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Extraits du Dictionnaire Historique et Archéologique des Paroisses du diocèse de Tulle de l'Abbé J.B. POULBRIÈRE (tome 3)

Réédition de l’ouvrage de 1894 - Imprimerie CHASTRUSSE et Cie, Brive, 1964

Date : 30/03/2023

 

VIAM : canton de Bugeat, arrondissement d'Ussel, ancien archiprêtré de la Porcherie (Haute-Vienne). - Superficie ; 3151 hectares ; population ; 831 habitants : distance du chef-lieu cantonal : 5 kilomètres.

La paroisse de Viam existait vers l'an 1000. Pierre de Latfau, moine de Tulle, qui avait avec lui un autre moine, Roger de Marcillac, occupait tout auprès, cent ans plus tard, pour son abbaye, l'obédience ou prieuré d'al Toyre, aujourd'hui Toy-Viam. « Les deux religieux, dit un acte de l'époque, tenaient aussi l'église et Viam » et c'était Roger de Marcillac qui en avait le soin particulier. Triclinus, prieur de Bort, éleva des prétentions sur cette église. Les deux parties vinrent en 1106 plaider leur cause au synode que tenait à Limoges l'évêque Eustorges nouvellement promu. Nombreux étaient les assistants et parmi eux se trouvait, avec les trois archidiacres de Limoges, l'archiprêtre de la région, celui de Saint-Julien de la Porcherie. Evêque et synode donnèrent droit à l'abbé de Tulle, Guillaume de Carbonnières, qui était venu en personne, accompagné de son obédiencier du Toy. Mais objection fut faite après le jugement qu'une tierce partie intéressée n'avait pas été entendue. Il s'agissait du comte Odon de la Marche, dont l'église de Viam était dite l'alleu. Sur quoi le moine de Tulle Pierre Robert de Meymac sortit du synode et alla trouver ce comte, qui à l'occasion du synode avait dû venir dans la ville épiscopale : il lui raconta tout et lui demanda pour le monastère auquel il appartenait la cession de son alleu sur l'église de Viam. Le comte fit la concession ; il lui remit en signe d'investiture un clou de cheval qu'il avait entre les mains. Revenant au synode, le religieux rencontra les deux vicomtes de Ventadour et de Limoges, Eble et Gui. Au premier, comme vicomte sans doute de la région où était Bort, il fit déclaration du don que venait de lui faire le comte de la Marche et en montra la garantie. Tulle put se retirer en possession de son église de Viam.

Mais d'après un acte cité par Baluze et auquel donne crédit notre illustre historien, ce ne fut pas sans trouble. Postérieurement au synode de Limoges, le prieur de Bort revint à la charge. Il partit pour Tulle avec un de ses moines et le prieur de Ventadour Philippe, pria l'abbé de l'admettre en chapitre et au lieu de « demander miséricorde » comme le supposaient les moines, il leur réclama la justification de leur possession de l'église de Viam. L'abbé gardait le silence, mais tous les moines s'élevèrent à son défaut contre la prétention et déclarèrent ne vouloir céder à personne ce qu'ils avaient conquis à Saint-Martin. Pierre-Robert de Saint-Jal se leva même avec le prieur Bérenger, religieux comme lui qui pouvait être le prieur du Toy, et tous deux défendirent le droit de l'abbaye, en invoquant à leur appui Dieu, saint Pierre, saint Martin, tous les saints du ciel, voire le Pape de Rome et l'Evêque de Limoges. Ce disant, ils tenaient la main droite étendue vers l'autel de saint Martin.

A la sortie du chapitre, Triclinus et ses compagnons, battus, demandèrent à l'abbé ce qui comptait faire. Celui-ci, en présence de son chapelain, Jean Malien, répondit qu'il ne pouvait rien donner sans le conseil de ses frères, pas plus que le moindre moine de son abbaye. Et ce fut le dernier rejet de la réclamation. Alors les trois religieux se rendent à Viam même et disent au moine Roger, préposé de l'église, que l'abbé Guillaume et tous les moines réunis de l'abbaye de Tulle lui ordonnent de sortir de cette église et d'en abandonner la possession :  mensonge étonnant pour des moines, dit avec raison, s'il faut toutefois le croire, l'auteur de ce récit. Roger eut beau répondre qu'il ne sortirait que sur la foi d'une lettre ou d'un messager tout autre qu'eux, ils l'expulsèrent par la force devant nombre de témoins, par mi lesquels un serviteur. « Et c'est ainsi, termine la pièce, qu'ils possèdent l'église de Viam ».

Ils ne la possédèrent pas toujours., car elle revint à l'abbaye de Tulle ; et dès ce siècle même, le XIIe, puisque les papes Adrien IV en 1154 et Alexandre III un peu plus tard, en confirmèrent par bulles la propriété à ce monastère. Il est vrai que le Cartulaire d'Uzerche nous présente, sous le second de ces pontifes, Gouffier de Royère et son neveu Pierre de Saint-Exupéry, comme ayant donné à cette autre abbaye, ensemble ou chacun, « un quart de l'église de Viam » ; mais Tulle dut l'acquérir, si tant est que ces mentions soient justes, car on ne trouve que lui à Viam dans les temps postérieurs. Il fit même de sa possession un petit et obscur prieuré, qui avait déjà disparu dans celui du Toy sous la date de 1614. En revanche, la paroisse locale, plus importante et plus ancienne que celle du Toy, reçut l'annexion de cette dernière et la garda jusqu'en 1845, où le Toy recouvra son autonomie. Mais si l'abbé ou l'évêque nommait ici au prieuré, c'était le prieur toutefois de l'église-annexe qui nommait à la cure ainsi grossie de Viam : le titulaire n'en était que son vicaire perpétuel. D'où le nom de Toy-Viam donné à l'une des deux paroisses, par suite de sa subordination spirituelle, peut-être aussi de tout cet enchevêtrement.

