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Extraits du Dictionnaire Historique et Géographique de la Haute-Vienne d'André LECLER

Réimpression de l'édition de Limoges, 1920-1926 - Laffite Reprints, Marseille, 1994

Date : 06/02/2023

 

Marval, chef-lieu de commune dans le canton de Saint-Mathieu, a 3030 hectares de superficie et 1780 habitants. Son altitude au-dessus du niveau de la mer est de 400 mètres près du village du Grand-Vernet.

La cure de Marval, anciennement Maraval, qui était dans l’ancien archiprêtré de Nontron, a pour patron saint Amand de Rodez, dont la fête est le 4 novembre ; jadis on y fêtait l’Exaltation de la Croix. L’évêque de Limoges y a toujours nommé les curés, ce que marquent les actes depuis 1480 ; vers la fin du XVIIIe siècle, on y comptait 1100 communiants, environ 1447 habitants.

L’église de Marval, qui primitivement dépendait de l’abbaye de Solignac, a été construite au XIIe siècle. Elle n’a qu’une seule nef de 7 mètres 50 centimètres de largeur. La travée qui précède le sanctuaire est voûtée en coupole et porte le clocher. Le sanctuaire, éclairé par trois fenêtres, est de forme circulaire. La porte d’entrée est placée au midi, à l’extrémité de la nef. En 1875, cette église a été agrandie par la construction d’une chapelle dédiée à la Sainte Vierge et s’ouvrant dans sa muraille au nord ; une plaque en plomb portant gravée l’inscription suivante fut mise dans ses fondations : Anno Domini M DCCC LXXV, Pio IX regnante, hoc sacellum ad honorem Immaculatoe Virginis oedificatum est.

En 1569, les troupes calvinistes qui passèrent à Marval pillèrent et endommagèrent grandement l’église ; sa voûte fut abattue, sa cloche brisée. La voûte fut ensuite remplacée par un lambris en bois, et la cloche refondue en 1572. Elle porte cette inscription : « ✠SAMAN  ✠MA ✠ J ✠ M ✠ J ✠ RO  ✠1572. » qu’il faut lire : Saint-Amand de Marval, Jésus, Marie, Joseph (?), Robert, ou Robertie, 1572.

Les seigneurs de ce lieu, habitant le château de la Robertie, qui aujourd’hui n’est plus connu que sous le nom de château de Marval, avaient leur tombeau dans cette église ; on voit encore dans la muraille près de leur sépulture l’écusson de leurs armes. C’est un écu timbré d’un casque de chevalier, orné de ses lambrequins ; il est parti au 1er d’azur à deux chevrons d’or (qui est de Lambertie) au 2e de gueules à la croix d’argent, au lambel à cinq pendants de même en chef (qui est de La Faye). Ce sont les armes d’Agnès de Lambertie, qui avait épousé en 1516 François de La Faye.

Sur un contrefort, ajouté au clocher postérieurement au XIIe siècle, on voit au-dessus des armes de la famille de Lambertie, une pierre portant cette inscription : O : E : D : N : S : C : La même se trouve aussi au château, mais elle est encore inexpliquée.

On a trouvé autour de l’église plusieurs tombes qui avaient été creusées dans le tuf dur, et où l’on inhumait les morts sans un autre cercueil. Ce mode de sépulture était d’usage du VIe au IXe siècles.

Le grand cimetière est en haut du bourg ; on y trouve de curieuses pierres tombales, dont plusieurs remontent au XIIe siècle. Il y en avait une fort intéressante, portant l’effigie d’un chevalier, malheureusement, vers 1860, elle a été retaillée pour couvrir une nouvelle sépulture et a perdu tout son intérêt. Au milieu de ce cimetière existait anciennement une chapelle carrée surmontée d’un fanal funéraire, ou lanterne des morts ; elle est tombée pendant la révolution, et de nos jours ses restes sont à peine reconnaissables.

