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Recherche > Corrèze (19) > Treignac > Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 3)

Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 3)

Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964

Date : 30/03/2023

 

Chef-lieu de canton, arrondissement de Tulle, ancien archiprêtré de la Porcherie (Haute-Vienne). — Superficie : 3809 hectares ; population : 2929 habitants ; distance du chef-lieu d'arrondissement : 40 kilomètres.

L'originale et pittoresque ville de Treignac aurait, d'après l'abbé Nadaud, son nom connu depuis le VIIIe siècle. Elle s'est bâtie lentement et inégalement au bord de la Vézère, encaissée déjà sur ce point, dispu­tant même son passage aux rochers. De ses habitations, quelques-unes grimpent le long des berges ; d'autres bien plus nombreuses sont allées s'asseoir depuis longtemps au soleil du plateau. C'est là qu'était dessinée l'enceinte du moyen-âge et là que s'étale encore principalement la ville moderne, toujours agrandie, toujours embellie, grâce à ses deux routes, surtout grâce à sa station récente (1905) sur une voie ferrée.

Comme Tulle, comme Uzerche, comme Turenne, Treignac qui fut au XIe siècle le siège d'une vicairie civile, naquit apparemment de son château : ruine aujourd'hui presque effacée mais autrefois castrum ou forteresse féodale, des plus considérables du pays.

Ce qui semble autoriser suffisamment cette supposition, c'est que, semblable sous ce rapport à ses deux moindres soeurs de Ségur et de Servières, notre petite ville n'a pas eu de longtemps en elle son centre paroissial. Lors même donc qu'à une époque reculée le château, en se bâtissant, eût trouvé à ses pieds quelques demeures, il n'avait là qu'un village dépendant, comme le Vellinus devenu Beaulieu, d'un chef-lieu voisin.

Ce chef-lieu était à environ 1200 mètres de distance, en amont de la rivière et sur sa rive droite, au point où demeure encore le cime­tière de l'endroit. On l'appelait « le bourg » ; on ne le dénomme aujour­d'hui que « le village » des Eglises. Il avait en effet deux églises, triplées même d'une chapelle tout au moins. Bien qu'il n'en ait plus aucune, c'est par ce centre primitif religieux que nous devons, religieusement, commencer notre notice.

            « Saint-Martin-des-Eglises », la principale d'entre elles comme la paroissiale, fut de celles qu'un roi du nom de Charles, probablement Charles-le-Simple en 922, donna avec huit mas à l'abbaye de Solignac, dans le Haut-Limousin. Maurice, abbé de ce monastère, l'aurait de son côté, en 1116, donné au prieuré naissant de Ventadour, à ce que prétendait ce prieuré. Mais outre que le fait n'était pas des plus sûrs, la pro­priété se trouvait déjà discutable. Un prêtre, probablement le curé de l'église, et un vicomte de Comborn en avaient déjà doté l'abbaye d'Uzer­che vers ou avant 1096. Aussi l'évêque de Limoges Humbaud, de l'agré­ment de son archidiacre Gaubert et de l'archiprêtre Boson, en fit-il alors remise à ce monastère ; puis le métropolitain de Bourges, du consen­tement aussi du clergé de Limoges, fit en 1103 ou 4 la même attribution. L'évêque Eustorges la confirma en 1107 et renouvela même cette confir­mation en 1118, quand fut fini le débat avec Ventadour. Deux de ses chanoines, Hélie de Gimel et Ramnulfe de Guéret, plus l'archidiacre de Limoges d'alors, Aimeric de Jaunhac, appuyèrent son acte épiscopal de leur approbation très explicite. De sorte qu'en 1178 Alexandre III n'eut qu'à mentionner définitivement notre église parmi les possessions de l'abbaye d'Uzerche.

            Aussi la cure de Saint-Martin de Treignac fut-elle plus d'une fois conférée par cette abbaye, mais il faut bien reconnaître qu'elle le fut également par l'évêque de Limoges et peut-être même un plus grand nombre de fois. L'abbé conférait aussi une vicairie fondée en 1512 à l'un des autels (celui de sainte Catherine) par noble frère Jean de Laporte, prieur de Magouttière, dans la paroisse de Soudène ; mais c'était le curé ou l'évêque qui en conféraient une autre plus ancienne (XVe siècle), dite alors d'Alagnat et du patronat de la famille Comte, anoblie au XVIIe. Cette seconde vicairie a porté souvent le nom de Pourcharesses, qui est celui d'un village de Lestars. J'omets les autres, pour dire que Saint-Martin-des-Eglises fut consumé par un incendie en 1740 et que, le mou­vement se concentrant alors en ville, il ne fut pas remplacé. Son patron demeura néanmoins celui de la paroisse.

            Peu de souvenirs relatifs à la deuxième église du bourg, celle de Saint-Jean. Elle était près de la précédente, sur l'emplacement du cime­tière encore conservé. Comme on voit en 1115 le pape Pascal II con­firmer à l'abbaye de Tulle          « l'église de Treignac avec la chapelle du château » et que d'autre part nous avons dû constater aux mains des moines d'Uzerche celle de Saint-Martin, il est possible, mais à notre avis simplement possible, que la possession de Tulle fût cet édifice secon­daire de Saint-Jean-des-Eglises, le pluriel déjà paraissant autorisé par des textes du temps. On connaît, quoi qu'il en soit, l'existence de l'église dès le XIVe siècle. Elle eut, elle aussi, des vicairies fondées par les Comte, dont un, par testament du 25 mars 1550, voulut y être enterré, « avec 13 torches portées par 13 pauvres habillés de drap noir. » Plus tard l'église Saint-Jean servit de chapelle aux Pénitents de Treignac, en atten­dant la chapelle particulière qu'ils se construisirent en ville, au XVIIe siècle ; puis elle s'abîma, comme celle de Saint-Martin, sans être remplacée.

            Une troisième ruine, toujours au cimetière, c'est la chapelle de Saint-Léobon. On l'avait dédiée à un solitaire limousin du VIe siècle dont le culte cher à notre pays, pour les enfants surtout, s'est étendu en Auvergne et ailleurs. D'après M. Champeval, elle existait en 1491, mais dès 1602 elle avait disparu ou du moins menaçait de le faire, puisqu'un gentilhomme de la famille Lespinat offrait de la rebâtir. Qu'il l'ait refaite ou qu'on se soit borné à sa réparation, elle dura, selon le même auteur, jusqu'en 1740 où l'incendie de Saint-Martin l'enveloppa dans sa ruine.

            Les deux seuls restes du passé qui demeurent ainsi au cimetière de Treignac sont deux petits monuments, l'un carré, l'autre rond, celui-ci un peu plus haut mais moins large, tous deux peu élevés et présentant une niche vide où l'on croit qu'était autrefois déposée une lampe de nuit ; mais cette destination de fanal funéraire est contestée par M. Lecler, auteur d'une Etude sur les Lanternes des Morts : il n'y verrait que des piles consacrées à deux saints dont les niches devaient renfermer les statues. J'ai eu moi-même en effet des impressions de doute à l'époque de la visite, fort lointaine aujourd'hui, que j'ai faite au cimetière de Trei­gnac ; néanmoins, à raison de la variété de forme constatée dans ces sortes de monuments funèbres, je n'oserais me prononcer sans revoir.

            Au dehors du cimetière est une fontaine à double orifice que surmon­tait autrefois une petite construction ou oratoire, démolie. C'est la fontaine de Saint-Méen : un saint de la Bretagne (Mevennus, Maianus), religieux comme saint Léobon et comme lui honoré en Limousin et en Auvergne d'un culte populaire. Sa fontaine de Treignac voit courir au mois de juin nombre de pèlerins, originaires surtout de l'arrondissement de Brive, qui viennent y chercher la guérison de maladies des yeux ou de la peau. « Beaucoup se déclarent guéris », dit M. Edouard Decoux­-la-Goutte dans sa notice sur Treignac. M. Chadenier, maire, qui fit aussi une notice sur la ville en 1807, n'hésitait pas à constater l'efficacité du remède, mais se demandait si la cause n'en était pas naturelle. « Une fontaine au bourg des Eglises, écrivait-il, appelée de Saint-Mein, pourrait être soupçonnée d'être minérale ; il est certain au moins que les eaux de cette fontaine ont la propriété bien reconnue de guérir le mal appelé de Saint-Mein, qui est une espèce de lèpre. Il serait bien à désirer qu'on fit l'analyse de cette eau : on parviendrait peut-être à lui découvrir d'autre propriété salutaire pour d'autres maux. » Or, dit M. Decoux, « il résulte de diverses analyses faites par différents chimistes que cette eau ne contient aucune substance ni aucun corps en dissolution qui ait une vertu curative quelconque. » J'enregistre d'autant plus volontiers ce double témoignage que M. Decoux doit ignorer complètement encore Ies lignes inédites de M. Chadenier [1].

