Réimpression de l'édition de Limoges, 1902 - Laffite Reprints, Marseille, 1994
Date : 20/11/2023
EVAUX est un chef-lieu de canton placé à l’extrémité nord-est de l’arrondissement d’Aubusson. Il a une superficie de 20,905 hectares et une population de 10,494 habitants. Il renferme neuf communes : Arfeuille-Châtain, Chambonchard, Charron, Evaux, Fontanières, Reterre, Saint-Junien-la-Genête, Saint-Priest, Sannat.
La commune d’Evaux a une superficie de 4,398 hectares et une population de 3,040 habitants. La ville d’Evaux a été la capitale de la Combraille, titre que Montégut en Auvergne avait porté précédemment. Son nom a subi différentes transformations. Ainsi on trouve : Vicus Evaunensis au VIe siècle (Greg. Turonensis, De gloria confessorum, ch. 81). – Canonici Evaunensis coenobii en 936 (ch d’Evaux). – Boso, abbas laïcus monasterii Evanensis, 945 (Baluze, Hist. Tut., col 369). – Evanum, 945 (ibidem, col 367). – Evaunum au XIe siècle (Labbe, Nov. Bibl. mss., II, 171 ; chron. Adém. Caban.). – Proepositus ecclesioe Sanctorum Petri et Pauli Evaunensis, 1158 (ch. d’Evaux). – Evaunensis proepositus, 1174-1200. – Mensura Vaunensis, 1198. – Apud Evaunium, 1203 (cart. de Bonlieu). – Monasterium d’Evahon. – Proepositus Evahonensis, 1209 (Hist. mais. d’Auv., II, 83). – Evaun, 1228 (cart. de Bonlieu). – Ecclesia de Evaono, 1249 (Hist. Mais. d’Auv. II, 107). – Villa Evaonii, 1249 (ibidem). – Abbatia Evahonensis, 1285 (Baluze, Miscell. I, 283). – Evahon, 1328 (Hist. Mais d’Auv. II 185). – Curia Evahonii, 1329 (ch. de Bonlieu). Castellania de Evaonio, 1372 (Hist. Mais. d’Auv. II, 180). – Villa de Euvahonio, 1375 (ibidem, 208). – Evaon, 1393 (ibidem, 203). – Proepositus de Evahonio, XIVe siècle (Pouillé). – Parrochia Euvanii, 1404 (terr. de Chambon). – Euvahon, 1448 (ibidem). – Euvahon, 1458 (Reg. de Brunet). – Euvaon, 1462 (sénéch). – Proepositus commendatarius de Evahonio, 1474 (Gaignières, 183-184, p. 182). – Monastère de Saint-Pierre d’Euvahon, 1495 (terr. D’Evaux) – Prévost d’Esvo, 1517(ch. d’Evaux). – Evahon, 1538 (Simpl…, III, p. 518). – Evahon, 1547, 1573 (Reg. par.). – Esvahon, 1669 (seig. div.) – Evaux-la-Fraternité, an IV (arch. D’Evaux).
A l’époque romaine Evaux avait quelque importance ; ses eaux thermales étaient connues des romains qui y construisirent des bains. On en a classé les restes curieux, qui subsistent encore au nombre des monuments historiques. De nos jours, l’établissement thermal a été relevé et il continue à attirer les malades. On y compte dix-huit sources dont les eaux sont sulfatées, sodiques, azotées et ferrugineuses ; les plus chaudes sont celles du Puits-de-César qui marquent 56°7, et les plus froides celles de la source Triangulaire, qui marquent 29. Les bâtiments actuels ont été élevés en 1833. On y a découvert en 1855, dans un des puits des sources thermales, une patère qui est conservée au Musée de Guéret et qui porte cette inscription :
VIMPVRO. FIRMI LIB. IVAVV. V. S. L. M.
qu’il faut lire : Vimpuro, Firmi lib[ertus]. I[u]vavu v[otum] s[olvit] l[ibens] m[erito] et traduire : A Iuvavus, Vimpuro, affranchi de Firmus, avec reconnaissance et en accomplissement d’un vœu. On y voit ensuite la marque de fabrique : STEPAPROD, pour ANSII EPAPRODITI, ou EPAPHRODIT. C’est le nom d’un artiste dont on connaît d’autres œuvres. Iuvavus, à qui cette inscription est dédiée, était la divinité d’Evaux.
Un fragment d’inscription trouvé au même lieu, ne porte que les lettres suivantes :
M]ES … S & II …
Plusieurs fois on a recueilli des monnaies romaines dans les Thermes d’Evaux ; voici la description de six d’entre elles qui a été donnée par M. Dugenet :
Moyen bronze. – IMP. CAESAR DIV … STVS IMP. XX. Tête nue à gauche.
