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Recherche > Corrèze (19) > Uzerche > Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 3)

Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 3)

Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964

Date : 12/03/2023

 

UZERCHE : chef-lieu de canton, arrondissement de Tulle, ancien archiprêtré de Vigeois. – Superficie : 2 384 hectares ; population : 3 126 habitants ; distance du chef-lieu d’arrondissement : 30 kilomètres. Deux paroisses actuellement : Saint-Pierre (doyenneté) et Sainte-Eulalie (au faubourg septentrional).

Le site, ici, d’un pittoresque hors ligne, a tenté plus d’une plume dans le passé comme dans le présent. Je cite les Mille et une merveilles de la France, ouvrage d’intérêt non local, mais national, qui parut il y a un demi-siècle.

Uzerche, ville aux tourelles sans nombre, est un des ornements des bords de la Vézère. Ce cours d’eau, profondément encaissé, l’entoure de trois côtés par ses replis capricieux et rend ainsi la ville inabordable, en même temps qu’un site pareil irrite et appelle la curiosité. Ne nous hâtons pas de passer le pont qui franchit d’un saut la torrentueuse Vézère. Gravissons plutôt le coteau qui, à l’orient, plonge sur la gentille cité du Limousin. Pourriez-vous attendre un aspect plus enchanté ? Voici à vos pieds des jardins soutenus par des terrasses d’une élévation prodigieuse ; au bas de ces terrasses la route de Paris à Toulouse ; au-dessous de cette route et à une grande profondeur de la Vézère, qui semble sortir de la base du Peuch de Chammart et dont l’œil suit avec délices le cours paisible et sinueux, dominé par le clocher de l’église paroissiale qui s’élève à près de cent mètres au-dessus du sol. En face, de l’autre côté de la Vézère, voici le Peuch-Groslié, dont la cime couverte de terres labourables contraste avec les prairies, les bouquets d’arbres et même les rocs à demi-découverts qui garnissent ses flancs et descendent jusqu’au rivage. Sur le côté sud de ce Peuch est un vieux bâtiment flanqué de quatre tourelles ; du côté opposé est une autre habitation connue sous le nom de château de Fargeas. Le côté occidental ne présente qu’une nature triste et sauvage, et la vue, très bornée sur ce point, ne se repose que sur des collines couvertes de bruyère et de châtaigniers, derrière lesquels on aperçoit quelques villages. Est-il étonnant que la ville et cité d’Uzerche ait paru de temps immémorial la terre promise du pays limousin ? Est-il surprenant que maintes maisons seigneuriales ou bourgeoises s’y soient construites, et qu’à chaque pas l’œil ne rencontre en ville que tours et tourelles, rondelettes, saillantes, girouettées, curieuses enfin, qui se penchent sur les rues pour mieux voir et pour être mieux vues ? Aussi bien ces maisons en forme de castels étaient passées en proverbe ; on disait : Qui a maison à Uzerche a château en Limousin.

Ce qui m’incite à citer encore le résumé d’André Duschene en ses Antiquités des villes de France (1648, p. 790) ; bien que mon œuvre ne puisse être elle-même qu’un présumé rapide : là comme plus haut, le lecteur fera quelques amendements.

La seconde ville du bas Limousin est Uzerche, gracieuse et tempérée : ville assise sur le torrent de la Vézère et presque imprenable, selon le jugement des hommes. Ses défenses sont les eaux de tout côté, et il n’y a que deux avenues, mais si fortes qu’on dit communément : Qui a maison à Uzerche a chasteau en Limousin. – On tient que Pepin combattant Vaifer ou Gaifre dans l’Aquitaine, fit bastir ce fort entre ces eaux impétueuses, et le fortifia de dix-huit tours, l’une desquelles fut appellée la Tour de Leocaire, pour ce qu’il fit en icelle couper la tête à Leocaire, maire de son palais ; et s’en trouvent même qui maintiennent que ce roi l’anoblit d’un glorieux titre d’Evêché ; mais je n’en ai jamais rien lu dans mes livres qui m’en puisse donner certaine assurance. – Elle a aussi cet honneur parmy beaucoup d’autres, que nonobstant l’autorité de l’Anglais en Guyenne, elle a toujours été fidèle à la Couronne de France, et lui a toujours rendu les vœux d’une humble obéissance. – Mesme elle est recommandable par une riche Abbaye de l’Ordre de S. Benoist, dont plusieurs belles reliques surhaussent la splendeur et l’excellence, comme la Nape sur laquelle Nostre Sauveur fit la Cène avecques ses apôtres, et les corps des glorieux S. Léon et Coronat, où les privés d’esprit et sans usage de raison voyagent ordinairement les mains chargées de vœux et de supplications, lesquelles reliques ont été perdues pendant les dernières guerres des Huguenot.

Reprenons maintenant d’un peu plus haut et tâchons d’exposer un peu plus au long.

Ce ne sera cependant pas pour faire de notre prétendue seconde ville du Bas-Limousin une autre concurrence de l’Uxellodunum propriété du Quercy. L’utilisation même que purent faire les Romains du site avantageux d’Uzerche n’est que conjecturale. L’histoire écrite, pour cette localité, commence seulement à Rorice l’ancien, évêque de Limoges du Ve au VIe siècle, qui la mentionne avec son église dans la 19e de ses lettres, livre II, si seulement l’on change au besoin Viseroe en Usercoe, dont l’étymologie pourrait être ailleurs, d’après certains, Viseroe arcus ou arx : Arc ou fort de la Vézère. Le siècle suivant nous y fait voir un atelier monétaire mérovingien, représenté par plusieurs pièces d’or (neuf au moins conservées), avec désignation, dans une, d’Uzerche comme castrum. Ce castrum, aux temps carolingiens, deviendra le chef-lieu certain d’un pagus ou petit pays et d’une vicairie ou viguerie judicaire d’une certaine étendue. Mais en attendant, la légende nous le présente comme assiégé par les Sarrasins que la place réussit à tromper par un stratagème. Réduite par la famine, elle gorge cependant de ses derniers grains un taureau qu’elle pousse souterrainement vers le camp ennemi ; sur quoi les assiégeants déconcertés renoncent à la prendre. D’où l’écusson de la ville, qui porta d’abord un taureau avec trois épis de froment en chef et qui s’est lu dans les derniers temps : d’or à deux bouveaux de gueules passant l’un sur l’autre, avec le chef de France : chef autorisé par Louis XIII, de passage à Uzerche en 1632, pour récompenser la ville de sa fidélité dans les guerres anglo-françaises du XIVe siècle.