            Grandissant avec les siècles, je ne dirai pas autour — car l'assiette le rend impossible — mais à côté de son château, la ville de Treignac dut éprouver de bonne heure le désir, sinon même le besoin, d'avoir un sanctuaire plus rapproché de ses murs que ces Eglises situées à un quart de lieue de distance et par delà la Vézère. Le château comprit ce voeu, bien qu'il eût ou dût avoir un jour sa chapelle particulière, et dans son bayle inférieur, attenant à la ville, fut construite l'église Notre-Dame, dite de la Basse-Cour. C'est d'elle que Nadaud entend le texte de la bulle de 1115 énumérant les possessions de l'abbaye de Tulle ; ecclesiam de Traignac cum capellâ ipsius castri ; mais il ne dit pas quel est des deux édifices celui qu'il suppose : — probablement le premier, en ne faisant du second que le simple oratoire du château. M. Champeval, qui préfère voir l'église du bayle dans la Capella ipsius castri et laisser ainsi en dehors du don l'oratoire castral, attribuerait plutôt l'ecclesiam de Traignac à la deuxième du cimetière, l'église Saint-Jean laissée disponible par les bienfaiteurs d'Uzerche. Je dirai simplement deux choses : 1° que la possession de Tulle n'a pas laissé d'autres traces dans l'histoire ; 2° que ce qu'il y a de plus ancien dans la bâtisse de l'église N.-D. de Treignac, son portail, ses contreforts d'ouest et de sud, par conséquent partie de son gros œuvre extérieur, remonte au XIIIe siècle mais ne remonte pas au-delà. L'oculus de façade est encastré ; encastrée est aussi la grande fenêtre du midi : c'est l'œuvre du XVe siècle, qui a fait les voûtes, les quatre piliers, une inscription de contrefort, les deux tiers des murailles et laissé son souvenir sur le linteau en accolade de la petite porte latérale du sud :

L'AN. M CCCC L XXI. (1471)

            Cette église, attitrée d'abord comme succursale, devint à la fin du XVIIe siècle paroissiale de fait, surtout après la ruine de Saint-Martin-les-Eglises. L'enceinte close de basse-cour où on l'avait bâtie, unie à son voisinage des remparts propres à la ville, valut à sa cure le titre de « cure en ville murée » qui astreignait son titulaire à des grades. Mais les grades ne manquèrent pas plus que les bénéfices à certains du moins des pas­teurs qu'on va énumérer, soit pour le bourg, soit pour la ville.

            En 1280, Roger Morel, que Nadaud place à tort en 1496, en lui attribuant une vicairie vers 1320, Itier Blanqui, qui se démit et Etienne Dupin ou Delpy, qui prit sa place : l'un ou l'autre devint archevêque de Bénévent ; peu après, Bernard de l'Etang, vieux, qui céda la place à Bernard de l'Etang, jeune ; en 1487, Jean de Chamy, appelé aussi Jean Chemy en 1510 et portant même nom patoisé que l'évêque de Condom, Jean du Chemin, de Treignac ; 1528, Jean de Salaignac, protonotaire du Saint-Siège, prieur commendataire de Cirel ou de Cercles et de Talmont en Saintonge, curé de Treignac et de Neuvic, chanoine de Périgueux, qui fit son testament le 9 octobre mais était dit encore seigneur de Vic et curé de notre paroisse en 1534 ; 1555, Mathieu Duboys, licencié en droit canon, abbé commendataire d'Ahun, prieur de Saint-André de Limoges et curé de Saint-Martin de Treignac, qui fonda dans la cathé­drale de Limoges, sa patrie probable, une vicairie dont la date n'est pas connue ; mais il mourut, lui, en 1565 ; 1627, N. Dellectable ; vers 1628, Gabriel Besse ; 1631, Pierre Vacher ; 1631, François de Saint-Père, doc­teur èn Sorbonne ; 1641, Jacques Paschin ; 1680, N. Lesueur ? ; vers 1684, Antoine Materre ; 1693, S. de la Mothe ; 1703, Etienne Farges de Coux ; 1731, Etienne Rondet d'A f f feux ; 1766, Gabriel de Parel d'Espeyrut de la Chatonie, qui resta au poste jusqu'en 1780 et vivait encore, ancien curé, en 1788, mais semble avoir eu pour concurrent en 1768 Jean-Ignace Rondet de Roulhac, bachelier en droit canon, dit curé de la ville et paroisse de Saint-Martin-des-Eglises de Treignac ; 1780, Gérald Laroque ; 1803, Guillaume Cramouzaud, ex-déporté ; 1822, Gabriel-Agathe Grandchamp de Cueille, bachelier en Sorbonne et con­fesseur aussi de la Foi, « noble vieillard dont la vie, si elle était écrite, offrirait des pages admirables » ; 1855, Simon Lavergne, devenu et mort vicaire général ; 1856, François-Eugène Aubertie ; 1880, Jean-Barthélemy Valéry ; 1892, Léon Chapelobeau.

            On présumera sans peine qu'avant d'avoir des curés en titre, l'im­portante église ou chapelle de N.-D. de Treignac eut, selon les moeurs du moyen-âge, une communauté de prêtres des plus considérables. Si l'on en trouve à Saint-Privat une vingtaine dans les premières années du XVIe siècle, il n'est pas étonnant que notre ville en ait compté plus de quarante dans la même période. Ce qui lui est particulier, c'est que sa communauté avait des droits féodaux. Les vicairies ne lui manquaient pas non plus. Au maître-autel se trouvait celle que fonda en 1324 l'un des enfants illustres de Treignac. Pierre Rodier, évêque de Carcassonne. Ce prélat avait eu, en l'année même, l'intention de fonder un chapitre dans sa paroisse natale. Pour servir cette disposition le pape Jean XXII ordonna au nouvel élu du siège de Limoges, Hélie de Taleyrand, plus tard cardinal, de bien s'enquérir de la distance qui séparait de la ville son église paroissiale, des revenus de cette église et de la valeur de ceux que voulait lui assigner l'évêque de Carcassonne s'il la transformait en col­légiale. On ignore la suite de ce mandat ; mais peu après arrivait à l'évêque de Limoges ordre pontifical de déférer aux demandes de son collègue de Carcassonne, voulant, cette fois, doter et fonder une nouvelle église, en même temps qu'y établir un collège de Frères du Saint-Sépulcre (comme on en voit au voisinage, église de la Vinadière)[2]. Toutefois le temps ne nous a fait connaître que la vicairie dont on vient de parler, vicairie fondée à la date même de la collégiale projetée et dont, après le fondateur, les consuls de la ville devinrent.1es patrons.

            Pour continuer occasionnellement la liste des églises et passer du « bourg » au château, du château à la ville, de la ville aux faubourgs et des faubourgs même à la campagne, rappelons dans le centre de l'enceinte urbaine le sanctuaire de Notre-Dame de la Paix. Philibert de Pom­padour, seigneur de Treignac, projetait en 1626 de le construire et devait en avoir titre de fondateur ; mais il est plus probable que ce fut, sous son patronage, l'avocat Jean Dumas qui en fit la construction (même année), puisque d'une part le Pouillé de Nadaud ne l'attribue qu'à lui seul et que de l'autre on en trouve sa famille déclarée propriétaire. Aurait-il seulement édifié dans l'oeuvre du baron de Treignac une chapelle latérale à son patron saint Jean, qui était en effet l'un des deux de l'ora­toire ? I1 est toujours certain qu'il avait fondé là une vicairie ou une commission de messes à la nomination de ses héritiers. Notre-Dame de la Paix s'élevait sur la place du Suquet, choisie à cet effet par les consuls. Elle était « près le Parquet » et on l'appelait aussi « N.-D. de la Halle » à cause de cet autre voisinage. Désaffectée à la Révolution, remplacée par la mairie, elle n'a laissé que ses murs, avec un clocher plus curieux qu'élégant, qui sert présentement d'horloge.

