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Extraits du Dictionnaire Historique et Géographique de la Haute-Vienne d'André LECLER

Réimpression de l'édition de Limoges, 1920-1926 - Laffite Reprints, Marseille, 1994

Date : 13/02/2023

 

SOLIGNAC est un chef-lieu de commune dans le canton sud de Limoges, qui a 351 hectares de superficie et 1.233 habitants. Son altitude au-dessus du niveau de la mer est de 215 mètres.

L’abbaye de Solignac a eu pour fondateur saint Eloi, un des hommes les plus illustres que le Limousin ait vu naître. Il fut orfèvre-ministre du roi Dagobert, et ensuite évêque de Noyon. Il obtint du roi, en 632, un domaine agréablement situé dans un vallon arrosé par la Briance, afin d’y construire, selon ses expressions, « une échelle au moyen de laquelle ils pussent tous deux monter au ciel ». Saint Ouen, archevêque de Rouen, l’ami et l’historien de saint Eloi, a fait une description poétique de ce monastère, où l’on voyait, de son temps « des artistes habiles dans plusieurs métiers ». Ce sont les premiers orfèvres et émailleurs du Limousin.

La cure de Solignac, dans l’ancien archiprêtré de La Meyze, avait pour patron saint Michel ; jadis c’était sainte Pétronille. L’abbé de Solignac en nommait les curés. Au XVIIIe siècle on y comptait 680 habitants, environ 907 habitants. L’église paroissiale de saint Michel fut rebâtie vers la fin du XVe siècle.

Le 9 mai 1481, le curé de Solignac s’opposa, devant les juges apostoliques et le procureur de la Cathédrale, à ce qu’ils procédassent à l’annexion de son église paroissiale à l’abbaye de Solignac.

Il y avait dans cette église de Saint-Michel une communauté de prêtres chargés du service de la paroisse ; en 1515, ils étaient neuf, et en 1548 il y en avait quinze.

Il existait aussi une confrérie en l’honneur du patron de la paroisse, saint Michel ; elle organisait chaque année un pèlerinage de jeunes gens, de douze à dix-huit ans, au Mont-Saint-Michel, sur les côtes de la Normandie. Pour en faire partie il fallait être natif de Solignac, ils n’en souffraient pas d’autres dans leur compagnie. Ils avaient à leur tête un ou deux hommes faits, ayant déjà participé à ce voyage. Le départ avait lieu vers le milieu du mois d’août ; ils traversaient ainsi à pied une grande partie de la France. A leur arrivée sur le bord de la mer, celui qui découvrait le premier le clocher du Mont-Saint-Michel était réputé Roi parmi eux, non seulement durant leur séjour dans ce pays, mais aussi pendant toute la route et à leur retour à Solignac. Ils y arrivaient pour la fête de la saint Michel, le patron de la paroisse, qui était célébrée avec la plus grande solennité.

La persécution religieuse pendant la révolution se fit sentir à Solignac comme ailleurs. Non seulement les religieux furent expulsés de leur abbaye, ainsi que les prêtres de Saint-Michel de leur église, mais tout ce qu’ils possédaient fut pris et vendu. Le 31 juin 1792, l’église paroissiale de Saint-Michel fut adjugée au sieur Mathurin Martialot, du Puy-Mathieu, pour la somme dérisoire de 875 livres, payables par douzièmes égaux, de 73 livres d’année en année. (Archives de la Haute-Vienne, Q. 122, p. 154). Cette église a été démolie, et aujourd’hui il n’en reste rien.

La Révolution qui a détruit l’église de Saint-Michel, n’a pas pu détruire la confrérie en l’honneur de ce saint, elle existe toujours ; Mgr Bernard Buissas, évêque de Limoges, approuvait de nouveau son règlement le 21 septembre 1846.

Ont été curés de Solignac : Hélie des Prats, en 1371. —  Jean Nilhac, en 1583. — Jean Baillot, en 1616. — François Dardant, 1657 et 1663. — Jérôme Mageral, dans son testament de 1662 se dit ancien curé. — N... Grellet, en 1753. — Martial Mandavy, nommé en 1754, résigna le 4 août 1788, en faveur de son neveu qui suit. — Mathieu Jonchade, nommé en 1788, mort sur les pontons de Rochefort, le 9 août 1794. — François Reculet, nommé le 24 avril 1803. — Jean Begougne, le 19 juin 1804. — Jean Julie, le 10 juillet 1806. — Jean-Joseph Bourdeix, le 1er septembre 1806. Il fut élevé, ainsi que la cure de Solignac, à la 2e classe le 1er juillet 1827. — Léonard Déperet, nommé le 26 avril 1828. — Jean-Baptiste Laroque, le 13 février 1833. — Charles-François Féret, le 20 octobre 1845. — François-Louis Grenat, le 20 juillet 1864. — Laurent Lelong, le 25 avril 1887. — Amable Deguillaume, en 1907. — Benoît Clappier, en 1912.