Puis la tradition reprend, avec de réelles vraisemblances historiques qu’il faut savoir dégager de l’exagération ou des écarts d’un temps bien reculé. Pépin le Bref, au VIIIe siècle, dans sa lutte contre Waïfre, le duc d’Aquitaine, s’empare d’un lieu si favorable, en augmente la force, le ceint de belles tours dont la mieux placée, au sommet du coteau, est appelée Militante ou de Léocaire (nom de quelque personnage important), et s’y bâtit une maison princière. Comme la ville de Limoges a subi dans la guerre qu’il lui a fait une dévastation, l’évêque se transporte temporairement, aux côtés d’une sorte de gouvernement, dans cette nouvelle quasi-cité, qui ne devient pourtant pas une vraie ville épiscopale ; car un de ses successeurs reporte bientôt sa crosse, malgré l’indisposition locale, dans la cité de saint Martial. Mais un monastère s’est bâti que l’érudition bénédictine appellera plus tard d’un mot des origines mêmes, nobilissimum monasterium : un très noble monastère. Si les Normands le détruisent comme tant d’autres, de pieux laïcs vont prochainement le relever et le combler de biens : Raoul de Mire, qui meurt au milieu de son ouvrage, et les deux époux : Arbert de Chavan et Alaïde ou Adalaïde, veuve de Raoul. Les évêques bénissent l’ouvrage, les papes le confirment, les rois le favorisent, les grands seigneurs l’enrichissent de leurs dons ou restitutions ; de précieuses reliques, remplaçant des ossements disparus, y attirent les foules et leurs aumônes. Ce que l’abbaye d’Uzerche doit compter de privilèges épiscopaux, de bulles pontificales, de diplômes royaux, de chartes diverses en sa faveur, ne s’énumère pas plus que la quantité de terres, églises, chapelles, prieurés, prévôtés, abbayes même, résultat de ces munificences, fondations ou annexions. Le Cartulaire publié récemment dans son entier par l’érudit M. Champeval, notre compatriote, en est rempli ; et si la critique s’est autrefois exercée sur ce recueil ancien, si plusieurs de ses pages, dans les débuts surtout, ont fait dire en manière de proverbe ; menteur comme le Cartulaire d’Uzerche, on a pu voir dans l’ensemble des pièces, trop souvent réduites à de simples mentions ou rappels, un aliment solide à la curiosité historique : aliment confirmé d’ailleurs ou par les énumérations de certains actes plus solennels, tels que les bulles des papes, les privilèges des évêques, ou par l’histoire particulière des localités intéressées.

Saint-Ybard, Salon, Condat, Saint-Salvadour, Saint-Viance, Saint-Solve, Chamberet, Millevaches, et dans des diverses paroisses, Vitrac (Chamboulive), Gondre (Turenne), Agudour (Voutezac), Lintilhac (Ussac) Monceix (Chamberet), Champsac (Espartignac), et d’autres obédiences furent pendant des siècles des dépendances d’Uzerche ; les trois paroisses de la ville ou de ce qui devait être un de ses faubourgs relevèrent d’elle comme nombre d’autres églises du Limousin, du Périgord ou d’ailleurs, avec sujétion même pendant un certain temps de plusieurs abbayes, telles que Meymac. L’abbé, devenu seigneur haut justicier de l’endroit avec des domaines des plus étendus, devint le rival de la plus haute noblesse du pays. Et quant un mouvement universel fit germer partout, en place des vieux sanctuaires insuffisants et peu solides, les grandes et belles basiliques qui ont fait l’honneur du moyen-âge chrétien, Uzerche dressa aussi sur son rocher la noble église qui en relève si bien l’aspect majestueux. Ce fut au cours ou vers la fin du XIe siècle. Lorsque le pape Urbain II, après le Concile de Clermont en 1095, passa dans notre ville pour aller prêcher encore la croisade à Limoges, le monastère eût désiré lui faire faire la consécration, déjà commencée pour des autels par un archevêque de Lyon et l’évêque diocésain, mais il y eut des difficultés et ce ne fut qu’en 1097, 21 décembre, que la dédicace fut effectuée par les évêques de Limoges et de Périgueux. Le prince des apôtres fut le titulaire, avec son frère, saint André que l’on fête.

Moins grand, moins ample et moins beau d’ensemble que les abbatiales de Beaulieu, de Tulle (aujourd’hui cathédrale) et d’Obasine, malheureusement mutilée comme la précédente ; néanmoins monument historique remarquable, surtout pour sa tour d’école limousine, Saint-Pierre d’Uzerche est un édifice entièrement roman, d’une cinquantaine de mètres de long, en croix latine, à trois nefs, avec transept flanqué à l’est de deux chapelles, chœur tournant derrière son maître-autel et déambulatoire entouré de quatre absidioles, une grande fenêtre à vitrail éclairant le milieu du rond-point. Sous ce chœur règne une crypte massive, ouverte seulement par le dehors, au moyen d’une porte basse pratiquée au sommet du chevet. Les grandes voûtes sont en berceau cintré avec doubleaux, et la conque absidale, sans jours supérieurs, en cul de four. Aux collatéraux, trop étroits, elles sont en quart de cercle, contre-buttant la maîtresse-nef. Celle-ci n’a pour supports que des piliers formés ou cantonnés en croix de simples pilastres, non revêtus de colonnes engagées sous le baldaquin architectural qui domine l’autel au carré du transept. Les six colonnes cylindriques de l’abside, avec leurs arcs surhaussés et le déambulatoire avec ses cintres entiers ont meilleur air que la nef. L’une de ces colonnes, portées sur soubassement tandis que les piliers de la nef n’ont pas de plinthe, accuse par une inscription en majuscules romaines que l’an 1622 la ruine de cette partie de l’édifice fut restaurée par les soins du prieur Antoine Pontier. Les chapiteaux, ornés de feuillages plats généralement, ont reçu au nord un écu avec mitre et crosse tournée en dedans, qui porte deux clefs en sautoir accompagnées en chef d’un croissant, en pointe d’une fleur de lys, à dextre et à senestre d’une étoile. Ce doivent êtres les armes de l’abbaye, dénotées par les clefs avec la fleur royale.

