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Extraits du Dictionnaire Historique et Géographique de la Haute-Vienne d'André LECLER

Réimpression de l'édition de Limoges, 1920-1926 - Laffite Reprints, Marseille, 1994

Date : 07/02/2023

 

MORTEMART, chef-lieu de commune du canton de Mézières, a 359 hectares de superficie et 318 habitants. Son altitude au-dessus du niveau de la mer est 312 mètres à sa limite orientale.

La cure de Mortemart était dans l'ancien archiprêtré de Saint-Junien et avait pour fête patronale celle de saint Hilaire, évêque de Poitiers. Sur la fin du XVIIIe siècle, il y avait 260 communiants, environ 345 habitants. Entre 1052 et 1060, du temps du roi Henri et de l'évêque Itier, le prêtre Robert donna à la cathédrale de Limoges tout le droit qu'il avait sur l'église de Mortemart. Par un contrat fait par Géraud, évêque de Limoges, l'an 1144, cette église devint commune entre la cathédrale et le chapitre du Dorat. Aussi nous voyons que le chapitre du Dorat y nomme les titulaires en 1475, 1476, 1558, 1563, 1664, 1716, pendant que ces nominations sont faites par l'évêque en 1558, 1563, 1565, 1572, 1593, 1603, 1612, 1644, 1747.

Aimery de Rochechouart, seigneur de Mortemart, par son testament du 22 février 1323, fonda dans cette église une vicairie ou chapellenie, de trois messes par semaine, dont il réserve la présentation à l’aîné de sa maison et veut que les chapelains soient de ladite terre, et pour cela il donne douze livres de rente en fonds au dit lieu de Mortemart.

Il y avait une autre vicairie de saint Georges, qui était annexée à la cure, et dont les titulaires étaient nommés par l'aîné de la famille.

En 1593 et 1603, la chapelle de Plane est aussi dite annexe de la cure.

L'église de Mortemart possédait une cloche du XIIIe siècle portant une inscription en lettres gothiques arrondies ainsi formulée : « ✠ Sancta Catharina ora pro nobis. »

La grosse cloche de Mortemart a été fondue le 7 avril 1712 par les Augustins et les Carmes, ainsi qu'il est marqué dans l'inscription qu'elle porte : « ✠ Ego Matri divinae gratiae dicata, aucta et fusa proprio utriusque ordinis oere, regentibus R. P. M, Erchaupre Lemovici priore Augustinensium et R. P. Justo Bonneisset Solemniaci, A. S. Alberto priore carmeliterarum. 7, D. April. M DCC XII. »

On remarque dans l'église de Mortemart les stalles du choeur en bois sculpté de la fin du XVe siècle, et une Vierge avec l'Enfant-Jésus, buste en pierre (du XVe siècle) qui surmonte aujourd'hui le portail extérieur de l'église. Par arrêté du 6 novembre 1909, ces deux objets ont été classés monuments historiques.

Les curés de Mortemart sont : Pierre Delabarre, nommé à cette cure de Saint-Hilaire de Mortemart en 1559. — Fiacre Noalher, en 1593. — Pierre Mazoyer était curé en 1760, mourut en janvier 1777. — Simon Filloux, né à Magnac-Laval, en 1747, fut vicaire de Montrol-Sénard, pendant deux ans, et curé de Mortemart en 1777. Au moment de la révolution, il prêta le serment de la constitution civile du clergé pour rester dans sa paroisse. Sur des dénonciations fausses et même ridicules, il n'en fut pas moins arrêté et envoyé au Tribunal révolutionnaire de Paris, qui le fit guillotiner le 16 juin 1794. (Toutes les pièces concernant cette affaire sont publiées dans Le Limousin et la Marche au Tribunal Révolutionnaire de Paris, tome II, page 24). — Après la Révolution, Mortemart fut doyenné ou cure de canton, pendant que Mézières fut chef-lieu du canton civil, et l'église des Augustins devint l'église paroissiale. Jean-Joseph Rouard fut nommé le 2 juillet 1803. — Pierre-Maurice Puinesges, le 14 novembre 1804. — Joseph Marchadier, le 15 février 1811. — Charles Simon, le 23 octobre 1818. — Rémy Pératout, le 11 janvier 1838. — Antoine Brunerie, le 17 octobre 1843. — François-Gabriel Lasnier-Malesset, le 15 octobre 1847. — Antoine-Pierre Charlot, le 20 juillet 1864. — Annet Peynache, le 2 mars 1879. — Michel-Timothée Villatel, le 5 avril 1879.

Le bourg de Mortemart doit beaucoup à un personnage qui y est né, Pierre Gauvain, qui fut évêque de Viviers en 1322, évêque d'Auxerre en 1325, et créé cardinal par le pape Jean XXII, avec le titre de Saint-Etienne in monte Coelio. Il est généralement connu sous le nom de cardinal de Mortemart. C'est lui qui attira à Rome son compatriote Pierre Roger, devenu plus tard le premier pape Limousin, sous le nom de Clément VI.