            Notre-Dame du Pont, elle, a survécu. C'est à la satisfaction de la piété treignacoise qui, à bien juste titre, envisage cette chapelle comme une bénédiction. Voici comment en parle un prêtre, enfant de la paroisse, M. Niel, dans son ouvrage anonyme sur les Principaux Sanctuaires de la Sainte Vierge au diocèse de Tulle (p. 85) :

            « A l'extrémité de deux rues pendantes, pavées de pierres lisses et séparées l'une de l'autre par le lit toujours plein et toujours bruyant de la Vézère, se voit un petit sanctuaire dont toute la façade est à clairevoie. Là, avant que l'on sût construire des ponts, étaient nécessairement obligés de passer tous ceux qui voulaient aller de la ville au faubourg et réci­proquement ; c'était le chemin du cimetière, de Limoges, d'Eymoutiers et de vingt paroisses voisines de Treignac. En temps ordinaire, les piétons passaient sur une charrette que deux ânes promenaient sans cesse d'une rive à l'autre. Mais dans les crues d'une rivière turbulente et rapide, crues qui durent plus de huit mois de l'année, il fallait prendre d'autres moyens qui ne réussissaient pas toujours et aboutissaient parfois à des accidents. Alors les passagers n'eurent rien de mieux à faire que de se recommander à la Sainte Vierge. La dévotion naquit de cette nécessité : la chapelle fut faite et Notre-Dame du Pont devint célèbre dans les environs. Plus tard, au XVe siècle peut-être, on joignit les deux rives par une construction solide (constatée en 1492) qui dure encore avec sa forme basse et originale. La chapelle a tenu bon aussi, quoiqu'elle ait changé son nom de Notre-Dame du Passage en celui de Notre-Dame du Pont. »

            Celle du Calvaire, hors ville, avait disparu, comme l'avait fait sans retour celle de Jarrige-la-Bontat, ancienne dépendance de la comman­derie de la Vinadière ; mais on l'a relevée de nos jours. « La chapelle du Calvaire, écrit M. Decoux, date à peine d'une quarantaine d'années. Elle appartient à M. Georges Lachaud (décédé depuis ces lignes). C'est un petit édifice construit sur le sommet d'un contrefort détaché de la chaîne des Monédières. On aperçoit de là un vaste et magnifique pano­rama qui s'étend depuis la ville de Treignac, adossée à la montagne, jusqu'aux environs de Tulle, à Masseret, au Gargan et au Nioulou. Quoique la montée soit rude, nombre de personnes vont y faire leurs dévotions. Le premier jour des Rogations, on y dit la messe pour appeler les bénédictions de Dieu sur toute la contrée »

            Revenons momentanément sur nos pas — car nous n'en avons pas fini avec les chapelles — et passons au château.

            Le castrum de Treignac dominait, au nord-ouest de la ville, un rocher à pic, contourné à demi par les eaux de la Vézère. Il existait, comme nous l'avons vu, avec chapelle dès l'année 1115 : les deux cartu­laires de Tulle et d'Uzerche s'accordent pour nous le signaler à cette époque. Ce devait être, même en ses origines, une des importanteschâtellenies de la puissante maison de Comborn. Elle relevait du duché d'Aquitaine, ce qui la fit relever plus tard de la couronne de France, après avoir, un temps, subi le joug de celle d'Angleterre. Guichard de Com­born, fils d'Archambaud VI, vicomte du nom, et de Guicharde de Beaujeu, passe pour l'auteur de la branche cadette de sa famille qui a tenu cette châtellenie, postérieurement baronnie ; mais il ne l'a pas eue en personne : de même que son fils Hélie, il ne possédait dans le principe que la seigneurie de Chamberet. Ce fut son petit-fils Guichard II qui, par alliance vers la fin du XIIIe siècle avec sa cousine Marie de Comborn, de la tige aînée, valut à son fils Jean la donation « du château et de la châtellenie de Treignac ». Guichard V y joignit dans la suite Comborn lui-même, vers 1374, par une acquisition qu'il fit au vicomte Archam­baud IX et qui demeura définitive, en dépit de tentatives contraires. Mais son illustre race s'éteignit en l'an 1512, par la mort sans enfants d'Amonion ou Amanjeu qui, dès 1508, avait laissé tous ses biens à An­toine de Pompadour, son neveu.

            Antoine de Pompadour, reconnaissant, fit à son oncle des funérailles magnifiques. Dans la chartreuse de Glandier, sépulture ordinaire de la famille, où le corps fut porté de Treignac, se pressèrent avec l'évêque de Limoges mille prêtres invités, accompagnés de presque autant de pauvres, un flambeau à la main et une pièce de drap sur les épaules. Cependant le riche héritage des Comborn n'alla pas tout entier aux Pompadour ; ma page 368 du tome II a donné quelques détails sur le partage de cette succession. Je m'abstiens d'y revenir, du moment que Treignac fut acquis à la famille d'Antoine. Mais je tiens à rappeler (de la page précédente) les prélats donnés à l'Eglise de France en un laps de temps assez court par la maison qui venait de disparaître : Guy de Combom, successivement évêque de Limoges et de Noyon au XIVe siècle ; puis dans le siècle suivant, 1° Jacques de Comborn, évêque de Clermont, où la cathédrale lui dut plusieurs Uvaux indiqués par ses armes, comme on les voit aussi aux vitraux d'Eymoutiers, dont il eut la prévôté pen­dant un certain temps ; 2° Pierre de Comborn, évêque d'Evreux, plus tard de Saint-Pons, et 3° peut-être Antoine ou Etienne, en question pour Alet en 1455 ; sans parler de Guichard, élu pour Tulle en 1454, mais évincé et mort simplement abbé d'Uzerche.

            La maison de Pompadour marqua, elle aussi, dans l'histoire de Treignac par de nombreux souvenirs : nous reviendrons sur quelques-uns ; mais elle disparut à son tour quand la fille du dernier descendant mâle, Marie-Françoise de Pompadour, mariée en 1687 au marquis d'Hautefort, laissa par substitution la terre de Treignac à son cousin germain, Pierre Bouchard d'Esparbez de Lussan, comte d'Aubeterre, dit vicomte de Treignac en 1726. Celui-ci, mal en fonds, vendit en 1732 à Jacques-Joseph de Boisse, seigneur de la Farge (Chamberet), de la Bachellerie (Margeride), de Murat, d'Eyjeaux et d'autres terres, dont le fils, titré marquis et maréchal de camp, se qualifia pareillement vicomte de Trei­gnac. Il en fut l'avant-dernier seigneur.

            Lorsque son enfant, à lui, le 8 septembre 1779, fit dans sa terre une première entrée, la ville lui rendit « tous les honneurs que la distinction de son rang, disait-elle, le souvenir des bontés de son père, l'espoir de retrouver dans ce jeune seigneur les vertus de ses aïeux, purent inspirer dans ces moments de joie publique. » Mais la Feuille hebdomadaire de l'époque, qui s'exprime ainsi et qui nous raconte le détail de la fête, prévoyait-elle alors que la Révolution, toute prochaine, allait avoir de bien autres procédés ?

            Le château de Treignac, après la mort de Jean III de Pompadour affectionné à cette résidence, avait été gardé quasi militairement contre les violences du marquis d'Epinay de Saint-Luc, l'un des gendres, évincé par M. d'Hautefort ; faute d'entretien ensuite, il tomba en ruines. Comme ses maîtres ne l'habitaient plus, il ne devint qu'un grenier à blé, faiblissant même par endroits sous le poids des grains, tant était vaste son rayon censuel. Mais on le répara. Lors de sa transmission aux Boisse ou du moins peu après, un terrier de 1747 le décrivait ainsi : « Château composé de quatre tours, corps de logis, chapelle, écurie, cour, avant-cour, pavillon à côté, promenades autour du château, fossés, jardin et chenevière, confrontant à la rivière de Vézère et aux maisons du canton des Bancs. »

            Le canton ou quartier des Bancs devait tirer son nom des bancs de marchandises qui s'y dressaient primitivement pour les marchés. Ce fut le premier noyau muré de l'agglomération. C'était aussi celui où venait de se porter la nouvelle église paroissiale de fait, ancienne « cha­pelle » succursale, de N.-D. de la Basse-Cour, dite aussi et par là même N.-D. des Bancs. Au bout de leur avenue, les seigneurs y pénétraient, sur le flanc nord, par une porte armoriée du temps de Louis XIII, aujourd'hui transformée en fenêtre. C'est de ce côté-là qu'ils avaient la tribune seigneuriale. Leur chapelle intérieure, sous le vocable présumé, en 1480, de saint Jean l'Evangéliste et saint Christophe, était menacée d'interdit en 1731. Avant la Révolution, des machicoulis du moyen-âge surmontaient encore l'entrée du château, ses remparts crénelés et ses tours, dont celle de droite, la seule carrée, la plus forte, devait être un donjon du XIVe siècle. 92 pilla cette vieille demeure ; 93 en fit une maison d'arrêt, puis les démolisseurs achevèrent la ruine. Ce n'est guère aujourd'hui qu'un enclos. (Voir le dessin un peu antérieur qu'on a récemment reproduit en carte postale.)