Les curés de Marval dont le nom est connu sont : N... Martin, qui est témoin d’une donation faite au prieuré d’Aureil vers 1100. — Louis Chouly, bachelier en décrets, chanoine de Saint-Yrieix, qui fonda une vicairie à Chalus en 1494. — Claude Pailhot, qui prend possession en 1604. — N... de Saint-Frau, 1641. — Léonard de Lambertie de Puydemaud, 1642-1659. —  Paul Dubois, 1665. — N... Bayle, 1674. — Jean Texier, 1676-1701. — N... Guilhomaud, 1678 ( ?). —  Jean Degeraud, 1705-1709. — Jacques Arbonnaud, 1715-1742. — Michel Chaumette, 1747-1781. — Jean-Julien Périgord de Villechenon, 1782-1787. — Jean-Charles Périgord des Borderies, 1789-1791. Ces deux frères successivement curés de Marval ont souffert pour la foi pendant la Révolution. L’aîné, Jean-Julien, échappa miraculeusement au massacre du 2 septembre 1792 dans la prison des Carmes, à Paris, et se réfugia ensuite en Angleterre ; Jean-Charles, après son refus de serment, alla chercher un asile en Espagne. — Etienne Auvray de Saint-Rémy, 1803-1828. Pendnt la Révolution il fut envoyé au Tribunal Révolutionnaire de Paris, et libéré après le 9 thermidor. — Gilbert Mergoux, 1828-1833. —Jacques Chambre, 1833-1863. — Barthémémy Fély, 1864-1869. — Joseph Perguet, 1869-1872. — André Lecler, 1872-1880. — Cyprien Verger, 1881-1882. — Benjamin Malabard, 1882-1888. — Antoine Lachaud, 1888-1903. — Pierre Branland, 1903-1910. — Joseph Puibaraud, 1910.

La châtellenie de Marval et le château des Roberts ou de La Robertie au bourg de Marval ont été jusqu’au XVIIe siècle, deux fiefs indépendants l’un de l’autre.

La maison de La Faye eut le château des Roberts en 1503, par le mariage de Louis de La Faye avec Isabeau des Roberts, dame de La Robertie. Alain de La Faye le céda en 1542 à noble Poncet de Birot, et celui-ci à François de Montfreboeuf, dont la fille Catherine épousa, en 1577, Jean de Lambertie de Menet, qui devint seigneur des Roberts.

La châtellenie de Marval appartenait aux vicomtes de Limoges, au XIIe siècle, et ensuite aux vicomtes de Rochechouart. Par acte du 1er avril 1605, Jean de Lambertie, demeurant en son château des Roberts, acheta à Jean de Rochechouart, tous ses droits de châtellenie, justice, etc, sur les paroisses de Marval et de Milhaguet.

Emmanuel de Lambertie vendit le 5 février 1794, à Etienne Auvray de Saint-Rémy, son château et terre de Marval. Les armes de ce dernier sont de gueules, à la fasce d’argent, accompagnée en chef de deux roses de même et en pointe de deux lions léopardés et affrontés d’or. Léonarde Auvray de Saint-Rémy, qui épousa Joseph David de Lastours lui porta le château et la terre de Marval. Les armes de David de Lastours sont d’or à trois coquilles de saint Jacques de sinople. Toujoours à la suite d’alliance, la terre et le château de Marval sont devenus la propriété d’Aubin Garrigou-Lagrange, et ensuite de Hyacinthe Durtel de Saint-Sauveur.

Le château de Marval qui joignait l’église, fut comme elle à moitié détruit en 1569 par les troupes calvinistes. Quelques années après on en construisit la partie qui fait face au midi et domine la grande prairie. Le bourg, dont la plupart des maisons avaient été incendiées par les même troupes, se releva aussi peu à peu à la même époque, plusieurs de ces maisons portent la date de 1600 ou 1610.

