Edit. : Centre impression, Limoges Dépôt légal : 2e trimestre 1990
Date : 02/04/2023
L’étymologie du mot n’est pas douteuse ; jusqu’au XIXe siècle en effet, le nom s’orthographiait « La Brugère » ; il s’agit donc d’un lieu à l’origine couvert de bruyères. Il faut écarter l’hypothèse d’Antoine Perrier qui fait venir ce toponyme « du latin Berbicaria : bergerie ».[1]
Le village « est scitué dans un plat pays à demye lieue de Lymoges ; il y a prairies, bois, vignes ; il s’y recueille un peu de seigle et peu de bestiaux »[2]
l’église
architecture externe
Le cadastre napoléonien est si flou qu’il est impossible d’en tirer des éléments significatifs ; tout au plus peut-on présumer que cette église était plus petite que celle de Sainte-Claire.
Cependant le devis des réparations effectuées dans les années 1735-1740[3] mentionne que les deux murs latéraux doivent être réunis par des poutres « de trente pieds de long » ; par là même, c’est la larguer de l’édifice qui est indirectement rapportée.
L’orientation est l’élément le plus surprenant : alors qu’il est de règle que l’axe longitudinal d’une église soit Est-Ouest, l’axe de celle-ci est Nord-Sud ; cette particularité, déjà apparente sur le cadastre, est confirmée par le devis de 1739 : « l’église parroissiale de La Brugère … regardant directement le Nord à l’aspect de ladite ville » (de Limoges)[4]. Aucune contrainte topographique ne semble justifier une telle anomalie ; les raisons en restent mystérieuses ; remarquons seulement un fait curieux : l’axe de l’édifice se trouve ainsi être parallèle à la route de Paris : est-ce un hasard ?
L’église est rectangulaire ; le chevet est plat. Un dessin du village[5] présente un aspect de ce lieu saint ; il permet de se faire une idée relativement juste de l’édifice.
Dès le premier coup d’œil, une remarque s’impose : le corps du bâtiment n’est épaulé par aucun contrefort ; certes, le clocher possède bien ces éléments ; le devis de réfection ordonne de boucher des fentes « tant à droite qu’à gauche de la maîtresse porte de l’église entre les deux buttes qui l’accompagnent » ; il s’agit en réalité de butées, autre nom des contreforts ; ce sont donc certainement ceux visibles sur le dessin. Il n’en reste pas moins que, pour le reste du bâtiment, cette lacune est grave, comme nous le verrons.
La partie supérieure de ce clocher-mur est presque triangulaire ; une croix le surmonte ; il est couvert d’un parement en pierre ; deux baies servent de logement aux cloches.
Deux vitraux percent chacune des façades latérales ; une petite rosace se trouve au dessus du porche ; le devis de réfection de l’oratoire signale « la vitre de dessus la porte de l’église avec son grillage »[6]. Rien ne permet de dire si un autre vitrail se trouvait au chevet.
architecture interne
Nous savons, toujours par le devis, que le sanctuaire est couvert par « deux voutes à augives » ; cela signifie que l’édifice est formé de deux travées ; les voûtes sont en croisées d’ogives, ce que confirme la présence d’arcs formerets ; cette architecture permettrait peut-être de dater l’édifice des XIIIe ou XIVe siècle. Nous verrons pourtant que cette datation n’est pas certaine.
Par analogie avec d’autres églises, on peut présumer que le chœur était surélévé par rapport à la nef ; une grille basse ou « table de communion », recouverte d’une nappe, séparait les deux parties. Le sol devait être constitué par un pavage.
Une pièce à part constitue le baptistaire ; la porte en a été refaite et repeinte en 1780.
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la paroisse
La paroisse est certainement postérieure au Xe siècle : Monsieur Aubrun indique que toute paroisse « fondée entre 950 et 1100 environ » possède « une silhouette-type » : elle « est petite, voire minuscule, ses limites sont le plus souvent artificielles » ; quant au vocables, « dominent largement les titres de … Gilles, Madeleine, Nicolas… »[7]
En effet, la paroisse de La Brégère s’étend de part et d’autre de l’Aurence et n’arrive pas jusqu’à la Vienne : la divergence est totale avec Sainte-Claire. Les limites sont aberrantes ; ainsi par exemple, la Graule, très proche de La Brégère, fait partie se Saint-Michel-des-Lions ; cette paroisse encercle d’ailleurs aussi bien par le Nord que par le Sud celle de La Brégère, qui n’est sans doute qu’un démembrement de sa grande voisine.
A la Révolution, l’église est fermée au culte.
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Les maisons se dispersent au carrefour de la route de Paris avec un chemein montant de la Vienne et se dirigeant vers l’Aurence, l’actuelle rue de la Brégère prolongée par la rue des Arcades. Le chemin se sépare en deux branches un peu avant le croisement, dessinant un terrain vaguement triangulaire, clos de haies, face auquel presque toutes les maisons s’alignent. Il semble que cette parcelle, qui n’était pas un communal, n’ait été bâtie que très récemment. Quel empêchement matériel ou quel interdit mystérieusement frappait cet espace, aujourd’hui normalement urbanisé ?
A gauche de la route de Paris se trouvent deux maisons un peu éloignées l’une de l’autre ; la seconde est une forge ; ……………………….. L’utilité de cet artisan se conçoit sur un tel itinéraire.
En face se trouve l’auberge ; c’est une grande et vaste batisse. Les registres de l’impôt des portes et fenêtres indiquent trize ouvertures, ce qui est particulièrement important ; les uatres maisons du village dépassent rarement le chiffre de 4.
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le château de la Bastide
L’existence du château de la Bastide est importante dans l’histoire du village, véritablement dominé par cette présence voisine. Les Martin de la Bastide sont seigneurs de « Cursac, Tranchillon, la Brugère et Uzurat ».
Une première aile du château a été édifiée au XVIe siècle ; d’autres se sont succédées depuis, créant l’ensemble que l’on connaît aujourd’hui
« Les avenues, les immenses prairies et le panorama de Limoges que l’on découvre de sa terrasse en font un objet de curiosité. Le propriétaire y entretient un haras ». Telle est l’opinion d’un officier de l’armée française au milieu du XIXe siècle.[8]
En 1695, « Jean François Martin seigneur de la Bastide, chevalier, président trésorier général de France au bureau des finances et conseillier du Roy en la sénéchaussée et siège présidial de Limoges », obtient de l’évêque la permission d’ouvrir une chapelle privée dans son château ; aujourd’hui cet oratoire est en ruine.
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[1] « Les noms de rues de Limoges ». B.S.A.H.L., t. 84, 1953, p. 244
[2] « Etat des paroisses de l’Election de Limoges », in « Collection des inventaires sommaires des archives départementales antérieures à 1790, Haute-Vienne, archives civile, série C », Limoges, 1891, p. 138.
[3] Arch. Dép., C 247, 29 décembre 1736
[4] Ibid.
[5] Id. C 59
[6] Arch. Dép., C 247
[7] M. Aubrun, « La paroisse en France des origines au XVe siècle », Picard édit., Paris, 1986, p. 76.
[8] Service historique de l’Armée de Terre, M. R. 1300.