L’abbaye de Saint-Pierre de Solignac a été fondée par saint Eloi. Sa charte de fondation est datée du 10 des calendes de décembre (22 novembre) de la dixième année du roi Dagobert (631). Les religieux y suivaient la règle de saint Benoît, et élisaient eux-mêmes leurs abbés. Mais lorsque les abbés commendataires y furent établis, ce fut le roi qui eut le droit de les nommer.

C’est autour de ce monastère que s’est formée la petite ville de Solignac, au huitième ou au neuvième siècle. L’abbé de Solignac n’était pas seulement le chef d’un grand monastère, il était aussi, comme l’abbé de Saint-Martial, comme l’évêque de Limoges, un puissant seigneur féodal. Tous les barons du pays lui devaient hommage pour des fiefs importants. Tous les seigneurs du pays avaient comblé ce monastère de leurs libéralités. Les souverains, depuis Dagobert, lui avaient prodigué à l’envie les privilèges et les largesses.

L’église actuelle, en style byzantin à coupoles, date du XIIe siècle. C’est un monument fort remarquable d’ensemble et fort curieux d’ornementation.

Plusieurs fondations avaient été faites dans cette église. En mars 1232, Pierre Bernard, seigneur de Chalusset, fondait un service anniversaire pour Hugues de Jaunhac, son père. En 1314, l’abbé Archambauld fondait une vicairie en l’honneur de saint Martial. Bertrand Adémar, abbé, mort en 1370, en avait fondé deux dans la chapelle de la sainte Vierge. Il y avait la vicairie dite de Joanne, à l’autel de saint Jean. Celle de saint Nicolas, en 1406, à l’autel de ce saint. Celle de Maumont en 1500, à l’autel de saint Martin, etc.

L’église de Solignac est riche en reliques et en reliquaires ; elle possède entre autres une châsse en cuivre doré et émaillé, qui est du XIIIe siècle.

Les cloches de cette église portent les inscriptions suivantes :

« ✠ An. Dni 1733. Lud. XV. Hujus campanoe patrin. Illust. Dnus. Petrus Adrian. De Mouchi abb. Commendat. Et matrin elud Dna Clariss. Maria de Bauni conjux nobilis viri Dubrei n. p. Steph. Vernet priore monast. Solemn. Ord. S. Ben. cong. S. Mauri. Sta. Maria, Ste Petre ora pro nobis. — E. Coutant et J. Morin, nous a faites ».

« ✠ M. Pierre Voisin, parrain, Mlle Marie-Ursule Hervy, marraine, M. Jean Morélieras, maire. J’ai été bénite par M. Jean-Joseph Bourdeix, curé, Martial Braud, adjoint, MM. Jean Magne, Pierre Voizin, Jean Lalet, Léonard Jouhate, Léonard Maury, les syndics. Pierre Marquet, sacristain, p. r. — 1813. — Bernard et Louis Martin, fondeurs ».

On remarque dans le choeur de cette église de fort curieuses stalles qui ont été sculptées en 1479.

C’est vers la même époque que Martial de Bony de Lavergne, abbé de Solignac (1470-1480), faisait placer les vitraux qui existent encore et dans lesquels on voit ses armes qui sont : de gueules à trois besants d’argent.

