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Extraits du Dictionnaire Historique et Géographique de la Haute-Vienne d'André LECLER

Réimpression de l'édition de Limoges, 1920-1926 - Laffite Reprints, Marseille, 1994

Date : 06/02/2023

 

LUSSAC-LES-EGLISES, chef-lieu de commune du canton de Saint-Sulpice-les-Feuilles, a 4101 hectares de superficie et 1646 habitants. Son élévation au-dessus du niveau de la mer est de 247mètres à sa limite sud-est.

Cette paroisse, qui était dans l’ancien archiprêtré de Rancon, est surnommée les Eglises, parce qu’il y en avait deux dans le bourg, une de Saint-Martial, l’autre de Saint- Etienne, et il en était ainsi, dès le XIe siècle

Il y avait aussi un prieuré régulier, qui avait pour patron Saint-Martial. Le prévôt de La Souterraine en nommait le titulaire en 1734 et en 1763. L’abbé de Saint-Martial en 1734.

L’aquilaire du chapitre de Saint-Martial l’abbaye étant vacante en 1737, François Gigaud était prieur en 1691 ; Léonard Berneron, en 1706 et 1707 ; Dom Gaulne, en 1783.

L’église de Saint-Etienne dans le bourg, était une annexe de l’église paroissiale. Sa fête était celle de l’Invention des reliques de Saint-Etienne. En 1719, les murailles de cette église s’écroulèrent : en partie ; elles furent reconstruites la même année par les soins du curé, et le 30 juillet en présence de nombreux prêtres et d’un grand concours d’étrangers, la statue de Saint-Etienne y fut rapportée processionnellement.

Tous les habitants de la contrée ont une grande dévotion à Saint-Etienne, la Révolution même n’a pas pu l’interrompre. Mais le 3 thermidor an IV (21 juin 1796), l’église de Saint–Etienne avec la chapelle de Notre-Dame-de-Pitié, furent vendues comme bien national, pour la somme de 360 livres au sieur Deguerey (Arch. de la Haute-Vienne - Q148 n°178. Il céda le tout, après en avoir vendu les tuiles et le plomb, le 17 messidor an VII (5 juillet 1799), pour la somme de 300 livres, à François Verdelet. Ce dernier démolit l’église, et aujourd’hui il n’en reste pas trace. François Verdelet acquit aussi le 5 prairial an VII (24 mai 1799) pour le prix de 1260 livres, le bâtiment, jardin et dépendances du presbytère. (Arch. de la Haute -Vienne. – Q.152.n°375).

L’église paroissiale de Lussac est dédiée à Saint-Martial. L’abbé de Saint-Martial y nommait les titulaires en 1473 et 1649. C’est le prévôt de La Souterraine qui fit ces nominations en 1473, 1561, 1577, 1669, 1734. Ce droit de nomination passa ensuite à l’évêque de Limoges, après l’union de la prévôté de La Souterraine. Sur la fin du XVIIIe siècle, on comptait dans cette cure 1.480 communiants (environ 1.980 habitants).

L’église a la forme d’une croix latine, elle est précédée d’un narthex que surmonte le clocher.

Le portail est ogival, il est orné de simples tores, les chapiteaux n’existent pas. La nef est divisée en trois travées, voûtées par des croisées d’ogive. Elle est éclairée par des fenêtres agrandies récemment.

En 1645, le 16 février, pendant la nuit, un violent ouragan gâta les couvertures et les clochers des églises de Saint-Martial et de Saint-Etienne.

Le 3 avril 1605, eut lieu la bénédiction de la grosse cloche dédiée à Sainte-Barbe. Le parrain fut François Prévost, et la marraine, Souveraine de Bourdelle.

Le 24 avril 1731, deux cloches furent fondues, l’une de 1.750 livres, sous le nom de Saint-Martial, eut pour parrain le marquis Foucault de Saint-Germain, brigadier des armées du roi, gouverneur de la Haute et Basse- Marche, et pour marraine la marquise de Saint-Germain- Beaupré. La seconde de 300 livres, reçut le nom de Saint-Etienne par le marquis de Lussac et la marquise de Saint-Germain-Beaupré.

