Réimpression de l'édition de Limoges, 1902 - Laffite Reprints, Marseille, 1994
Date : 29/03/2024
BOURGANEUF, chef-lieu d’arrondissement, sur un plateau dominant les Vallées du Taurion et de la Gane-Molle, 3726 habitants, - Burguetneuf, vers 1250 (D’HOZIER, Généal. Chamborant). – Capella de Burgo novo, XIVe siècle (Pouillé). – Preceptor de Burgo-Novo, 1473 (GAIGN., 183, 184, p. 180). – Commanderie de Bourganeuf, 1543 (terr. de Bourganeuf). – Bourganeuf, 1580 (terr. de Felletin).
Bourganeuf était une enclave du Poitou, formant une élection qui n’avait pas une étendue de moins 72,000 hectares, habités aujourd’hui par 29 à 30,000 âmes. Elle avait été créée en 1557 ; elle ressortissait d’abord à la Généralité de Poitiers, mais elle fut rattachée à celle de Limoges dès 1558. Sa circonscription subit aux XVIIe et XVIIIe siècles quelques modifications.
Sous l’administration de Turgot, elle se trouvait composée de 79 collectes dont voici la liste par ordre alphabétique :
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L’élection toute entière, après avoir formé la circonscription du bailliage de Bourganeuf, était au XVIIIe siècle du ressort du siège sénéchal de Montmorillon ; mais, depuis 1635, date de l’établissement du Présidial de Guéret, elle se trouvait rattachée à ce siège pour les causes « présidiales ». Elle formait une seule subdélégation dont le titulaire résidait à Bourganeuf (L. GUIBERT, Les Enclaves poitevines du diocèse de Limoges, publiées dans l’Almanach limousin pour 1886.)
Bourganeuf fut pendant plusieurs siècles le chef-lieu de la langue d’Auvergne, la seconde des huit qui composaient l’ordre de Malte. C’est là que devaient résider les grands prieurs. On trouve dans ce prieuré quarante commanderies de chevaliers et huit de frères servants. La dignité de grand maréchal est attachée à cette langue, dont il est le chef et le pilier (VERTOT, Hist. de Malte, V, 333 et 341.
Le château de Bourganeuf, que le temps a respecté en partie, rappelle le nom des plus illustres membres de l’ordre de Malte. Qu’il suffise de citer les grands maîtres Jean de Lastic, Jacques de Milly, Pierre d’Aubusson et Gui de Blanchefort qui furent d’abord grands prieurs d’Auvergne.
C’est aux Templiers que le prieuré de Bourganeuf doit sa fondation. Peu à peu, autour de ce prieuré, et à l’abri de l’enceinte fortifiée bâtie par les chevaliers, des maisons se groupèrent, un bourg se forma, et son nom fut Bourg-Neuf.
Les origines de la ville de Bourganeuf se rattachent ainsi étroitement à celles de cette maison du Temple, devenue, vers 1313, une maison de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem.
Bourganeuf évoque le souvenir du prince qui eut la grosse tour pour prison. Elle a conservé le nom de son prisonnier, et on l’appelle encore Tour-de-Zizim. Celui-ci, fils de Mahomet II, le terrible vainqueur de Constantinople, ayant en vain disputé le pouvoir à son frère Bajazet, se livra en 1482 à Pierre d’Aubusson, grand maître de Rhodes, qui le fit garder à Bourganeuf.
Le château se compose de deux parties bien distinctes : le château proprement dit et la tour de Zizim. La première, restaurée dans le cours du XVIIIe siècle et largement transformée depuis, sert aujourd’hui d’Hôtel-de-Ville et de presbytère. Elle comprend une grosse tour carrée formant corps de logis, qui était flanquée d’une petite tour ronde renfermant l’escalier, et une grosse tour ronde appelée tour de Lastic (Jean de Lastic, commandeur de Bourganeuf, vivait en 1433). Ce corps de bâtiment et l’église forment les deux côtés d’un carré que complètent les murailles le rattachant à la tour de Zizim.