Celle dont nous parlons présentement n'avait pas d'autre patron que celui de l'abbaye-mère, saint Martin de Tours, qui a fontaine dans l'endroit. C'est celui que l'on y fête encore, dans une modeste église, flanquée d'une seule chapelle avec une cloche du XVIe siècle dans son clocher-arcade.

Curés de cette église : en 1514, Laurent de Monceaux ; avant 1603, Léonard Bezeaux ; 1603, Léonard Plazanet, vicaire en même temps de Bugeat ; 1680, Léonard Boutonnaud ; 1686, Antoine Florentin, dont le nom dure jusqu'en 1731 avec le titre de curé vicaire perpétuel et la mention d'ancien curé en 1734 ; trouvé cependant, sauf erreur de qualification, un Jean de Bonneau en 1696 : il pourrait y avoir eu oncle et neveu, séparés, des mêmes nom et prénom d'Antoine Florentin ; 1745, Jean Martinie ; 1751, Pierre Robertie ; 1781, Jean-Martin Besse, permutant pour Lestars avec le précédent; ils sont dits l'un et l'autre curés de Viam et Toy réunis ; 1786, Léonard Dandaleix de Vaux, confesseur de la foi, émigré en Savoie, puis doyen de Bugeat, ; 1822, Boulière ; 1826, François Grandchamp des Raux ; 18.., Etienne-Charles Grandchamp des Raux ; 1872, Gabriel Bonneau ; 1887, Paul Ratat ; 1900, Antoine Louradour.

A défaut de château dans le bourg, dont le prieur était seigneur (en 1288, Guy de Comborn, dans une transaction avec l'abbaye de Tulle, s'y était réservé des assises et Treignac y avait en effet juridiction au XVIIIe siècle), on trouve au village de Monceaux un vieux manoir bien caractérisé. Il a pour assiette un piton escarpé, dominant les eaux de la Vézère mais rattaché au plateau par une langue de terre, du côté du midi. Sur ce point devait être un fossé, indiqué, ce semble, encore par les murs écrasés de son escarpe. La seule tour qui reste fait face à cette défense et, adossée au bâtiment d'habitation, lui sert de cage d'escalier. Murs épais, fenêtres accostées de meurtrières, vastes salles et caves profondes ; on parle même de souterrains, tout au moins sous l'une des tours démolies. Les armoiries du portail ont été grattées, la chapelle désaffectée. On conserve encore les deux grands étangs qui miroitent à quelque distance : ceux de la Coulanglie et de Salemanière.

Ce fut au milieu du XVe siècle que le « repaire noble » de Monceaux appartenant au seigneur de Murat de Tarnac, Jacques Aubert, seigneur du Monteil de Gelat en Auvergne, fut vendu avec le village, à la famille Comte, bourgeoise et marchande de Treignac, montée plus tard à la noblesse. Cette maison, seigneuresse aussi de Beyssac, paroisse de Saint-Augustin (v. p. 23), se partagea en deux rameaux au moins, qui eurent avec de nombreuses terres les deux châteaux que je viens de nommer. Celui de Monceaux, le plus apte à la lutte, joua son rôle dans les guerres du XVIe siècle ; le comte de Ventadour, gouverneur de la province, y mit quelques hommes contre les ennemis du roi, et nous avons vu à l'article de TOY-VIAM l'ordre donné à son châtelain de faire travailler au démolissement du fort de cette dernière localité. La famille existe encore sous le nom de sa terre de Beyssac, qui est le seul resté ; elle possède toujours notre château, auquel M. Champeval attribue dans l'église de Viam le patronat d'une vicairie inconnue à Nadaud.

Villages divers de la paroisse de Viam : Bezeaux, objet comme Condeau (Bezels, Cundal) d'un don de Reynaud, vicomte d'Aubusson, à l'abbaye de Tulle vers l'an mil ; l'Indicateur du diocèse de Limoges en 1788 y signale, à tort ou à raison, une chapelle et une lettre d'Antoine de Coux, évêque de Condom, 1633, un bien de sa famille en même temps qu'une ancienne métairie des Comborn ; la Buffatière, dont le nom est assez significatif ; Caugnoux, dit Coignoux, qui fut aux Boisse ; la Chapelle, la Combe-aux-Jaux, Condau, avec un étang considérable ; les Egliseaux, ou habitait en 1717 un Simon Grain de Saint-Marsau, dit seigneur de la Combe ; l'Estang, la Gane, la Gare, ou station sur la ligne de Limoges à Clermont (1883) ; la Mauratille, Monceaux, les Moulins de Monceaux, sous le château, et sur la Vézère, avec une longue et magnifique écluse de pierre ; de Condau, de Viam et de la Voûte ; la Négrerie, l'Ousine des Bois, l'Oussine Périguet, les Places, Plazanet, naguère à le branche des Bardoulat qui en portait le nom ; l'un d'eux fut trésorier général de France à Limoges au XVIIe siècle ; le Pouget, la Rigaudie, le Sirieix, le Tronchet bas et haut et la Voûte, ou pierre branlante, disparue, dit-on.