Ces cloches furent refondues en 1789. Le 21 juillet de cette année le curé de Lussac bénit trois cloches. La première pesait 1.527 livres, elle est dédiée à Saint-Martial et eut pour parrain et marraine le comte et la marquise de Lussac, représentés par Pierre Guillemin de Monplanet, et Magdeleine -Geneviève Goudon. Elle existe encore et on y lit cette inscription : « ✠ L’an 1789 j’ai été bénite par Messire François Moreau, curé de cette paroisse, et nommée par haut et puissant seigneur Messire Antoine Lignaud, comte de Lussac, baron de La Boutelaye, chevalier, lieutenant-colonel de cavalerie, seigneur de Lussac-les-Eglises, Saint-Martin-le-Mault,  Tilli,  Colonges, Brigueil, etc. et  par haute et puissante dame Marie-Anne-Nicole Fumée, marquise de Lussac, M. Léonard Gaillard de Curaye, scindic fabricien. »

La deuxième, sous l’invocation de la Vierge, tenue par Mesmin de Roueix, marquis de Vilmort et la comtesse de Lussac.

La troisième, consacrée à Saint-Etienne, pesant 272 livres eut pour parrain et marraine le chevalier Louis-Alexandre de Lussac et Henriette-Marie-Louise de Roueix de Vilmort.

Le 10 floréal an II (29 avril 1794), on envoyait au district trois cloches pesant 1.700, 300 et 160 livres, et une petite cloche venant de Saint-Etienne, du poids de 60 livres. C’est aussi le même jour qu’on envoyait six grands chandeliers, un bénitier, une petite fontaine, un encensoir, la châsse d’un reliquaire, etc. Enfin, pour dépouiller entièrement l’église, on adressait encore au district le 30 messidor (18 juillet 1791), les vases sacrés pesant ensemble 7 marcs d’argent.

L’église possède une superbe Pieta en pierre blanche polychromée : la Vierge, les mains jointes, est vêtue en religieuse. L’artiste a traduit avec justesse l’expression douloureuse du visage de la mère et le corps du Christ sur ses genoux. Ce monument parait être du XVIIe siècle, et venir de la chapelle de Notre-Dame de Pitié qui était dans le cimetière. Ce cimetière était au milieu du bourg et tenait aux deux églises. L’évêque de Limoges, dans une visite faite à Lussac le 18 juin 1777, le déclara insalubre et ordonna sa fermeture. On choisit alors un nouvel emplacement.

Mathurin Ardant était curé de Lussac-les-Eglises le 12 juillet 1453.- Simon de Bourdelle en 1462.- Jean Deprez en 1524.- Pierre du Cluzeau, postulant, en 1555. – Jean Langoisseaux résigna au suivant en 1557.- Martin Boygon, en 1557.- Etienne des Bouiges 1561. – Pierre Rampion, licencié, 1561.- Jean Cailleton.1597.- Pierre Prévost, 1601, mourut en 1648. – Maurice Berneron, 1653. 1668. - R.Deringère, 1670-1688. – François Rivaille, 1689-1717 (mourut en 1727). – François-Laurent Rivaille de La Clôtre 1717-1734. – Sylvain Barthélémy de Lafont, 1734-1767 (mort en 1787). – Léonard-Barthélémy de Lafont de Bournazeau, 1767- 1786. – François Moreau, 1786-1790. – Mathurin Alaloissette, 1790. Fut déporté à l’étranger pendant la Révolution. – Vincent Dubrac de Villaudran, aussi déporté à l’étranger pendant la Révolution, fut nommé curé de Lussac, qui devint chef-lieu du doyenné ecclésiastique, en 1803. – Martial Desjacques, nommé en 1827. – François Ducher, en 1851. – Joseph Bertrand, en 1879. – Maurice Bazin, en 1885. – Victor Nadaud, en 1890.

En 1550, il y avait dans l’église de Lussac une communauté de prêtres-filleuls, c'est-à-dire nés dans la paroisse, qui en faisaient le service. Elle n’existait plus au XVIIIe siècle.