            En face de son enceinte, sur la hauteur qui la domine à distance du côté du sud-est et que sépare d'elle I'ancien bayle inférieur ou quartier des Bancs, s’élevait en pente douce la véritable ville close. C'est le gros de la ville moderne, débordant depuis longtemps ses murailles disparues, dont la ceinture d'ailleurs était par trop étroite. Elle y avait trois portes principales, ouvertes sur quatre ou cinq faubourgs et accompagnés de plusieurs autres secondaires. On l'appela de bonne heure une « ville de franchises ». M. Champeval lui attribue le consulat depuis le 3 avril 1205. Si les seigneurs nommaient deux de ses consuls, les premiers sur quatre, c'était la commune qui nommait les deux autres, ainsi que leurs prud'hommes assistants. On nous mentionne de 1280 ou 84 un traité passé par elle avec ses seigneurs devant Gilbert de Malemort, son évêque, et Roger Morel, son curé. Ce que portait cette convention, nous ne pourrions que difficilement le préciser à l'heure actuelle ; mais on peut le conjecturer assez pertinemment d'une autre du 20 ou 27 juin 1438, qui devait en être partiellement une répétition. Le fameux capitaine de rou­tiers, Rodrigue de Villandrando, venait alors de malmener Treignac : était-ce parce que Jean de Combom lui avait emprunté, quatre ans auparavant, mille écus d'or ? « En cet acte, lisons-nous dans la notice de M. Chadenier, tout en déplorant les malheurs qu'elle avait éprouvés, la ville est dite salis opulenta » du moins dans le passé, et l'auteur cite même la phrase : « Quoe proedicta villa de Treignac satis opulenta voca­batur ad eamque multi affluebant de longinquis et diversis, pariter et propinquis partibus. » Puis, comme résumé de l'une ou de l'autre pièces présentement perdues, — plus probablement de la seconde, — la notice nous dit : « Le seigneur, pour engager les habitants à relever et bâtir leur ville, leur en donna les moyens en se référant aux franchises et privi-« lèges qui leur avaient été accordés par ses ancêtres ou prédécesseurs, et leur accorda plusieurs droits et franchises (qui devaient, je le répète,n'être pour partie qu'une confirmation) : entre autres celui de bâtir des murailles avec tours, créneaux et fossés, de créer des consuls qui avaient pouvoir de gouverner la ville et franchises, d'en garder les clefs, indire guet et reguet, créer sergents, mettre surtailles et subsides jusques à 50 livres pour la réparation des fortifications, condamner à 10 sols d'amende et délibérer des affaires de grand poids et grandes besoignes avec 15 conseillers du commun. »

            On voit aussi par une dernière pièce connue de 1560 que le roi avait octroyé à la ville une permission de lever les deniers de gabelle appartenant au seigneur. Des tiraillements s'étaient produits à cette époque et les habitants déniaient au château, par exemple, le droit de réfréner « les soufflez, coups de poing et autres excès contenus ès articles des franchises » comme singulièrement permis par les seigneurs. Mais ici encore nous manquons de la teneur, du moins entière, du document. Heureusement on est mieux renseigné sur des luttes autrement graves qui survinrent 25 ans plus tard. Voici, à leur sujet, l'extrait de la notice manuscrite de 1807, fondée elle-même sur des notes du xvIe siècle.

 

            A la suite d'une copie d'actes du moyen âge, sont consignées plusieurs anecdotes où sont rapportées les dissensions qui ont existé entre les seigneurs de Pompadour, successeurs de ceux de Comborn, et la ville, du temps de la Ligue dont ces seigneurs étaient partisans, à l'occasion de leurs prétentions comme seigneurs féodaux et suzerains. L'annaliste qui a recueilli ces notes rapporte qu'à l'époque dont nous parlons le seigneur de Pompadour avait assiégé la ville et la tint en échec depuis le 4 août 1585 jusqu'au 25 (23) avril 1586, que ces différends se terminèrent par la médiation du seigneur d'Hau­tefort, gouverneur de la province, de l'abbé et des officiers d'Uzerche, de M. du Verdier (Antoine de Saint-Marsaud) et de M. Chevaille, lieutenant d'Uzerche. Après plusieurs conférences qui eurent lieu à Uzerche et à Trei­gnac, où le seigneur et plusieurs de ces Messieurs se transportèrent, il fut dit par le traité passé devant le sieur Chevaille que la garnison viderait les habi­tations, [que les habitants] obéiraient à M. de Pompadour comme seigneur justicier [et] que la porte Chabiran serait démurée. Toutefois le seigneur de Pompadour promit verbalement qu'il n'empêcherait [pas] qu'elle ne fût

 

fermée pendant la guerre qui était lors en France pour la réunion de l'Eglise (la Sainte-Union ou Ligue), en laissant le Pourteneau ouvert. Et en conséquence le fort des Eglises (à un kilomètre de la ville), qui avait été occupé par le capitaine François d'Espeyrut dès le commencement, fut ren­du ; et quatre citoyens de la ville qui avaient été faits prisonniers et conduits à Pompadour par ce même capitaine — lequel avec 25 hommes, fut les guetter allant [à] Obazine où M. d'Hautefort les avait mandés — furent mis en liberté.

 

            Mais cette paix ne fut pas de longue durée. A la fin, de 1588, la guerre entre les partis recommença de plus fort. Sous prétexte, à ce qu'il paraît, que ceux qui avaient pris Veix s'étaient retirés dans la ville, M. de Pompa­dour, aidé de M. de Gimel, tourmenta la ville par pillages de bétail et emprisonnement des habitants. On lui fit plusieurs députations pour lui faire des remontrances à ce sujet mais sans succès. Il répondit toujours qu'on n'aurait jamais de paix avec lui et qu'il ferait toujours la guerre et foudroierait la ville, si on ne l'y recevait de nuit et de jour, fort ou faible, à l'heure qu'il lui plairait. Et en effet, il rassembla autour de lui un grand nombre de troupes. La compagnie du sieur Boscombeix se répandit dans la campagne et la fourragea.

            Pour obvier à ces ravages, quelques habitants s'avisèrent de se saisir du fort des Eglises qu'ils firent fortifier, de l'autorité de M. le comte de la Voûte, gouverneur[3], qui donna à deux habitants de la ville commission pour y commander avec cent soldats. Dès lors ceux du château n'eurent moyen de continuer leurs courses, sinon quelquefois de nuit. Mais les sieurs de Gimel, du Pescher, du Fraysseix, assistés de ceux de Tulle et [d'] une de leurs gar­nisons, ne cessèrent de prendre les bestiaux des métayers de la ville. Le seigneur de Pompadour fit enfin venir du gros canon (il en resta six pièces au château), conduit par les sieurs de Gimel, du Pescher, les Rastignac, forts Tullistes, 50 [hommes] d'Eymoutiers, conduits par Pichard, Romanet, et [d] autres au nombre de 500, outre les paysans.

            Il paraît que les habitants ne s'en laissèrent point imposer par cet appa­reil, qu'ils prirent fortement la résolution de se défendre et qu'il y eut des sorties où il y eut plusieurs tués et blessés, et faits prisonniers : entre autres le capitaine Lafont, un des deux habitants que le gouverneur avait nommés pour commander à Treignac, lequel fut même à Gimel et tenu longtemps à la fosse avec plusieurs autres.