On lui doit, à Mortemart, la fondation de trois monastères, l'établissement d'un hôpital et d'un collège, où douze écoliers pauvres devaient être gratuitement nourris et instruits.

Le premier monastère était pour 24 frères chartreux. Il y restèrent un peu moins d'un siècle. Comme ils n'avaient pas d'église particulière pour chanter leur office, et surtout parce que les maisons séculières placées auprès d'eux étaient contraires à l'esprit de religieux adonnés à la solitude, ils quittèrent le 7 octobre 1412.

Le second monastère était pour 25 frères ermites de l'ordre de saint Augustin. Ils devaient instruire douze enfants de 8 à 10 ans, jusqu'à l'âge de 20 ans. Ils ont existé jusqu'à la Révolution.

Le troisième monastère était pour 25 frères de Notre-Dame du Mont-Carmel. Ils recevaient toutes sortes de pauvres, leur donnait l'aumône, gardaient et traitaient les malades. Il ont aussi existé jusqu'à la Révolution.

Ces couvents formaient deux vastes quadrilatères, séparés aujourd'hui par la route de Blond. Celui des Carmes a logé des colons et la gendarmerie. De celui des Augustins il reste quelques bâtiments affectés au presbytère, et la chapelle qui est devenue l'église paroissiale.

Sur l'emplacement de la route était l'église du Moutier où le cardinal avait son tombeau. On y lisait cette inscription : « Hic jacet Reverendissimus in Christo Pater et Dominus Dominus Petrus Galvani, proefulgidus scienta, moribus et sanctitate decoratus, qui fuit episcopus Autissiodorensi et Vivarensis, ac sacrosantoe Romanoe Ecclesioe presbiter cardinalis ordinatus ; qui de Mortuomari suam originem traxit, et in proesenti loco ubi fuit natus, est sepultus. In quo loco tres ordines fundavit scilicet Cartusienses, Augustinenses et Carmelitas, et unum hospitale ad recipiendos pauperes, et certum nunmerum puerorum instrui ordinavit ; et obiit in die veneris sancta XVIII mensis aprilis, hora nona, anno Domini MCCC° XXXV°»

Le cardinal Pierre de Bagnac, neveu par sa mère du cardinal de Mortemart, avait son tombeau et son épitaphe dans l'église des Augustins. Par son testament du 26 septembre 1369, il y avait fondé une vicairie que devaient desservir des prêtres ses plus proches parents.

A la suite du presbytère, qui lui-même confine à l'église, s'élève, à la place du couvent, une élégante demeure de la famille Cantillon de Lacouture. A l'entrée du jardin sont quelques pierres tombales sur lesquelles sont sculptés différents personnages, peut-être des membres de la famille de Rochechouart-Mortemart.

Près du bourg, à une centaine de mètres du château, on voit une ancienne motte féodale, fort considérable ; elle a au moins 50 mètres de diamètre et 5 mètres de hauteur. Aujourd’hui elle est couverte de pins.

Du vieux château de Mortemart, il ne reste actuellement que quelques ruines à peine habitables, des lambeaux de tours rondes et carrées, une cour intérieure, quelques salles voûtées, des écussons martelés portant les ondes des Rochechouart. Ces armes étaient fascé, ondé d'argent et de gueules de six pièces. La branche de Mortemart, ajouta pour brisure, sur la 2e fasce une belette de sable, mais cela seulement dans les premiers degrés.

Le château primitif avait été bâti sur la fin du Xe siècle, avec le consentement d'Audebert, comte de la Marche, par Abbon Drut. Ce château fut pris par les Anglais pendant les guerres du XIVe siècle ; ils le gardèrent quelque temps en vertu du traité de Brétigny, mais Charles V le fit rendre plus tard à ses anciens maîtres.

La seigneurie de Mortemart était devenue la propriété de la famille de Rochechouart, en 1205, lorsque Aymeric, vicomte de Rochechouart, épousa Alix de Mortemart. Louis XIV érigea cette terre en duché-pairie, en faveur de Gabriel de Rochechouart par lettres patentes de 1656.

Le château qui avait été démoli par ordre de Louis XIII à l'époque de la conspiration de Montmorency, à laquelle le comte de Rochechouart fut accusé d'avoir pris part, fut rebâti et resta la propriété de la famille de Rochechouart jusqu'à la révolution. Détruit alors, il est resté à l'état de ruines jusqu'à ce jour. Dans ces dernières années, par respect pour ces débris de la gloire de ses ancêtres, M. le marquis François de Rochechouart-Mortemart en a fait l'acquisition.

La commune de Mortemart a fort peu d'étendue, aussi on n'y trouve, en outre du bourg, que deux villages : Campeymard et Le Villards.