R. PONTIF. MAXIM. TRIBVN. POT. XXXIIII. Dans le champ. S. C..
Moyen bronze. – DIVVS AVGVSTVS PATER. Tête à gauche.
R. Un aigle sur un globe.
Moyen bronze. – TI. CAESAR AVGVSTVS IMPERAT. VII.
Tête laurée à droite.
R. ROM. ET AVG. Autel de Lyon.
Argent-. – SEVERVS AVG. PART. MAX. Tête laurée à droite.
R. P. M. TR. P. VIII GOS. II P. P. Victoire en marche, à ses pieds un bouclier.
Argent. – ANTONINVS PIVS AVG. Tête laurée à droite.
R. PONTIF. TR. P. VIIII COS II. Guerrier debout tenant de la droite un bouclier, de la gauche une lance.
Petit bronze. – IMP. CLAVDIVS AVG. Tête radiée à droite.
R. JOVI VICTORI. Jupiter debout avec le pallium, de la droite un foudre, de la gauche une haste.
M. Ossian Henry, dans son Analyse chimique des sources d’Evaux, publiée en 1844, nous en fait connaître cinq autres trouvées lors de la restauration des thermes vers 1831.
Moyen bronze. – (Vespasien, 69-73 de Jésus-Christ).
… SIANVS. Tête laurée à droite.
Revers fruste.
Grand bronze. – (Trajan, 98-117 de Jésus-Christ).
… ANNO AVG. GER. DOC. Tête laurée à droite.
Revers fruste.
Moyen bronze. – (Adrien, 117-138 de Jésus-Christ).
… NNVS … ADRIANVS. Tête radiée à droite.
Légende fruste.
Moyen bronze. – (Antonin, 139-161 de Jésus-Christ).
ANTONIVS AVG. PIVS Tête laurée à droite.
Figure debout, dans le champ, S. C.
Grand bronze. – (Septime Sévère, 197-211 de Jésus Christ).
… SEV. PERT. AVG. IMP. Tête laurée à droite.
Légende frustre. Dans le champ, deux guerriers debout, Exergue, S. C.
Les chroniques du XIIIe siècle disent que Duratius, gouverneur de Limoges, fit paver de marbre les bains d’Evaux ; elles ajoutent que Evolius, troisième successeur de saint Martial, se cacha dans la solitude d’Evaux pour fuir la persécution. Adémar, moine de Saint-Cibar d’Angoulême, mort en 1034, assure, dans un sermon manuscrit que le duc Estienne, converti par saint Martial, avait donné ce lieu à la cathédrale de Limoges dès le premier siècle de l’Eglise.
Sa prévôté et sa cure sont signalées dès les temps les plus reculés.
La prévôté avait saint Pierre apôtre pour patron ; elle était de l’ordre de Saint-Augustin et payait 939 livres de décimes. Primitivement, l’évêque de Limoges nommait le Prévôt. Cette dignité devint ensuite élective, enfin le roi exerça ce droit de nomination en 1594, 1608, 1634, 1659.
Dès 1714, le roi avait consenti à l’union de cette prévôté à la mense capitulaire de la Sainte-Chapelle de Riom, diocèse de Clermont, mais le Pape refusa les bulles. Le chapitre en prit possession sur un arrêt du Conseil en 1719.
Le roi, informé de la modicité du revenu du dit chapitre, évalué à 1,970 livres 16 sols, et les charges à 1,172 livres et la nécessité de contribuer à ce que le service divin s’y put faire avec la dignité requise, que le trésorier et les chanoines pussent avoir un entretien et une subsistance raisonnables, consentit, le 10 mars 1719, une seconde fois, à l’union de cette prévôté, dont les revenus furent évalués à 8,076 livres 12 sols, et les charges à 6,777 livres ; sous les conditions que la nomination de la cure d’Evaux appartiendra au chapitre d’Evaux, composé de chanoines réguliers de Sainte Geneviève ; la présentation et collation des prieurés et bénéfices simples dépendant de la dite prévôté appartiendra à l’avenir de sa Majesté ; les cures ou prieurés cures du diocèse de Limoges, ainsi qu’elles seront marquées plus bas ; celles de Claire, La Prat, Epineuil, Argentié, Vernusse et Neuilhé, diocèse de Bourges, à la nomination et présentation des dignités et chanoines du dit chapitre en corps, et le surplus des cures et prieurés-cures dépendant de la dite prévôté, situées dans le diocèse de Bourges et de Clermont en Auvergne seront à la collation de l’archevêque ou diocésain. A la charge au dit chapitre de la Sainte-Chapelle d’entretenir dans leur église un diacre, un sous-diacre, un sous-chantre et deux enfants de chœur et d’acquitter les charges et les fondations de la mense prévôtale d’Evaux. Le Pape consentit à cette union par bulle du 12 mars 1731. Le décret fut donné le 30 avril 1734. Ils en prirent possession le 15 août 1738.