            Ceux de la ville ne perdirent pas courage pour cela et firent toujours bonne contenance. Le seigneur de Pompadour ayant fait conduire le canon au lieu appelé la Vigne[4], faisant semblant d'assiéger les Eglises, fit som­mer le commandant de se rendre, ce qu'il refusa ; et ce seigneur, ne se sentant pas sans doute assez fort, fut obligé de se retirer et de faire approcher le canon devant le château[5]. On se retira de part et d'autre. Il est rapporté qu'il y en eut dix ou douze de tués ou de blessés du côté de ceux du châ­teau et deux du côté de ceux de la ville.

            Dans ces entrefaites, on avertit M. le Gouverneur — à Limoges — qui envoya M. de Montagnac avec 20 ou 30 gentilshommes, 120 soldats et 30 quintaux de poudre, Le sr de Pompadour, de son côté, attira à son parti le sr de la Chapelle-Biron, qui vint le trouver sur la fin de septembre avec cinq ou six cents hommes.

         Il est dit que le sr de la Chapelle-Biron se logeait à Meillars, disant que c'était pour investir la ville ; et qu'ayant appris par des espions des fau­bourgs que Pierre Bernard, l'autre des deux habitants de Treignac à qui le gouverneur de la province avait donné commission pour commander à Trei­gnac, allait à Limoges pour trouver le gouverneur pour quelques particula­rités, le sr de la Chapelle-Biron fut sur le chemin de Limoges, l'arrêter à minuit avec deux habitants de Chamberet, et le conduisit à Pompadour où ils furent mis à la fosse.

         Enfin, le jour de Saint-Martin 1589 vers minuit, arrivèrent du côté du château quatre ou cinq cents hommes en armes conduits par les sieurs de Gimel, du Pescher, Saint-Clément, la Chapelle et autres. Ils vinrent auprès des murailles avec des échelles, sans être vus ni reconnus. Mais par un heu­reux hasard, deux particuliers de la ville, qui avaient séjourné longtemps sur la porte Chabiran où l'on faisait garde, avec une brande qu'ils avaient prise pour se retirer, laissèrent tomber derrière la muraille le bout de la brande allumée. Cela fit penser aux assaillants qu'ils étaient découverts : ils se reti­rèrent avant le jour sans aucun bruit ni tumulte.

         Il n'est pas rapporté quel fut l'effet de ce siège ni le résultat des diffé­rends des partis. On dit seulement, dans l'écrit que nous extrayons, qu'on était alors sur traité d'accord avec le seigneur de Pompadour et qu'on lui avait envoyé un passe-port pour six de la ville. L'annaliste termine son récit par cette observation : « Que la conservation de la ville en l'obéissance du Roy a fort profité, non seulement à cette ville de Treignac mais à tout le Limousin, pour le danger que la prise d'icelle eût apporté. »

            A la date de 1807 où fut tracée cette relation rétrospective, notre localité avait complètement perdu le souvenir de l'établissement du protestantisme dans son sein. Or, c'est un fait impossible à mécon­naître, non moins qu'à omettre dans l'exposé des luttes intestines du XVIe siècle : elles n'avaient ni pour seul ni souvent pour principal mobile à cette époque les démêlés féodaux de vassaux à seigneurs : elles tenaient à des causes plus générales, d'ordre plus élevé.

         Treignac avait sûrement des réformés dès 1562 et le vicomte Louis de Pompadour, son seigneur à lui, était lieutenant pour le roi de la province tout entière, c'est-à-dire forcément l'un des principaux chefs armés de la défense catholique en Limousin. Disons ici de plus qu'il avait été provoqué. Par la main même d'un de ses beaux-frères, le parti protestant s'était emparé de la ville en 1580. Voici donc un autre fait de guerre, légèrement antérieur, qui s'impose à mon récit. Bonaventure de Saint-Amable ne l'avait indiqué que d'un met comme le précédent, mais M. Clément-Simon en a fait au long la narration suivante : (Bas-Limousin pendant les Guerres de Religion, p. 48.)

         Le sieur de Saint-Germain-Beaupré (Gaspard Foucauld), puissant sei­gneur de la Marche, du camp huguenot, avait épousé la soeur du vicomte de Pompadour, du parti catholique. La dot d'Isabeau de Pompadour n'était pas payée et cette dame, d'un caractère ardent, reprochait journellement à son mari de laisser Pompadour tranquille en ses manoirs au lieu d'en obte­nir satisfaction, de gré ou de force. Le sieur de Saint-Germain attendait une occasion. Au mois de février 1580, le pays étant encore en paix, il apprit que la douairière de Pompadour, Suzanne des Cars, mère de sa femme, venait de quitter le château de Treignac, où elle faisait sa résidence, pour aller visiter sa belle-fille la comtesse, à Pompadour. Choisissant aussitôt quelques hommes résolus parmi ses soldats, il leur donna ordre d'aller nui­tamment et par escalade s'emparer du château de Treignac. La troupe, com­posée d'une vingtaine d'arquebusiers, sous la conduite du capitaine Lalande[6] se met en route. Elle arrive au lieu dit de Surdoux (commune du canton de Châteauneuf-la-Forêt (Haute-Vienne), s'arrête dans une taverne, faisant mine d'y vouloir coucher. Mais dans la nuit, le capitaine et ses hommes quit­tent l'auberge, cherchent une longue échelle dans le village, réveillent des paysans pour les obliger à la porter. On chemine ainsi jusqu'à un petit moulin au pied du château. L'échelle est jetée sur la Vézère, les soldats passent. Ils sont munis d'une échelle de corde et d'une grande perche pour l'accrocher. Dans le silence de la nuit, ils escaladent le château, s'en empa­rent, font prisonnier le sieur Las Pougas, intendant de la douairière, chassent les domestiques, et le jour venu procèdent au pillage. Las Pougas est mis à la torture pour en obtenir des renseignements. Le butin est chargé sur des bêtes de somme et envoyé à Saint-Germain. Cet exploit eut lieu le 25 février. Le sieur de Saint-Germain se prépare ensuite à fortifier le châ­teau et à l'avitailler pour servir de repaire à ses partisans. Il rassemble ses lieutenants, forme une petite armée d'un millier d'hommes, y compris deux ou trois cents cavaliers. De Saint-Germain ils marchent sur Treignac. Ses principaux compagnons sont les sieurs des Egaux (près Laurière), de la Mai­sonneuve frères, de Vieilleville, du Pla et le baron de Peyrusse. Ils ravagent tout sur leur passage, faisant étape à Saint-Vite, à Masseré, à Salon, à Condat, à Eyburie, à Saint-Ybard, vivant à discrétion sans payer, volant le bétail et les grains, brûlant les maisons. Ils arrivent ainsi à Treignac où ils portent la terreur. Les églises sont brûlées et pillées. Le curé s'enfuit au prieuré de La Vinadière. Le sieur de la Porte, le sieur de Magoutière, vas­saux de la douairière, ont aussi leurs maisons, leurs moulins dévastés, incen­diés. Ceux qui résistent sont massacrés. A trois lieues autour de la ville, les gens qui ne sont pas de la faction des occupants n'osent bouger de leur maison. Pompadour était à Agen et n'avait pu s'opposer aux entreprises de son beau-frère. Il prit plus tard sa revanche, ce qui n'amena qu'un surcroît de violences et d'exactions dans ces parages.

 

         Hélas ! on l'a bien vu plus haut.

         Quand fut terminée la période des guerres, le protestantisme im­planté à Treignac y demeura debout, quoique en minorité, comme en autres villes de notre Bas-Pays : Beaulieu, Argentat. Turenne, etc. Il fut ainsi pendant tout un grand siècle le souci persévérant des barons de l'endroit, restés fidèles, eux, à la foi catholique. Deux fois à dates rapprochées, Philibert de Pompadour, fils du précédent, fit venir des jésuites, à l'intention sans doute de le combattre par la persuasion autant que de ranimer dans le reste du peuple la piété affaiblie. Mais de ces deux missions de 1604 et de 1606, nous ignorons le résultat. D'autres faits sont plus connus. Ainsi en 1604 on avait interdit aux protestants le cimetière commun ; mais la Chambre de l'Edit de Nérac leur en fit donner un provisoire ; puis un autre définitif leur fut assigné près de la porte Soullanche, sur le chemin de Veix et d'Egletons. Ils eurent aussi des ministres : on ne leur en connaît qu'un cependant, Ambert de Barthe, en 1637. Quatre ans avant cette date, le duc de Ventadour, gouverneur de la province (ici Henri de Lévis), les avait pareillement autorisés au libre exercice de leur culte et ils le tenaient — non sans opposition en 1635 de la dame de Pompadour — dans un temple-maison situé alors, ce semble, « devant l'église Notre-Dame » ; ils l'auraient transporté ensuite dans la rue du Plaud[7].