Les fenêtres, très simples, sont sans ébrasements ni colonnettes. La plus grande, qui se trouve à l’entrée d’ouest, est ornée d’un beau vitrail moderne donné par la famille de Tayac. Elle domine un assez intéressant portail, malheureusement masqué en dehors par un blocage. Procédé d’un porche voûté peu profond, ce portail se recommande, sous une archivolte à billettes saillantes, par ces longues et maigres colonnes de voussure familières à notre région, que surmonte un tore d’à peu près même grosseur sur chapiteaux sans tailloir. Au-dessus est encastré dans la muraille fermante un écusson crossé-mitré aux armes des abbés d’Aumont (XVIIe siècle) : d’argent au chevron de gueules accompagné de sept merlettes de même quatre en chef et trois en pointe, une et deux ou mal ordonnées. Une tour ronde et ancienne à l’angle sud de la façade est massive par le bas mais a été récemment reprise par le haut, qu’on a crénelé. On la dit encore de Léocaire.

Le clocher s’élève, non sur la façade ni sur l’intertransept mais sur la deuxième des quatre travées inégales de la nef, dans le même style d’école limousine que ceux de Saint-Léonard dans la province et de Brantôme en Périgord : il est du XIIe siècle. Au-dessus d’une coupole octogonale que supportent les plus vigoureux piliers, il s’étage en carrés successivement rétrécis que finit par dominer un octogone contourné de pignons caractéristiques sur baies géminées, et surmonté d’un toit pyramidal en ardoise trop bas. La pyramide en maçonnerie d’autrefois fut en 1622 abattue par la foudre, qui tua dans l’église un moine à l’autel et endommagea deux piliers : d’où les réparations signalées plus haut. La crypte, unique au diocèse et de grand intérêt, est une rotonde à trois absidioles, soutenue de gros piliers sans ornement avec un curieux tombeau dans le flanc nord, mais sans autel malheureusement et ne servant aujourd’hui que de vulgaire décharge, alors que les pèlerins y vénéraient sans doute autrefois les reliques des saints Léon et Coronat, évêques bretons dont la dépouille fut transférée chez nous au XIIe siècle.

A remarquer dans la partie sud du transept, outre sa chapelle à pans coupés plus soignée que les autres, ses tableaux modernes et ses curieux chapiteaux bénitiers sur le sol, des inscriptions encastrées au mur d’ouest et portant en lettres romanes entrelacées du XIe siècle des épitaphes données par l’abbé Texier en son recueil d’Inscriptions limousines ou par M. Combet en son Histoire d’Uzerche, ou encore par M. Paul Meilhac dans la Revue de l’Art chrétien, année 1894 (voir aussi Rupin, la Corrèze pittoresque, 22). Trop de longueur n’empêche de les reproduire ; mais je relève à l’angle extérieur occidental de ce croisillon une épitaphe difficile à lire par suite de l’usure du temps et qui peut être appréciable comme indiquant encore un important personnage à rechercher :

✠… VI KALENDAS avgvsti obiit illvstris PETRVS DE AV…C, CVIVS ANIMA REQVIESCAT IN PACE. AMEN.

Le croisillon du nord, donnant sur le jardin du presbytère, ancien préau, a sur les deux angles extérieurs de son pignon, par manière de contreforts, deux petites tours rondes avec une collerette de modillons. On vient de démolir sur son flanc d’est une sacristie de 1696, construite avec des matériaux de ruines précédentes : débris de voussures, fûts de colonnes, chapiteaux brisés, corbeaux, inscriptions même, provenant apparemment de la chapelle qu’avait bâtie sur ce terrain au XIVe siècle le cardinal de Saint-Jal. Il y avait aussi par là chapelle de Saint-Martial, cloîtres, etc. Mais je n’ai pas vu ces débris.

L’Etat vient de faire pour plus de vingt mille francs de réparations à cette précieuse église, surtout dans sa partie orientale. On ne peut que s’en féliciter.

En arrivant à Uzerche en 1095 le pape Urbain II était accompagné d’une nombreuse escorte de prélats, archevêques et évêques. L’un deux pendant le séjour fit connaissance avec un moine de l’abbaye qui le séduisit par sa distinction et qu’il emmena à l’étranger. Maurice Bourdin s’éleva jusqu’à la papauté mais pour ne faire qu’un anti-pape, sous le nom de Grégoire VIII. Comme il était, à ce que l’on croit, de la paroisse d’Eyburie, j’en ai parlé à l’article de cette paroisse et je me borne à le rappeler ici.

Au XIIe siècle, les Brabançons assiègent la ville qui eut à en souffrir. Ils pillaient en se mettant plus au moins au service du jeune Henri Court-Mantel, en révolte contre son père Henri II, roi d’Angleterre et qui dérobait un peu partout où il pouvait les trésors des églises. Il fit aussi passage à Uzerche et ce fut là qu’il sentit les premières atteintes du mal dont il mourut à Martel, en Quercy, peu après. Peu après également, son corps mort, transporté en Normandie où il repose, repassa par la ville. Ce fut misérablement. « La faim tourmentait son escorte ». Il fallut que les moines rassasiassent ces faméliques. Au service chanté dans l’abbaye, à peine l’offrande donna-t-elle douze deniers dont s’empara le chapelain du prince. Richard Cœur-de-Lion, son frère, devenu aîné à la mort d’Henri, reçut avec la reine Eléonore, sa mère, duchesse d’Aquitaine, l’hospitalité plus brillante du monastère, à petit intervalle dans la suite. Ce furent saint Louis et la reine Blanche qui, au siècle suivant, accueillirent dans Uzerche sans doute l’abbé venant prêter serment.