 

Les villages de la commune de Marval sont :

 

Ballerand. — Antérieurement à 1498, il y avait un procès, devant le parlement de Bordeaux, entre le vicomte de Limoges et le vicomte de Rochechouart, au sujet de la forest de Ballerand.

Le castel de Ballerand, avec ses tourelles et ses échauguettes, dominait un vaste étang de 25 hectares, qui aujourd’hui desséché, est remplacé par des prairies arrosées par le Bandiat. Une chapelle domestique existait à l’intérieur du bâtiment, et sur son autel en granit on trouve gravée l’inscription suivante : « G. Pecon, M. de Thellac, conjoints 1624 par légitime mariage. »

Ballerand avait une forge importante, qui au commencement du XIXe siècle avait pris une grande extension, et occupait un grand nombre d’ouvriers. Mais depuis cinquante ans ses hauts fourneaux sont éteints, et les vastes constructions qu’elle occupait tombent en ruines. (Voy. Almanach limousin de 1884).

Beaufet.

Béchégu.

Borie (La), qui, avec Loubeyrat, était une enclave de la châtellenie de Piégut.

Brascourt.

Brousse (La).

Charailles (Les). — Bâti en 1876, on y a trouvé quelques murs romains avec des briques à rebord.

Chautrandie (La). — Appartenait en 1303 à Pierre de Montfreboeuf, donzel de Marval, et au XVIIIe siècle à la famille de Saint-Frau.

Chautrandie (Moulin de La), sur l’étang de ce nom traversé par le Trieu.

Chatenet (Le) , bâti en 1608 par les seigneurs de Lambertie, a été vendu comme bien d’émigré pendant la Révolution, puis acquis des héritiers légitimes des Lambertie, par M. de Verneilh Puyrazeau.

Cou (Le).

Courtieux (Le).

Chez-Courtaud.

Espinassie . — Forge, sur l’étang du même nom, traversé par le Bandiat. Cette forge, une des dernières, où l’on continuait à travailler jusqu’en 1880, avait été élevée par M. de Lambertie. Pierre Lestlavois y était maître de forge en 1680, et François Michelin en 1790.

Farge (La).

Faye (La).

Faurie (La). — Duteil était seigneur de La Faurie.

Lardie (La).

Lascaux. — Jean de Curtal, seigneur de Lascaux, mourut en 1645. Vers 1714, ce fief passa dans la famille de David par le mariage de Jeanne de Curtal avec Jean de David.

Un souterrain-refuge de l’époque gallo-romaine s’est ouvert près du castel de Lascaux.

Lavaud.

Leyrat.

Libreoreille.

Lizonne (La).

Loubeyrat, enclave, avec la Borie, de la châtellenie de Piégut.

Mas-Bertier. — Manoir avec deux tourelles, possédé en 1480 par la famille Le Reclus. Ses armes sont d’azur à trois chabots d’argent rangés en pal. N... de Robert était seigneur de Mas-Bertier en 1660, et Jacques de Robert en 1750.

Par adjudication du 12 brumaire an III (2 novembre 1794), Jean Redon demeurant à St-Brice et Pierre Fargeas demeurant à Marval, ont acquis la réserve de Mas-Bertier avec toutes ses dépendances ainsi que le domaine situé au même lieu, provenant de Ribeireix-Feuillade, émigré. (Archives de la Haute-Vienne. Q. 273).
Montfreboeuf. — Le château, placé sur un des points culminants de la commune, a été transformé, par la démolition de ses tours, au commencement du XIXe siècle.

 

Pierre de Montfreboeuf, en 1119, est un des trois fondateurs du monastère de Boubon. La famille de Montfreboeuf porte pour armes d’or à la bande d’azur. Pierre de Glenest, écuyer, était seigneur de Montfreboeuf en 1696 ; il avait pour armes d’argent semé d’hermines de sable.