            En 1656, d'autres prédications puissantes poursuivirent contre ces réformés l'action purement morale et pacifique des années 1604 et 1606 ; il faut aller jusqu'à la veille de la révocation de l'édit de Nantes (1685) pour trouver trace plus ou moins accusée de contrainte. J'ai recueilli quelque part : Vers 1682, « le juge de Treignac pour les Pompadour exerça diverses rigueurs contre les religionnaires de cette ville ; cela par ordre de son seigneur (Jean III), qui était lieutenant de roi, « pour les obliger d'abjurer leurs erreurs » ; il alla « chez eux, suivant une lettre de M. Colbert de Croisy et celle du seigneur évêque de Limoges, leur enlever d'autorité les bibles de Genève et autres livres condamnés qu'ils avaient : ce qui les désespéra. »

            Notons néanmoins, cette année même 1682, 70 abjurations et ne manquons pas d'ajouter deux lignes de l'abbé Legros : Les huguenots de Treignac abjurèrent « après avoir été instruits de la foi par les missionnaires et par les soins du marquis de Pompadour, lieutenant général de la province ».

            Aussi, quelles qu'en fussent les causes, leur nombre alla-t-il tou­jours décroissant. C'est ce que constate M. de Bernage, intendant du Limousin, en son rapport officiel de 1698 : « Tous les habitants du Haut et Bas-Limousin, dit-il, sont de la religion catholique, à la réserve d'un petit canton du costé de Treignac, où il y en avait quelques-uns de la religion protestante qui ont abjuré, comme partout ailleurs, avec des sentiments peu sincères de convertion ; mais le nombre est trop petit pour y faire attention. » — On en trouve deux encore, je crois, en 1718.

            Sous l'action des jésuites d'abord, sous la parole plus tard d'un homme aussi éminent que le P. Lejeune (1656), les prédications de diverses époques avaient dû servir beaucoup en notre ville le mouvement des conversions. Mais il le fut plus encore, à n'en pas douter, et de façon sûrement plus durable, par nombre d'associations pieuses ou même d'établissements de congrégations, qui s'y formèrent à la faveur du renou­veau religieux du XVIIe siècle. Ne nous arrêtons qu'aux fondations prin­cipales.

            Il y eut à Treignac dès 1637 (permission épiscopale du 10 juin) une confrérie de pénitents blancs, sous le patronage de saint Jean-Bap­tiste. Cette confrérie s'installa d'abord en l'église secondaire de Saint-Jean, du village des Eglises, on l'a dit plus haut ; mais trop gênée dans ce sanctuaire ou trop incommodée par son éloignement, elle se fit en 1646 une chapelle distincte, qui existe encore comme elle au faubourg de la Pradelle, plus ordinairement dénommé depuis quartier des Pénitents. On mit quinze ans à bâtir ce modeste édifice, bénit seulement le 28 août 1661. J'y signale une cloche de 1594, venue de l'église ruinée de Sou­dène, et un tableau du siècle suivant :

 

J. MAZOYER PINXIT ET INVENIT. 1685.

 

            M. Soulier, curé de Merlines (ex-vicaire de Treignac), depuis cha­noine, secrétaire général de l'évêché de Tulle, a publié en 1861 une Histoire de la Confrérie, témoignant de la ferveur comme de la régularité de cette association catholique, dont 99 membres figuraient encore à une procession de 1807. Un trait témoigne aussi de leur générosité. Lorsque mourut M. Cramouzaud, leur curé et confrère en 1822, tous leurs hom­mes valides accompagnèrent et portèrent son corps à 32 kilomètres de distance par un froid des plus rigoureux et dans la neige, en traversant le col le plus élevé de la région.

            Etienne Lafont, bourgeois de la ville en même temps que sieur du Masubert (l'EGLISE-AU-BOIS) et de Balesme (AFFIEUX), par testament du 19 avril 1641, donna 300 livres aux Récollets d'Ussel pour les aider à bâtir un couvent s'ils étaient établis à Treignac. Ils ne le furent pas. Toutefois, à l'aide d'un apport de 1200 francs que fit Ignace Lafont. fils du précédent et comme lui sieur de Balesme, un collège des Doctri­naires fut fondé en l'année 1660. A vrai dire, il n'y eut à cette date qu'une première délibération de la ville, mais la fondation effective ne se fit pas attendre : elle eut lieu par acte authentique du 17 juillet 1662. Les enfants du vénérable César de Bus devaient immédiatement professer trois classes de latinité : la cinquième, la quatrième et la troisième, et recevoir pour cela 1500", puis enseigner humanités et rhétorique, en en recevant 2000. La ville leur bâtissait un collège meublé avec une église garnie qu'ils devaient ensuite entretenir à- leurs frais. Ils s'instal­lèrent en maison provisoire le 18 octobre. Les commencements souffri­rent quelques difficultés, il y eut même vers 1667 certains faits malheu­reux ; mais tout s'aplanit avec de la patience et quatre religieux d'abord (un recteur, un préfet, deux régents), huit plus tard dirigèrent la nouvelle maison. Cependant ce ne fut que plus ou moins dans la gêne, malgré les sacrifices que s'étaient imposés les habitants ; si bien qu'après un grand siècle de service, la congrégation finit par abandonner Treignac. La ville remit alors le collège aux bons soins de l'évêque de Limoges qui l'accepta en 1782 et y mit des prêtres séculiers. Vint la Révolution, au bout de laquelle Bonaparte, le 3 vendémiaire an XIII (20 septembre 1804) autorisa le relèvement de la maison sous le titre d'école secon­daire, en en concédant les bâtiments à la commune à cet effet. « Lors de la restauration de l'Université, cette école secondaire reprit la dénomi­nation de collège et son directeur celle de principal. , Deux auteurs de pièces ou d'ouvrages classiques, l'abbé Laubie et M. Dupont, ont eu ce titre en 1839 et 1823. L'établissement dure encore, dans le même local agrandi. — Liste, suivant mon cadre, des recteurs Doctrinaires connus : 1665, ETIENNE PAUMOULE ; vers 1680, N. RIVIÈRE ; 1690, GUILLAUME CAYRE ; 1695, N. SAPIENTIS ; 1722, N. SAUL ; 1741, N. COUDRAY ; 1755, N. MORLET.

            L'Hôtel-Dieu de Treignac, dit là comme ailleurs hôpital dans la langue vulgaire et hospice dans le langage français, était antérieur au XVIIe siècle. Mais il se trouvait, avant cette époque, aux mains de femmes laïques célibataires, sous une administration de syndics auxquels fut adjoint, par délibération publique de 1672, un bureau de quatre bourgeois élu chaque année avec les consuls. Le Bas-Limousin seigneurial et reli­gieux y met des Soeurs dès ce temps-là, deux au début, une seule en 1720. Quant à celles de Saint-Vincent de Paul, c'est une date plus moderne qui doit leur être assignée : elles y furent établies par contrat du 17 avril 1863 sous M. Decoux-Lagoutte, maire. Il ne devait y avoir d'abord que trois religieuses, mais elles furent quatre deux ans après et leur supérieure, JULIE COMBES, mérita par son dévouement le beau titre de mère de l'hospice. La soeur qui lui succéda a pour nom LOUISE N.

            D'après M. Champeval, ces religieuses auraient leur chapelle, sous le patronage de la Décollation de saint Jean, à côté de celle de Notre-Dame du Vieux-Pont, se confondant alors si bien avec elle qu'on ne parle plus que d'une aujourd'hui. C'est dire que l'hospice est tout à fait en contre-bas de la ville, au pied du faubourg de la Côte et sur la rive droite de la Vézère, où il possède un moulin. Il avait avant la Révolution, entre autres redevances, une rente sur la cure de 100 setiers de seigle. Le moulin appartenait à cette époque au château ; mais, devenu bien national, il fut donné par l'Etat à l'hospice.