En 1285, le métropolitain de Bourges, qui visitait le diocèse, fut traité par l’abbaye, prélude d’une réception plus importante en 1306, celle du pape Clément V.

On venait d’aborder le XIVe siècle et les grandes guerres de la France avec l’Angleterre n’étaient plus bien loin. Pour s’y préparer, Philippe VI de Valois, passant par le Limousin visita, lui aussi, notre ville en 1335. Quelques années plus tard, les Anglais commandés par Lancastre l’assiégèrent vainement mais furent plus heureux à Tulle. Vers 1351, ils furent chassés du château de Comborn par les Uzerchois. Leurs tentatives sur la ville même en d’autres temps demeurèrent inutiles et de là le glorieux surnom d’Uzerche la Pucelle qu’elle reçut de l’armée française reconnaissante pour n’avoir jamais été prise ni avoir capitulé.

Ces terribles guerres finirent enfin sans autre incident saillant que nous connaissions pour Uzerche. Le grand fait pour elle de la fin du XVe siècle fut le passage du roi Louis XI en 1463. Ce prince, suivi de son frère le duc de Berry, d’autres grands de sa cour, de l’évêque de Tulle, du vicomte de Turenne et d’autres personnages, y arriva le soir, venant de Brive, ayant dîner à Donzenac. Les bourgeois d’Uzerche, accompagnés de la députation de Limoges, s’avancèrent à cheval au devant du monarque, monté sur une mule. A sa rencontre ils se mirent à genoux et harenguèrent modestement Sa Majesté, qui leur dit avec bonté : « Partons, mes amis, et nous en allons à la ville. » Il les loua de l’avoir si bien gardée dans les guerres, ce qu’avait fait déjà son arrière-prédécesseur Charles V, par des lettres patentes fâcheusement perdues.

Louis XI octroya à la ville le partage des assises du sénéchal qu’il avait établi entre les villes de Brive (voir à ce nom, tome I) et d’Uzerche ; avantage que celle de Tulle disputa longtemps, qui avait été et demeura fort longtemps encore l’objet de débats interminables (touchés rapidement dans l’article aussi de Tulle en ce tome III) ; mais sans empêcher, malgré diverses vicissitudes, les trois sénéchaussées de prendre rang chez nous un peu plus tôt, un peu plus tard, et même de s’augmenter d’une quatrième, mais celle-ci ducale et non royale, la sénéchaussée d’Ussel. Nous passons sur cette fatigante querelle.

Mais une autre plus malheureuse qu’il est impossible d’omettre de même, c’est la lutte contre le protestantisme. Elle commença dans la seconde moitié du XVIe siècle. L’assemblée des trois Etats du Bas Pays ne venait, par ordre royal, que de se tenir depuis deux ans dans la ville d’Uzerche pour la nomination des députés aux Etats généraux d’Orléans, lorsque l’édit de pacification du 19 mars 1563 accorda la petite cité aux réformés pour l’exercice de leur culte, avec défense de l’exercer ailleurs. Ils y eurent une ministre mais leur église fut une des premières qui succomba. A la suite de deux de ses prédécesseurs, suspectés de faveur pour l’hérésie, l’abbé Raoul du Bert encourut le soupçon mais on l’en justifia. L’agitation du pays fit néanmoins veiller sur les remparts. Vers la fin de 1575, le vicomte de Turenne vint prendre la ville et saccager l’abbaye ; d’autres capitaines huguenots poursuivirent, vingt-cinq ou trente ans, les dévastations et les étendirent aux campagnes voisines.

C’est pourquoi je vais extraire de vieilles archives quelques notes de ces temps, plus ou moins complétives de l’Histoire de Combet.

1585, la ville, conjointement avec l’abbé et les moines, établit une garnison aux dépens des trois parties intéressées ; ils nomment capitaine un Nicolas pour les conserver sous l’obéissance du roi et font réparer les murs et les portes. (Procès-verbal du 8 mars 1586).

1586, Uzerche députe à Henri III Grégoire, infirmier de l’abbaye, pour représenter que la ville a dépensé considérablement pour réparer ses fortifications et soudoyer sa garnison, pour se conserver en son obéissance. Par lettres patentes d’avril 1586, le roi lui octroie la permission d’imposer sur la ville et dans tout le ressort de son siège la somme de 3056 écus 1/3 (et 10 écus pour l’expédition) à l’effet de rembourser les avances que lui avaient faites certains particuliers pour se conserver sous l’obéissance du roi. (Procès-verbal du 26 juin 1586).

1596, Henri IV permet par lettres patentes à la ville d’élire quatre consuls chaque année, dont un devait être gradué, pour exercer la police ; et ce à raison des bons services que lui avaient rendus les habitants d’Uzerche pour s’être toujours maintenus et gardés dans la fidélité qu’ils devaient au roi. Enregistrées au Parlement, ces lettres se trouvaient chez M. Clédat, de la Borie.

Grave incident qui fit du bruit dans les débuts du XVIIe siècle. Aux Etats généraux de 1614, le lieutenant général au siège d’Uzerche, député du Tiers, Pierre ou Jacques Chevaille, fut bâtonné après injures par son compatriote, député de la noblesse, Henri de Bonneval, surnommé La Grande Barbe ; ce qui fut gros scandale aux Etats, amena dans leur sein de vives protestations et fit condamner Bonneval à l’échafaud par le roi ; mais il ne fut exécuté qu’en effigie, ayant pris la fuite ; seulement il dut payer de ses biens. Quelques années après, dans les luttes de la reine mère Marie de Médicis avec le roi Louis XIII, le duc d’Epernon et le comte de Schomberg prirent et se reprirent notre ville au grand détriment de l’abbaye comme de la région, avec plusieurs morts d’homme dans la lutte. Enfin les troubles s’étant apaisés peu à peu, le roi, qui venait de Brive, passa par Uzerche comme Louis XI, le 7 novembre 1632 et y fut harangué par un consul. J’ai dit la faveur héraldique dont il honora la ville. Maigre compensation ! bien qu’il y eût joint une exemption de taille pour trois ans.