Les abbés de Solignac sont :

1. Saint Rémacle, 641, établi par saint Eloi, et ensuite évêque de Maëstrich. — 2. Dagobert, établi aussi par saint Eloi, vers 646. — 3. Childémnus. — 4. Papolinus. — 5. Childemarus, vers 695. — 6. Gundobertus, vers 698. — 7. Silmo, vers 700. — 8. Frotarius. — 9. Agiulfus, vivant 790. — 10. Ebulus, qui fut ensuite évêque de Limoges. — 11. Gerardus I. — 12. Aymericus. — 13. Dutramnus, 823-839. — 14. Alexander. — 15. Bernulfus, 846. — 16. Silvius, 852. — 17. Bernard I. — 18. Etienne I. — 19. Gérald II. — 20. Daniel. — 21. Sicard. — 22. Richambal. — 23. Bozon I. — 24. Théoderic. — 25. Etienne II. — 26. Gérald III, 942. — 27. Ramnulphus. — 28. Bernard II de Comporn, 958. — 29. Etienne III. — 30. Adalbard, environ l’an 1000. — 31. Gérald IV, 1031. — 32 Umbert. — 33. Adalfrede, 1055. — 34. Gui I, 1070. — 35. Robert, 1090. — 36. Audoin ou Elduin, environ l’an 1105. — 37. Gérald V, 1117. — 38. Archambaud I, 1160. — 39. Hugues de Maumont, appelé aussi Hélie, 1208-1214. — 40. Adémar I, 1228. — 41. Maurice, 1234. — 42. Pierre, 1250. — 43. Archambaud II, 1250-1270. — 44. Bertrand Addémar I, 1270. — 45. Gérald VI, 1272- 1276. — 46. Adémar II, 1280. — 47. Archambaud III, 1290-1312. — 48. Bertrand II, 1318. — 49. Archambaud de Saint-Amand IV, 1326. — 50. Gaudebert. — 51. Bertrand d’Adémar III, 1360-1370. — 52. Bertrand de Saint-Amand IV, 1370. — 53. Gui II, 1372. — 54. Bertrand V, 1388. — 55. Hugues II, 1393-1417. — 56. Jean Raimundi, 1444. — 57. Martial de Bony, 1470. — 58. Hercule de Gaing, 1480. — 59. Archambaud V, 1485. — 60. Jean Booz, 1494. — 61. Boson Joussineau, 1498. — Abbés commendataires : 62. Guillaume Barton de Montbas, 1517. — 63. Jean Barton de Montbas. — 64. Roland Barton de Montbas, 1542. — 65. Antoine Boudou, 1578. — 66. Pierre Belut, 1590. — 67. Jean Joubert de Barrault, 1600. — 68. Georges d’Aubusson de La Feuillade, 1643. — 69. Artus de Lionne, 1648. — 70. Julius-Paulus de Lionne, 1657. — 71. Pierre de Godefroy de Beauvilliers, 1665. — 72. Louis du Ban, 1689. — 73. Guillaume Bitault, 1697. — 74. Pierre-Adrien de Mouchy, 1724. — 75. N... du Bourg, 1750. — 76. Benoît-Victor Gérard, 1751. — 77. Antoine-Clédarius-René de Pons de Rennepont, 1785. — 78. Armand de Foucauld, 1787.

Faits historiques:

En 793, les Sarrasins ont saccagé le monastère de Solignac.

En 848, alias 864, les Normands détruisirent en partie le monastère et tuèrent plusieurs des religieux.

1143. Consécration de l’église.

1178. Le dimanche 6 des calendes de juin l’abbaye de Solignac fut entièrement brûlée et l’église fut consacrée une seconde fois le 9 mai 1195.

1306. Le 24 avril, le Pape Clément VI, venant de Lyon avec huit cardinaux, passa à Limoges et fut ensuite hébergé à l’abbaye de Solignac.

1568. Les armées calvinistes pillent le monastère et la ville.

1615. Les bénédictins de la Congrégation de Saint-Vanne sont introduits au monastère de Solignac par un acte du 27 août. Sous l’abbé Jean Jaubert de Barraud, les bénédictins de la Congrégation de saint Maure, en 1618, prennent définitivement possession de l’abbaye.

1619. On construit le nouveau et grand bâtiment de l’abbaye.

1734. Le 18 mai le feu du ciel tombe sur le petit clocher du choeur de l’église, et y allume un incendie qui endommage la charpente et fond les deux cloches qui y étaient.

1783. Le samedi, 29 mars, à sept heures et demie du matin, le côté sud-est du clocher s’est écroulé dans l’étendue de 20 pieds de larges sur 35 à 40 d’élévation. Cette masse a entraîné dans sa chute les vastes greniers de l’abbaye, qui étaient au-dessous. Au commencement du XIXe siècle, pour remplacer le clocher, on a élevé au-dessus de la porte un pinacle à deux baies.

