Connexion espace personnel

Recherche par commune

Recherche > Haute-Vienne (87) > Saint-Christophe (de Limoges) > Michel TOULET : Un plan de la paroisse Saint-Christophe-lès-Limoges, XVIIIe siècle.

Michel TOULET : Un plan de la paroisse Saint-Christophe-lès-Limoges, XVIIIe siècle.

Bulletin de la Société Archéologique et Historique du Limousin Tome CXXXIX, 2001, pp. 369-370

Date : 02/04/2023

 

La paroisse Saint-Christophe était formée de l'union, survenue en 1419, avec celle, plus petite, de Saint-­Jacques-des-Casseaux (J. NADAUD, « Pouillé historique du diocèse de Limoges », BSAHL, LIII, 1903, p. 187). Pourtant, en 1625 encore, Jacques Meslier, habitant des Casseaux, se dit paroissien de la parroisse de Saint-Jacques-lès-Lymoges » et demande à être inhumé en l'esglize dudict Saint-Jacques, sa paroisse » (Arch. dép. Haute­Vienne, 4 E 2-387, 20 septembre 1625). On trouve cette entité également citée sous les noms de « Saint-Jammet » (Arch. mun. Limoges, GG 186, 30 mai 1694) ou de « Sainct-Jacques-Sainct­-Phelipe » (Arch. dép. Haute-Vienne, 1 H 25, 6 juillet 1614). Cette vaste paroisse Saint-Christophe-les-Limoges ou Saint-Christophe et Saint-Jacques comptait 550 habitants en 1791, premier recensement à peu près fiable (FRAY-FOURNIER, Le département de la Haute-Vienne, S.A.H.L., Limoges, 1909, p. 195).

Le plan suscite beaucoup de questions sans réponse. Conservé aux Archives départementales, il représente la paroisse de Saint-­Christophe-les-Limoges. Il n'est pas daté, bien que son style suggère le XVIIIe siècle. Il n'est ni signé, ni commenté.

La paroisse y apparaît isolée de tous ses abords. Seule la mention « Naveix » se rapporte à un lieu-dit extérieur, mais limitrophe de la paroisse. Les chemins sont marqués par des doubles traits. Le relief est également suggéré. Les villages sont figurés par des maisonnettes, les moulins par des roues dentées. Des maisonnettes surmontées d'une croix représentent les chapelles.

La comparaison avec d'autres plans de Limoges et sa région ne permet aucun rapprochement. La carte de Cassini est de style très différent, et utilise d'autres symboles. Quant à la carte de Cornuau, si les symboles sont assez semblables, le traitement des détails montre des différences sensibles. Il s'agit donc probablement d'une œuvre originale.

Sur la carte sont portés, outre les noms de villages et le titre « paroisse Saint-Christophe », des mentions de « plans » : « 1. plan », « 2. plan », « 3. plan », etc. Il y avait donc sans doute des plans partiels, aujourd'hui disparus. En outre le terroir apparaît subdivisé par des traits de couleur en parcelles de dimensions très variables. Cela suggère les distinctions entre tènements. Ce plan doit donc être le schéma général associé à un arpentement de la paroisse, comme celui conservé aux archives municipales de Limoges (CC 4, 1742).

La paroisse Saint-Christophe s'étend au Nord jusqu'à celle du Palais. Elle est limitée au Sud-Est par la Vienne : l'arpentement de 1742 dit expressément que «la rivière de Vienne cottoiant ladite paroisse l'estendue d'un quart de lieu sortant de l'orient de la paroisse du Pallet et sort à l'occident pour entrer au bas de la Cité de Limoges » (Arch. mun. Limoges, CC 4).

La frontière du Nord-Ouest suit rigoureusement un chemin de la Maison-Dieu au Puy-Ponchet et au Sud de Beaubreuil : c'est l'ancienne voie romaine dite d'Agrippa, de Lyon à Saintes. Au-delà de la route s'étendait la paroisse Saint-Gérald, autour de Beaubreuil. Mais ce plan pose un problème : il montre le village du Puy-Ponchet appartenant à Saint-Christophe. Or, au XVIIe siècle, on cite un « villaige du Petit Puyponchet » qui appartient alors à la paroisse de Saint-Gérald (Arch. dép. Haute-Vienne, 4 E 1-14, 4 juillet 1611 et 4 E 2-556, 27 janvier 1659). Pierre Varnoux est en 1606 « habitant au Puyponchet, paroisse de Sainct-Géral » (4 E 2-492, 1e juin 1606). Or, en face du Puy-Ponchet s'étendait non pas la paroisse de Saint-Gérald, mais celle de la Bregère, autour de la Bastide. Y a-t-il eu un changement dans les découpages des paroisses ?

La voie d'Agrippa sépare également Saint-Christophe d'Uzurat, la Bregère et enfin Saint-Michel-des-Lions. En continuant cette même route, on suivait ensuite la limite entre cette dernière paroisse et, successivement, celles de Saint-Paul-Saint-Laurent, de Sainte-Claire­Soubrevas, et, après l'Aurence traversée au Moulin de la Perdrix, une enclave de Saint-Pierre-du-Queyroix.

Ce plan présente en outre quelques détails intéressants. Ainsi, la maisonnette figurant la Maison-Dieu porte une croix penchée, probablement pour évoquer l'état de ruine. En 1784, elle est « sans porte, tous ses différants jours sans réserve sont sans aucune clauture; à la place de l'anciene voûte est une couverture fort anciene » (4 E 44-20, 17 août 1784). De même, à proximité du moulin à poudre apparaît une « chapp(elle) S(ain)te Barbe ». La présence d'un oratoire dédié à cette sainte est logique : elle est la patronne des gens qui manient les explosifs. Sur les anciens navires de guerre, on nommait « Sainte-Barbe » la réserve de munitions. Mais ce lieu de culte n'est pas cité par l'arpentement de la paroisse en 1742. Le moulin du Poudrier y est décrit comme «un magazain à poudre consistant à deux tourneures, trois magazains, un androit à mettre du bois, une maison consistant en une cuisine, quatre chambres basses, quatre chambres hauttes et un grenier dessus, un jardain à légumes, un cosne servant de passage... appartenant au Roy, régit par Monsieur Pinot, directeur» (Arch. mun. Limoges, CC 4). Un « domaine des pèrres Bénédictins » est, mentionné. C'est l'actuelle ferme de la Basse. Des allées d'arbres sont représentées par des doubles lignes pointillées, comme à Faugeras ou aux Audoines.