Malheureusement, en effet, à travers les perturbations et les ruines mêmes d’un siècle et plus, le cloître d’Uzerche où n’existaient plus des lieux réguliers avait perdu l’esprit monastique. Comme son voisin de Vigeois et celui de Beaulieu, il avait recouru à la réforme des Exempts de Guyenne, mais elle n’avait pu rétablir l’ordre dans son sein. Par brevet de 1693, Louis XIV permit aux religieux de poursuivre en cour de Rome la sécularisation tant de l’abbaye que de leurs personnes. L’abbaye dura jusqu’à la Révolution en tant que bénéfice commendataire mais le monastère fut effectivement transformé en chapitre régulier par bulle du 18 août 1745, et en 1750 l’évêque de Limoges en approuva les règlements.

1790 supprimant le siège sénéchal, en attendant que 91 supprima le chapitre, donna Uzerche à la Corrèze comme quatrième chef-lieu de district ; mais le district ne devint pas plus tard arrondissement et les vœux formulés depuis en ce sens mais combattus par Argentat, compétiteur, n’ont pas eu de succès.

La grande peur de 89 avait amené dans la ville un extraordinaire concours de paroisses ; la Terreur y fit plus tard une victime et faillit en faire d’autres quand y passa le convoi des prêtres réfractaires des prisons de Tulle. J’omets ces tristes faits.

 

           Abbés d’Uzerche :

 

            … Gausbert, qui, abbé de Saint-Augustin de Limoges, d’après le Gallia, serait venu avec trois de ses moines prendre la direction de notre abbaye nouvellement construite et aurait porté, on ne sait pourquoi le tire de chorévêque, c’est-à-dire probablement vicaire général de la région avec de larges pouvoirs.

            Vers 997, Adalbaud ou Adalbert, homme de haute valeur qui fut fait ensuite abbé de Saint-Martial.

            1003, Richard, sous qui l’abbaye de Tourtoirac en Périgord dut soumise à Uzerche, qui eut aussi pour subordonnées celles d’Ahun et de Meymac. Il assista au concile de Limoges en 1031.

            Avant 1048, Pierre de Donzenac, qui aurait alors fait consacrer son monastère, brûlé sous son prédécesseur en 1028, d’après la chronique de Vigeois, et se serait plus tard retiré à Saint-Viance. Riche et puissant, il serait suspect de n’avoir été, du moins d’abord, qu’un abbé laïc s’étant imposé par ses bienfaits, dans un cloître relâché pour le moment.

            1053, Constantin, excellent abbé restaurateur de la discipline, mort en 1067.

            1068, Gérald, qui continua le bien (voir l’Histoire du Diocèse, pp.73-4) et sous qui le nombre des moines monta jusqu’à cent ; il serait mort en 1097, sans avoir pu faire consacrer par le pape Urbain II, reçu par lui à Uzerche, son abbatiale qu’il avait réédifiée, vers 1095 où il assista au concile de Clermont.

            1097, Gaubert de Malefayde, sous qui l’église fut consacrée et qui mourut en 1108, frère du précédent.

            1108, Pierre Béchade, qui démit en 1113.

            1118, Audubert Grimoard, des chevaliers de Ségur, bon religieux qui se démit aussi en 1133 et se retira à Saint-Solve.

            1135, Bernard d’Auberoche, qui démit également en 1149, pour prendre, lui, le froc cistercien d’Obazine, sous lequel il mourut en paix.

            1149, Gaubert de Mirabel, qui vécut à peine deux ans.

            Vers 1150, Hugues de la Porcherie, démissionnaire treize ans après.

            Alors fut élu mais bientôt déposé Gérald de Mirabel qui alla mourir à Cluny.

            1163, Pierre Mathieu qui se démit quelques années après.

            1171, Raynaud Mauranges, qui dura six années environ.

            1177, Bernard, ex-prévôt de Tulle, mort en 1187.

            1188, Aimeric, mentonné encore en 1190.

            Après 1190, Adémar, déposé en 1200.

            1200, Galhard de Cardaillac, plus tard prétendant de Tulle et abbé de Figeac ; après lequel succession dans un ordre un peu confus de Jean de Maranzènes, Adémar Secotlança, Pierre Ardalot, Guillaume La Chassana, Guy ou Roger.

            1238, Guillaume de Curemonte, Hélie, enterré à Obazine où une plaque de cuivre de 1246 faisait de lui un éloge flatteur, Pierre, Jean, Aymard de Veyrac, un autre Guillaume, un Gérald, un troisième Guillaume peut-être qui reçu en 1306 Clément V.

            Vers 1342, Guy ; 1350, un dernier Guillaume qui reçut les faveurs de Clément VI ; 1371, Bernard.

            1375, Gérard de Comers qui fut député du clergé du pays vers le roi Charles VI pour invoquer assistance en faveur des gens d’Eglise.

            1409, autre Guy, qui assista par procureur au concile de Pise.

            Vers 1433, Guichard de Comborn, qui disputa à Hugues d’Aubusson le siège épiscopal de Tulle mais en fut évincé, avec toutefois compensation d’une rente viagère de 300 livres. On le trouve en suite en un document abbé ou commendataire de Vigeois en 1462.

            1469, Charles de Maumont dit par un rouleau des morts de 1498 décédé le 18 septembre de cette année.

            1504, Gérald de Maumont porté dès cette année par le Pouillé de Nadaud, qui le donne encore pour 1504. Mes notes le trouvent tel, ainsi que protonotaire en 1511, 1515 et janvier 1519 ; mort en 1521, d’après un livre de raison.

            1520, Raymond de Maumont, d’après ce même document douteux.