Cette dernière est une énorme construction de forme ronde, comprenant six étages et un galetas garni de machicoulis et de meurtrières. On ne pourrait y pénétrer qu’en passant par une galerie établie sur la crête du mur de clôture, communiquant avec la tour de Lastic. Au rez-de-chaussée, était une cave renfermant un puits. Les murailles sont assez épaisses pour dissimuler un bel escalier à vis, conduisant jusqu’à la plate-forme. Tous les étages étaient voutés. C’est en 1484, par Guy de Blanchefort, et uniquement pour Zizim, qu’elle fut construite, comme le rappelle l’inscription suivante, placée au-dessus de la porte du chœur de l’église. Les armes de ce grand prieur l’accompagnent. Elles sont d’or à deux lions léopardés de gueules, posés l’un sur l’autre, qui est de Blanchefort, au chef de gueules à la croix d’argent qui est de l’ordre de Malte :
En l’an mil CCCCLXXXIIII fut fête la grosse tour de Bourgneneuf et tout le bâtiment, les verrines de cette église, le treillons de fer et fondée une messe chûn jour vespres et complies au pbres de la communauté de ladicte église par reverand religieux frère Gui de Blanchefort grât prieur d’Auvergne, comandeur de Chypre, de Bourgneneuf, de Mortrols, seneschal de Rhodes, et nepveu de très révérand et mon très doupté seigneur monss. Frère Pierre d’Aubusson, très digne grand maître de Rhodes de l’ordre de Saint Jehan de Ihrlm.
Bourganeuf était une cure en ville murée de l’archiprêtré de Bénévent. La Nativité de Saint Jean était sa fête patronale. Le grand prieur d’Auvergne y faisait les nominations dès 1497.
L’église est de la fin du XIIe siècle ou du commencement du XIIIe ; mais le XVe siècle l’a restaurée en refaisant les voûtes, en y ajoutant des chapelles et un collatéral, et en perçant à l’est une grande fenêtre à meneaux flamboyants. Le procès- verbal de visite de 1617 dit qu’elle était complètement voûtée ; et le chœur meublé de stalles était séparé de la nef par une grille de fer. Une grande fenêtre ouverte derrière le maître-autel était garnie de vitraux où se voyaient les « images du Crucifix, Notre-Dame, Saint-Jean, avec les armes de la religion et des feus grands-maîtres les sieurs d’Aubusson et Blanchefort ». L’autel avait un retable de lois recouvert de cuivre émaillé où étaient les images du Crucifix et la vie de Notre-Dame et d’un parement offrant l’image de Notre-Dame et la vie de Notre-Seigneur. A côté du grand autel, dans la muraille, se voyait le tombeau d’une sœur de Guy de Blanchefort. Deux chapelles s’ouvraient sur la nef : l’une, dédiée à Notre-Dame, appartenait à la famille d’Aubusson ; et l’autre placée sous le vocable de la Visitation dépendait des Forest. Une troisième dédiée à Sainte Marie-Madeleine, s’élevait à côté de l’église (A. VAYSSIERE, Bull. soc. Tulle, 1884, p .26).
Cette église possède un reliquaire en argent, en forme de main, orné de pierreries, de filigranes et d’armoiries, et un pied de reliquaire avec têtes peintes en émail du XIIIe siècle ; c’est un faible reste de l’ancien trésor des reliques, dont le riche inventaire nous a été conservé (Bull.soc. Tulle, 1884, p. 27).
« La destruction de ces magnificences a pu trouver un prétexte dans la cupidité ; comment excuser la destruction plus absurde des étendards pris à Lépante, qui flottaient glorieusement sous la voûte du chœur ? » (TEXIER, Album de la Creuse).
Il y avait une communauté de prêtres pour laquelle Pierre d’Aubusson, grand maître de l’ordre de Malte, fit quelques fondations en 1477 et 1480. Guy de Blanchefort, son neveu, chevalier, du même ordre, grand prieur d’Auvergne, et en cette qualité commandeur de Bourganeuf, en augmenta le revenu et les charges en 1506.
Quatre vicairies ont été fondées dans cette église :
La première par frère Pierre de Grandrieu, de Magno Rico, commandeur de Palluel et de La Mazière, curé de Bourganeuf, religieux hospitalier en 1462, à l’honneur de Sainte Madeleine.
Deux autres par Guillaume d’Aubusson, prêtre, bachelier en décrets en 1510, à l’autel de Saint Eutrope.
Une autre dite des Patrassons.
En 1372, le comte de la Marche, à la tête des milices du pays, reprit aux Anglais les places dont ils s’étaient emparés, et les chassa même de La Souterraine et de Bourganeuf qui leur avaient été donnés par le traité de Brétigny (JOULLIETTON, Hist. de la Marche, I, 239).
En mai 1449, Jacques de Milly, grand prieur d’Auvergne, donna à cette ville ses franchises communales.
En 1592, la ville de Bourganeuf fut ravagée par la peste.