Il a aussi existé à Lussac une Confrérie du Saint-Sacrement ; on y possède encore le curieux registre de ses délibérations de 1597 à 1744, qui contient aussi ses statuts. Elle était composée d’ecclésiastiques et de laïcs. En 1744, elle comptait 27 membres.

Un terrier de 1523 mentionne une Maison-Dieu à Lussac. Mais elle n’existait plus au siècle suivant. François de Bourdelle, par son testament du 1er septembre 1677, donna sa maison du Latier-Lussazois, pour « en faire un hôtel-Dieu pour les pauvres ». Il donne sa métairie de Lessard-aux-Bourdelle, le bien qu’il possède à Lavault et des rentes, pour servir à l’entretien et nourriture des pauvres et construction d’une chapelle, dont le chapelain « apprendra à lire, écrire, les petits  enfants dudit bourg de Lussac par charité et gratis ».

Quelques années après ses intentions étaient parfaitement remplies. Mais à la Révolution, tout fût détruit, ainsi que la chapelle dédiée à Saint-François de Paul. On conserve au presbytère un tableau représentant le fondateur de cet hospice, tenant une pancarte, sur laquelle on lit : Franciscus Bourdel, primus chirurgus regis, anno Dni 1677 hanc domum fundavit.

La seigneurie de Lussac, qualifiée châtellenie en 1406, parait être un démembrement de l’immense fief que possédait la maison de La Trémoille dès le XIe siècle. Audebert de La Trémoille, en 1089, faisait don à l’abbaye de Fontgombaud de la moitié de Villesalem et de quelques héritages à Lussac-les-Eglises. Gui de La Trémoille prit part à la première croisade en 1096, et ses descendants sont seigneurs de Lussac. Leurs armes sont : « d’or au chevron de gueules, accompagné de trois aiglettes d’azur, becquées et membrées de gueules ».

Georges de La Trémoille ne laissa qu’une fille qui épousa, le 13 janvier 1529, Claude Gouffier, duc de Roannes et lui porta la terre de Lussac. Leur fille unique épousa le 15 février 1549, Léonor Chabot, grand écuyer de France, dont la fille Charlotte épousa en 1578, Jacques Le Veneur, lieutenant général en Normandie. Ces derniers vendirent, le 6 avril 1595, la terre et châtellenie de Lussac à Marie Mauclerc, baronne du Ris-Chauveron, veuve en premières noces de Jacques de Saint-Savin, et en deuxième noces d’Antoine Lignaud, pour la somme de 6.666 écus.

Par son testament du 22 mars 1596, Marie Mauclerc veut que son corps soit porté au château de l’Age Bernard, d’où le curé de Lussac, son vicaire, les prêtres habitués au nombre de 13 et six cordeliers, le conduiront à l’église d’Azat, où elle désire être enterrée. Son corps sera accompagné de 60 pauvres de Lussac, portant une torche ardente d’une livre et demie de cire, avec un écusson portant ses armoiries, etc. Ses armes sont : « d’argent à la croix ancrée de gueules ».

René Lignaud, fils aîné de Marie Mauclerc, fut baron du Ris-Chauveron, seigneur de Lussac, l’Age-Bernard, le Fief Lussacois. Il épousa le 1er septembre 1605 Esther de Rabaine. Il fut tenu en grande estime par Henri IV et Louis XIII ; c’est à sa prière que le premier octroya des foires à Lussac. Son fils, Maximilien Lignaud, qui était filleul du fameux ministre Sully, prit d’abord le titre de baron de Lussac (1654), puis celui de marquis (1661).

La famille Lignaud, dont les armes sont : « d’argent à trois merlettes de sable », s’est continuée jusqu’à nos jours.

Une chronique d’un moine de Malmesbury, qui suivait le Prince Noir dans ses chevauchées, nous apprend qu’au cours d’une expédition, l’armée anglaise passa par Rochechouart, Bellac, et arriva au Dorat le mardi 17 mai 1356 ; l’église qui était fortifiée, résista quelques heures et se rendit dans la soirée. Le même jour, l’avant-garde continuant sa route, s’empara par assaut de deux châteaux très fortifiés (probablement Tersannes et La Mothe de Tersannes, voisins de 1.000 à 1.500 mètres). Le prince coucha dans l’un deux le lendemain, et le vendredi19, il fit son entrée dans Lussac, où, dit le moine chroniqueur, il trouva une grande quantité de poissons. Il y passa la nuit, puis le lendemain, partant pour Saint-Benoît-du-Sault, il incendia la ville en guise d’adieu.