Voici quels étaient les offices claustraux de cette prévôté : 1° la sacristie qui payait 255 livres de décimes et dont le prévôt d’Evaux nommait le titulaire en 1557, 1558, 1559, 1576. Elle fut unie par bulle du 7 mars 1577 à la mense conventuelle pour fournir à l’entretien de quatorze chanoines réguliers qui étaient alors à Evaux ; 2° la chantrerie, à laquelle nommait le prévôt d’Evaux en 1559 ; 3° la celererie, à laquelle nommait le même prévôt en 1564, 1586, 1591 ; 4° l’aumônerie, à laquelle nommait le même prévôt en 1558 ; 5° la chambrerie avec l’annexe de Saint-Jacques d’Auzances, payait 89 livres de décimes, et les nominations étaient faites par le prévôt d’Evaux en 1586, 1593, 1599, 1606 ; 6° la pitancerie, à laquelle nommait le même prévôt en 1559, 1575, 1582 ; 7° l’infirmerie, à laquelle nommait le même prévôt en 1559, 1566, 1593 ; 8° il y avait encore la Bailie, ou le Bastère, ou Maître d’œuvres oedificator operis, ou magister operis, du mot bâtir, qu’on traduisit en 1487 par bastisseur, avec une prébende à laquelle nommait le prévôt d’Evaux en 1555, 1565, 1578, 1603, 1606. Toutes ces prébendes étaient unies à la mense conventuelle.
Il y avait une vicairie à l’autel de Saint-Michel ; le prévôt d’Evaux conférait le titre, et la nomination était faite en 1574 par noble Pierre Perreau, sieur du Chastenier.
Les prévôts d’Evaux connus sont :
Le chapitre de la Sainte-Chapelle de Riom obtint des bulles d’union le 12 mars 1731. Après cette union, Evaux n’eut plus que son prieur du chapitre qui dut garder les mêmes attributions que du temps des prévôts commendataires. (P. de Cessac, Mém. de la Société des sciences de la Creuse, VI, 103).
La cure d’Evaux est une cure régulière en ville murée, dont la fête patronale était l’Assomption de la Sainte Vierge. Il y avait à la fin du siècle dernier 2,850 communiants, ce qui suppose une population de 3,100 habitants. Cette cure était taxée 60 livres aux décimes. L’évêque de Limoges y nommait les titulaires en 1557, 1600, 1719. Ce fut le prévôt d’Evaux qui exerça ce droit en 1614, 1622 ; puis le prieur claustral avec le chapitre en 1642, 1651, 1679, 1681, 1682, 1684, 1722, et depuis l’union de la prévôté en 1741, 1751, 1753, 1774. Les curés des siècles précédents, dont les noms me sont connus sont : Arnaud Moreau, 1626 ; Dessain, auquel succéda Morel, chanoine régulier nommé en 1774 ; Emery en 1779 ; Bourdon en 1784 ; puis au commencement de ce siècle Antoine Ninard, mort en 1814.
Il y avait dans cette église une vicairie à l’autel de Saint-Georges ; le prévôt conférait ce titre en 1709 au sujet nommé par Mercier, veuve de Alamargot, sieur des Crozades, avec autres Mercier et Bienassi.
En 1564, il existait une communauté de prêtres qui, à cette date, comptait neuf membres. Elle est aussi signalée, en 1487, par une transaction entre le prévôt d’Evaux et les prêtres de Notre-Dame.
Cette église paroissiale, bâtie parallèlement et à quelques mètres de celle de la prévôté, est aujourd’hui convertie en habitations particulières.
L’église prévôtale de Saint-Pierre d’Evaux existe toujours ; classée au nombre des monuments historiques, elle est devenue l’église paroissiale. Elle a subi deux retouches considérables. Le 7 mars 1657, une partie de la voûte de la nef s’écroula ; sur deux clefs de voûte des bas-côtés on lit la date 1658, qui est celle de sa reconstruction. En 1659, on acheva cette restauration en plaquant contre la tour romane faisant porche à l’église, un portail à deux baies à fronton demi-circulaire. Dans la nuit du 9 au 10 décembre 1660, le chœur et le transept s’écroulèrent.