            Au 8 octobre 1522 l’abbaye vaquait. Les religieux nommèrent pour abbé régulier Jean Laporte qui résigna à Gilles de La Tour, lequel obtint l’abbaye en commende trois ans et la résigna à Jean Maschat. Celui-ci la tint aussi en commende quelque temps, puis obtint bulle de Rome et brevet du roi. Les religieux firent opposition et nommèrent en sa place l’an 1529, Rigaud de La Tour, autrement de Turenne vieux. Je le porte sous cette date parmi les premiers commendataires, alors ou auparavant nommés ou établis par François 1er. Il reçut dans son monastère en 1532 le corps mort de son frère François de La Tour, vicomte de Turenne, qui s’était illustré comme lieutenant-général en Italie vers la fin du siècle précédent, lors de l’expédition de Charles VIII, et qui, mort à Villèches, en Bretagne, allait être enseveli à Brive, au tombeau de ses ancêtres avec une munificence que j’ai eu ailleurs occasion de décrire (Histoire du Diocèse, p. 233).

            1538, François de Pompadour, qui dut abandonner l’abbaye et se compromit plus tard, probablement sous l’habit laïc, dans une affaire d’enlèvement.

            1541, Charles des Cars, qui fut aussi prévôt de Rosiers-de-Juillac et abbé de Peyrouse, diocèse de Périgueux, mort en 1545.

            Vers cette date, Geoffroy de Caumont, qui fut aussi prieur de Brive et abbé de Chirac, au diocèse de Bordeaux, en même temps que protonotaire apostolique. Il se retira an 1552.

            1553, Raoul du Bert, protonotaire aussi et clerc tonsuré du diocèse d’Amiens, qui en prenant possession en 1554 trouva le monastère et des dépendances livrés aux pires déprédations, contre lesquelles dut le protéger, l’année suivante, le pape Paul IV, à qui il s’était plaint. Mort en 1591.

            1592, Léonard Grégoire, infirmier de l’abbaye en 1591 élu par les moines luttant contre la commende royale, confirmé par le Pape mais évincé bientôt par le roi qui mit l’abbaye en séquestre et nomma Jean de Bourboulou, de Lubersac, curé d’Affieux ; lequel dut céder vers 1594 à Jean de Cousages, protonotaire apostolique, que lui recommandait le vicomte de Turenne devenu maréchal, mais on ignore qu’il eut ses bulles et si Grégoire ne resta en possession de la crosse.

            François de la Forestie, promu vers 1604, mêlé plus qu’il n’était souhaitable à des faits de guerre et mort en 1607 à Reims.

            Christophe de Lestang, promu en 1618 et mort évêque de Carcassonne en 1621.

           Roger d’Aumont, promu en 1623, protonotaire, aumônier du roi et frère du maréchal Antoine duc d’Aumont, fut fait, encore impubère, par Louis XIV en 1644 évêque d’Avranche et autres abbayes que celle d’Uzerche. Il fut un excellent évêque qui se démit en 1651 et mourut à Pais le 25 mars 1653.

            Charles d’Aumont de Villequiers, neveu du précédent, fils du maréchal, eut en 1653 deux au moins des abbayes de son oncle, dont Uzerche. Il mourut en 1695, protonotaire.

            François de Lascaris d’Urfe, chanoine du Puy et frère de notre évêque de Limoges, nommé en 1695, mort en 1701.

            Charles-François de Hellencourt de Dromesnil, nommé en 1702, démissionnaire en 1706, mort évêque d’Autun.

            François Patris de Labro, nommé en 1707, mort en 1737, vicaire général de Limoges.

            François d’Aydie,qui alla de 1738 à 1745.

            Claude-Antoine-François-Jacquemet Gaultier, vicaire général du cardinal de Larochefoucaud, évêque de Bourges, et abbé aussi de N. D. du Landais. De 1745 à 1758 où il est nommé évêque de Luçon et se démet de l’abbaye.

            Joseph-François de Monteclerc, doyen de la cathédrale d’Angers qui va de 1759 à 1769.

            1769, Jean de Joussineau de Tourdonnet qui va de même à 1781.

            1782, Arthur Roger de Dillon, vicaire général et puis archevêque de Narbonne, dépossédé par la Révolution.

 

            Paroisses et chapelles :

 

            La décanale de Saint-Pierre, qui occupe au sommet de la ville l’ancienne abbatiale et collégiale supprimée comme telle, fut accaparée d’abord, mais constitutionnellement, par l’abbé Pierre Drapeyron de David, ex-curé d’Arnac-Pompadour duquel j’ai parlé en l’article de cette paroisse (I, 62) et qui se comporta « dignement ». Mais à la suite du Concordat y furent nommés : en 1803, François-Amable Goumot, qui releva le collège et à sa tête, en janvier 1814, eut l’honneur d’aller offrir ses hommages au saint pape Pie VII, de passage à Uzerche en regagnant ses Etats pontificaux ; puis en 1817, Antoine Valein ; 1826, N ; Chirac ; 1829, Jacques Boutin ; 1867, Maurice Amadieu, auteur d’un petit ouvrage de piété ; 1881, Paul Lestourgie, poète et musicien, qui a laissé deux recueils de vers et de chants de cantiques, en même temps qu’un école de Frères maristes aujourd’hui malheureusement fermée ; 1905, Jean Labarbary, qui rend au culte l’ancienne église de Notre-Dame de Bécharie, la seconde des deux paroissiales urbaines qu’avait supprimées, détruites en plus grande partie la Révolution et que remplace actuellement celle de Saint-Pierre. Ont titre de curés (chapelains) d’Uzerche, sans autre spécification : de 1010 à 1084, V. Boissa ; vers 1146, Pierre de Trigan ; en 1605, François Favelon (provisions) ; en 1727, Nayne. Je les unis ici provisoirement.