 

Les villages de la commune de Lussac sont :

 

L’Age-Bardon.

L’Age-Bernard. – Jean Lignaud, en 1397, damoiseau, est le plus ancien membre connu de cette famille, seigneur de Lussac, qui en a possédé la seigneurie. On le nomme aujourd’hui La Borderie.

Agriers (Les).

Aubalière, jadis Rabalière.

Bergerie (Moulin de la).

Borderie, nom moderne de l’Age-Bernard.

Bouiges (Les).

Bourdaille (La).

Bourdelle.

Champéron, dont était seigneur en 1527, Jean de Montbel.

Clôtures (Les).

Coste (La).

Coutaudière (La), jadis La Foucaudière.

C’est en ce lieu qu’est né Jean-Joseph Saulnier, le 25 octobre 1754, il fut prêtre, aumônier de l’Hôtel -Dieu de Blois et mort pour la foi, le 30 octobre 1793, guillotiné par ordre du Tribunal révolutionnaire de Paris.

Couret (Le).

Cros (Le).

Expardelière (L’). – Il y avait en ce lieu une commanderie de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, dépendant de Ville-Jésus, diocèse d’Angoulème. Au XVIIe siècle les bâtiments formaient un vaste carré ; l’un des angles était flanqué d’une grosse tour ronde, à un autre coin était une tourelle en encorbellement. Un côté était formé par la chapelle dédiée à Saint-Jean-Porte-Latine et  Saint-Léobon ; autour  était un cimetière pour les habitants du village. En 1615 cette chapelle possédait un grand reliquaire de cuivre émaillé, en forme de bahut avec les images de Saint-Jean et de Saint- Léobon ; un autre reliquaire en forme de ciboire, etc. Le commandeur possédait la justice haute et basse dans une partie de la paroisse. Il y avait deux belles assemblées et foires le jour de Sainte-Porte-Latine et de Saint-Léobon.

Les commandeurs connus sont :  Jean Callelh, 1383 ; Guillaume de la Grollée, 1530 : Jean de Meaux, 1634 : César Bonnier, 1691 : Pierre de Saint6 Laurent, 1696-1699 : Michel Auberoche, 1720 : chevalier de Modon, 1736 : Gilbert Joset, 1757 : Charles Joset, 1780.

Font (La).

Fretilles (Les).

Gallects (Les).

Gélif.

Griminière (La).

Jallebosse (La).

Latier (Le).

Latier-Lussazois (Le). - Maison transformée en hospice, en 1677.

Lavaud. – Près de ce village, et sur le bord de la Benaise était un tumulus qui a été fouillé.

Lessard.

Lombertyère (La).

Maladrerie (La). – C’était jadis le siège d’une colonie de lépreux qui subsista jusqu’au XIXe siècle, transformée en colonie de mendiants : il semble que dès le XVIIe siècle, ceux qui habitaient cette maison n’étaient plus des malades, mais des simulateurs pour légitimer leur vie errante et mendiante.

Marnes (Les).

Maison –Neuve (La).

Mont (Le).

Montcoudioux.

Moulin de l’Age –Bernard.

Moulin à Paraire.

Moulin des Bouiges.

Moulin du Goulet.

Moulin de Lavau.

Moulin du Meilhaud.

Moulin Neuf.

Moulin du Pilaudon, appelé des Gorces, en 1753.

Moulin Rodet, en 1500, appelé aussi de Rabalière.

Moulin du Tarn.

Moulin Vallentin.

Plant (Le).

Querres (Les).

Rivailles (La).

Roussines.

Saille (La).

Trigalle (La).

Villate (La).

Vauzeile (La) où M .Maublant,  maire de Lussac a fait construire en 1883, un élégant château sur les plans de M.Rocques, architecte à Angers.