            Avec les soeurs du Saint-Coeur de Marie, les soeurs garde-malades et les frères de Saint-Viateur, nous quittons absolument le passé pour le présent.

            La première des trois maisons fut fondée en 1839 par Françoise Lansade, de Lubersac, soeur d'un des futurs vicaires généraux du diocèse. Entrée douze ans auparavant dans l'institut des Dames hospitalières de Saint-Roch, de Felletin., la Mère Saint-Roch (car on lui avait donné le même nom qu'à la congrégation) répondit à un désir de Mgr Berteaud en travaillant à séparer sa nouvelle maison de Treignac de celle de Fel­letin. Après beaucoup de pourparlers entre les deux supérieures comme entre les deux évêchés de Tulle et de Limoges, la séparation fut pronon­cée le 21 avril 1844 et la jeune famille treignacoise reconnue par le Gou­vernement en 1855 sous le titre de congrégation du Saint-Coeur de Marie. Elle fonda les pensionnats de Lubersac, de Juillac, de Thiviers en Périgord et l'orphelinat d'Obasine, sans parler d'un tiers-ordre de Soeurs institutrices pour les écoles de campagne. Les derniers actes de notre République ont fermé toutes ces maisons, moins celles de Thiviers et l'orphelinat d'Obasine où la mère SAINT-ROCH LANSADE s'éteignit le 22 juillet 1884. Elle fut remnlacée dans la direction générale de l'Institut par la Mère MARIE-THÉRÈSE NINAUD, suivie de la Mère MARIE-AMÉLIE LASPOUSSAS, dont le généralat a depuis 1887 Obazine pour siège. La cha­pelle, close, du couvent dispersé de Treignac est dédiée sous le vocable du Saint-Coeur de Marie.

            Les Soeurs garde-malades dites de la Miséricorde de Beaulieu sont à Treignac, au nombre de trois, depuis le 24 octobre 1896. Elles sont logées dans la maison de l'illustre avocat Lachaud. C'est sa généreuse famille qui a doté la ville de ces soeurs et doté aussi les soeurs de leur belle résidence. D'autres bienfaiteurs avaient réussi quelques années aupa­ravant à établir pour les jeunes garçons une école libre de Frères de Saint-Viateur. Jean-Jacques Forest de Faye, digne bourgeois de la ville, laissait pour eux sa maison à la Fabrique en 1873. Mais la sécularisation les a fait disparaître en 1904.

            Treignac s'honore de la naissance de plusieurs hommes distingués ou illustres :

            1° Guillaume de Treignac, sixième et très vénérable prieur général de l'ordre limousin de Grandmont. Le Gallia l'appelle aussi d'Aixe et M. Chadenier le croit d'une famille seigneuriale qui aurait précédé les Comborn dans le château de notre ville. Il vivait dans la deuxième moitié du XIIe siècle.

            2° « Pierre Rodier, fait chancelier de France en 1321 et mort évêque de Carcassonne en 1330. Lorsqu'il fut élevé à l'épiscopat en 1323, il remit les sceaux mais continua à servir utilement son pays et ses sou­verains. I1 avait été successivement chanoine d'Eymoutiers, de Saint-Martial de Limoges, de Reims, de Paris. Son savoir, sa rare habileté dans les affaires le firent charger des commissions les plus importantes par quatre rois de France : Louis le Hutin et ses trois successeurs. On lit dans les registres de la Chambre des Comptes de Paris qu'à l'avènement de Philippe de Valois au trône, Rodier lui prêta 1600 florins d'or pour soutenir la guerre contre les Flamands. On veut voir l'histoire de sa vie et de ses services dans l'Histoire généalogique et chronologique des Chanceliers de France... »

            3° Jean du Chemin, mort évêque de Condom en 1616, après en avoir été chanoine et vicaire général. M. Ed. Decoux-la-Goutte, qui lui a consacré une longue monographie, après nous l'avoir montré tour à tour « littérateur, soldat, diplomate, homme politique, administrateur » et défenseur de la saine doctrine, cite en finissant M. Léonce Couture. D'après celui-ci, Du Chemin aurait été « un homme hautement remarqué dans un siècle où les hommes vraiment remarquables se comptaient par centaines. »

            4° Antoine de Coux, neveu du précédent par sa mère et son suc­cesseur, après avoir été dès 1603 son coadjuteur sous le titre d'évêque d'Aure in partibus. M. Chadenier, dont j'ai cité les lignes relativement à l'évêque de Carcassonne, dit avec raison de celui-ci qu'il fit également recommandable par ses talents oratoires, les sages vues qu'il développa dans deux assemblées, les services qu'il rendit à ses diocésains en les préservant des erreurs et des fureurs du protestantisme, et les vertus de son épiscopat. 11 mourut en 1648.

            5° Le général de division Jules-Barthélemy Grandchamp, né le 16 décembre 1807 et mort « en chrétien convaincu » le 15 mai 1877. Capitaine en Afrique et cherchant, à 32 ans, à dégager un faible déta­chement entouré par les Arabes, il reçut « dix-sept coups de yatagan, dont sept à la face... Les Arabes le crurent mort et se servirent de sa tête comme d'un billot pour trancher les têtes des blessés et des cadavres. Quand on le tira de leurs mains, il respirait encore et guérit parfaitement. Mais il resta aussi glorieusement qu'affreusement défiguré. s (Decoux. Biographie treignacoise.)

            Enfin 6° l'illustre avocat Charles Lachaud. Né le 25 février 1817, il commença dans le célèbre procès de Mme Lafarge à Tulle une renom­mée qui, de 1841 au voisinage de nos jours, ne fit que croître incessam­ment. On l'a dit le premier criminaliste de l'époque et le fait certain c'est que nul n'a su s'emparer d'un jury comme cet orateur passionnant, dont la voix, le regard, la parole et le geste enlevaient un auditoire et arrachaient des acquittements que la froide raison n'a pas toujours sanctionnés. La ville de Treignac lui a élevé une statue en 1897 ; il était mort en 1882.

            Dans un autre ordre de choses, on aurait fait honneur jadis à cette ville de son entrepôt de sel, de sa filature de coton, de sa fabrique de chapeaux populaires à bon marché, de ses tissus de drap blanc ou dro­guet, de sa succursale de la manufacture d'armes de Tulle, de son kaolin ; mais tous ces avantages ou du moins la plupart ont disparu totalement pour ne lui laisser que le commerce, encore réduit des bes­tiaux, de la cire et du blé. La Souterraine, Ussel, Treignac passaient au XVIIIe siècle pour les trois greniers de seigle du Limousin. — Les ponts Finot et Neuf, tous deux d'une seule arche, le premier haut et hardi, portant le nom du préfet qui le fit construire, le deuxième plus bas mais plus rapproché, datent de 1825 et de 1840.

 

 

            MANZANES. — Un tout petit hameau pour tout reste d'une ancienne paroisse, précédée d'un ancien prieuré !

            Ce lieu était, au commencement du XIIe siècle, voisin d'une impor­tante forêt qui s'étendait sur trois paroisses : les Eglises de Treignac, Saint-Hilaire-les-Courbes et Chamberet. Un prieuré se fondait alors près de Ventadour sous la main des moines de Cluny. Philippe, religieux de cette abbaye, que l'on avait fait prieur de la nouvelle obédience, reçut pour elle la forêt de Manzanes de la générosité de Bernard, vicomte de Comborn. Mais il trouva en face de lui Gaubert de Malefayde, abbé d'Uzerche, affirmant que son monastère tenait déjà l'endroit d'Odon, comte de la Marche, qu'avaient appuyé de leur confirmation Adalmode, sa femme, et son fils Odon. » Le débat fortuitement soumis dans Tulle, en 1106, à Eustorge, évêque de Limoges, à l'abbé du lieu et à l'archi­prêtre Elie, ne put prendre fin de sitôt. Dix années donc après, nouvelle comparution dans la même ville devant une assemblée plus considérable, composée du même évêque, d'un autre abbé de Tulle que le précédent, de celui de Solignac, de celui de Beaulieu et du vicomte Bernard, accom­pagné de son fils Archambaud IV, approbateur du don. L'abbé d'Uzerche n'était plus le même : c'était alors Audebert, successeur de Gaubert. Cette fois la question fut tranchée et ce fut en faveur de Ventadour. Bernard, du reste, en 1117, renouvela sa donation à Ventadour même ; mais ce fut aux mains de Cluny, qui, jugeant sans doute le Moustier mis pendant ces lenteurs en état de se suffire, fit profiter Manzanes de la fondation d'un autre prieuré (V. t. II, p. 264).