Mortemart. — On a aucun souvenir de ce fief à Marval. Voici l’acte qui nous le fait connaître : « Foi et hommage rendus à Claude de Rochechouart, par noble François de La Morenie, écuyer, sieur dudit lieu, paroisse de Saint-Barthélémy, au devoir d’un esparvier vif, pour le fief noble nommé de Mortemart, situé au-dedans de la châtellenie de Marval, membre dépendant de la vicomté de Rochechouart, tenant ledit fief au chemin public de Piégut à Marval, d’une part, au chemin de Nontron à Boubon d’autre part. Fait à Marval, le 22 avril 1531. »

Nadalie (La), le village le plus considérable de la commune, possède un castel qui a perdu ses tourelles dans une transformation qu’il a subi en 1877. Jean de Montfreboeuf était seigneur de La Nadalie en 1560. François de Mascureau épousa le 30 septembre 1669, dans l’église de Boubon, Henriette de Montfreboeuf, qui lui porta La Nadalie. Ses armes sont : fascé d’argent et de gueules de 6 pièces ; coupé d’argent à trois étoiles de gueules, 2 et 1.

Petit-L’Age. — Au nord de ce village on trouve deux retranchements en forme de motte. L’un d’eux, de forme ovale, a 30 mètres de diamètre.

Puy-Chevalier.

Puy-Pacaud. — Un souterrain-refuge de l’époque gallo-romaine existe sous une grange de ce village.

Saint-Auvent, avec un moulin sur le Bandiat, était en  1645 la propriété de Mme de Saint-Auvent. Anne de Rochechouart épousa Isaac de Perry, comte de Saint-Auvent, dont les armes sont d’argent à deux lions passants de gueules, au chef de sable.

Sainte-Radegonde, chapelle rurale qui tombait en ruine sur la fin du XVIIIe siècle. Aujourd’hui elle est remplacée par une croix et une statue de la Sainte. Les habitants de la contrée y vont en pèlerinage le 13 août, jour de la fête de Sainte-Radegonde. Une tradition locale, évidemment erronée, veut que cette sainte soit venue en ce lieu avant de se fixer à Poitiers.

Theillaud.

Theillaud (Moulin du), sur le Bandiat.

Touyère (La).

Verlanchie (La). — En 1876, un souterrain-refuge de l’époque gallo-romaine a été ouvert dans une châtaigneraie au nord-est de ce village.

Vansanneau. — Le Puy-Chalard qui domine ce village conserve les restes d’un oppidum gaulois. Un puissant mur de pierres sèches sur trois de ses côtés, et un escarpement sur le quatrième, forment un quadrilatère de 43 mètres de long sur 40 de large. Au milieu étaient des constructions longues de 18 mètres et larges de 9. Un second retranchement, à 10 mètres du précédent entoure toute la montagne. Dans la partie ouest de ce dernier on voit des restes de constructions romaines avec de nombreux débris de briques à rebord.

Vernet (Le Grand).

Vernet (Le Petit). — On trouve dans ce village un souterrain-refuge de l’époque gallo-romaine.

Vignaud (Le).

Vigne (La).

    Vitrac. — Jean Lacroix de Fayolle, écuyer, seigneur de Vitrac, épousa dans l’église de Marval en 1748 Madeleine de Chateauneuf. Un souterrain-refuge de l’époque gallo-romaine s’est ouvert près des maisons de Vitrac en 1879. Dans un champ labouré, qui est auprès, on voit des monticules formés par des restes de constructions romaines et des briques à rebord. Dans une prairie, sur la rive du Bandiat, sur un rocher adhérent au sol, se trouve un bassin circulaire de 0 ,65 centimètres de diamètre, avec un rebord saillant de 0,20 centimètres, avec une rigole partant du centre, passant sous le rebord saillant pour atteindre l’extrémité du rocher. C’est l’œuvre d’un habile ciseau et d’une exécution parfaite. On l’appelle la Coupe du seigneur, mais on ne s’explique pas pour quel usage a été taillé ce bassin.