1791. Le 7 avril, la maison abbatiale, écurie, jardin, greniers, etc., mise à prix de 5.556, n’ayant pas trouvé d’enchérisseur, restèrent pour cette somme au sieur Léonard Blondeau de Laurière (Archives de la Haute-Vienne, Q. 122, p. 48, verso).

1793. Un arrêté du Comité de salut public de la Haute-Vienne, du 23 septembre, désigne l’abbaye de Solignac pour prison à toutes les ci-devant religieuses du district de Limoges (Archives de la Haute-Vienne, L. 836).

1794. En mai 1794, 58 religieuses détenues à Solignac sont transférées dans la maison de réclusion de Limoges, au ci-devant séminaire.

1810. Sous le nom de Mme Sainton, Marie-Thérèse de Bouillon de La Tour d’Auvergne, ancienne prieure de plusieurs maisons de l’Ordre de Fontevrault, fonde dans le monastère de Solignac, sous le haut patronage de Mgr du Bourg, évêque de Limoges, un pensionnat de demoiselles qui a substitué jusqu’en 1816, quoi qu’elle soit morte en 1813.

1824. Une fabrique de porcelaine est établie dans les bâtiments de l’abbaye de Solignac.

 

La limite entre la commune de Solignac et celle du Vigen a été changée plusieurs fois. Le dénombrement de 1906 donne à la commune les villages suivants :

 

Batisse (La).

Beauchamp.

Belleries (Les).

Billanges (Les).

Borie (La). — A la famille Juge de la Borie au XVIIIe siècle.

Bréjoux. — Une chapelle, sous l’invocation de saint Pierre, y fut construite par messire Pierre Ardant, chevalier, et bénite le 13 septembre 1777 par Louis Romanet, docteur de Sorbonne et doyen de la Cathédrale.

Chantegris.

Châteaublanc.

Chez-Chabiraud.

Chez-Cherveix.

Chez-Patisson.

Cheyrol.

Cheyrol (Le Petit).

Combes (Les).

Croix-Janiquet (La).

Crouzette (Petite).

Envaud. — Pierre Vidaud, seigneur d’Envaud, garde du corps du roi, officier à l’hôtel royal des Invalides, fut père de J.-B. Vidaud, écuyer, seigneur d’Envaud, garde du corps du roi, capitaine de cavalerie (1761-1772)

Envaud (Vignes d’).

Gabisses (Les).

Gravataud (Petit).

Jovie (La). — Il y avait dans ce village en 1577 une chapelle rurale sous l’invocation de Sainte-Anne et Sainte-Catherine. Attendu son inutilité et la ruine dont elle menaçait, en 1744, il fut permis de la démolir. Elle portait le nom de Chapelle Auvert ou du Verd

 

Jovie (Petite).

Laygat.

Lescure.

Monts.

Places (Les).

Plaque au Beneix (La).

Pont-Rompu. — C’est là où la voir romaine de Bordeaux à Bourges passait la Briance pour se rendre à Limoges.

Pouzol. — Pierre Germain, damoiseau, était sieur de Pouzol en 1272. Jean Germain de Solignac épousait, en 1140, Agnette de La Villate. En 1444, Pierre Germain étant devenu seigneur de La Pomélie, ses descendants ont retenu ce nom et portent pour armes : « d’azur à la tour d’or, surmontée de deux tours d’argent maçonnées de sable  ».

Pras de Pont.

Pré-Saint-Yrieix. — Jean Garat, trésorier de France, qui était seigneur du Pré-Saint-Yrieix en 1733, avait pour armes : « d’azur à un entrelacs d’or et trois étoiles de même posées deux en chef et une en pointe, celle-ci surmontée d’un croissant renversé d’argent ». François-Joseph Garat, son fils, écuyer, seigneur de Saint-Yrieix, Saint-Priest-Taurion, le Mazeau, Montcocu et Ambazac, en 1770.

Reynie (La). — Jean-Nicolas de Traslage, seigneur de La Reynie, conseiller d’Etat et lieutenant général de police était héritier d’autre Jean-Nicolas de Traslage de la Reynie (son neveu), en 1698.

Ricardies (Les).

Ventaud ou Vanteaux. — Les seigneurs de Ventaud, en 1678, avaient leurs tombeaux dans l’église de Solignac. N. Blondeau, seigneur de Vantaud à cette date, porte pour armes : « d’azur au lion d’or ». Martial Blondeau, écuyer, seigneur de Vanteaux, marquis de Laurière, trésorier de France à Limoges en 1748.

Vignes (Les).

Villebon.