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Recherche > Haute-Vienne (87) > Biennac > Extraits du Dictionnaire Historique et Géographique de la Haute-Vienne d'André LECLER

Extraits du Dictionnaire Historique et Géographique de la Haute-Vienne d'André LECLER

Réimpression de l'édition de Limoges, 1920-1926 - Laffite Reprints, Marseille, 1994

Date : 09/02/2023

 

BIENNAC, qui aujourd'hui fait partie de la commune de Rochechouart est un chef-lieu de paroisse ayant 1.823 habitants. L'église de Biennac avait toujours été l'église matrice, et celle de Rochechouart son annexe, mais par décret 19 juillet 1762, cette dernière fut érigée en cure distincte et séparée de Biennac.

Pendant la Révolution, à la formation du département, Rochechouart et Biennac furent deux communes distinctes. Le 26 brumaire an IX (17 novembre 1800) un arrêté préfectoral ordonna la réunion provisoire de ces deux communes, mais il se produisit alors de nombreuses protestations, et le 18 prairial suivant (7 juin 1801), cet arrêté fut rapporté et les deux communes restèrent distinctes avec deux conseils municipaux. C'est en 1806 que la commune de Biennac fut de nouveau supprimée et réunie à celle de Rochechouart. On voit encore, en 1826, les habitants de la première demander à   être reconstitués en commune indépendante, et le conseil général du département appuyer leur demande, mais ils ne purent pas l'obtenir.

Biennac était une cure de l'ancien archiprêtré de Saint-Junien, qui existait avant 1244 ; elle fut unie à la mense épiscopale par bulle d'environ l'an 1280. Elle avait pour patron saint Julien de Brioude ; sur la fin du XVIIIe siècle, on y comptait 1780 communiants (environ 2,375 habitants).  L'évêque de Limoges y a toujours nommé les titulaires, comme on Ie constate en 1500, 1510, 1512, 1560, 1567, 1571, 1599, 1618, 1625, 1659, I683. Voici ceux qui me sont connus.

G. Gren était curé de Biennac en 1244. — Jean Maisondieu prit possession le 19 août 1621. —  Léonard Nauche, nommé en 1659, se démit en 1683. — N... Nauche, 42 septembre 1730.  — Léonard de Marcillac, 1755, mort en novembre 1773. — Pierre Nadaud qui résigna au suivant en 1779. — Pierre-Paul Rempnoulx, qui était vicaire, prit possession en 1780, résigna au suivant, pour cause d'infirmités, en 1784 ; il est mort pour la foi sur les pontons de Rochefort le 7 juillet 1794. —  Léonard Brandy du Peyrat, 1784. — Jean-François Périgord, nommé en 1803, avait été déporté en Espagne pendant la Révolution, fut curé de Biennac jusqu'en 1821. — N… Mazet jusqu'en 1823. — Antoine-Théobald Mitraud, nommé en 1823. — Prosper Pariset était curé en 1834 et 1840. — N... Duléry, nommé en 1843, auteur d'une histoire de Rochechouart publiée en 1855. — N... Mandavy, en 1859.  — Jean-Baptiste Junien en 1870.

L'église de Biennac a été consacrée le juillet 1262. Elle se compose d'une nef romane, accompagnée de deux chapelles formant transept, au centre duquel s'élève une belle coupole octogonale. La chapelle du côté gauche, dédiée à la Sainte-Vierge, a reçu une voûte gothique à nervures. Celle du côté droit, dédiée à saint Julien, le patron de la paroisse, n'a plus qu'une voûte en bois. Le chevet de l'église qui est carré a aussi reçu une voûte gothique à nervures, il est éclairé, comme beaucoup de nos églises romanes, par trois fenêtres longues et étroites.

Le clocher s'élève au-dessus de la coupole centrale, il est octogonal, terminé par une flèche pointue, couverte en ardoise. Sur quatre de ses pans sont d'élégantes fenêtres géminées à plein cintre. Il contient deux cloches : une de 1664 a eu pour parrain « haut et puissant seigneur Lois de Pompadour, et pour marraine damoiselle Marie de Pompadour, Pierre Javerlhiat étant syndic, et M. Léonard Nauche curé » ; elle porte l'invocation Sancte Juliane. Ora pro nobis. La seconde a été bénite le 29 juillet 1883 ; elle pèse 380 kilos et a coûté 1310 francs. Le parrain a été Paul-Marie Guy de Reilhac de Châteaurocher, et la marraine Marie-Thérèse de Reilhac de Châteaurocher, M. Junien étant curé.

On remarque dans le mur du chœur, à gauche de l'autel, une inscription en lettres gothiques, gravée en 1406, rapportant la fondation faite par le cardinal Simon de Cramaud, de quatre vicairies ou capellenies dans l'église de Biennac, réglant aussi les obligations et les revenus des quatre chapelains. Dans l'ornementation qui encadre ce texte latin, on voit les armes du cardinal qui sont d'azur, à la bande d'or, avec merlettes de même rangées en orle. Parmi les descendants de sa famille qui nommèrent les titulaires de ces vicaires, on trouve : Simone de Tizon, dame de Cramaud et Puyjoyeulx, en 1471. Artus de Velort, damoiseau, sieur de la Chapelle-Belloyn et de Cramaud, 1479, 1483. Noble Jean de Montbrun, sieur de Cramaud, 1500. Gaufridus de Montbrun, archidiacre d'Angoulême, baron de Cramaud, 1530. François de Caussade, chevalier de l'ordre du roi, 1573. Paul et Louis de Caussade, chevalier du même ordre, 1575. Ces vicairies turent unies en 1630 au prieuré du Châtenet que possédaient les frères Prêcheurs.

Dans le cimetière existait une lanterne des morts ou fanal funéraire de forme hexagonale datant du XIIIe siècle. Ce petit monument, en partie ruiné pendant la Révolution, a complètement disparu vers 1850.

Une chapelle dédiée à saint Antoine se trouvait aussi dans ce cimetière. Jean de Rosiers, seigneur de Graine, époux de Jeanne de La Chassaigne, y fonda une vicairie en 1400. Simon de Maisonnais, conseiller au parlement de Bordeaux, seigneur de Graine et de La Motte-d'Oradour-de-Vayres, y en fronda une autre par acte du 29 juillet 1508. Il y nommait lui-même un titulaire en 1511 ; ce que faisait aussi Robert d'Anières, chevalier, seigneur de Saint-Palais et du Moulin-Paute, en 1680. Jusqu'en 1750, cette chapelle servit de lieu de sépulture aux seigneurs de Graine, mais à cette date, elle était dans un tel état de ruine qu'il fallut la démolir, et les tombeaux, ainsi que le service religieux qui y était fondé, furent transportés dans la chapelle de la Sainte-Vierge dans l'église paroissiale.

Près de cette chapelle existait une pierre tombale sur laquelle est représenté assez grossièrement un prêtre vêtu des ornements sacerdotaux ; quelques-uns ont cru, bien à tort, qu'elle avait recouvert la tombe du cardinal de Cramaud. C'est dans l'église de Poitiers que ce cardinal, né dans la paroisse de Biennac, a été inhumé.

Pour les villages de la paroisse de Biennac, voir l'article Rochechouart.