du-Loup, la Geneytouse, le Petit-Paris, la Plaine, le Roc de Jacques et la Viteil.