            Ce prieuré simple, qui eut la seigneurie du lieu, était sous le patro­nage de Notre-Dame, honorée dans son Assomption. Il devait être à la nomination de l'abbé de Cluny ; mais en 1660 le doyenné de Carennac, en Quercy qui était clunisien, prétendit à ce droit. La contestation fut portée devant le Grand-Conseil et il faut croire que raison fut donnée au doyen de Carennac, puisqu'il fit les nominations en 1724 et 1746. Seulement, à cette date, l'évêque de Limoges nomma aussi de son côté. — Titulaires connus : vers 1320, après ELLE DE VENTADOUR, élevé au siège épiscopal de Tournai, GÉRALD DE MARTEL, nommé par le pape Jean XXII ; HERCULE DE DAVID, tonsuré en 1576, prieur en 1580 ; MEL­CHIOR DE DAVID, prévôt d'Eymoutiers, qui, porté d'affection pour les jésuites de Limoges, consentit que son prieuré fût uni à leur collège ; mais depuis, pour plusieurs justes raisons, dit le Pouillé, il procura l'union de celui de Bost-les-Monges et les jésuites renoncèrent à celui de Man­zanes, le lei octobre 1609 ; vers cette année alors, FRANÇOIS DE DAVID, tonsuré en 1618, résignataire de son oncle ; en ou avant 1669, CHARLES DU BOUSQUET, de la famille de Saint-Pardoux ; FRANÇOIS DU BOUSQUET, curé de Salagnac, mort en 1685 ; 1724, ETIENNE FARGES ; 1735, PIERRE DE GAINS, commendataire comme les précédents ; vers 1750, ETIENNE DE GAINS ; 1764, JEAN-BAPTISTE-JOSEPH FARGES, prieur aussi de Grandsaigne et la Chapelle-Spinasse ; 1772, N. DE LAUZE ; 1783, FRANÇOIS CHAVERE­BIÈRE.

            La cure, à la nomination générale du prieuré, fut pourvue par l'évêque trois fois exceptionnellement. Elle avait 150 paroissiens. On lui connaît pour titulaires : en 1314, Pierre Darramat (peut-être d'Arramit), qui assista, à Chaumeil, au contrat de mariage d'Eble de Ventadour, seigneur d'Ussel, avec Mathe de Comborn-Treignac ; 1640, Antoine Chabanes ; avant 1715, Joseph Lafon ; 1715, Gabriel Bunisset ; vers 1724, Pierre Lafon, prieur également de Monceix (Chamberet) ; 1731, autre Pierre Lafon, par résignation du précédent ; 1758, François Chaverebière ; 1784, N. Coudert ; 1778, N. Esclavard.

Aujourd'hui, ni église, ni cimetière, ni presbytère, ni prieuré : une métairie, un moulin et une école de hameau constituent Manzanes tout entier.

            Jean-Charles de David s'en qualifiait seigneur vers 1600.

            J'ai trouvé quelque part pour l'église de Manzanes indication d'une vicairie dite de la Meynie.

            Villages des deux paroisses réunies : Auliac, qui passa comme sei­gneurie des Lespinat à Joseph de Gimel, lequel le possédait en 1789 ; Aussillat, où fut un domaine du collège ; Bagatelle, Beauséjour, le Bor­zeix, Boisse, connu comme village dès le XIe siècle et présentant dès 1130 la noble maison que nous avons vue la dernière au château même de Treignac ; la Brasserie, le Calvaire, Chameyrat, Chartagnac, le Chassang, Chaumeil, ancienne terre des Masvallier ; Chingeat, Coly, Coudert, ancien château d'une famille du nom, qui était composé de deux corps de logis et possédait une chapelle domestique, encore conservée mais désaffectée ; transmis par alliance du commencement du XVIe siècle à une famille de la Mothe de Fages, il passa de même à celle de Cosnac mais subit dès cette époque nombre de changements de maîtres ; Coursou, en latin Corso le plus souvent, Corsonium, une fois au moins, Cors parfois en français et peut être même Cros, à Joseph de Gimel en 1789 ; ancienne terre aussi d'une maison de chevalerie qui en portait le nom et que l'on connaît au moins dès le XIIe siècle, sans la confondre avec une autre du voisinage d'Eymoutiers ; cette terre eut plusieurs maîtres, com­me la précédente, à l'issue du moyen-âge et ne garda plus au milieu du XVIIIe siècle que ses maisons de ferme ; Coux (non Caux), les Eglises, l'Espinat, qui a donné son nom à une famille du Breuil, éteinte vers le XVIIIe siècle ; l'Étang-Rond, la Fontfrège, la Goutte, dont se nommait au XVe siècle une famille bourgeoise et dont se qualifie aujourd'hui une branche des Decoux ; Grandchamp, les Jardines, Laurière, Mauranges, berceau probable d'une noble famille du nom qui au temps des Croisades eut un de ses enfants sur le siège abbatial d'Uzerche ; la Meynie, le Monteil, « maison forte » datée de 1642, à la famille Decoux-la-Goutte, dont un membre nous a donné le Coin du Limousin, c'est-à-dire la notice parue sur Treignac en 1890 ; les Moulins, les Moulins de Boisse, la Noaille, Pontcharral, ancien fief ; la Porte, sur la porte en effet du bourg des Eglises, à une famille dénommée de cette seigneurie, qui s'éteignit au XVIe siècle ; le Portail, Pouillac, un des « lieux » ou demeures nobles de la dépendance du château en la paroisse : celui-ci appartint sous les Comborn comme sous les Boisse au château lui-même et se composait de deux pavillons en 1747 ; les Prats, autre repaire comprenant alors « un corps de logis complet de trois tours ou pavillons » mais en ruine, qui des Poulroy aux Grandchamp, passa par de nombreuses mains ; M. Champeval nous dit qu'il eut comme Pouillac chapelle domestique ; la Régaudie, Sal, ancienne forêt qui reçut aussi chapelle, mais chapelle publique avec cimetière et prêtre desservant, ce qui en fit un moment, sous le nom de Salvetat, une véritable cure ; seulement tout cela remon­tait au XIIe siècle et ne devait être qu'une tentative avortée de l'abbaye d'Uzerche pour faire une succursale sur rive gauche à son curé de Trei­gnac, consentant (21 septembre 1168) : le nom de ce village s'est ajouté de nos temps à celui des Chaverebière, qui en ont la propriété mais demeurent bourgeois ; Saint-Jacques, les Simons, le Sirieix, le Theil, aux Hugon ; Ussanges, qui fut à la noble maison de Parel, établie à Trei­gnac, sans en être originaire ; Vaux, une des propriétés des Gimel de Tudeil ; la Veyrière, dont se qualifièrent les de Gains, et la Vigne.

 

[1] Il paraît que l'eau miraculeuse, s'épanchant autrefois de trois canaux, coulait dans trois bassins et que les pèlerins mélangeaient les trois versements dans leurs bouteilles : bouteilles que le vicaires, au dire de l'un d'eux, bénissaient jusqu'au nombre de 500 par année.

 

      [2] ... postula per Petrum, episcopunz Carcassonem, qui in villa de Traynhaco, de qua oriundus existit... unam novam ecclesianz dotare, et fundare, ac in ea collegium fratrum Sancti Sepulcri... instituere intendit, assignatis, etc. (Archives du Vatican).

[3] Gilbert de Lévis, comte de la Voulte, postérieur à d’Hautefort

[4] Près du faubourg de la Côte, non loin des Eglises

[5] Pour le protéger et substituer dès lors la défensive à l’offensive

[6] Un des assiégeants de Veilhan, à SAINT-CIRGUE, deux ans plus tôt (v. p. 72).

[7] A repousser soigneusement l’idée que ce prêche fût la chapelle même de N.-D. de la Paix. Ni le fait ni l’opinion de la chose ne ressortent en effet soit du texte mutilé qu’a publié M. Edouard Decoux-la-Goutte, soit de la note dont l’auteur l’a accompagné.