Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964
Date : 30/03/2023
Canton de Treignac, arrondissement de Tulle, ancien archiprêtré de la Porcherie (Haute-Vienne). - Superficie : 2206 hectares ; population : 543 habitants, distance du chef-lieu cantonal : 6 kilomètres.
Il y avait, aux alentours de l'an 987, en ce lieu appelé alors et longtemps après Vés, une famille du nom qui dura tout au moins jusqu'au XIIe siècle. Le cartulaire de l'abbaye d'Uzerche nous en fait connaître à diverses dates plusieurs représentants. L'un deux, probablement Hugues, et sa femme Ildéarde donnèrent à ce monastère la moitié de la petite église du lieu (ecclesiolam) le 1er juillet 999. Cent ans après ou environ, un vieux chevalier de la famille, accablé de vieillesse et prenant dans l'abbaye l'habit religieux pour s'assurer le bienfait d'une meilleure mort, Pierre de Ves délaissa de son côté tout ce qu'il pouvait prétendre sur cette église ; ses fils en firent autant et les uns comme les autres ajoutèrent même divers dons. Saint-Pardoux de Veix, (car tel était alors le patronage) devint donc une des possessions reconnues à Uzerche par les papes Lucius II en 1144, Eugène III en 1145, Alexandre III en 1178, et par l'évêque de Limoges Sébrand Chabot en 1185. Si elle avait appartenu à Solignac dans le siècle précédent, Solignac devait y avoir cédé tous ses droits.
Uzerche en fit un prieuré, plus tard prévôté, à moins que les deux mots n'aient été employés l'un pour l'autre. Mais ce bénéfice, sous le vocable de saint Salvi, fut rattaché de très bonne heure à la mense de l'abbé. Vers 1346, le pape Clément VI, de Rosiers d'Egletons, permit à Guy Roger qui avait alors ce titre, d'affermer son prieuré de Ves appartenant totalement à sa mense, pour en faire servir trois ans les revenus à l'exonération des dettes de son monastère. Le prieuré avait seigneurie, juridiction et "maison forte". La maison forte ou château avait en 1592 un capitaine, Nicolas du Bert, de la famille d'un abbé de l'époque ; en 1721, les villageois étaient tenus d'y faire le guet. C'est dans une chambre de ce château que fit son testament en 1459 Guichard de Comborn, abbé d'Uzerche et évêque élu de Tulle, qui, en concurrence avec Louis d'Aubusson, ne se désista du siège épiscopal qu'en 1465, au prix d'une pension. Il donnait à l'église de Veix (alors de Vesco) dix livres du temps pour sa réparation et un calice de vermeil, le plus petit des deux qui lui appartenaient en propre. C'est aussi ce château qui fut incendié, d'après M. Champeval, le 1er février 1581, au cours ou à la suite des troubles suscités à Treignac et aux environs par une attaque du Sieur de Saint-Germain-Beaupré (v. p. 342). De là peut-être son occupation par le capitaine du Bert en 1592, à moins qu'elle n'eût pour cause le décès en 1591 de l'abbé Raoul du Bert, qui semble avoir habité Veix en 1590.