 

            Saint-Nicolas, du patronage de saint Nicolas de Myre, était une église rapprochée de l’abbatiale, que la Révolution a complètement détruite et que remplace aujourd’hui la mairie. C’était une cure dite en ville murée, de plus de 800 communiants, ancienne comme la suivante, quoique moins, et de même que Notre-Dame à la nomination de l’abbé. Je ne lui trouve que les titulaires suivants : 1281, Raymond ; en 1349, par décès d’Etienne Grégoire, Jean Durieu ou Durif (de Rivo), qui reçoit nomination de Clément VI (archives du Vatican) : vers 1605 (provisions), François Besse ; en 1674, Jean Gausier ; 1696, N. Faucher ; 1723, P. Faucher, probablement le même ; 1797, Pierre Chabrolier ; 1743, Jean-Baptiste Plaisant de Bouchiat ; 1755, Jérôme Lafarge ; 1760 (prise de possession), Henri Pradel de Lamaze, prieur de Magouttière (Soudène), qui sera plus tard emprisonné et qui émigrera ; 1782 ou au plus tard 1786, sur résignation du précédent dont il était vicaire, François Cruveilher qui fut aussi dépossédé par la tourmente et porté sur la liste des émigrés. Après la fermeture de son église, il avait fait fonction de « premier curé » dans l’église Saint-Pierre mais sans titre encore connu.

 

            L’église de Notre-Dame, dite de la Bécharie parce qu’elle avoisine la porte de ce nom et qui, bâtie en un rocher au centre de la ville domine la boucle de la Vézère, fut peut-être l’asile où s’était réfugié vers 484 le Baron recommandé à Rustique par l’évêque Rorice. M. Champeval se demande aussi si elle ne se confondait pas avec la vicairie de Notre-Dame de la Roche, trouvée en 1477, et Notre –Dame du Désert qu’on lui donne ailleurs pour synonyme. Elle aurait été le premier sanctuaire des moines d’Uzerche. Quoi qu’il en soit, elle leur fut donnée en 992 par le vicomte Archambaud I de Comborn, pour le repos de son âme, de celles de ses fils et de celle de son cher Arbert. Sous le patronage de la Nativité de la Vierge et cure aussi en ville murée de 800 âmes à la nomination de l’abbaye, elle fut desservie jusque vers 1792 et ne vit consommer à peu près sa démolition que vers le milieu du dernier siècle.  Une restauration généreuse et une nouvelle bénédiction par Mgr Nègre le 21 mai 1909 l’ont rendue aux fidèles et signalée peut-être aux pèlerinages de l’avenir. – On lui connaît pour curés : vers 1080 Robert ; en 1281, Gui Benoît, 1504, François de Lespinat ; avant 1664, N. Boutot ; 1664, François Grenaille ; 1682, N. Peyroudie ; 1712, N. Lasteyrie ; 1730, Etienne Chiniac ; 1782, Gabriel Pradel de Lavaud ; 1785, François Mazelle, chanoine honoraire du chapitre d’Uzerche en 89 et déporté par la Terreur sur les côtes de l’Ouest.

 

            Sainte-Eulalie « lez-Uzerche » ou pour traduire la forme populaire de son nom dans l’idiome local, Sainte-Aulaire (qu’il ne fait confondre avec la paroisse de même nom dans le canton d’Ayen) est au-delà du pont principal, au nord de la Vézère. C’était autrefois une paroisse rurale, de la vicomté, de la sénéchaussée même de Limoges et du Haut-Limousin, tandis que la ville l’était du Bas. Faubourg d’Egalité à la Révolution mais reconnu comme commune distincte de celle de la ville, avec la petite campagne qui l’avoisine, puis définitivement réunie à la ville en 1826, elle fut néanmoins rétablie vers 1830 en paroisse séparée de Saint-Pierre mais appartenant à son canton. Je lui trouve pour curés : 1498, Gérald de Maumont, que les moines d’Uzerche se choisissent pour abbé à la mort de Charles de Maumont, son parent ; 1568, Jean Rigoulène ; 1594, Bernard Gorsse ; 1686, N. Nanot ; 1692, J. B. Nayne ; 1733, Mathieu Vidalie ; 1745, Jean Péroudie ; 1758, Elie Bleynie de la Chaize ; 1759, Antoine Goudrias ; 1776, N. Jarrige ; 1785, Pierre Bleynie, qui émigra et devint ensuite doyen de Juillac ; 1822, Pierre Dessus, qu’on trouve nommé à ce poste où il décéda ; 1830, J. B. Clédat-Masdupuy, mort chanoine honoraire de Tulle ; 1878, Jean-Baptiste Gorse ; 1882, Julien Aussoleil ; 1891, Jean Chèze ; 1896, Gervais Genet ; 1907, Louis Estrade ; 1909, Jean-Baptiste Saule.

            L’église, du vocable de la martyre de Mérida et dite alors toute petite, ecclesiolam Usercensi adjacentem in honore beatoe Eulalioe consecratam, fut donnée au monastère en 987 par Arbert et sa femme Adelaïde, ou plutôt restitution en devait être faite, sur leur demande, car elle avait appartenu aux moines dans le passé, par le vicomte de Ségur Aymar et sa femme Millesinde. Une date donnée est 1076. On trouve aux Chroniques de Saint-Martial ce souvenir de 1276 : le 29 avril, lendemain de l’Ascension, la vicomtesse de Limoges, voulait tenir assises à Sainte-Eulalie mais l’abbé et les moines y faisant opposition, un balisier de la vicomtesse, fils de Pierre de Cous, les attaqua apud Uzerchiam et y trouva la mort. Un historien prétend que malgré les forces des assiégeants, la ville ne put être prise. C’est au sommet de la colline gravie par la rue montante du faubourg, sur sa gauche et au long d’une esplanade qu’aurait occupée jadis un camp problématique, que s’étend par-dessus le tunnel de 400 mètres (1851) et précédée d’un vieux tilleur, successeur d’un ancien Sully, l’édifice modeste mais bien tenu qui sert au culte de cette paroisse. Un portail de la fin de l’ogive avec archivolte, sous un clocher-arcade dont la cloche fut la seule échappée à la Révolution, ouvre une simple nef de trois travées à doubleaux sur pilastres, avec deux chapelles peu profondes du XVe siècle et au bout une sacristie à laquelle s’adosse le mur droit du chevet décoré du tableau peint en 1691 par Michel Cibille et donné par le curé Nayne l’année suivante. Il est entre deux niches occupées par des statues de saints, tandis que d’autres saintes images illustrent des peintures ou des vitraux de notre temps. Autrefois litre extérieure des Saint-Marsaud. La croix du tilleul est un don (1873) de M. de Tayac et celle de la Tenlade de Jacques Besse (1640).

