Connexion espace personnel

Recherche par commune

Recherche > Creuse (23) > Royère (-de-Vassivière) > Extraits du Dictionnaire Topographique, Archéologique et Historique de la Creuse d'André LECLER

Extraits du Dictionnaire Topographique, Archéologique et Historique de la Creuse d'André LECLER

Réimpression de l'édition de Limoges, 1902 - Laffite Reprints, Marseille, 1994

Date : 02/12/2023

 

            ROYERE  est un chef-lieu de canton de l’arrondissement de Bourganeuf. Il a 8,711 habitants et une superficie de 24,357 hectares. Il comprend les communes du Monteil-au-Vicomte, Morterolles, Royère, Saint-Junien-la-Bregère, Saint-Martin-Château, Saint-Moreil, Saint-Pardoux-Lavaud et Saint-Pierre-le-Bost.

            La commune de Royère a 2,332 habitants et une superficie de 7,980 hectares. Son altitude au-dessus du niveau de la mer est de 756 mètres près du bourg ; plus au nord-ouest une hauteur atteint 831 mètres ; c’est sur ce point que, en 1740, Cassini travaillant à la carte de France plaça un signal ; ce signal a été remplacé, en 1848, par une tour en bois, et en 1875 par une tour en pierre. Depuis cette époque on appelle ce sommet le Pic du Signal.

            On trouve son nom écrit : Rouaria monasteria en 631. (Mabillon, De re Diplo, supp. 464). – Cappelanus de Roheria, XIVe siècle. (Pouillé). – Roheria, 1399. (Ch. Des Ternes). – Rohiera prope Peyracum, 1458. – Parrochia de Royeria, 1488. – Burgus de Royeria, 1518. (Ch de Royère).  – Rouyère, 1554. (Reg. de Bourganeuf). – Royère-près-Peyrat. – Royère-près-Bourganeuf. – Royère-la-Montagne.

            C’était une cure de l’ancien archiprêtré d’Aubusson, qui avait au siècle dernier 1,600 communiants, environ 2,133 habitants. Elle payait 131 livres de décimes. Son patron était et est encore saint Germain, évêque de Paris, dont la fête est le 28 mai. L’aquilaire de la cathédrale y nommait les curés en 1483, 1494, 1501 et 1633. Mais par un acte du 17 février 1529, pour l’union d’une prébende au doyenné de la cathédrale, le droit de patronnage de cette cure appartint au doyen. Il y a nommé en 1558, 1561, 1569, 1633, 1676, 1697, 1736, 1758.

            Une communauté de prêtres, dont on trouve des traces à Royère depuis 1423, fut définitivement constituée par Bulle du pape Innocent VIII en 1491. Plusieurs donations furent faites avec charges à acquitter. « Tous les prêtres nés dans la paroisse de Royère étaient en droit de se faire installer et recevoir dans la communauté, pour lever et percevoir les émoluments et revenus y attachés, sous la condition de faire les fonctions et de s’acquitter des autres obligations de la communauté ». En 1580, ils étaient dix ; en 1628, on en comptait vingt-et-un. Au moment de la Révolution, ils n’étaient plus que trois ou quatre.

            L’église de Royère est une construction du XIIIe siècle, qui n’a de remarquable que la hardiesse de sa voûte. Elle possède une chaire formée d’un seul bloc de pierre. En 1737 on répara « les deux arcs-boutants qui entourent l’église, la voûte, la charpente et la couverture ». On fit en outre construire un dôme pour soutenir une cloche à placer dans le sanctuaire. Cette cloche fut en effet fondue cette même année et les frais payés par une collecte faite dans la paroisse. C’est probablement celle dont l’administration s’empara  pendant la Révolution. Plusieurs familles avaient droit de sépulture dans cette église, notamment les familles Darfeuille, Dandaleix, Larthe et Coutisson.

             Le clocher a été construit au XVe siècle ; on voit sur sa façade les armes de Comborn. La charpente en fut refaite en 1644 par Martial Le Roudier ; il fut encore réparé en 1729 par Jean Lecler.

             La grosse cloche fondue en 1682 portait cette inscription.

                                      Impensis propriis pia me Royeria fecit,

                                      Hic ad laudandum tempus in omne Deum.

                                     Sancte Germane, ora pro nobis.

           Messire Jean Chauseyr, curé de Royère, m’a bénite. Messires Léonard Coutisson, G. Darfeuille, E. Larthe, L. de Vaux. J. Dandaleix, prêtres, et Roux, diacre, communalistes. Jean Dandaleix, bourgeois sieur de Vaux et du Cloup, parrain. Marraine, Dlle Léonarde Forest, veuve de J. Darfeuille, sieur de Roubeyne, bourgeois, 1682.

            Cette cloche fut fendue en 1880. Quelque temps après, la fabrique et quelques particuliers firent les frais de la refonte, et aujourd’hui elle porte cette inscription :

                                  Vox clamantis in deserto. Parate viam Domini., Rectas facite semitas ejus. Sancte Germane, ora pro nobis.