Le successeur de cet abbé y "courut fortune de la vie" en 1617. C'était pendant l'occupation d'Uzerche par d'Epernon sous la minorité de Louis XIII. Le chef alors de l'abbaye s'appelait François de la Forestie : il avait encouru par certain procédé l'indisposition du duc. Charles de Saint-Marsaud, seigneur de Courson (Treignac), qui la partageait, apprenant que l'abbé était au château de Veix, s'en alla l'y chercher. Il était accompagné d'autres seigneurs et de 200 hommes de troupes ducales. Je laisse parler M. Combet : "Après un combat, où plusieurs personnes furent blessées, le gentilhomme réussit à parvenir jusqu'à l'abbé. Le curé de Veix célébrait la messe dans son église paroissiale, sa carabine à côté de l'autel, lorsqu'on vint lui dire qu'on enlevait l'abbé d'Uzerche. A cet avis, le curé se hâte de porter secours : il voit à travers la porte, en arrivant au château, M. de Courson qui tenait par la boutonnière l'abbé de Laforestie et l'entraînait de vive force. " Lâchez mon maître, cria le curé de Veix à M. de Courson, autrement je vous tirerai mon coup de carabine. - Tu ne l'oserais !" répondit M. de Courson. Incontinent le curé lâche le coup, qui, portant au travers du corps du gentilhomme, l'étendit par terre mort. "Ce fut dommage de ce gentilhomme, dit Jean de Serres; il était fort courageux, marchait en homme de guerre, et le trouvait-on fort rarement à pied ou à cheval sans une espée de combat. La main qui lui donna la mort ne lui montra pas le chemin de la vie éternelle. Encore qu'il soit mort devant un prestre, il n'eut pas grand loisir de se souvenir de Dieu. Ses dernières paroles furent : "Dites à M. d'Espernon qu'il ait soin de mes enfants et que je suis mort pour son service".
Comme on voit par ce texte, à son prieuré ou prévôté Veix joignait une cure, du même patronage et à la nomination de l'abbé d'Uzerche-prévôt. En voici les bénéficiaires connus : dernière moitié du XIe siècle : Garnaud ? ; 1570, N. Redondin ; 1581, Jean Geoffre, résignant en faveur d'un Fromonteil, portant le nom de Salvi, en 1594 ; 1620, Antoine Giac ; 1640, Léonard Faugieyras ; 1653, Pierre Gautier , 1673, N. Materre ; 1678, Gabriel Babel, mort de 20 février 1730 après plus de cinquante ans de ministère curial ; cette même année, N. Grandchamp ; 1756, N. Guyon ; 1768, François Coudert ; 1789, N. Bonnet ; 18.., Joseph Boulière ; 1817, N. Laliron ; 1830 N, Combes ; 1843, François Ponty ; 1856, Jean-Baptiste Roger ; 1868, Pierre-Antoine Chazalnoël ; 1879, Alexandre Chassaignac ; 1887, Louis Bertry ; 1894, Pierre Maury ; 1900, Jean Laroze ; 1904, Jules Dégery.
L'église de Veix est une construction très simple du XIIIe siècle, au plus tôt du XIIe finissant. Une haute et longue fenêtre lancéolée marque son chevet droit, auquel s'adosse en ligne droite le presbytère. Une seule chapelle, au nord, a été construite récemment. Devant l'ancien clocher-campanile à deux baies, on a bâti vers 1878 une tour carrée sur porche, dans laquelle j'ai trouvé deux cloches d'inégale ancienneté. L'une porte un nom de prévôt, l'autre un nom de curé. En voici les inscriptions.
LAUDATE DEUM IN SON TUBE.
S[ANCTE] SALVI, ORA PRO NOBIS.
R[AOUL] DUBER, S[EIGNEUR] AB[BE] D'USER[CHE]
(Sceau armorié de deux fasces ou animaux passants.)
1582.
Sur la moins ancienne mais un peu plus forte :
F[RANÇOIS] COUDERT, CURÉ DE VEIX.
F. BONNET, VICAIRE, PARRAIN. - ? … MARAINE
1785.
J.B. MARTIN, FONDEUR
Notre paroisse a pour village : Alogne, près d'un puy de son nom qui porte la pierre mégalithique appartenant à la paroisse d'Affieux mais improprement appelée pierre de Veix, dont elle est plus proche ; les Borderies, les Cabanes du Bos, la Combe, Cors, Dulcier, Escurefort, la Forêt, le Fromenteil, qui signifie le Froid-Monteil, par opposition au Monteil plus chaud d'Affieux, puisque, au testament de l'abbé Guichard de Comborn à Veix en 1459, figure comme témoin le prêtre Salvi de Frech-Montelh ; la Goutte, Lamay, Laval, Magnoux, ancien fief ; Mortegoutte,