Notre-Dame-du-Puy, belle chapelle moderne en style du XIIIe siècle. Elle a été consacrée le 10 août 1854. Ce gracieux monument, dû à l’inspiration du savant abbé Texier, en a remplacé un très modeste construit en 1746. Mais ce lieu de dévotion remonte à une époque bien plus reculée : « Par reconnaissance envers le Grand-Maître des chevaliers du Temple qui l’avait racheté de l’esclavage des Musulmans, après la troisième croisade, Raoul de Montgeniers, seigneur du Puy-en-Velay, fit dont aux chevaliers du Temple d’une statue de la sainte Vierge réputée miraculeuse. De là le nom de Notre-Dame-du-Puy conservé à la sainte-image que l’on vénère à Bourganeuf et qui remonte en effet au temps des Croisades. » (ROY-DE-PIERREFITTE, His. Du culte de la sainte Vierge, p. 159).
Cette statue fut d’abord conservée dans le château du prieuré de Saint-Jean de Bourganeuf. Ce fut pour faciliter aux fidèles la vénération de Notre-Dame-du-Puy, que les chevaliers du Temple bâtirent une chapelle, et y placèrent un prêtre y disant régulièrement la messe. Ils choisirent pour emplacement le point de la ville qui était, stratégiquement parlant, « le seul passage ouvert aux glaives ennemis, et la foi de nos pères en avait confié la défense au ciel ». En 1617, on voyait à côté de cette chapelle de Notre-Dame-de-Pitié les « vestiges et masures d’une belle maison de plaisance, bâtie sur une motte enfermée d’une haute muraille », par le grand prieur Guy de Blanchefort.
L’hôpital existait en 1510. – Les sœurs hospitalières sorties de celles de la ville de Magnac s’y établirent en 1738.
Il y avait une compagnie de pénitents bleus.
L’Arriail, ou La Riailhe, ou de Larrier, au faubourg de Bourganeuf, était une cure en 1573, époque à laquelle le grand prieur d’Auvergne y faisait les nominations. Plus tard, ce n’était qu’une simple chapelle, dont la fête patronale était l’Assomption de la sainte Vierge. La compagnie des pénitents blancs s’y établit. Ce sont eux qui l’ont reconstruite sur l’emplacement d’un édifice plus ancien. Elle était flanquée de cinq chapelles voûtées dans lesquelles étaient fondées des vicairies. Le peuple « y avait grande dévotion ». Le Pouillé de Nadaud y indique, en effet, plusieurs vicairies : Louis Chabrol dit Parer, papetier de la ville de Bourganeuf, en fonda une avant 1513, à l’autel de la Sainte-Vierge. Jean de La Chassagne, en fonda une autre à l’autel de sainte Marguerite ; Godefroi de La Chassagne, seigneur de Preissac et de Châtelus y nommait en 1602. – Jean d’Aubusson, dit Caverlay, et Christophe son fils en fondèrent une à l’autel de la Sainte-Trinité ; de Félines veuve d’Aubusson, marchand, et tutrice de ses enfants, y nommait en 1592.
Une chapelle dans le cimetière fut construite en 1510.
Bouzogle, ou Bouzoilles, ou Bosogle, était une cure en 1096.
Elle n’est plus qu’une succursale de la cure en 1577. La translation des reliques de saint Rémi, le 3 octobre, était sa fête patronale ; c’était jadis saint Léobon. Elle était située à un quart de lieu de Bourganeuf. En 1617, cette église était bien entretenue ; on y voyait une colombe en cuivre émaillé, dans laquelle était conservé le Saint-Sacrement. Cette colombe était suspendue devant le grand autel, à l’aide d’une corde glissant sur une poulie fixée à la voûte ; elle était recouverte d’un pavillon d’étoffe. Cette façon de conserver le Saint-Sacrement était alors d’un usage général dans cette région, où l’on rencontrait bien rarement des tabernacles placés sur l’autel.
Il y avait aussi, au XVIIe siècle, un ermitage près Bourganeuf. Le P. Bonaventure de Saint-Amable écrivait en 1680 : « j’ai encore vu proche de Bourganeuf, hors de la ville, un autre hermite sur une colline. » Cet ermitage est connu aujourd’hui sous le nom de Chapelle-de-la-Roche, sous le vocable de sainte Elisabeth, près l’ancienne route de Bourganeuf à Saint-Léonard. Situé sur une éminence escarpée, dont un ruisseau baigne le pied, ombragé par de vieux tilleuls, cet ermitage est très pittoresque (M. ARBELLOT, Bull. soc. arch. Lim., XXXIII, 39).
On trouve dans la commune de Bourganeuf les villages suivants :
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