« Avant ces divers désastres, cette église ce composait d’une tour carrée occidentale, répondant à la nef centrale, formant porche à sa base et surmontée, probablement au XVe siècle, d’une tour octogone se présentant par un de ses angles comme dans les clochers de la cathédrale, de Saint-Michel et de Saint-Pierre de Limoges, d’un transept et d’un chœur, le tout du XIe siècle, tour et transept qu’on réunit, au XVe siècle, par une nef avec bas-côtés. Lors de la reconstruction du choeur, à la suite de l’écroulement de 1660, on supprima le transept. Le chœur fut élargi et les murs de ses bas-côtés prirent, pour alignement, les anciennes façades des croisillons. Il ne resta du XIe siècle que les arcades, donnant de la nef et de ses bas côtés dans le transept. C’est probablement dans le mur nord du croisillon de ce transept qu’était creusé l’arcosolium d’où fut retiré, en 1300, le corps de saint Marien. »
« Les boiseries du chœur portent la date de 1703, inscrite au-dessus du maître-autel. Les deux stalles de l’entrée sont un peu plus anciennes. Les panneaux qui les surmontent sont ornés d’armoiries. L’écusson de droite montre les armes de la prévôté : deux clefs en sautoir ; celui de gauche avec la date 1675, celles du prévôt : Une main sortant d’un nuage mouvant de la pointe senestre de l’écu soutenant un cœur enflammé percé d’une flèche, et, en chef, un demi-soleil rayonnant. Ce sont certainement les armes du dernier prévôt d’Evaux, Victor Méliand. Ces stalles, supérieures comme travail aux autres sculptures du chœur, me paraissent être l’œuvre de « Nicolas Collet, Me sculpteur et architecte, natif de Gorsry en Lorraine, naturalisé et demeurant depuis longtemps en ceste ville d’Evahon » qui, le 9 juin 1654, y épousait Jeanne de la Chapelle, veuve de Jehan Besse, marchand d’Evaux. » (P ; de Cessac).
On remarque, dans l’église d’Evaux, une belle copie du Martyre de saint Pierre, d’après Le Guide, et deux statues du XIIIe siècle. Une chasse en bois doré du XVIIe siècle a remplacé la belle chasse en argent que les huguenots ont fondue, et sans laquelle Mgr Regnault de la Porte avait placé les restes de saint Marien en 1300.
Evaux et le pays de Combraille avaient appartenu aux ducs d’Aquitaine ; ils furent donnés, avec la Marche, à Robert le Fort et passèrent en 1388 dans la branche des Bourbon-Montpensier. La Grande Mademoiselle posséda Evaux et le légua à Monsieur, frère unique du roi. Après avoir retenu pendant plus de deux siècles ce fief, dont dépendaient les châtellenies de Chambon, de Sermur, de Lépaud et d’Auzances, la famille d’Orléans en fut dépouillée par la Révolution. Jusqu’à la veille du supplice de Louis XVI, c’était à Evaux qu’était exercé, sous le nom et l’autorité de S. A. R. Mgr le duc d’Orléans, le bailliage du pays de Combraille, « auquel bailliage estoient relevées toutes les appellations des châtellenies de Son Altesse royale et tous les autres juges ou vassaux du dit Seigneur. » C’était à Evaux que le lieutenant général du bailliage de Combraille, le lieutenant criminel, le commissaire vérificateur des rôles, le procureur fiscal, le lieutenant juge des gabelles, avaient leur domicile et exerçaient leurs diverses juridictions. Evaux avait encore un lieutenant militaire, une brigade de la maréchaussée, une maîtrise des eaux et forêts, une élection qui envoyait deux représentants aux états de Moulins et une conservation des hypothèques. La Révolution lui enleva tous ses avantages ; elle détruisit aussi ses fortifications.
En 1440, le roi de France Charles VII vint à Evaux après la prise de Chambon (Voir cet article).
D’ Hozier donna pour armes à la ville d’Evaux : De sable à trois chevrons d’or et une étoile de même en pointe.
En 1630, des religieuses de l’ordre de saint-Benoît fondèrent à Evaux une communauté qui était sous la juridiction de l’Evêque et portait le nom de Notre-Dame-de-Pitié. Elle fut supprimée, à défaut de sujets, en 1649.
En, 1820, on a établi dans l’ancien monastère attenant à l’église une communauté de religieuses du Verbe-Incarné, qui rendent d’éminents services à toute cette contrée par l’éducation qu’elles donnent aux jeunes filles.
On trouve dans la commune d’Evaux les villages suivants :
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Sous l’Ancien Régime Evaux constituait trois collectes : Evaux-Ville, Evaux-Paroisse et Bord-la-Roche (ou La Roche-Aymon).
Sous la Révolution :
Par décret du 27 mars 1961, la commune d’Evaux prend le nom d’Evaux-les-Bains.
Paroisses et communes de France
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