            Curé : François Touraille. Maire : Victor Cancalon. Parrain : François-Aristide Touraille, né en 1876, fils de Joseph Touraille et de Léonie Pratique. Marraine : Marie-Marguerite-Amarillis Durand, veuve Charrière, descendante des Dandaleix de Vaux.

             En 1865, Royère s’enrichit d’une cloche en acier fondu sur laquelle on lit :

                            Mon nom : Saint-Germain. Parrain : Charles-Sylvain Chauseyr de Laprade. – Marraine : Françoise Vallette. Maire : Zénon Toumieux. Curé : Lasnier-Malesset. 1865.

           Les curés de Royère dont le nom est connu sont : Jean Darfeuilhe, 1580. Romanet, dit Aymon Veycier, jusqu’en 1606. Coste, 1606. Barthélémy Dandallès, avant 1627, jusqu’en 1633. Antoine Chauseyr, 1633-1660. Jean Chauseyr, 1660-1698. Daubar, 1698. Martin Ballif, 1699-1714. Martin Ballif, neveu du précédent, 1714-1735. Léonard Sauvage, 1736-1758. François Martin, 1758-1765. Jean-Baptiste Martin, 1765-1766. Joseph-Barthélémy Martin, 1766-1774. Michel Rouard, 1774 jusqu’à la Révolution. Au Concordat, Royère devint un doyenné. Joseph-François Laurent, 1803-1804. Léonard Bandy, 1805-1836. Jean-Baptiste Parneix, 1836-1864. François Lasnier-Malesset, 1864-1865. Antoine Chaussade, 1865-1882. François Touraille, 1882-1895. Léon Banel, 1895.

            On remarque au lieu-dit les Chapelles, près du bois des Sagnes, territoire de Royère, un camp retranché de forme rectangulaire dominant le fossé qui l’entoure d’une hauteur de trois mètres environ. A quinze mètres de ce fossé on trouve une seconde enceinte, et enfin une troisième à quatre-vingt mètres de cette dernière. Il porte le nom de Camp Romain, ou Camp de César. Un autre camp, moins important existe sur le plateau qui domine Vergnolas et Jansanetas, près du chemin de Royère aux Salles.

           Dans un diplôme daté du lieu de Jarjavaly, le 20 juin 626, pour le partage de terres entre la dame Théodila d’une part, et Maurin Andégisile et consorts de l’autre, on trouve l’expression Roveria monasterium. C’est ce que plusieurs ont traduit par monastère de Royère, et d’autres par abbaye de Royère. Rien n’indique l’existence d’un monastère ou d’une abbaye, et il faut traduire monasterium par moutier ou église de Royère. (Bull. Soc.arch. Lim., XXXIX,  431.)

            Au moyen âge, le bourg de Royère était groupé autour de deux châteaux. Le plus ancien était la propriété du baron de Peyrat ; il s’élevait sur une butte ronde, aujourd’hui plantée d’arbres qu’on appelle La Motte. L’autre était le château du seigneur d’Aubepeyre qui porte, dans les anciens documents, le nom de Tour-de-Royère. Ce qui en restait fut acquis vers 1695 par Denis Faure.

           La paroisse de Royère n’avait originairement qu’un seigneur , haut justicier, le baron de Peyrat. Après 1500, cinq seigneurs hauts justiciers se partageaient le territoire de cette paroisse ; ils ne l’habitaient pas et eurent peu de relations avec ses habitants. On peut en voir la suite dans l’intéressant ouvrage de M. Z. Toumieux : Royère, jadis et aujourd’hui (Limoges, Ve Ducourtieux, 1896), auquel j’ait fait de nombreux emprunts.

 

                         Les villages de cette commune sont :

  • Andaleix.
  • Arfeuille.
  • Arpeix.
  • Auchaise.
  • Auzoux.
  • Beaubier.
  • Bordes (Les).
  • Cabanil Buffalo. 
  • Chabrières (Les).
  • Chassagnas.
  • Chassi, village existant en 1618 et dont on trouve quelques vestiges près celui de Vaux.
  • Chataignoux (Le). – Appartenait en 1743 à la famille de Pichard, qui porte d’azur à trois bo.rdons d’or, 2 en chef et 1 en pointe, ce dernier surmonté d’une étoile d’argent.
  • Cloux (Le). – Appartenait à la famille Dandaleix des 1580.
  • Faix (Le).
  • Hautefaye. – A la famille Foucaud d’Hautefaye possédant ce lieu, appartient Léonard-Marien Foucaud, chanoine de la cathédrale et archidiacre de Limoges qui est mort pour la foi sur les pontons de Rochefort le 15 septembre 1794.
  • Jansanas.
  • Jansanetas.
  • Jarjavaly.
  • Langladure. – On tenait souvent en ce lieu, notamment en 1674, les assises de la baronnie du Leyris.
  • Larfouillère.
  • Lascaux.
  • Leyris (Le). La baronnie du Leyris faisait primitivement partie de celle de Peyrat, elle en fut distraite et donnée en dot en 1427 à Marie de Pierrebuffière de Châteauneuf, lorsqu’elle épousa Charles, comte de Ventadour. Elle passa par héritage dans la famille de Noailles, et Henri de Noailles, seigneur du Leyris en 1574, la vendit vers cette époque à Léonard de Faye dont les armes sont d’argent à un quinte-feuille de gueules Joseph de Fricon, veuf de Jeanne de La Faye, fut baron du Leyris en 1685. Ses armes sont d’azur à la bande engrelée de sable. En 1741, Jacques Larthe devint seigneur du Leyris par acquisition, et ses descendants ont possédé ce lieu jusqu’à la mort de Marie-Anne Larthe du Leyris décédée le 31 décembre 1879. M. Z. Toumieux a publié en 1893 sur  La baronnie du Leyris , une remarquable étude, où l’on trouve aussi les fiefs qui en dépendaient : Orladeix, Andaleix, Le Feix, Soumeix, etc.
 