           

            L’hospice, situé vers le bas de la ville, près du point où se trouvait l’ancienne porte démolie du Pont, remonterait à la fin du XIVe siècle. Il prit consistance au commencement du XVIIe siècle et fut déclaré par lettres de 1749 hôpital général. Du patronage de saint Jacques d’abord, puis de celui de saint Joseph, il eut sa chapelle bâtie en 1864 sous le patronage du Sacré-Cœur. Les Sœurs de Nevers le dirigent depuis 1837 : elles ont compté comme supérieures les mères Augustine Bernard, Mathilde Monnier, Léon Buisset, Clémence Bernier, Emilienne Barraud, Barthélémy Darses.

 

            Sur l’ancien pont à sept arches qui reliait à la ville le faubourg de Sainte-Eulalie, près de celui-ci se trouvait en 1765 une chapelle dédiée à saint Jacques le Majeur et dite des Saint-Jacquiers parce que les pèlerins sur la route d’Espagne venaient y prier, comme ils allaient sans doute chercher l’hospitalité à l’Hôtel-Dieu de Saint-Jacques. Visitée en 1727 et trouvée en mauvais état, elle fut démolie peu après. On parle aussi d’une maladrerie avec chapelle de Saint-Sébastien présumée sur la route de Tulle. – En ville, la statue de la Vierge de la porte Bécharie-Barachaude (monument classé) remonte avec la porte elle-même, seule subsistante des cinq d’autrefois, à l’époque ogivale. J’associe les deux noms parce que, si le second est plus commun, le premier me paraît plus justifié et que je lis en un cahier de famille : « le portail et pont-levys de la porte de Barachaude a été construit l’année 1611.

            La maison Clédat qui s’y rattache est, avec la maison Pontier, une des plus belles de la ville. Autres à voir sur la place.

 

         Biographie. – Gaucelm Feydit, qui paraît le premier en date des hommes qui illustrèrent Uzerche, fut un troubadour réputé du XIIe siècle. Il était le fils d’un bourgeois qui différait probablement des nobles Faydit du Quercy, voisins de Turenne. Quittant de bonne heure la maison paternelle, il alla perdre son âme aux jeux de dès et se fit jongleur. Comme il chantait mieux qu’homme du monde, d’après les contemporains, il ne fut ni sans succès ni sans aventures, galantes ou autres. Il fut l’ami de Boniface de Montferrat et le compagnon de Richard Coeur-de-Lion en Terre-Sainte et vécut jusqu’au XIIIe siècle. Hugues de la Bachellerie, son compatriote, fut aussi son rival en gaie science mais moins connu.

            M. Combet cite comme écrivain Jacques de Chavaille, comme poètes Louis Besse, Jean Gloton, Breton, Pierre du Verdier, P. de Marin, qui n’ont pas grande notoriété ; parmi les prosateurs, Louis Cuyon, Dolois, sieur de la Nauche qui composa un ouvrage in-4 de médecine (voir Vigeois), Léonard et Hilaire Nauche, et François Grenaille, sieur de Chatonnières, qui composa de nombreux ouvrages  et fut historiographe de Gaston d’Orléans : tous ces auteurs, du XVIIe siècle ; puis au XVIIIe, Guillaume Grivel, différent du vice-amiral, lequel était de Brive ; auteur, lui aussi, de nombreux ouvrages « écrits, dit Feller, d’un style agréable » ; Laharpe en a loué un ; il mourut à Paris en 1810.

            Ont paru depuis ou vers le même temps Gabriel Delort de Puymalie, député aux Etats Généraux puis aux Cinq-Cents ; Alexis baron Boyer, le célèbre chirurgien des rois mort en 1833, laissant des œuvres de spécialiste ; J. B. Gauthier, député ; le commandant Vareilhaud ; de Larouverade, historien de la région ; Joseph Combet, autre méritant historien de sa chère ville précédé par Raymond Pontier qui n’a laissé toutefois que du manuscrit ; le généralissime Brugère, notre contemporain ; le virginal auteur des Fleurs de Printemps, Joseph Duboy, et la famille de Tayac, généreuse bienfaitrice de la petite cité.

            Villages et hameaux : Anglard et son moulin, Barbazanville, sur le Bradascou, autrefois, forge, aujourd’hui manufacture de papier de paille ; Baspeyrat, la Belette, Bellevue ou l’Hort-Groslier, la Besse, basse et haute ; les Bessines, la Bessoule, la Borde, las Bordas, aux Brugère ; la Borie Blanche ou Breton, la Borie-Noire, la grande et la petite Borie-de-Clédat, Bourzaguet, Bourzac, les Buges, Chambon, Chammart, dont les Parrical portent le nom ; les Champs, Charmant, le Châtelot, la Croix de Basly, les Escures, Fargeas, Faucon, la Gare ou station sur la grande voie de Paris à Toulouse, avec embranchement de voie étroite descendante sur Tulle et Argentat ; le Got, la Goumandie, Lamaze, Lanard, Leslaux, le Mas-Martin, Maubec, château à la famille de Joyet, qui eut son illustration du XVIe siècle et sa chapelle domestique, ruinée ; les Mazeaux, Mazeyrac, Moussour, la Peyre, la Peytourie, moulin ; Pleux, Puybouzou, Puy-Chammart, Puy-Graulier, château illustré par Mme de Genlis ; la Renouffie, Rieupeyroux, la Rue, Sainte-Geneviève, antérieurement las Malarias ; Sauvageat ou le Moulin du Pont ; Soulingeas, lesVignes.