  •   Mas (Le).
  • Masgrangeas. – Appartenait en 1448 à Guichard de Comborn.
  • Mazeau (Le).
  • Mazure (La).
  • Orladeix. – Le Mas et village « d’Arlodeys » fut vendu le 8 mai 1497 par noble homme Jehan de Comborn, seigneur d’Enval à Léonard de Faye, notaire à Peyrat.
  • Picq (Le).  - Ce village, pendant la Révolution fut compris dans la paroisse et la commune de Morterolles. En 1830 il fut rattaché à celle de Royère. Sur le point culminant de la montagne on remarque un roc colossal nommé la Roche-du-Pic. Il a peut-être 150 mètres de circonférence, sur au moins 10 de hauteur. Sa surface supérieure offre de nombreux bassins de forme et de grandeur différentes, produits par la désagrégation des parties les plus tendres de cette roche granitique.
  • Prugnolas.
  • Rochas.
  • Roudersas, alias Raudaressat.
  • Rubeyne. – Roubene en 1580.
  • Soumeix.
  • Vaurillas.
  • Vauveix.
  • Vaux. – En, 1580, Antoine du Leyris, notaire royal, lieutenant de la baronnie de Peyrat était seigneur de Vaux. Antoine du Leyris, fils du précédent, le donna à sa fille Marguerite en la mariant le 31 août 1620 avec Antoine Dandallès.
  • Verdinas. – Au-dessus  de Verdinas et du Mas existe un monticule formé de petites pierres et connu sous le nom de Château. C’est probablement un de ces ch.rons que les anciens plaçaient comme indicateurs le long des chemins consacrés à Mercure. Chaque voyageur se faisait un honneur d’y ajouter une pierre en l’honneur de ce dieu. On les appelait aussi Mont-de-Mercure. Selden dans son traité  De diis Syri   a un chapitre intitulé  De Mercurii acervo. L’écriture sainte fait allusion à ces monuments lorsqu’elle dit dans les Proverbes de Salomon (chap. XXVI, v, 8). : Celui qui honore l’ensensé est semblable à celui qui jette une pierre dans le monceau de Mercure. On trouve encore plusieurs de ces monceaux au Puy-Brousset, au Puy-de-Charvaux, etc.
  • Vergnolas.
  • Villard (Le).
  • Villecros.
  • Vincent.

 

 

 

 

 

LES PROVINCES

 

            Royère tout comme Bourganeuf se trouvait dans l’enclave poitevine dite de Bourganeuf ce qui signifie que pendant l’Ancien Régime tout y était régi par la Coutume du Poitou.

CARTE DU DIOCESE DE LIMOGES

 

            Cette bizarrerie que constitue l’enclave poitevine au milieu des terres de la Marche et du Limousin est ainsi expliquée dans un ouvrage consacré à la Creuse « Paroisses et communes de France » :

            Vers 1260, la Vicomté d’Aubusson fut vendue au Comte de la Marche. Lors de cette réunion, une partie en fut démembrée et constituée en fief dont les possesseurs successifs rendirent hommage au comte de Poitiers : telle est l’origine de la vaste enclave poitevine dite « de Bourganeuf » constituée de plusieurs paroisses au sein de la Marche.

            Nous sommes là à un carrefour de provinces puisque Le Compeix, paroisse jouxtant celle de Royère, était en Limousin, et que la Marche était également toute proche.

            A l’intérieur même de la paroisse de Royère, le village de Beaubier était en Limousin.

            Les villages de La Mazure et de Prugnolas avaient un statut particulier puisqu’ils étaient en Franc-Alleu. La taille y était moins lourde que dans le reste de la paroisse, aussi les bourgeois de Royère s’arrangeaient pour y être domiciliés, même de façon fictive. Ces deux villages qui constituaient la collecte de Prugnolas étaient en somme le Monaco de l’époque !

 

            Le Poitou – tout comme la Marche – étaient pays rédimés, c'est-à-dire qu’ils avaient payé une fois pour toutes l’impôt sur le sel, la pesante gabelle.